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Google ambitionne-t-il de devenir notre système d’exploitation personnel ?

Voici un extrait d’un article publié en 2005 par le Time Magazine (On the Frontier of Search) : “Vous atterrissez tard dans la soirée dans une ville où vous ne connaissez personne. Vous n’avez pas eu le temps de réserver un hôtel, votre bagage ne s’est pas présenté dans le carrousel et l’air conditionné de l’avion vous a donné un petit mal de gorge. Que faire ? Avec votre téléphone mobile, vous Googlez votre valise – elle est équipée d’une petite puce qui vous permet de la localiser – pour constater qu’elle a été déposée 200 mètres plus loin, au terminal suivant. En allant la chercher, vous en profitez pour chercher une chambre d’hôtel. L’écran de votre téléphone vous montre des images de plusieurs hôtels dans votre gamme de prix, avec des vues depuis la fenêtre de votre chambre. Votre moteur de recherche vous donne la liste des pharmacies qui sont encore ouvertes à cette heure et vous annonce que votre groupe de blues favori jouera au festival de la ville durant le week-end. Le moteur, qui peut chercher sur votre ordinateur resté à domicile, vous rappelle qu’un ami de collège vous a envoyé un mail il y a un an pour vous dire que lui et sa femme avaient déménagé dans cette ville (ce que vous aviez oublié). Vous décidez de les inviter au festival.” (traduction extraite d’Internet Actu : L’avenir de la recherche).

À l’époque, cet article m’avait paru complètement surréaliste, et les différents commentaires tournaient essentiellement autour de la confidentialité et de l’utilisation abusive des données personnelles. Huit ans plus tard, la situation a bien changé, car Facebook a réussi à nous faire admettre que la confidentialité est un truc de ringard (“We live in an open world“) et car Google a déjà livré la plupart des services décrits dans cet article (Google Now, le nouveau Google Maps, Google+…). En prenant un minimum de recul, on se rend compte que le pas franchit par Google en moins de dix ans est gigantesque, et qu’au cours des dix prochaines années ils vont nous livrer des services encore plus incroyables sur la base du Knowledge Graph ou des Glass (cf. Quels usages pour les lunettes Google Glass).

Google Now sur votre smartphone
Google Now sur votre smartphone

Si le Siri d’Apple avait fait beaucoup (trop ?) de bruit à sa sortie, je pense que nous ne mesurons pas bien le potentiel derrière Google Now. Le plus impressionnant avec cet assistant est sa capacité à anticiper vos besoins. Par exemple, il regarde dans votre agenda l’heure et le lieu de votre prochain RDV, calcul le temps de trajet en fonction des données en temps réel de la circulation ou de l’état des transports en commun, vous signale quand il est temps de partir et vous propose de notifier vos interlocuteurs par SMS de votre retard éventuel. Tout ceci est rendu possible grâce à la stratégie de diversification de Google dont les services concernent maintenant quasiment l’ensemble de nos activités quotidiennes :

Tous ces services étant bien évidemment liés par le biais d’Android et/ou Chrome. Le dernier domaine sur lequel Google n’a que peut d’emprise est la télévision, mais les choses pourraient changer avec les micro-consoles. Donc oui, effectivement, Google sait énormément de choses sur vous et votre quotidien : toutes vos données personnelles sont stockées, analysées, recoupées… dans le but de vous proposer des services à valeur ajoutée comme Google Now ou les très impressionnants Gmail Action Buttons : Take action right from the inbox.

Initiez des actions directement depuis vos emails
Initiez des actions directement depuis vos emails

Loin de moi l’idée de relancer le débat sur la confidentialité et les dérives potentielles de l’exploitation des données personnelles. Je pense ne pas me tromper en disant que notre économie et la société dans laquelle nous vivons reposent sur des systèmes d’information qui exploitent les données personnelles à très grande échelle, et ce depuis des décennies. Mais si vous ne voulez pas être fiché, débarrassez-vous de votre téléphone, de votre carte de crédit, de votre carte de transport, votre passeport… et adoptez le mode de vie d’après-guerre (la seconde guerre mondiale, pas la guerre du Golf).

Bref, le débat ne porte pas sur la confidentialité, mais plutôt sur notre dépendance à  l’internet et à Google en particulier puisqu’il occupe une place centrale sur la toile. Signalons que les premiers écrits sur ce sujet remontent à 2008 (Is Google Making Us Stupid?) et que l’on nous ressort la question régulièrement (Does the Internet Make You Dumber?Does the Internet Make You Smarter?) et à toutes les sauces (Les objets intelligents nous rendent-ils bêtes ?). Je ne me risquerais pas à vous livrer une analyse sur ce thème, simplement je pense que nous sommes autant dépendant de notre smartphone, que d’une calculatrice : nous pourrions nous débrouiller sans, mais c’est quand même nettement plus pratique avec. Ceci étant dit, je constate qu’il y a vingt ans je connaissais le N° de téléphone de mes amis par coeur, alors que je n’en connais plus aucun maintenant. Suis-je devenu plus stupide entre-temps ? Non pas pas réellement, car l’intelligence ne se mesure pas à la capacité de mémorisation ou à la rapidité de calcul (les ordinateurs seront toujours bien plus performants que nous dans ce domaine).

Donc non, notre dépendance à Google (ou par extension à l’internet) n’est pas forcément à craindre. D’une part, car nous sommes également dépendants au quotidien d’une infinité de choses que nous sommes incapables de produire nous-mêmes (pétrole, plastique, Nutella…). D’autre part, car l’intelligence de l’homme, celle qui en a fait l’espèce dominante de la planète, est plus liée à sa sensibilité (ses émotions), ses intuitions (déductions empiriques), sa capacité de discernement (sa conscience), sa créativité… Oui j’ai entendu parler de ce projet de drone qui peut prendre la décision de tirer tout seul sur ses cibles, mais ça relève plus de la science-fiction que de la réalité opérationnelle (je vous rappelle qu’un de nos soldats s’est fait récemment sanctionner pour avoir porté un foulard “non réglementaire”).

Nous en revenons donc à Google et à la place centrale qu’il occupe maintenant dans notre quotidien. J’ai eu l’occasion de lire ces derniers jours un certain nombre d’articles plus ou moins alarmistes (Welcome to Google IslandIt’s Google’s world, and we’re just living in itGoogle Glass in 10 years: The view from dystopia…), mais je reste confiant sur la capacité d’une société quôtée en bourse de se fixer ses propres limites. Certes, je ne vois pas de limite à l’ambition de Google, mais en tant qu’utilisateur j’aurais toujours la possibilité de me déconnecter, même si c’est une expérience… compliquée (I’m still here: back online after a year without the internet).

Oui j’ai volontairement confié une masse considérable de données personnelles à Google, dont les équipes les exploitent à des fins statistiques et comportementales. En contrepartie, ils me fournissent des services gratuits qui facilitent grandement mon quotidien. Cet arrangement tacite fonctionne plutôt bien et je n’ai pas l’intention de le dénoncer, car les bénéfices sont supérieurs aux désagréments. De plus, j’estime que les services et innovations que me propose Google (et par extension d’autres acteurs de l’internet) s’inscrivent dans une dynamique d’évolution sociétale : la société évolue et j’évolue avec elle grâce (en partie) aux nouvelles technologies. Ma vie serait-elle meilleure sans Google, Twitter, Amazon, mon smartphone, ma tablette… ? Difficile de répondre objectivement à cette question. Par contre, je serais très nettement en décalage avec mon entourage. J’imagine que Google n’occupe qu’une place très mineure dans le quotidien de moines tibétains, mais dans mon quotidien, c’est un incontournable.

Google_Copernic
Il y a un message caché dans cette illustration…

Pour conclure, je vais répondre à la question posée dans le titre : oui, je pense que Google ambitionne de devenir notre système d’exploitation personnel, au même titre que Microsoft a dû l’ambitionner à sa grande époque ou qu’Alibaba ou Rakuten ambitionnent de le devenir sur leur marché. Tout est une question d’ambition, de moyens et de temps. Ils finiront par y arriver, j’en ai la certitude. Après ça, la grande question est de savoir qui fixe le rythme d’innovation / d’adoption : les entreprises privées ? Les institutions ? Les gouvernements ? Début de réponse chez Erwann Gaucher : Ces fétichistes du papier qui sont au pouvoir.

Avec NaCl, Google complète sa vision de l’informatique du futur

J’ai déjà eu plusieurs occasions de vous parler de l’évolution de l’outil informatique (La fin de l’ordinateur individuel est programmée et Quel va être l’impact de la fin de l’ordinateur individuel ?). Il y a de fortes chances pour que vous ne soyez pas particulièrement sensible à ces réflexions vu que l’ordinateur que vous avez en face de vous est grosso modo le même que celui que vous utilisez depuis plusieurs décennies : un écran, une souris, un clavier, un disque dur… c’est simplement sa puissance qui augmente régulièrement, de même que la taille de l’écran. Certes, avec la généralisation de l’internet au bureau et dans les foyers, les ordinateurs ont connu un second souffle, mais ils sont très clairement en fin de vie. L’avènement des tablettes est d’ailleurs un très bon indicateur du changement que nous sommes en train de vivre (13% des foyers sont équipés à fin 2012, un chiffre qui devrait quadrupler d’ici 2016).

Office = le boulet qui nous verrouille sur des outils informatiques du XXème siècle

Vous pourriez me dire que malgré les qualités indéniables des tablettes en tant que terminaux de consommation de contenus digitaux, elles ne remplacent pas un ordinateur, et vous auriez bien raison. Inutile donc de fantasmer sur le tout dernier iPad, car ce n’est résolument pas le digne remplaçant des ordinateurs traditionnels, surtout à près de 1.000 € ! Par contre, les Chromebooks de Google semblent être des candidats bien plus sérieux, d’autant plus qu’avec des prix ultra-compétitifs ils ont su séduire de nombreux nouveaux clients (Google announces that 2,000 schools now use Chromebooks, up 100% in three months). Là encore, vous pourriez me dire que ces machines ne concernent qu’une petite tranche de la population (les étudiants), et vous auriez également raison. J’ai effectivement lu d’innombrables avis sur ces fameux Chromebooks, qui sont présentés comme des alternatives terriblement efficaces aux ordinateurs traditionnels… mais qui ne peuvent pas les remplacer, car ils sont incapables de faire tourner le Pack Office.

Samsung-Chromebook

Somme-nous donc dans une impasse avec une population qui se segmentent en deux : d’un côté les jeunes qui vivent dans le cloud, et de l’autre les vieux dont le quotidien informatique est irrémédiablement ancré dans le siècle passé à cause de la suite bureautique de Microsoft ? Oui, et je n’ai pas peur de le dire : Microsoft s’est arrangé pour verrouiller le marché et empêcher les utilisateurs d’évoluer vers une nouvelle génération d’outils informatiques. Peut-on leur en vouloir ? Pas réellement, car ce type de verrouillage est le fond de commerce des acteurs de l’informatique (IBM, Adobe, Apple…). Donc is l’on récapitule : nous sommes bloqués avec des machines conçues au siècle dernier à cause de foutus fichiers bureautiques. Pour s’extraire de ce dictat, il faut beaucoup de volonté et de rigueur. Or, les Chromebooks ne donnent pas vraiment envie de faire ces efforts. Mais la situation vient de changer…

Pixel + QuickOffice = votre ticket de sortie vers l’outil informatique du XXIème siècle

En deux ans, le système d’exploitation de Google a beaucoup progressé (Avec Chrome OS, Google parie sur le CloudBook), mais il lui reste encore beaucoup de chemin à parcourir. Considérés par beaucoup comme l’offre low cost de Google, les Chromebooks sont en passe d’acquérir leur première lettre de noblesse avec le tout nouveau Pixel, véritable vitrine technologique de la gamme : The Chromebook Pixel, for what’s next.

Si la machine est incontestablement une réussite en terme de design et de qualité de fabrication, elle pose néanmoins de grosses questions quant à son prix : pourquoi payer aussi cher pour un ordinateur qui ne peut pas faire tourner Excel ou Powerpoint ? Là encore, les avis sont homogènes : The Chromebook Pixel: A Beautiful Premium Laptop For Those Who Live In The Cloud (But Not For Anyone Else) et The Chromebook Pixel Is The Most Brilliant Laptop You’ll Never Buy. Traduction pour celles et ceux qui n’ont pas le temps de lire ces avis : ce tout nouveau Chromebook Pixel est une splendide réussite technologique, mais sommes-nous réellement prêts pour une machine qui repose exclusivement sur l’informatique dans les nuages ? (cf. Définition et usages du cloud computing).

Pixel

Nous en revenons donc encore et toujours à l’épineux problème des usages professionnels qui sont dominés par les fichiers bureautiques. Si les Chromebooks n’ont pas réussi à convaincre le monde de l’entreprise, c’est parce qu’il est impossible d’éditer un fichier bureautique dessus. Correction : “il ÉTAIT impossible“, car conscientes de ce problème, les équipes de Google avaient un plan. C’est donc là qu’intervient une annonce passée quasi inaperçue cette semaine : Google Ports Quickoffice To Chrome Using Native Client, Will Get Full Editing Features In About 3 Months. Il y a quelque mois, Google rachetait QuickOffice, une application d’édition de documents Office pour terminaux mobiles, application qui va être adaptée sous Native Client. Google est donc en train de finaliser une nouvelle version de QuickOffice qui va vous permettre de consulter et éditer des documents Office dans votre navigateur (traduction : le pack Office sur votre Chromebook).

QuickOffice
Éditez vos fichiers Office sur vos smartphones et tablettes

Le plus intéressant dans cette histoire, c’est que le portage de QuickOffice sous Chrome va se faire avec Native Client. Pour mémoire, il s’agit de la technologie de Google permettant de faire tourner des applications en code natif dans le navigateur, donc des performances en théories bien supérieures à ce que peuvent proposer les Office Web Apps, même sur des machines à moins de 300 € propulsées par des processeurs de famille ARM (cf. L’adoption de NativeClient passera par les jeux… et la bureautique).

Native Client = le pont entre deux paradigmes de l’outil informatique

Pour résumer ce qui a été expliqué plus haut, nous avons deux approches très différentes de l’outil informatique :

  • le paradigme du XXème siècle, avec des ordinateurs puissants mais coûteux sur lesquels sont stockées les applications et données ;
  • le paradigme du XXIème siècle, avec des ordinateurs aux ressources limitées et à bas prix, mais qui exploitent des capacités infinies de stockage et de calcul dans les nuages.

La promesse de Google est donc de vous faire profiter de ces deux paradigmes : des ordinateurs “légers” qui exploitent les infrastructures distribuées (donc toute la puissance de l’informatique dans les nuages) et qui vous permettent de travailler sur des formats de fichier du siècle dernier, le tout avec une interface tactile et une machine aussi belle qu’un MacBook. C’est donc un coup de maître de la part de Google qui, avec Native Client, parvient à réunir tous les ingrédients nécessaires à la complétion de sa vision de l’informatique du futur :

  • Des terminaux maîtrisés au niveau hardware et software (les gammes Nexus et Chromebook) ;
  • Une architecture technique distribuée pour déployer ses offres BtoC et BtoB (Google Drive, Google Apps, Google App Engine…) ;
  • Un circuit de distribution intégré (Google Apps Marketplace, Google Play Apps Store) ;
  • Une interface et des applications de consultation / édition / création (Chrome, Chrome OS, QuickOffice).

La chaine est donc maintenant quasi-complète, QuickOffice et Native Client étant les derniers maillons de la chaîne. Je suis persuadé que la prochaine grand-messe annuelle de Google en mai prochain sera l’occasion pour eux de dévoiler leur plan d’ensemble. N’allez pas penser que je suis partisan, je suis simplement enthousiaste à l’idée de voir enfin évoluer cet outil informatique d’entreprise que nous subissons depuis des décennies. Cette nouvelle approche de l’outil informatique proposé, entre autres, par Google me semble tout à fait correspondre aux attentes des utilisateurs en terme de praticité, pérennité, mobilité, collaboration… Reste maintenant à convaincre les DSI, qui seront aux premières loges de ce changement de paradigme.

Facebook lance son moteur de recherche mais manque d’inspiration

Cette nuit Facebook a annoncé le lancement prochain de son moteur de recherche, Facebook Graph Search, une nouvelle qui a fait le tour de la blogosphère tant l’évènement avait suscité la curiosité des journalistes. Grand rival de Google, Facebook était logiquement attendu pour le lancement de son moteur, pour lequel les équipes ont choisi une approche différente de la recherche, car elle repose sur les amis.

Le moteur de recherche de Facebook propose donc de remplacer l’index de Google par votre liste d’amis et son algorithme par leurs publications. Vous aussi vous avez l’impression qu’il y a tromperie sur la marchandise ? Effectivement cette annonce déçoit, mais elle cache surtout une vérité bien plus cruelle pour Facebook.

Rechercher le web grâce à vos amis (oups !)

Facebook Graph Search est donc un moteur de recherche interne qui permet d’explorer plus facilement votre graphe social à l’aide d’équation de recherche en langage naturel. Cette nouvelle fonction prendra la forme d’une barre de recherche dans le haut de page où vous pourrez rechercher auprès de vos amis, leurs publications, leurs centres d’intérêt, les endroits qu’ils ont visités et les choses qu’ils ont aimées.

Les éléments qui peuvent être cherchés sur Facebook

Le fonctionnement est assez intuitif et nous pouvons faire confiance aux équipes de Facebook pour livrer un produit qui fonctionne correctement. Comme toujours, Facebook nous propose une belle vidéo pour illustrer le tout avec plein de jeunes gens cools qui respirent le bonheur :

Ils ont également annoncé un partenariat avec Bing pour les recherches plus classiques, celles qui concernent des contenus hébergés en dehors de Facebook : Evolving Search on Facebook. L’argument principal de Mark Zuckerberg est de dire que les moteurs de recherche actuels (donc Google) se contentent de fournir une liste de liens où vous pourrez peut-être trouver une réponse, alors que son moteur apporte directement des réponses concrètes issues de vos proches. Mouais… je ne savais pas que Google ne fonctionnait pas bien et qu’il fallait une solution de remplacement. Cette assomption est d’autant plus déplacée que Microsoft nous avait déjà fait le coup il y a plus de 3 ans en positionnant son moteur comme un outil d’aide à la décision : Le marché de la recherche relancé avec Bing et Wolfram ?

Outre le fait que le Graph Search de Facebook nécessite d’avoir beaucoup d’amis très actifs pour avoir des réponses pertinentes, il y a l’éternelle question de la confidentialité. Heureusement cette question a déjà été traitée :

Je sais bien qu’au fil des années j’ai toujours été très critique sur Facebook, mais vous conviendrez que le moteur de Facebook repose sur une base plus étroite : sur les 200 millions de sites web actifs, Facebook vous propose de restreindre la recherche aux citations ou intérêts de vos amis, soit quelque centaines de personnes au mieux. C’est un peu court, non ? Certes, ce moteur va grandement améliorer la navigation au sein de Facebook et de votre liste d’amis, mais j’ai comme l’impression que l’éléphant a accouché d’une souris.

Pour avoir de détails précis sur le fonctionnement du moteur et sa genèse, je vous propose les deux articles suivants : First Look at the New Facebook Search et Facebook’s Bold, Compelling and Scary Engine of Discovery: The Inside Story of Graph Search.

Une nouveauté qui ne séduit pas grand monde

Entendons-nous bien : je ne suis nullement en train de critiquer vos amis ou leurs centres d’intérêt, simplement je trouve que le grah search tel que nous le présente Facebook est une vision très étriquée de la connaissance. Il a fallu 15 ans et des dizaines de milliards de dollars pour construire la plus grande base de connaissance de l’humanité (le web) et Mark Z. nous explique que les likes et photos de vos amis vont vous apporter des réponses plus pertinentes. De qui se moque-t-on ?

Pourtant il ne manque pas d’ambition au sujet de ce moteur qui a été présenté comme le troisième pilier de l’expérience Facebook (avec le News feed et les timelines). Force est de constater que je ne suis pas le seul à être sceptiqueFacebook Takes On Google, But Private, Personalized, Social Search Has No Clear Winner YetFacebook’s New Search Doesn’t Change Anything, Except On Facebook et Why Facebook’s New Graph Search Is No Google.

L’avis le plus pertinent sur la question est celui des spécialistes de la recherche, notamment de John Battelle qui nous explique qu’avec le social search, chacun aura une page de résultats différente, donc autant de possibilité de monétisation : Facebook Is No Longer Flat.

Outre le fait que ce moteur se réduit à filtrer les like et publications des membres avec votre liste d’amis, je m’interroge sur la valeur d’une recherche dans une base de données privée avec des contenus non qualifiés. Les robots de Google nourrissent son index avec l’intégralité de ce qui est disponible sur le web, alors que le graph search se contente de ce qui a été publié sur Facebook, soit un corpus à la taille limitée. Idem, si l’algorithme de Google a fait ses preuves en matière d’évaluation de la pertinence des contenus, qui va vérifier la véracité des publications de vos amis ? Je ne suis pas en train de qualifier vos amis de menteurs, mais ce ne sont pas non plus des professionnels de l’information et de la connaissance.

En définitive, c’est ce côté “amateur” du graph search qui me dérange, et les exemples présentés lors de la conférence sont assez révélateurs de la naïveté du dispositif :

  • La rencontre, où il vous suffit de chercher les hommes / femmes célibataires dans votre ville avec les mêmes coûts et centres d’intérêt que vous pour trouver l’âme soeur. OK, mais tous les membres célibataires de Facebook sont-ils en recherche ? Cette approche de la rencontre fait-elle le poids face à des plateformes sociales qui ont été conçues pour cela (Badoo, Meetic…) ?
  • Le recrutement, où il vous suffit de chercher dans votre liste d’amis des candidats potentiels qui n’ont pas d’employeur. OK, mais que fait-on de ceux qui en ont un ? Là encore, ce n’est pas parce que je suis inscrit sur Facebook que je suis en recherche d’un nouvel emploi, d’autant plus que les profils n’ont pas du tout été conçus pour valoriser l’expérience professionnelle, contrairement à des plateformes comme LinkedIn.
  • Les lieux, où il vous suffit de dire ce que vous cherchez pour que l’on vous propose une liste de restaurants, bars, hôtels… D’une part je pensais que Facebook Places avait été abandonné, d’autre part, restreindre les résultats à vos amis ne va pas vous remonter grand-chose. Vous avez ainsi bien plus de chances de trouver des résultats pertinents sur Yelp, TripAdvisor ou Google Local.
  • Les photos. Je sais bien qu’il y a des milliards de photos publiées par les membres, mais combien de doublons ? L’important n’est pas le nombre de photos, mais la qualité des métadonnées qui y sont associées. J’aime beaucoup Instagram, mais les contenus publiés par ses 20 millions de membres actifs ne tiennent pas la comparaison face au couple Google Maps et Street View.
Les résultats de recherche dans Facebook

Comme c’est souvent le cas chez Facebook, j’ai l’impression que Mark Zuckerberg affiche une confiance inébranlable dans la capacité des membres à fournir des contenus de qualité qui peuvent concurrencer des sociétés dont c’est le coeur de métier et qui existaient déjà au siècle dernier. Et ce n’est pas en recrutant 500 millions de nouveaux membres qu’ils vont réussir à améliorer la qualité des contenus.

Un moteur de recherche souffrant d’inacceptables limitations

Je sais bien que le service est encore en beta, mais en lisant entre les lignes il est possible d’en voir dès aujourd’hui les limites :

  • Un service uniquement disponible en anglais, certainement car la sémantique de cette langue est beaucoup plus simple que celle des langues latines (français, italien…), nordiques, germaniques ou cyrilliques ;
  • Pas de version mobile ou tablette ;
  • Pas d’intégration à l’open graph et pas d’APIs

Encore une fois, j’ai conscience que nous sommes dans un monde de beta perpétuelle et que cette fonctionnalité n’est pas encore officiellement disponible, mais il faut bien reconnaitre qu’ils ont des années de retard sur la concurrence.

Concernant la concurrence de Google, Mark Z. ne s’est pas gêné pour critiquer ouvertement Google en tant que moteur de liens, mais il a peut-être oublié que le roi des moteurs avait déjà entamé sa révolution l’année dernière avec des grosses avancées en matière de sémantique avec son Knowledge Graph (La recherche passe à l’ère sémantique), sociale avec Search plus your World (Quel sera l’impact de l’intégration de Google+ dans les résultats de recherche), et mobile avec Google Now (Un assistant personnel dans votre smartphone avec Siri, Now et Gimbal).

La vérité est que Facebook a accumulé un retard qu’ils ne pourront jamais combler. Ceci étant dit, ils ont été suffisamment malins pour éviter une concurrence frontale avec Google.

À qui profite ce moteur ?

Je ne voudrais pas jouer les rabat-joies, mais je constate qu’encore une fois, Mark Z. compte sur le volontarisme des membres pour enrichir l’expérience, mais qui s’enrichit réellement ? Je suis peut-être paranoïaque, mais j’ai comme l’impression que ce graph search est un nouveau levier pour pousser les membres à enrichir leur profil (centres d’intérêts) et à augmenter les Likes (Facebook’s Graph Search Is Really A Plan To Rescue The Like). Tout ceci m’a tout l’air d’être une manoeuvre parfaitement orchestrée pour améliorer le ciblage publicitaire.

De même, nous n’avons pour le moment aucune information sur l’impact du graph search sur le trafic vers les pages des annonceurs. Tout ce que Facebook dit est que les annonceurs doivent mettre à jour leurs pages et améliorer leurs tactiques d’engagement pour être sûrs de remonter dans les résultats de recherche : Introducing Graph Search, Help People Discover your Business.

Affichage des marques dans les résultats de recherche

Je ne doute pas qu’il y aura à terme une offre payante pour donner une place aux annonceurs dans les résultats de recherche, mais pour le moment ils ne fournissent aucune solution pour les marques non-aspirationnelles, à savoir 99,99% des marques. Le problème est que depuis le lancement des timelines pour les annonceurs, seules les marques les plus puissantes s’en sortent (Avec les nouvelles pages et formats publicitaires, Facebook privilégie les marques fortes), et ce moteur de recherche va rendre la compétition pour l’attention encore plus intense. Attendez-vous à une recrudescence de la chasse aux Likes.

Je peux me tromper, mais j’ai l’intime conviction que ce moteur de recherche ne va faire qu’intensifier les astuces permettant d’améliorer le taux d’engagement. Pour vous la faire courte, les annonceurs auront le choix entre se faire saucissonner (payer pour apparaitre dans les listes de résultats) ou tricher (utiliser des moyens détournés pour doper le taux d’engagement). Tout ceci me semble bien éloigner de la vision idéologique du fondateur.

Un énorme risque de pollution

Tout le problème de ce graph search est qu’il risque de stimuler les dérives que l’on constate déjà :

  • pousser les membres à s’inventer une vie trépidante afin “d’exister” dans les résultats de recherche (ils ne sont pas malveillants, mais cherchent simplement à être valorisé socialement) ;
  • inciter les utilisateurs à devenir amis avec les membres les plus cools, ceux qui voyagent et sortent (donc pervertir la notion d’amitié) ;
  • forcer les community managers des marques à se démener pour récolter des likes, donc adopter les interactions courantes des membres (blagues, photos rigolotes, commentaires sur l’actualité…).

D’autres sont plus optimistes que moi (How Facebook Thinks Its New Graph Search Will Help AdvertisersHow marketers can use Facebook’s Graph Search to understand consumers), mais ce n’est pas la première fois que je pointe du doigt les changements qui stimulent la schizophrénie des membres (Comment les nouvelles règles de Facebook vont modifier le comportement des utilisateursL’impact des changements de Facebook pour les utilisateurs, les annonceurs et les fournisseurs de contenu), et je pense qu’il est légitime de penser qu’en soufflant sur les braises, Facebook va devenir sa propre caricature.

Mais le plus gros risque selon moi est que ce moteur de recherche favorise l’émergence d’un marché noir des profils fictifs spécialement créés pour faire remonter les marques dans les résultats. L’astuce consisterait à créer des profils avec un quotidien rempli de voyages, sorties et achats dont l’unique but est de devenir l’ami du plus grand nombre de membres et de revendre sous le manteau les publications aux marques.

Nous sommes d’accord sur le fait que ça ferait courir de gros risques aux annonceurs, mais nous savons tous que les techniques de black hat SEO sont couramment utilisées, j’anticipe donc une montée en puissance du black hat SMO (social media optimization).

Facebook en mal d’inspiration

En conclusion je dirais que Facebook fait fausse route avec ce moteur de recherche, car il ne tiendra jamais la comparaison avec les services déjà existants. Les entités sémantiques du Knowledge Graph et les communautés Google+ sont ainsi beaucoup plus pertinentes que les publications de vos amis.

À moins que nous fassions tous fausse route et que l’ambition de ce moteur est simplement d’améliorer la recherche au sein de vos amis, ni plus ni moins. Cela confirmerait alors le terrible manque d’inspiration dont Facebook souffre actuellement : le rachat à prix d’or d’Instagram et la copie à l’identique qu’ils ont livré de Snapchat sont autant de preuve de l’incapacité de Facebook à innover (Facebook’s Poke app as a Snapchat clone is a bad sign). Ce moteur de recherche ne fait que confirmer la tendance à la facilité de Facebook qui se contente de livrer grosso modo ce qu’on attend de lui, pourtant il y aurait de nombreuses choses à améliorer (What Facebook Should Be Building).

Au final, le plus alarmant avec la sortie de ce graph search est qu’il apparait comme évident que Facebook n’a plus la capacité à faire émerger de nouveaux business comme Zynga à l’époque. Pour résumer : depuis l’introduction en bourse, tous les changements de Facebook ne sont motivés que par l’augmentation des bénéfices ou de la valeur de l’action. Mais ça vous vous en doutiez déjà non ?

Je ne suis pas en train de faire le procès des sociétés cotées en bourse, car la recherche de profit est un but légitime dans notre économie capitaliste (il faut appeler un chat un chat). Ce qui me dérange, c’est l’écart entre les intentions annoncées de Facebook et la réalité : les membres et les annonceurs vont encore une fois faire les frais de l’avidité des actionnaires.

Encore une fois je ne cherche pas à faire le procès du capitalisme, mais plus nous avançons dans le temps et plus je constate que le modèle économique de Facebook ne repose pas sur des bases très saines. Pour augmenter la rentabilité, ils sont ainsi obligés d’intensifier la collecte et l’exploitation des données personnelles des membres. Certes, en écrivant cela je remets en cause la gratuité du web, et de Facebook en particulier, mais j’ai un mauvais pressentiment sur l’évolution de ces pratiques.

Pour résumer cela, je me permets de citer cette célèbre phrase : Si vous ne payez pas, vous n’êtes pas client, c’est vous le produit qui est vendu. Si vous avez des indications sur l’auteur, je suis preneur…

Microsoft et Google rattrapent leur retard sur Apple

En à peine 5 ans, le paysage de l’internet a été complètement transformé. Ça, vous le saviez déjà. Si l’internet mobile est un sujet qui a commencé à émerger au siècle dernier, c’est bel et bien le lancement de l’iPhone en 2007 qui a été le point de départ d’une authentique révolution industrielle, culturelle et commerciale. Du fait de la prime au premier entrant, la domination d’Apple sur cette période est incontestable et écrasante : la qualité de fabrication, la simplicité d’usage et la maturité de l’écosystème iTunes ont littéralement anesthésié les géants de la mobilité (Nokia, Blackberry, Sony…) qui ne s’en sont toujours pas remis.

Nous sommes maintenant presque en 2013, et force est de constater que la machine à innover d’Apple est à bout de souffleiPad mini, la fin du miracle ? Incroyablement inspiré et terriblement efficace, le rouleau compresseur de Cupertino s’est maintenant enlisé dans des cycles d’itérations technologiques insipides et dans une recherche de la rentabilité ne souffrant d’aucune pudeur. La complexification de la gamme iPhone / iPad et les nouveaux lightning connectors (qui rendent les derniers modèles incompatibles avec les accessoires précédents) sont les preuves les plus flagrantes de la nouvelle politique de “conception orientée rentabilité” adoptée par Apple.

La nouvelle gamme iOS d’Apple

Loin de moi l’idée de remettre en cause la réussite de ce hold’up industriel, car il a été magistralement exécuté. Mais si vous regardez en détail ce qui a été annoncé lors de la dernière keynote (et même des précédentes), il n’y a plus vraiment d’innovation, simplement une course à l’armement pour des processeurs toujours plus puissants et des écrans à la résolution toujours plus fine. Si cette stratégie commerciale a bien fonctionné jusqu’à présent, elle ne fait plus de miracle et de nombreuses critiques fort bien argumentées commencent à se faire entendre : 5 Reasons You Shouldn’t Buy An iPad Mini et Dear Apple: I’m Leaving You.

Le problème ne vient pas de la qualité des produits, car elle reste globalement supérieure à la concurrence, mais au prix. Un iPhone 5 coûte jusqu’à 850 €, tandis qu’il faudra compter plus de 400 € pour iPad Mini, là où la tablette concurrente de Google est affichée à 200 €. Formulé autrement : l’écart de prix entre les produits mobiles Apple et la concurrence n’est plus justifié, car si l’iPhone et l’iPad sont encore deux fois meilleurs, ils sont 3 à 4 fois plus chers. Plus inquiétant encore : s’il aura fallu 5 ans à Google et Microsoft pour mettre au point des offres alternatives à peu près crédibles, ils sont en train de s’implanter durablement sur des créneaux où Apple ne peut / veut pas lutter.

À l’échelle de temps de l’internet, 5 ans représentent une éternité. C’est pourtant ce qu’il aura fallu à Google et Microsoft pour reprendre le leadership sur la partie matériel, un domaine qu’ils avaient délaissé au profit de constructeurs dont les cycles produits n’étaient plus du tout en phase avec le niveau d’exigences du marché (revu à la hausse grâce ou à cause des produits Apple).

Une nouvelle tablette Surface et un Windows 8 unifié pour Microsoft

J’imagine que vous avez dû entendre et lire tout un tas de choses sur la décennie perdue par Microsoft. Pourtant, la firme de Redmond n’a pas ménagé sa peine pour se remettre en course et tourner la page de ses succès passés avec les ordinateurs individuels : Microsoft prépare l’après-PC avec sa tablette Surface. La tablette hybride Surface est donc la partie visible du nouveau Microsoft, une firme high-tech qui envisage maintenant l’outil informatique dans toute sa diversité : ordinateurs fixes, tablettes, smartphones, objets connectés…

La nouvelle tablette Surface de Microsoft

Au coeur de cette révolution, il y a bien évidemment la toute dernière version de Windows, sortie il y a quelques semaines. Les changements y sont nombreux, notamment au niveau de l’interface, faisant ainsi grogner les utilisateurs n’aimant pas trop être bousculés dans leurs habitudes. S’il est encore tôt pour dire que cette huitième version de Windows est une réussite ou non, l’essentiel du travail semble avoir été fait en arrière-plan pour mettre au point un écosystème cohérent et partagé entre différents terminaux. Windows 8 s’accompagne ainsi de la sortie de Windows Phone 8, qui partage le même noyau (kernel en anglais). Je ne suis pas un spécialiste, mais les observateurs avertis s’accordent à dire que c’est un authentique tour de force, car ces deux OS proviennent de branches complètement différentes.

Si la Surface est le nouveau vaisseau amiral de la marque, avec un positionnement à mi-chemin entre tablette et ultrabook, la ligne de smartphones n’est pas en reste grâce à un partenariat très fort avec Nokia et d’autres constructeurs comme HTC pour proposer des machines très abouties.

Les nouveaux smartphones Nokia et HTC

Si aujourd’hui Microsoft ne bénéficie pas de la même aura qu’Apple quand il est question de smartphones ou de tablettes, la firme de Redmond s’est donné les moyens de repartir sur des bases saines pour préparer une riposte d’envergure. Et c’est bien là où la domination d’Apple est en train de s’effriter : la marque à la pomme a investi tellement d’énergie dans le maintien de l’intégrité de son écosystème  pour verrouiller les bénéfices, qu’ils se retrouvent avec deux systèmes d’exploitation incompatibles (iOS et Mac OS) là où Microsoft semble avoir réunifié les siens (Windows et Windows Phone). Est-ce un problème dans l’immédiat pour Apple ? Non pas du tout. Est-ce un problème à horizon de 10 ans ? Oui tout à fait, car le processus de transformation du marché (usages et attentes) n’en est qu’à ses débuts.

Android, Now et gamme Nexus élargie pour Google

Concernant Google, une énergie considérable a été investie pour faire évoluer rapidement Android et pour sortir une gamme d’appareils mobiles performants : Nexus: The best of Google, now in three sizes. Si la prise de parts de marché des smartphones tournant sous Android a été pour le moins chaotique, les équipes de Google sont bien décidées à ne pas reproduire les erreurs du passé et se sont associés avec les plus grands constructeurs pour proposer trois produits de référence : les Nexus 4, 7 et 10 pouces. L’approche de Google n’est pas de proposer les produits aux caractéristiques techniques les plus avant-gardistes, mais de sortir des terminaux au rapport qualité imbattable. De ce point de vue là, la Nexus 7 proposée à 200 € est une réussite flamboyante.

Les trois terminaux mobiles Google

Outre la maîtrise du hardware et du software, Google semble mettre les bouchées doubles pour séduire les développeurs et faire de Google Play l’écosystème de référence pour les contenus numériques (applications, jeux, films, musique…).

Les ambitions de Google en matière de mobilité ne datent pas d’hier (Eric Schmidt les avaient déjà dévoilées en 2005), mais il leur a fallu un peu de temps pour recruter les bonnes personnes et synchroniser les équipes : Inside Android’s next wave: Building the Nexus 4, Nexus 10, and Android 4.2. Android est maintenant un rouleau compresseur lancé à pleine vitesse dont la maturité impressionne. Mais les efforts de Google ne s’arrêtent pas là, car leur plan d’ensemble ne s’arrête pas qu’aux terminaux. L’ambition de Google est de reprendre le leadership sur le hardware (la gamme Nexus), le software (Android), la place de marché (Play) et de lier le tout à l’écosystème Google (Google Now: behind the predictive future of search).

Tout l’écosystème de Google concentrer sur les terminaux mobiles

Google Now est donc au coeur de la révolution de Google, celle qui va faire basculer Google dans le XXIème siècle, la révolution du web sémantique (Knowledge Graph), des médias sociaux (Google+), des contenus numériques (YouTube, Music…), du cloud grand public (Drive, Chromebook) et de l’informatique d’entreprise (Apps).

Là encore, il a fallu un peu de temps aux différentes équipes de Google pour s’organiser et se synchroniser, mais les différentes pièces du puzzle s’assemblent beaucoup mieux maintenant. Et pendant ce temps-là, que fait Apple ? Il facture 30 € l’adaptateur de son nouveau système de câble (lighting connector). Une “stratégie” très rentable à court terme, mais qui ne les aidera pas à basculer dans le prochain paradigme des outils informatiques et de communication.

Lightning connectors et un iTunes vieillissant pour Apple

Comme précisé plus haut, Apple n’est pas vraiment en danger pour le moment, surtout au regard de ses parts de marché. Par contre, la marque à la pomme se retrouve maintenant dans une situation délicate avec deux OS parfaitement incompatibles et un écosystème qui repose sur une aberration anachronique : iTunes. L’empire d’Apple et ses revenus sont en effet issus d’un écosystème régi par un logiciel vieillissant. Lourd, fermé, extrêmement contraignant… iTunes est le boulet dont Apple va avoir le plus grand mal à se débarrasser. De nombreuses lacunes liées à iTunes n’ont toujours pas été résolues, notamment son incompatibilité avec le monde de l’entreprise ou la gestion catastrophique des utilisateurs multiples. Les efforts faits par Google et Microsoft pour livrer leur OS respectif avec un mode “enfant” sont ainsi un bel exemple des problèmes qu’Apple devra résoudre pour ne pas accélérer la perte de parts de marché.

Si je ne peux que reconnaitre l’excellence de la fabrication des produits Apple (iPhone 5, Macbook…), sont-ils réellement compatibles à grande échelle avec une économie en crise ? La concurrence occidentale (Google, Microsoft, Amazon…) et asiatique (Samsung, Asus, HTC, ZTE…) finira nécessairement par mettre à mal une société qui s’apprête à relever un nouveau défi (l’Apple TV).

Ceci étant dit, à quel risque Apple s’expose-t-il : une forte perte de parts de marché ? Soit, mais Apple a toujours été une marque de niche. Je considère ainsi le succès auprès du grand public de l’iPhone ou de l’iPad plus comme des accidents industriels qu’autre chose. La concurrence s’est maintenant remise en ordre de bataille pour reprendre les parts de marché qu’elle n’aurait jamais dû perdre. Une fois cette bataille livrée, il ne restera à Apple “que” 20 à 25% de parts de marché, soit sa zone de confort.

Nous sommes donc en train d’assister à la fin de la période de domination d’Apple. Une période qui leur aura permis d’engranger des dizaines de milliards de dollars de bénéfices. Une manne dont ils auront bien besoin pour opérer leur révolution et rattraper un retard en train de se former sur des chantiers de fond que Microsoft et Google sont en train de résoudre : fusion des OS, basculement des services dans les nuages, mise en place d’offres cohérentes pour les entreprises…

Les prochains mois vont être décisifs pour savoir si ce nouvel élan initié par Google et Microsoft leur permettra de développer des leviers concurrentiels suffisamment puissants pour convaincre les marchés grand public et d’entreprise. En attendant, je vais être particulièrement attentif à la nouvelle version majeure d’iTunes attendue pour les prochaines semaines…

Quels usages pour les lunettes Google Glass

Tout à commencé il y a quelques mois quand les équipes de Google ont publié une mystérieuse vidéo sur un produit dénommé Google Glass qui nous projetait dans la réalité augmentée et l’informatique ambiante :

Si cette première vidéo en a fait sourire plus d’un (j’ai toujours rêvé d’être un Terminator), les choses ont pris une autre tournure quand Sergey Brin, le fondateur et patron de Google, a commencé à systématiquement porter ces lunettes lors de ses sorties publiques.

Sergey Brin avec ses lunettes à réalité augmentée

La tension est encore montée d’un cran avec l’ouverture d’un compte officiel Google Glass sur Google+ ainsi que la publication de photos provenant d’un prototype fonctionnel. Les photos en elles-mêmes n’ont rien de spectaculaire (la résolution est plutôt moyenne), simplement elles préfigurent un certain nombre d’usages auxquels ces fameuses lunettes sont destinées.

Exemple de photo uniquement possible avec les Google Glass

Un truc de sportifs de l’extrême ?

Il n’aura finalement pas fallu attendre trop longtemps pour avoir une confirmation officielle du lancement de ce produit : Google étend sa gamme Nexus pour capitaliser sur Play et nous projette dans l’avenir avec ses objets intelligents. C’est donc au cours de la conférence Google I/O 2012 que les équipes ont pu faire une démonstration flamboyante du type de service que sont capables de rendre ces lunettes. Elles seront donc disponibles en début d’année prochaine aux développeurs et la première version coûtera dans les 1.500$.

Outre le côté spectaculaire de cette démonstration, ces lunettes illustrent selon le basculement entre l’informatique traditionnelle,celle qui nécessite un ordinateur, et l’informatique ambiante qui exploite les objets de tous les jours (ici, des lunettes). Les smartphones ont ainsi été le support idéal de transition entre ces deux approches de l’outil informatique.

Vous pourriez me répondre que ces lunettes ne vous seront d’aucune utilité dans la mesure où vous n’êtes pas très sportif ou que vous n’avez pas spécialement envie de faire tourner votre enfant au bout de vos bras… mais ça serait faire l’impasse sur les immenses possibilités ouvertes par ces lunettes.

Exemple d’images capturées avec les Google Glass

D’innombrables usages au quotidien

Le principal avantage de ces lunettes est donc de pouvoir apporter différents services (photo, vidéo, réalité augmentée, géolocalisation…) sans monopoliser vos yeux ou vos mains, puisque tout se fait dans votre vision périphérique. Certes, porter ces lunettes sur votre nez vous donne un drôle d’air, mais d’ici quelques années, plus personne ne les remarquera, au même titre que les oreillettes Bluetooth que certains portent en permanence à leur oreille.

Bref, tout ça pour dire qu’une fois les lunettes chaussées et paramétrées, un monde nouveau s’offre à vous. Nous pouvons ainsi d’hors et déjà anticiper un certain nombre de cas d’usage :

  • Pour les sportifs (enregistrement de vos exploits, affichage de statistiques sur vos équipiers / adversaires…) ou pour les fans de sport (revivre un évènement sportif du point de vue des joueurs / compétiteurs) ;
  • Pour les touristes en leur permettant de se repérer dans la rue (en affichant les directions en surimpression) ou de mieux apprécier la visite d’un quartier (en affichant les points d’intérêt ou en traduisant les panneaux comme avec l’application World Lens) ;
  • Pour les musées en apportant des informations contextuelles aux visiteurs (explications sur les oeuvres, indication du sens de la visite…) ;
  • Pour les randonneurs (informations sur la faune / flore, indications topométriques…) ;
  • Pour les élèves (informations sur le fonctionnement d’un mécanisme) ;
  • Pour les malvoyants (assistance à la lecture ou au repérage d’obstacle) ;
  • Pour les acheteurs avertis (lecture du code à barres pour prix / composition / provenance…) ;
  • Pour les musiciens (affichage des accords ou de la partition) ;
  • Pour les livreurs (liste des prochaines destinations, affichage de la route et des alertes…) ;
  • Pour les clients (affichage des instructions de branchement / mise en route pour un gadget électronique, ou de montage pour un meuble) ;
  • Pour les commerciaux et hôtesses d’accueil (affichage des coordonnées et historique des clients identifiés grâce à la reconnaissance faciale) ;
  • Pour les médecins (affichage des constantes vitales du patient) ;
  • Pour les soldats et policiers (affichage de données tactiques sans quitter des yeux les suspects) ;
  • Pour les techniciens (affichage des pièces à changer ou de la procédure de maintenance à suivre…).
Réparez votre BMW en suivant la procédure

Comme vous pouvez le constater, la liste pourrait se prolonger à l’infinie. C’est très certainement le domaine de la maintenance qui pourrait bénéficier le plus rapidement de ces lunettes, car les prototypes et expérimentations existent depuis de nombreuses années. Un produit fabriqué à grande échelle ferait le bonheur des industriels qui pourraient ainsi diviser par deux leurs coûts de formation continue. Dans ce domaine, des industriels comme Metaio ou BMW sont très actifs.

Une autre niche d’usage à laquelle tout le monde pense sans oser le dire, c’est l’industrie du porno qui s’en donnerait à coeur joie (inutile d’argumenter sur ce sujet).

De même, ces lunettes pourraient vous permettre d’archiver vos souvenirs en redonnant de l’humanité et de l’intimité au principe de sousveillance.

Mais outre la réalité augmentée et la capture de photos / vidéos, il y a potentiellement d’autres usages personnels qui pourraient exploiter ces lunettes de façon plus intensive, par exemple un logiciel pour aider les joueurs de cartes qui fournirait des statistiques, des taux de réussite ou de prise de risque, qui pourrait même analyser le langage corporel des autres joueurs (à bannir en compétition bien sûr).

Toutes les pièces du puzzle sont déjà en place

Encore une fois, ne pensez pas que je suis en train de me livrer à un exercice de futurologie, car ces scénarios pourraient tout à fait se réaliser dès l’année prochaine. Si l’on y réfléchit bien, de quoi Google a-t-il besoin pour faire le lancement commercial de ces lunettes :

  • Un fabricant (avec Motorola Mobile, ils bénéficient d’une bonne capacité de production) ;
  • Un circuit de distribution (ils sont se sont déjà rodés avec les smartphones et se perfectionnent avec leur tablette) ;
  • Des logiciels pré-installés (ils ont déjà Google Googles et Voice Search) et des applications complémentaires (tout est déjà prêt avec Google Play) ;
  • Un écosystème de développeurs et partenaires (déjà en plus avec Android) ;
  • Des offres commerciales pour les marchands locaux (déjà proposées par Google Places).

Comme vous pouvez le constater, Google bénéficie d’une longueur d’avance considérable sur des projets similaires. De plus, ce produit couplé à un smartphone pourrait en faire un objet indispensable dans votre quotidien, un quotidien très proche. Reste encore à régler le problème du prix (mais les économies d’échelle et la loi de Moore sont là pour ça) et de l’apparence. Sur ce dernier point, ils sont visiblement déjà en pourparler avec de nombreux fabricants de lunettes pour intégrer leur technologie (imaginez le carton que pourrait faire un modèle de chez Oakley).

Les fabricants de lunettes traditionnelles sont déjà sur le coup

Je ne suis pas devin, mais je pense que ce projet marque un tournant décisif dans l’histoire de Google : non seulement il apporte un nouveau souffle créatif (dont ils ont besoin pour attirer / conserver les talents), mais il propulse Google dans l’ère des objets connectés et de l’informatique ambiante (How Google is becoming an extension of your mind).

Je me refuse à estampiller ces lunettes une technologie “3.0″, mais je ne cache pas mon enthousiasme quant aux innombrables possibilités qu’elles ouvrent. Autant d’opportunités qu’ils seront les premiers à saisir à l’échelle industrielle. Car il n’est pas ici question de lancer une innovation de pointe pour ravir leurs chercheurs, mais de lancer sur le marché (quasi) grand public un produit fortement disruptif qui va entrainer dans son sillage d’autres innovations d’usages et surtout d’augmenter le C.A. par client ou par utilisateur des services Google.

J’ai hâte de découvrir ce que nous réservent les autres programmes de recherche et notamment le mystérieux Google X

La recherche passe à l’ère sémantique (et sociale) (et pas visuelle)

La semaine dernière, la frénésie autour de l’IPO de Facebook était a son apogée et qui a fait passé presque inaperçu un changement majeur pour le web : l’évolution du fonctionnement de la recherche de Google (Introducing the Knowledge Graph: things, not strings).

Google à l’assaut du web sémantique avec son Knowledge Graph

Le panneau de recherche sémantique de Google

La raison majeure de cette évolution est la prise en compte de données sémantiques dans les résultats de recherche. Le principe est le suivant : plutôt que se fier à des chaînes de caractères, Google va maintenant travailler à partir de données structurées (“Things, not strings“). Ces données structurées sont  la résultante des travaux de sémantisation des contenus initiés par les équipes de Google il y a de nombreuses années qui avaient déjà permis de faire des premières expérimentations (notamment la roue magique qui depuis a été mise hors ligne : Google Knowledge Graph, un pas vers la recherche sémantique).

Le Knowledge Graph est donc l’arme ultime de Google pour faire progresser la recherche. Une évolution qui s’est fait attendre, car le marché a beaucoup évolué ces derniers temps surtout avec les big data (Du contenu roi aux données reines). Ce graphe des connaissances repose sur la notion d’entités sémantiques qui représentent des personnes, des objets, des lieux, des ouvrages… Les informations et données sont alors associées à ces entités pour créer des bulles de connaissances qui sont affichées sur la droite de la page.

Des résultats de recherche structurés grâce aux entités sémantiques

L’air de rien, cette colonne de droite est la plus grosse évolution de l’interface de Google depuis plus d’une décennie ! Non seulement elle va permettre d’enrichir la liste de résultats avec des données et informations structurées, mais elle va aussi permettre de dissocier les sujets de recherche qui ont le même nom.

Un repérage pus évident des sujets de recherche similaires

De plus, la structuration des connaissances va permettre d’afficher des listes de résultats plus courtes, mais plus riches, ce qui est parfait pour les terminaux mobiles : The Knowledge Graph for mobile and tablet search.

Des listes de résultats mieux conçues pour les terminaux mobiles

Présenté de cette façon, ça à l’air très bien. Et pour cause, cette approche structurée de la connaissance est utilisée depuis de nombreuses années par Wikipedia, et notamment le projet DBpedia dont vous pouvez bénéficier au travers des infobox.

Les infobox de Wikipedia

Encore une fois, il était grand temps que Google fasse évoluer le coeur de son moteur de recherche, car ils étaient en train d’accumuler du retard. Au cours de la décennie passée, nous avons ainsi été les témoins de quatre grandes étapes d’évolution :

  1. Le web centré sur les pages et les documents (le Page rank de Google a permis de les classer par score de pertinence) ;
  2. Le web centré sur les vidéos (YouTube et les autres plateformes de partage de vidéos ont bouleversé les usages, la réponse de Google a été d’introduire les images et les vidéos dans les listes de résultats de son universal search) ;
  3. Le web centré sur les utilisateurs (Facebook est aujourd’hui l’acteur central du web avec son social graph, et Google est clairement à la traine) ;
  4. Le web centré sur des données structurées (Wikipedia et Google ont beaucoup investi dans ce domaine pour ne pas rater le coche).

En sortant sont knowledge graph, Google jette-t-il implicitement l’éponge vis-à-vis du web social ? Oui et non. Oui, car la dimension sociale n’a qu’un intérêt limité pour améliorer la pertinence des résultats de recherche (Mythes et réalités de la social search). De plus, voilà des années que l’on nous annonce la mort de Google avec l’avènement de la recherche sociale chez Facebook (par opposition à la recherche algorithmique), mais nous n’en avons toujours pas vu la couleur (ceci est principalement dû à la qualité des contenus sur Facebook). Non ensuite, car avec Google+, ils se sont lancés dans un immense chantier de sociabilisation du web.

Donc si l’on résume, les résultats de recherche de Google vont donc (très prochainement) être classés selon :

  • L’algorithme d’indexation reposant sur le page rank (qui a toujours son utilité) ;
  • Les entités sémantiques reposant sur Freebase ;
  • Les interactions sociales (conversations et interactions) associées à des auteurs référencés dans Google+.

Ils sont donc potentiellement positionnés sur les trois fronts de la recherche : algorithmique, social et sémantique.

Microsoft à l’assaut du web social avec Bing

De son côté, Microsoft vient également d’annoncer une nouvelle version de Bing exploitant la dimension socialeIntroducing the New Bing: Spend Less Time Searching. Si le nouveau Bing va appuyer ses résultats sur de nombreuses plateformes sociales (Facebook, Quora, Foursquare…), la dimension sémantique n’est pas en reste, car les équipes de recherche travaillent depuis de nombreuses années sur un moteur d’entités sémantiques baptisé Satori et dont on peut voir la partie visible de l’iceberg dans les snapshots, un panneau de détails des données structurées associés à un terme de recherche :

La nouvelle interface de recherche de Bing avec les snapshots et vos amis

Mais c’est la dimension sociale qui est la plus mise en avant dans cette refonte avec une colonne de droite qui lui est entièrement dédiée.

Cette nouvelle version de Bing se situe donc logiquement dans la continuité de son positionnement d’outil d’aide à la décision (Le marché de la recherche relancé avec Bing et Wolfram ?).

Yahoo! tente un ultime retour avec sa recherche visuelle

Visiblement ils se sont passé le mot, car Yahoo! aussi tente d’innover avec Axis, une extension pour navigateurs permettant de faire de la recherche visuelleYahoo! launches Axis, a combined search and browsing product.

Le nouvelle interface de recherche visuelle de Yahoo!

Je ne sais pas trop quoi penser de cette nouveauté. Il y a certes de l’ambition dans ce lancement (ils envisagent d’en faire une plateforme et même un navigateur dans le navigateur : Yahoo Axis, un nouveau navigateur web sur iOS), mais je reste sceptique sur le principe de recherche visuelle, car le filon a déjà été exploité par d’autres, et notamment Spezify, oSkope ou encore Cooliris.

J’ai toujours été un ardent défenseur de Yahoo! qui a joué un rôle prépondérant dans l’évolution du web que nous connaissons aujourd’hui… mais qui n’en finit pas de sombrer : The incredible shrinking Yahoo!. La meilleure chose qu’ils pourraient faire serait de revendre les parts qu’ils possèdent dans Alibaba et de racheter Twitter (Alibaba Buys Back 20% Stake From Yahoo for $7.1 Billion).

Plus que quelques leviers d’amélioration

Puisque l’on en parle (de Twitter), il est intéressant de constater qu’avec les changements que vont opérer Google et Microsoft, le marché se rétrécie et il ne va plus rester grand monde pour contrer l’hégémonie de ces mastodontes hormis les initiatives étranges comme DuckDuckGo.

Plus sérieusement, il ne reste selon moi, que trois acteurs pouvant réellement faire bouger les choses, et qui sont donc logiquement des rachats potentiels :

  • Twitter, le roi incontesté du web en temps réel, posez une question à vos followers, et les réponses arrivent au bout de quelques secondes. En théorie, car en pratique, celles et ceux qui n’ont que quelques dizaines de followers n’obtiennent pas grand-chose. Toujours est-il qu’avec une bonne technologie d’analyse sémantique, les tweets sont une authentique mine d’or dans le cadre de la recherche d’informations ou de données. Reste encore à signer un gros chèque et surtout à bien appréhender la dimension culturelle de la tweetosphère.
  • Quora, avec sa plateforme d’entreaide centrée sur les questions/réponses collaboratives. Là encore, Quora est une proie facile, mais sa richesse ne repose que sur la dynamique volontariste de sa communauté. Un rachat par Microsoft, Google ou Facebook pourrait tout ruiner…
  • Wolfram Alpha, le moteur de recherche le plus sophistiqué avec ses innombrables possibilités de requêtes structurées (une visite du blog vous en donnerait un aperçu). Assurément l’interface de recherche la plus aboutie… pour les chercheurs ! Je doute que le grand public y trouve son compte, éventuellement les enseignants, mais seulement les plus motivés. Par contre, dans le monde de l’entreprise, il y aurait beaucoup de choses à faire.

Vous remarquerez que je n’ai volontairement pas citer de moteur de recherche marchand. Ceci s’explique par le fait que les principaux moteurs se sont déjà organisés pour couvrir se domaine de façon autonome et proposer une structuration des informations sur les produits (Rich Snippets for Ecommerce: Schema.org and GoodRelations).

Tout va changer, mais rien ne va changer

Au final, même si les changements annoncés ces dernières semaines vont irrémédiablement modifier la façon de travailler des moteurs de recherche, les habitudes et parts de marché ne risquent pas de beaucoup évoluer. Toujours est-il qu’avec ces nouveautés, le web vient d’entamer sa transition vers l’ère sémantique. Mais nous aurons laaaaaaaaaaaaargement l’occasion d’en reparler…

Les géants de l’internet s’affrontent pour imposer leur commerce OS

Celles et ceux qui suivent de près l’actualité du commerce en ligne n’ont pas pu ignorer les récentes annonces des géants de l’internet : rachats, nouveaux produits, améliorations… En à peine deux ans, le paysage de l’internet, et plus particulièrement du commerce en ligne, a radicalement changé. L’enjeu de ces manoeuvres pour les géants de l’internet est de s’imposer comme l’acteur leader en matière de commerce en ligne, ou plutôt en matière de solutions et services en rapport avec le commerce en ligne. Avec cet article, je vous propose de faire le point sur les acteurs à la lutte.

Amazon, Ebay, Adobe et Google à la lutte, IBM et Microsoft à la traîne

Même si l’écosystème du commerce en ligne est composé d’une infinité d’acteurs, je me contenterais de faire un récapitulatif de la situation pour les quatre principaux. Si ces listes ne sont pas exhaustives, merci de me le signaler dans les commentaires.

Commençons avec Amazon, le leader historique du commerce en ligne qui propose les services suivants :

  • Des APIs pour pouvoir exploiter se base de données de produits ;
  • Une série de boutiques thématiques sur les produits de puériculture (Diapers), de soin (Soap), les chaussures (Javari),  les jouets (Yoyo), les produits pour animaux (Wag)…

    Le site de produits d'hygiène d'Amazon
  • Une marketplace pour les “petits” vendeurs et commerçants qui ne veulent pas ouvrir leur propre boutique en ligne, de même que l’offre logistique qui va avec ;
  • Amazon Checkout, une solution de paiement déportée pour les marchants, mais aussi pour les clients (Amazon Payments) ;

    La solution de paiement d'Amazon
  • EC2, une offre de cloud computing très robuste pour acheter de la ressource informatique à prix très compétitif ;
  • La gamme Kindle de e-readers et tablette pour distribuer (commercialiser) des contenus numériques.

Poursuivons avec Ebay, autre acteur historique qui propose lui aussi une large offre de services au travers de sa plateforme x.commerce :

  • Une gigantesque marketplace ouverte aux particuliers et aux pros (ainsi que des APIs pour l’exploiter), des portails comme Shopping et des sites verticaux comme Automobile.fr ou Half ;

    Le portail de vente d'automobiles d'occasion de Ebay
  • Paypal, la solution de paiement ainsi que son offre Paypal Express Checkout pour les e-commerçants ;
  • GSI et Magento, deux fournisseurs de solutions de création de boutique en ligne et de délégation ;

    La solution de commerce en ligne Magento
  • Hunch, un moteur de recommandations reposant sur le principe de graphe d’intérêt, de même que d’autres startups rachetées ces derniers mois comme RedLaser (application mobile pour scanner les codes barre) ou Milo et Where (shopping local).

    Le moteur de recommandations Hunch

Changeons d’univers avec Adobe qui propose également un certain nombre de choses :

  • Scene7, des briques technologiques pour valoriser et personnaliser vos produits ;
  • Omniture, un fournisseur de nombreuses solutions allant de l’analyse d’audience au ciblage comportemental ;

    L'offre Omniture d'Adobe
  • Business Catalyst, la solution de création et d’hébergement de boutiques en ligne.

    La solution de commerce en ligne Business Catalyst

Terminons avec Google et ses très nombreux services :

Face à cette pléthore de services, des éditeurs comme IBM, Microsoft, Vignette ou ATG font pâle figure (euphémisme). Certes, il existe toujours une infinité d’acteurs encore indépendants (dont Prestashop, notre fierté nationale), mais la comparaison est tout de même difficilement soutenable face à quatre acteurs leaders cités plus haut.

Un enjeu d’intégration

Les e-commerçants ont à leur disposition un ensemble de services et de briques fonctionnelles / techniques pour faire tourner leur boutique et gérer le quotidien. Je pense ne pas me tromper en disant que l’important n’est pas de choisir les briques les plus performantes, mais de disposer d’une plateforme cohérente qui puisse faciliter le quotidien des e-commerçants plutôt que leur compliquer.

Mon raisonnement repose sur le postulat suivant : mettre en place et exploiter une boutique en ligne implique la prise en charge d’un grand nombre de tâches de base (sourcing, gestion de la gamme, animation commerciale, logistique, relation client…). Plus vous passer du temps sur les interfaces de gestion des briques technologiques, et moins il vous en reste pour assurer ces fameuses tâches de base. D’où l’intérêt d’opter pour des solutions intégrées qui proposent une interface unique, ou du moins qui limite le nombre d’interfaces. Il existe des offres d’hébergement de boutique en ligne comme Oxalis, 42Stores… qui vous promettent l’interface unique, mais pour moi l’intégration la plus poussée était atteinte avec l’offre de GoodBarry (qui a depuis été fondue dans Business Catalyst).

L’enjeu pour les géants de l’internet va donc être d’intégrer le plus grand nombre de briques et services possibles sur leur plateforme pour “verrouiller” les e-commerçants et de leur proposer un maximum de prestations payantes. Je ne me risquerais pas à commenter la pertinence de telle ou telle offre, je constate simplement que les pièces sont en train d’être mises en place sur les échiquiers de chacun pour imposer sa plateforme comme le commerce OS de référence.

Le marché est déjà ultracompétitif sur le web, nul doute que les places les plus intéressantes sont à prendre sur les canaux alternatifs (médias sociaux, mobiles…). Et à ce petit jeu là, l’acteur le mieux placé est… heu… c’est qui déjà ?

Récapitulatif des infos estivales 2011

Comme chaque année je vous propose un petit récapitulatif des annonces, évènements et nouveautés que vous avez pu rater durant le mois d’août 2011. Et comme chaque année, les grands de ce monde se mettent tous d’accord pour nous pourrir nos vacances, comprenez par là qu’ils prennent un malin plaisir à annoncer tout un tas de choses pendant la pause estivale !

Toujours plus de fonctionnalités sur les plateformes sociales

Avec tout ce qui s’est passé au cours du mois d’août, je me demande ce qu’ils vont nous sortir d’ici à la fin de l’année. La prochaine grosse annonce va être l’introduction des profils de marques sur Google+, ceci devrait faire augmenter la pression concurrentielle d’un nouveau cran.

Duel au sommet entre Google et Apple pour dominer la mobilité (et un peu Microsoft aussi)

  • LA grosse annonce du mois d’août est le rachat de la branche mobile de Motorola par Google pour plus de 12 milliards de $. Il y a eu quantité de choses écrites sur le sujet aussi je me contente de vous proposer deux liens : Google rachète Motorola Mobile, qu’est-ce que cela change ? et 3 Ways Google-Motorola Doesn’t Make Sense And 5 Ways it Does. Pour bien comprendre les raisons de cette acquisition controversée, imaginez-vous le marché des smartphones comme un échiquier où les industriels tentent de positionner leurs pions (les brevets) pour paralyser l’adversaire (Google, Apple, Microsoft, RIM, Samsung…). Les brevets sont ainsi devenus en quelques années un actif stratégique permettant de bloquer les concurrents comme par exemple Apple qui a successivement bloqué les ventes de la Galaxy Tab en Australie puis en Europe. En mettant la main sur Motorola Mobile, Google récupère près de 17.000 brevets qui vont lui permettre de protéger Android contre les attaques juridiques des concurrents (cf. Mobile Patent Suits Graph). Accessoirement, le rachat de Motorola Mobile offre également à Google la possibilité de maitriser de bout en bout le matériel (tout comme Apple). Attendez-vous donc à voir fusionner la gamme Droid et Nexus. De même, Motorola est un gros constructeur de touchbook et de set-top box, ça tombe bien, Google a de grandes ambitions pour ces deux marchés.
  • Suite à des chiffres de vente décevants, HP abandonne WebOS, le système d’exploitation mobile récupéré avec le rachat de Palm, annonce son intention de se séparer de sa division PC et rachète Autonomy/Interwoven pour 10MM$ (HP To Halt All WebOS Device Development, Confirms Talks To Shed PC Group). Le moins que l’on puisse dire est que ça fait beaucoup de décisions stratégiques en peu de temps, visiblement ils naviguent un peu à vue (Leo Apotheker Has Totally Lost Control Of HP).
  • Microsoft serait sur le point de sortir une nouvelle version de son système d’exploitation mobile Windows Phone (Windows Phone Mango Is Done, Manufacturers Just Need To Release It), mais abandonne ses ambitions concernant les ebooks (Microsoft Reader E-Book System Comes To Its Conclusion).
  • Sinon il y a toujours autant de rumeurs sur le lancement très prochain de l’iPhone 5 et de l’iPad 3 (pour assurer ces pics de commandes, le constructeur chinois Foxconn envisage d’embaucher un million de robots : Foxconn to rely more on robots; could use 1 million in 3 years).

Il semblerait donc que nous soyons rentrés dans une guerre froide pour la domination du marché des smartphones. L’équilibre de la terreur qui vient d’être instauré par Google (“ne m’attaquez pas avec vos brevets et je ne vous attaquerais pas avec les miens“) réduit le nombre de concurrents à 3 : Google Apple et Microsoft. Les autres industriels semblent en effet bien fragiles face à cette course à l’armement juridique (RIM avec Blackberry, Nokia avec Meego, Samsung avec Bada…).

Google accentue sa domination sur le commerce en ligne

Référencement, comparaison, mobilité, tablettes, proximité… Google est présent sur tous les fronts du commerce en ligne et intensifie encore sa domination. C’est au regard de ces différentes annonces que l’on comprend mieux l’intérêt stratégique de Google Maps.

Annonces diverses des grands de ce monde numérique

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Plus que jamais, les grands acteurs du web US (Google, Apple, Amazon, Facebook…) accroissent leur domination et tire l’innovation vers le haut. Si l’industrie américaine s’effondre (automobile, aérospatiale…), le secteur IT devrait compenser avec des investissements et des ambitions démesurés. Pour en comprendre les implications, je ne saurais que trop vous recommander cet article de Mac Andressen : Why Software Is Eating The World.

Fin des vacances pour moi, la publication des articles sur mes blogs devrait progressivement reprendre d’ici à la fin de la semaine. De même, le lancement du livre sur les médias sociaux que j’écris avec Cédric est toujours programmé pour la fin du mois de septembre.

La fin de l’ordinateur individuel est programmée

Nous sommes en 2011, cela fait donc 30 ans que l’ordinateur individuel a été mis sur le marché (source : Wikipedia). 30 ans que nous utilisons la combinaison unité centrale / écran / clavier / souris. 30 ans de croissance quasi ininterrompu pour les constructeurs et éditeurs de logiciels qui ont bénéficié du phénomène de comoditisation de l’offre (une baisse des prix obtenue par économie d’échelle en vendant des produits quasiment identiques aux entreprises et particuliers).

Le premier ordinateur individuel à grande production lancé par IBM en 1981

Plusieurs signaux du marché sont néanmoins en train de participer au déclin de l’ordinateur individuel tel que nous l’avons connu : l’arrivée à maturité de l’internet et des offres de cloud computing, la montée en puissance des terminaux mobiles et des usages en mobilité.

Avec les annonces de ces dernières semaines, il semble clair que Microsoft, Google et Apple sont en ordre de bataille pour faire basculer l’informatique dans le 21ème siècle. Certes, tout ne s’est pas fait en quelques semaines : Les offres d’Application Service Providers et les smartphones en Asie sont une réalité depuis le siècle dernier (donc bien avant l’apparition du cloud computing ou de l’iPhone / iPad), mais nous y voyons maintenant beaucoup plus clair dans le jeu des grands acteurs de l’informatique et de l’internet.

Les ordinateurs individuels supplantés par les terminaux nomades

Même si de gros progrès ont été réalisés, les ordinateurs ne font plus rêver personne : trop encombrants, trop chers, trop laborieux à maintenir (failles de sécurité, anti-virus, anti-malware…). La solution des industriels a été de créer un nouveau segment pour relancer l’intérêt : les netbooks (cf. Les netbooks vont-ils amorcer la révolution du web 3.0 ?). Mais tout ne s’est passé comme prévu, les netbooks ont fait long-feu car ils étaient incapables de tenir la promesse faite aux consommateurs (l’informatique low-cost). Après 3 années d’égarement, Google parvient néanmoins à proposer aux industriels une offre viable : Avec Chrome OS, Google parie sur le CloudBook.

Les chromebooks représentent donc l’évolution ultime du concept avec un hardware et un software allégé au maximum au service de la simplicité et de la portabilité. Parviendrons-ils à réussir leur pari et convaincre le grand public ? Oui j’en suis persuadé, car l’offre est bien pensée (système de location mensuelle) et que la transition va se faire en douceur auprès des publics les plus réceptifs (étudiants…).-

Le Chromebook de Google, évolution ultime des netbooks

De même, les tablettes tactiles existent depuis près de 20 ans, mais souffraient de gros problèmes ergonomiques. Elles aussi ne parvenaient pas à tenir la promesse d’une informatique nomade et tactile. Il a fallu attendre la sortie de l’iPad pour viabiliser le concept de touchbook. La touche de génie d’Apple a été de simplifier l’interface et surtout de repenser l’outil informatique (cf. Pourquoi iOS est plus disruptif que vous ne le pensez).

L'iPad d'Apple

Ainsi ce n’est pas tant le hardware qui a évolué que le software. Apple et Microsoft ont bien compris que le modèle traditionnel du logiciel ne va pas perdurer longtemps, surtout face à la menace de nouveaux entrants comme Google, SalesForce… Il était donc urgent de refondre ce modèle et de tenter autre chose : Software as a Service, mini-applications, services en ligne freemium… (cf. Apple, Microsoft, Google, Adobe à la recherche du nouveau paradigme des logiciels).

Une nouvelle approche de l’informatique personnelle

Entendons-nous bien : il est bien ici question d’informatique pour le grand public, pas pour les contrôleurs de gestion, développeurs… Là encore les nouvelles configurations de marché rendent obsolète l’ordinateur traditionnel. Les usages d’aujourd’hui tournent ainsi essentiellement autour du web et de tout ce qu’il propose : contenus, plateformes sociales, jeux… Or, les offres récemment créées par Apple, Netflix ou encore OnLive nous prouvent que les utilisateurs peuvent se passer des ordinateurs pour consommer des contenus et services.

Tous les jeux dont vous rêvez sont accessibles sans PC avec OnLive

Avec l’avènement de l’internet, l’ordinateur s’est banalisé et n’est plus qu’un moyen d’accès à des contenus et services en ligne. Les utilisateurs valorisent maintenant beaucoup plus l’autonomie et la portabilité que la puissance. L’architecture x86 des processeurs Intel est maintenant supplantée par l’architecture ARM des smartphones et terminaux nomades (cf. 2011, l’année du point de bascule).

Dans cette nouvelle approche de l’outil informatique (plus ludique, plus sociale), Intel a pourtant été précurseur avec le lancement de Meego, un système d’exploitation de “nouvelle génération” qui était destiné à propulser les netbooks (Intel et Jolicloud à la recherche de l’interface parfaite pour les netbooks). Un concept qui a été remanié depuis, mais dont nous voyons une autre illustration avec le futur Windows : Microsoft dévoile l’interface tactile de Windows 8.

L'écran d'accueil de l'interface tactile de Windows 8

Cette nouvelle approche de l’outil informatique semble donc parfaitement adaptée aux nouveaux usages des internautes. Mais elle pourrait également fonctionner avec les collaborateurs équipés de terminaux nomades leur permettant d’accéder à leur intranet et les applications qui vont avec. Ont-ils réellement besoin de plus ? Nous ne savons encore pas grand-chose de l’offre pro de Google (baptisée Chromebox) mais elle pourrait bien nous faire envisager à nouveau le modèle client/serveur. Ceci étant dit, c’est un autre débat que je ne souhaite pas entamer dans cet article.

L’avènement du cloud personnel

Nous avions déjà Amazon Cloud Drive, Google Music, et maintenant c’est Apple qui annonce iCloud, son offre de stockage de données en ligne. Le cloud computing n’est maintenant plus réservé aux entreprises, les offres se structurent pour en faire bénéficier les particuliers afin de leur offrir toujours plus de liberté dans leurs modes de consommation.

iCloud, l'offre de personal cloud d'Apple

L’idée maitresse derrière ses offres est la suivante : puisque le piratage rend toujours plus compliquée la vente des licences (musiques, films ou logiciels), les distributeurs et éditeurs se tournent plutôt vers la location (SaaS), l’hébergement (cloud) et la monétisation de l’accès aux contenus (streaming). Le futur Mac OS X Lion ne sera ainsi proposé qu’en téléchargement via le Mac App Store. Non seulement ce modèle permet de verrouiller la chaine de distribution, mais il assure également à l’opérateur de ces services des revenus récurrents (en plus de collecter les N° de carte bancaire de l’ensemble des utilisateurs de Mac).

Après avoir conquis le marché de l’entreprise, le cloud computing s’attaque donc maintenant au grand public et les perspectives sont plus que juteuses : The Personal Cloud Will Be A $12 Billion Industry in 2016.

Les perspectives de croissance du marché du Personal Cloud par Forrester

Avec la banalisation de la bande passante et les premières offres de très haut début, cette tendance ne peut que s’accélérer.

Vers une expérience unifiée pour les clients

Donc si l’on résumé : itunes + App Store + iCloud = des contenus, services et applications disponibles sur tous vos terminaux. La promesse d’Apple n’est plus de vous assurer la meilleure expérience sur smartphone ou sur touchbook, mais sur l’ensemble de vos terminaux. La vision d’Apple rejoint ainsi celle de Google (avec ChromeOS et Android) et celle de Microsoft (avec Windows 8 et Windows Phone). Nous sommes donc bel et bien entrés dans l’ère de l’informatique nomade et polymorphe où les contenus et services sont achetés une fois et consommés en différents endroits.

À ce petit jeu là, celui qui remportera la mise sera celui qui proposera la compatibilité la plus large, donc l’écosystème le plus étendu. Pas étonnant que Google distribue gratuitement ces systèmes d’exploitation, car ce sont autant de points de consommation pour eux : L’écosystème numérique de demain est en train de se construire avec Google, Apple et Amazon.

Je suis intimement persuadé que nous sommes en train de vivre une transformation dont nous ne mesurons pas encore l’impact. Comme je l’avais senti l’année dernière, le prochain terrain de bataille sera la télévision. Google est déjà très bien positionné (Pourquoi Google a quasiment déjà gagné la bataille du salon avec Google TV), mais nous pourrions avoir des surprises avec les consoles de jeux, notamment la Xbox de Microsoft avec Live TV ou encore la future Wii U qui propose un étonnant couplage entre une console multifonctions et une manette aux airs de touchbook.

La future Wii U de Nintendo

Tout ceci me fait donc dire que les jours de l’ordinateur individuel sont comptés. La suite à lire ici : Quel va être l’impact de la fin de l’ordinateur individuel ?.

L’écosystème numérique de demain est en train de se construire avec Google, Apple et Amazon

Cette semaine se tenait l’édition 2011 de Google I/O, la grand-messe annuelle du géant californien. Beaucoup de nouveautés ont été présentées lors de cette édition, des nouveautés qui confirment l’ambition de Google ainsi que l’architecture de leur stratégie de diversification. Les revenus colossaux de Google sont en effet très majoritairement générés par le moteur de recherche, mais cette vache à lait ne durera pas éternellement. Voilà pourquoi ils sont en train de préparer l’avenir en fignolant les briques d’un écosystème numérique qui mélange services et données dans les nuages, terminaux alternatifs et réintermédiation. Les équipes de Google travaillent-elles dans la bonne direction ? Certainement, car cet écosystème est également le modèle choisit par d’autres géants comme Apple, Microsoft ou Amazon.

Chrome et Android préparent l’après-Windows

Voilà près de 20 ans que Microsoft domine l’informatique personnelle avec sons système d’exploitation Windows. Une domination incontestée qui a fait la fortune de la firme de Redmond, mais qui arrive à la fin de son cycle de vie. Ce n’est pas tant la concurrence de Mac OS ou de Linux qui menace Windows, mais plutôt la fin de vie de l’ordinateur individuel tel que nous l’avons connu. Les récents progrès réalisés sur les smartphones et l’émergence de nouveaux formats comme les netbooks et les touchbooks ont fait prendre conscience aux utilisateurs qu’ils n’avaient pas forcément besoin d’un ordinateur traditionnel (écran + clavier + souris + Windows) pour consommer des contenus et services en ligne. Les terminaux alternatifs sont en effet en train de grignoter des parts de marché aux ordinateurs traditionnels (49% of Indians only access web through mobile) et de prendre une place toujours plus importante (cf. 2011, l’année du point de bascule et De la place des smartphones dans notre quotidien).

L’ambition de Google est donc de préparer l’après-PC en proposant à la fois une alternative aux systèmes d’exploitation traditionnels, mais également aux logiciels (Apple, Microsoft, Google, Adobe à la recherche du nouveau paradigme des logiciels). Son plan repose sur Chrome OS et Android, des systèmes d’exploitations de nouvelle génération censés remplacer “les systèmes d’exploitation conçus à une époque où le web n’existait pas encore” (et vlan !). Plus que des systèmes d’exploitation, Chrome et Android sont des interfaces entre les services de Google et ses clients. Avec les Chromebooks et la game Nexus, Google essaye de maitriser le dernier maillon de la chaine.

Les premiers Chromebooks seront commercialisés en juin 2011

Ne pensez pas que Google est seul en course, car Apple travaille également d’arrache-pied à la réalisation de cette vision : L’évolution de l’informatique traditionnelle (cf. Pourquoi iOS est plus disruptif que vous ne le pensez). L’idée n’est pas de proposer des smartphones ou des touchbooks plus puissants ou performants que les ordinateurs traditionnels, mais plutôt de faire comprendre au grand public qu’ils peuvent consommer des contenus et services en ligne sans avoir besoin d’acheter un ordinateur. Pour cela, la stratégie d’Apple repose sur ses trois produits phares: iPhone, iPad et  Apple TV.

Google procède avec une approche similaire, mais plus ambitieuse. Il y a d’abord les Chromebooks qui seront commercialisés le mois prochain et qui transforment la vision des cloudbooks en réalité commerciale : Des ordinateurs allégés, versatiles, sans logiciels ni anti-virus… (cf. Google announces Chromebooks from Samsung and Acer, Available on June 15th). Mais pas seulement, car avec Chrome (le navigateur), Google est en train d’infiltrer les ordinateurs traditionnels pour y évangéliser la vision d’une informatique de nouvelle génération avec des contenus et services entièrement disponibles dans votre navigateur. Une fois les utilisateurs convaincus que leur navigateur peut devenir leur système d’exploitation et ils peuvent alors se libérer de la contrainte de Windows (ou de Mac OS).

De même, Android nous était présenté comme un système d’exploitation pour smartphones, mais la posture de Google pour le promouvoir a évolué, car il prêche maintenant une utilisation sur d’autres types de terminaux  comme les tablettes, TV connectées… Après des débuts chaotiques, les équipes derrière Android sont maintenant en ordre de marche pour en faire un OS universelIce Cream Sandwich Merges Phone and Tablet Versions of AndroidA First Look at the New Google TV et Android And Chrome: Anywhere And Everywhere.

La nouvelle version de Google TV propulsée par Android

Mais l’ambition de Google ne s’arrête pas là, car ils veulent aussi faire d’Android une plateforme pour les objets connectés : Android@Home, Google Gets Serious About the Smart Home. Android servirait de passerelle pour pouvoir piloter les appareils électriques de notre quotidien (lampes, radio-réveil, grille-pain…) en exploitant un nouveau protocole de communication sans fil : Android@Home, la domotique nouvelle génération. La vision de Google est donc de se positionner sur l’ensemble des appareils utilisant de l’électricité (ordinateur, tablettes, téléphones, TV, appareils ménagers…).

Google dans votre foyer avec Android@Home

Dans le même esprit, ils proposent déjà une couche logicielle pour les compteurs électriques intelligents (Google PowerMeter), il ne manque plus que les véhicules pour compléter le tableau ! (visiblement un chantier sur lequel ils travaillent également : Google Lobbies Nevada to Allow Self-Driving Cars).

iTunes fait des envieux chez Google et Amazon

Apple nous a démontré la viabilité de l’écosystème iTunes et l’intérêt de maitriser la chaine de distribution. Avec ce qui nous a été présenté cette semaine, l’objectif (à moitié) annoncé de Google est de mettre en place son propre écosystème (cf. Google Chrome OS = iOS + iTunes), un modèle moins fermé et reposant sur la communauté.

Le modèle économique de l’hypothétique écosystème de Google reposerait sur trois sources de revenus :

  • L’intermédiation, qui consiste à distribuer des contenus et services en captant une marge (Android Market et Chrome Web Store pour les applications, YouTube pour la VoD…) ;
  • L’exploitation de données (Maps, Local, Freebase, Think Insights… cf. Du contenu roi aux données reines) ;
  • L’hébergement de données (avec Google Drive et le tout récent Google Music).

L’approche de Google sur ce dernier point est remarquablement subtile : plutôt que de se bagarrer avec les labels pour commercialiser des morceaux musicaux, Google se propose plutôt d’héberger vos fichiers. Une astuce très maline, car plutôt que de dépenser des efforts considérables pour capter une toute petite marge lors de la transaction, Google préfère faire payer les utilisateurs à vie pour héberger et distribuer ces fichiers (qu’elle qu’en soit l’origine). Une très bonne façon de rentabiliser ses data centers avec en prime la possibilité de mutualiser les morceaux musicaux (en procédant par dédoublonage).

Vous remarquerez qu’Amazon est en train de fignoler un modèle similaire avec une chaine de distribution intégrée (Amazon > Kindle), de l’intermédiation à très grande échelle (Marketplace), des données (IMDB, SoundUnwound…) et de l’hébergement (AWS, Amazon Cloud Drive).

L’enjeu de cette course est de s’imposer sur le créneau du personnal cloud, l’informatique dans les nuages pour le grand public. Pour le moment les grands acteurs du web ne sont pas encore rentrés dans une phase de conquête agressive, mais l’arrivée prochaine de l’offre de music on the cloud d’Apple devrait accélérer les choses : Apple Could Win the Cloud Music Game Thanks to Google and Amazon.

Microsoft et Facebook sont à la traine

Dans cette course à la transformation, deux acteurs sont très nettement en retard : Microsoft et Facebook. Tout d’abord Microsoft car du fait de leur héritage à gérer (des centaines de millions de clients Windows et Office), ils ne peuvent pas avancer au même rythme d’innovation que les autres. Initiée par Ray Ozzie, la transformation de Microsoft est un processus extrêmement long, mais qui suit son cours. Largué sur le grand public, L’offre de cloud computing de Microsoft pour les entreprises a fait des progrès considérables. Je pense ne pas me tromper en disant qu’ils ont quasiment rattrapé leur retard et qu’il leur reste de gros atouts à sortir de leur jeu. Comme j’ai déjà eu l’occasion de le dire, Microsoft est un diesel : Long au démarrage, mais terriblement endurant. Vous pouvez critiquez Windows Phone 7, mais ne vous avisez surtout pas de sous-estimer une société capable de sortir 8,5 milliards de $ en cash dans une période post-crise. S’ils sont capables de racheter Skype pour un tel montant, qu’est-ce qui les empêche de prendre le contrôle de SalesForce ? (un exemple au hasard) (quoi que…) (moi je dis ça, je dis rien…)

Qu’en est-il de Facebook, l’étoile du web ? Facebook est une coquille vide, j’ai déjà eu de nombreuses occasions de m’exprimer sur le sujet (cf. Rétrospective sur les 3 dernières années de Facebook), là n’est pas le sujet de l’article. Je ne vois pas bien quelle va être la place de Facebook dans les écosystèmes que j’ai décrits plus haut. Ou du moins, je ne vois pas bien dans quelle mesure Facebook va avoir son mot à dire face aux géants de l’internet qui vont encore accentuer leur poids. Le problème de Facebook est que cette plateforme sociale s’est créé un écosystème où tout est gratuit pour les utilisateurs. Avec une telle posture, comment vont-ils faire pour dégager des revenus importants là où les autres acteurs ont su “éduquer” leurs clients (et collecter leur N° de carte de crédit) ? N’oublions pas que plus la base d’utilisateurs de Facebook grossit, et plus les charges d’exploitation sont importantes (650 millions d’utilisateurs = des dizaines de milliards de photos et vidéos à héberger et distribuer). Pour le moment nous ne connaissons pas avec précision les revenus de Facebook (ni ses charges d’exploitation), mais son modèle me semble bien instable dans la mesure où tout repose sur les profils des membres (or nous savons que la mécanique de ciblage comportementale est polluée par le phénomène de travestissement des profils).

De plus, en optant pour un modèle économique qui repose principalement sur l’exploitation des profils, donc des données personnelles de ses utilisateurs, Facebook sera toujours critiqué pour sa gestion de la confidentialité. Et les choses ne risquent pas de s’arranger, car ils préfèrent visiblement dénigrer la concurrence plutôt que de clarifier leur position : Facebook Loses Much Face In Secret Smear On Google et Facebook-Google Privacy PR Smear Is A Campaign In An Epic, Escalating War.

Le futur se construit dans le secret

Google, Apple et Amazon sont donc en train de façonner les modèles économiques grand public de demain. Mais contrairement à Facebook qui partage sa R&D (notamment avec le Open compute Project), ils sont très discrets (euphémisme).

La raison de cette discrétion est toute simple : Ces futurs modèles économiques reposent sur des contenus et services payants qui sont plus proches de notre Minitel que du web tout gratuit. La fascination actuelle du marché pour Facebook est ainsi la distraction dont Google, Apple et Amazon ont besoin pour cimenter les écosystèmes qu’ils sont en train de mettre en place. Certes, ces écosystèmes reposent sur de la facturation récurrente et des micro-transactions, mais est-ce un mal ? Après tout n’est-il pas légitime que tous les acteurs d’une chaine de valeur puissent gagner leur vie ?

En conclusion je dirais ceci : le web n’est pas mort, loin de là, par contre les contenus et services gratuits sont condamnés à moyen terme. En tout cas ils le sont avec les écosystèmes numériques que sont en train de finaliser ces différents acteurs (Google, Apple, Amazon et Microsoft dans une certaine mesure).