FredCavazza.net

Facebook toujours dans la tourmente

12 mars 2008

Plus le temps passe et plus Facebook fascine autant qu’il déçoit. Peut-être est-ce la conséquence de la sur-médiatisation ? Peut-être est-ce parce que les utilisateurs voient en Facebook un service révolutionnaire qui va combler les lacunes des autres (et développent ainsi des attentes irréalistes donc de la frustration) ? Peut-être est-ce parce que l’équipe est en pleine crise de croissance (trop jeune, trop petite…) ? Peut-être un peu des trois… Toujours est-il que Facebook est en ce moment fortement chahuté par la blogosphère.

Il y d’abord les chiffres qui sont fortement critiqués et notamment en Angleterre (Facebook enregistre sa première baisse d’audience en Grande-Bretagne et Facebook loses a few bitches) et au Canada (Auditoire de Facebook au Québec: mon oeil !) ainsi que cette étude de Compete (Top Social Networks - February 2008) où l’on y (re)découvre que l’audience de Facebook est 3 fois moindre que celle de MySpace et que d’autres réseaux affichent des taux de croissance bien plus spectaculaires (MyYearBook, LinkedIn, Ning…). Certains y voient déjà le début de la fin : So long and thanks for all the poking.

Il y a ensuite le modèle publicitaire qui n’arrive pas à convaincre les annonceurs, si ce n’est les marchands de sexe : Facebook gets ad booty, booty ads. Il faut bien avouer que le soi-disant système de ciblage comportemental révolutionnaire ne tient pas ses promesses : Facebook Showing Signs Of a Topsy-Turvy Future. Il en résulte une situation paradoxal où Facebook nourrit un écosystème florissant mais ne parvient qu’à ramasser les miettes de cette orgie. Et la récente interview de Mark Zuckerberg au SXSW n’a fait qu’accentuer les craintes (Why Mark Zuckerberg isn’t saying anything) de même que la session de rattrapage où il ne s’en sort pas mieux (GigaOM Interview: Mark Zuckerberg, Founder & CEO Facebook).

Tout ceci engendre une situation financière qui s’annonce catastrophique avec des pertes anticipées de 150 millions de $ pour l’année 2008 (Facebook’s leaked financials reveal leaky business). Il faut dire que même si Facebook dégage du C.A., les frais de structure sont colossaux et la société doit investir massivement pour maintenir le service : ils possèdent déjà deux data centers et projette d’acheter des dizaines de milliers de serveurs. Cette fragilité financière apparente (disposeront-ils d’assez de cash pour finir l’année ?) ne motive pas réellement les annonceurs qui se contentent d’orchestrer des campagnes à court terme et évitent d’investir dans des deals trop impliquants. Et pendant ce temps là, les patrons crament de l’argent en organisant des soirées (Facebook spends $50,000 of Microsoft’s money on investor’s nightclub)…

Il y a enfin une stratégie d’internationalisation bancale où la traduction de l’interface est confiée à la communauté pour un résultat visiblement très mitigé (Facebook en français : échec 2.0 et Facebook to get lost (or found) in translation? Signs point to ‘oui’).
Rajoutez à cela le fait que les dirigeants de Facebook n’ont nullement l’intention d’investir dans des infrastructures locales (tout se fait aux US) et vous avez de quoi vous pouvez des questions sur leurs réelles ambitions à l’international.

Au final et malgré tout ce qui vient d’être dit, Facebook reste un acteur majeur et une figure emblématique des médias sociaux. Maintenant la question à 15 milliards de $ est : où va Facebook ? Difficile à dire tant leur discours est approximatif, du moins pour ce qui concerne la monétisation du trafic ou les offres de ciblage comportementale à destination des annonceurs.

Alors bien évidement ils ont déjà attiré plus de 67 millions d’utilisateurs et ce n’est pas rien. Mais force est de constater qu’il ne leur reste que très peu de temps pour trouver un second souffle et rassurer à la fois les annonceurs et les investisseurs avant de se voir voler la vedette par une autre plateforme sociale (lire à ce sujet : The Future of Social Networks at Graphing Social Patterns).

Un premier pas vers l’interopérabilité entre les réseaux sociaux avec DataPortabilty

8 janvier 2008

La nouvelle vient de tomber, et elle est énorme : Google et Facebook (de même que Plaxo) viennent de rejoindre un groupe de travail visant à assurer une interopérabilité entre les réseaux sociaux. Ce groupe de travail s’appelle DataPortability et il vient enfin de donner un peu d’espoir aux centaines de millions d’utilisateurs pris en otage par leur réseau social (qui jusqu’alors conservais jalousement leurs données).

DataPortability.JPG

L’objectif de se groupe de travail est de définir une cadre de travail pour mieux exploiter différentes technologies existantes (APML, Microformats, OpenID, OAuth, OPML…) pour assurer une portabilité des données personnelles d’un réseau social à un autre. Concrètement ça va se traduire par la publication de livrets blancs, de guides techniques et autres études de cas. Les autres réseaux ne devraient pas mettre longtemps à rejoindre ce groupe de travail.

C’est donc une initiative parfaitement complémentaire d’OpenSocial (qui vise à assurer l’interopérabilité des applications) et une excellente nouvelle pour l’écosystème des réseaux sociaux.

D’après les premiers commentaires, l’affaire du “Scoblegate” aurais servit de catalyseur…

Mes 10 prédictions pour l’année 2008

4 janvier 2008

Le début d’année est traditionnellement la période propice aux prédictions. Donc sans plus attendre, je me lance dans ce périlleux exercice.

1/ Interopérabilité forcée entre les réseaux sociaux

Depuis l’avènement de la Facebook Platform, pas une semaine ne passe sans qu’un réseau social annonce le lancement de sa propre plateforme d’hébergement d’applications et services tiers (MySpace, LinkedIn, Hi5, Bebo, Friendster). Tout ceci est-il bien sérieux ? Surtout depuis le lancement d’OpenSocial (le framework de Google qui permet d’uniformiser les applications reposant sur des réseaux sociaux).

Alors que les premières expérimentations d’applications multi-plateformes semblent concluantes (voir à ce sujet ILike connects across OpenSocial, Facebook, iTunes), on en vient à se demander si cette bataille de formats n’est pas anachronique. Car au final les éditeurs de services de même que les utilisateurs se moquent bien de savoir quelle est la meilleure plateforme. Si les différents réseaux ne trouvent pas rapidement un terrain d’entente, c’est le marché qui va trouver la solution à leur place.

J’anticipe donc une interopérabilité au forceps entre ces différents réseaux qui reposera sur des astuces et autres failles de sécurité (lire à ce sujet l’affaire du ScobleGate). Est-ce une mauvaise chose ? Bien sur que non, ça permettra de gagner du temps. Rappelez-vous que Google Maps à l’origine n’était pas du tout ouvert (bien au contraire), ce n’est que lorsque des services comme Housing Maps ont vu le jour que les équipes de Google ont compris l’intérêt d’ouvrir leur plateforme.

2/ Des jeux disponibles sur iTunes

Avouez que c’est quand même un peu dommage de ne pas pouvoir installer de jeux sur son iPhone (ou son iPod Touch). Il y a bien un répertoire de jeux en ligne (Web Apps Games) mais c’est un peu triste, d’autant plus que Safari Mobile ne sait pas lire le Flash.

Rajoutez à cela la pauvreté de l’offre de sonneries et vous comprendrez pourquoi les jeux seront le prochain gisement de marge sur iTunes. Nous parlons bien ici de casual games pour lesquels plusieurs modèles économiques sont envisageables : les jeux achetés auxquels vous pourrez jouer indéfiniment, les jeux loués pour une période donnée (ou ceux qui seront mis en test), les jeux auxquels vous jouerez à l’unité (en payant quelques centimes la partie). Il serait même possible d’imaginer l’intégration de jeux ou de nombre de parties dans le forfait des opérateurs (au même titre que le nombre de minutes ou de SMS).

Quand on y réfléchi bien, si les utilisateurs et les éditeurs y sont favorables, pourquoi Apple se priverait-il d’ouvrir une marketplace de jeux dans iTunes ? Et pourquoi pas des partenariats avec les géants des jeux pour téléphones mobiles ?

3/ Hybridation des univers virtuels et des réseaux sociaux pour les jeunes

Pas la peine d’en rajouter car je me suis déjà exprimé sur ce sujet ici : L’invasion des nouvelles plateformes sociales. Il n’empêche que cette prédiction reste largement valable pour 2008.

4/ Hybridation entre jeux vidéos et réseaux sociaux

L’industrie du jeu vidéo est une industrie mature… très mature… tellement mature qu’elle est déjà en train de préparer sa mue. Nous ne parlons pas ici d’une révolution qui va tout balayer en 2008 mais plutôt d’un nouveau modèle qui nous vient d’Asie et qui risque de mettre à mal les grands éditeurs.

Le principe est simple : le jeu est gratuit et librement téléchargeable, par contre les extras sont payants. Par “extras“, je parle de costumes ou d’accessoires supplémentaires, non pas de niveaux additionnels. Rajoutez à cela une dimension jeux en ligne à la sauce réseau social et vous obtenez des jeux comme Kart Rider, Maple Story, Drift City ou encore Gunz. Le modèle économique est donc fondé non pas sur de la vente de licence mais sur du micro-commerce.

Bien évidement la réalisation n’est pas aussi soignée qu’un Bioshock ou qu’un Crysis, par contre ils compensent la sophistication technique et graphique par un gameplay sans faille. Ces jeux sont en plus régulièrement enrichis et mis à jour, l’addiction est totale.

Comme ils sont très bien organisés, le marché est dominé par quelques acteurs de taille (Nexon, Ijji…) qui proposent de nombreux jeux pour toutes les audiences et qui vont jusqu’à commercialiser des cartes prépayées échangeables contre de la monnaie virtuelle (ex. la Nexon Game Card). C’est plus pratique quand on a pas encore son argent de poche.

Autant prévenir tout de suite : inutile de rêver, vous ne pouvez pas lutter, ils sont tout simplement trop bien organisés et structurés. Encore une fois, je ne suis pas en train d’annoncer la mort de l’industrie du jeu vidéo mais plutôt une nouvelle itération qui saura exploiter ce qui se fait de mieux en termes de technologie (à quand les Rich Internet Games et les Rich Desktop Games ?) et pratiques sociales (un seul avatar qui pourra être “porté” sur différents réseaux sociaux / jeux en ligne avec même des déclinaisons mobiles).

Vous n’êtes pas convaincu ? Allez donc jeter un œil à ce que proposent des briques technologiques comme Unity 3D.

5/ Bientôt les UGG (User Generated Games)

Souvenez-vous : la musique et son exploitation “sociale” (partage, recommandation…) a été le levier de différenciation de MySpace (et le moteur de son succès). La vidéo en a été de même pour YouTube, idem pour les applications de Facebook. Les jeux seront le nouveau levier de croissance pour les réseaux sociaux. Mais pas n’importe quel jeux, ceux qui parviendront à exploiter l’effet réseau et à tirer partie des utilisateurs : soit en leur permettant de créer des jeux (éditeur de niveaux…) soit en les impliquant dans la personnalisation et la prolifération.

Je vous recommande donc de surveiller de près des portails comme Pogo, Cafe ou Miniclip, de même que des plateformes de création comme Kongregate ou YoyoGames (il y en a aussi ici : 20+ Tools For Creating Your Own Games). Peut-être un premier pas vers le Game 3.0 ?

6/ Le P2P trouve d’autres domaines d’application

Après le partage de fichier (Napster, BitTorrent…) et le partage de vidéo (Joost), les protocoles P2P seraient-ils en passe de supplanter le HTTP ? Non, ça serait faire une conclusion hâtive. Toujours est-il que la bande passante disponible ne croit pas aussi vite que les besoins des utilisateurs, il va donc falloir trouver d’autres modes de propagation de l’information et surtout d’exploitation des tuyaux.

Et c’est là où le P2P entre en scène, ou plutôt sors de l’ombre et est adopté comme solution alternative par les éditeurs et constructeurs. Car il faut bien avouer que la technologie est au point, mais qu’elle restait pour le moment largement marginalisée (utilisation illégale ou universitaire).

Outre les solutions de M2M, j’anticipe un usage étendu du P2P à des domaines comme les univers virtuels : Outback Online était un bon terrain d’expérimentation mais ce projet a capoté (y a-t-il un repreneur dans la salle ?) ; ou encore les agendas partagés comme MySharedProfil (un système communautaire de gestion de contacts en mode P2P, de carte SIM à carte SIM) dont vous pouvez voir une démo ici : MySharedProfil, Rich Contact Management.

Il existe très certainement de nombreux autres domaines d’application dont je n’ai pas connaissance aussi n’hésitez pas à les mentionner dans un commentaire.

7/ Apparition d’indicateurs spécifiques aux réseaux sociaux et univers virtuels

Avec des investissements publicitaires toujours en hausse dans les réseaux sociaux et univers virtuels, les annonceurs, régies et agences vont réclamer des outils de mesure et d’aide à la décision plus précis et surtout plus pertinents (surtout au regard des montants investis). Hors il n’existe à ce jour aucun indicateur fiable de l’influence exercée par la présence d’une marque ou de l’engagement d’un utilisateur ciblé au sein d’un réseau social ou d’un univers virtuel. Pour être exacte : si, il existe une multitude d’indicateurs et d’outils “maison” (à l’image de VTracker) mais il ne sont pas partagés par les différents acteurs de la chaîne de valeur.

J’anticipe donc la définition au niveau de la profession d’indicateurs (metrics) servant à mesurer et évaluer :

  • L’activité d’un membre au sein d’un réseau social ou d’un avatar dans un univers virtuel (provenance, destination, actions menées / abandonnées…) ;
  • L’engagement d’un membre / avatar vis-à-vis d’une campagne (exposition, transformation, récurrence…) ;
  • La pertinence du choix d’un réseau social / univers virtuel (segments représentés, niveaux et type d’activités…) ;
  • Le potentiel d’un leader d’opinion au sein des réseaux sociaux (popularité, influence, légitimité…).

Cette série d’indicateurs permettront aux annonceurs / régies / agences def guider leurs choix et de construire leur community / virtual planning (attribution de lignes de budget sur différents réseaux sociaux et univers virtuels). C’est en quelque sorte une étape obligatoire pour la maturation de ces nouveaux micro-médias, car lorsque qu’un service dépasse les 50 millions de membres, ça devient sérieux. A quand un groupe de travail officiel au sein de l’IAB ?

8/ Des territoires d’expression sur-mesure pour les plus grandes marques

Aviez-vous remarqué que les marques les plus puissantes pouvaient se permettre de “posséder” leur propre réseau social ou univers virtuel ? Exemples de réseaux sociaux dédiés : Hybrid Synergy Drive de Toyota ou Mosh de Nokia. Exemples d’univers virtuels dédiés : MTV qui exploite plusieurs plateformes sur Virtual MTV, Coca-Cola avec MyCoke, Disney avec Virtual Magic Kingdom,TF1 avec sa Star’ac World, Le futur Lego Universe… Comme vous pouvez le constater, les exemples ne manquent pas.

Sans aller dans ces extrêmes (car il faut un budget confortable pour se payer ça), nous allons assister en 2008 à la mise à disposition des annonceurs de plateformes en marque grise permettant de faire des choses similaires dans des ordres de coûts tout à fait raisonnables. Sur ce créneau des acteurs comme Ning, There ou encore MetaPlace semblent bien placés.

9/ Accélération de l’innovation dans le e-Commerce

Rich Commerce, social shopping, mashup marchands, v-commerce, boutiques éphémères, crowdshopping… les nouveaux concepts de commerce en ligne ne manquent pas. Et pourtant… nous ne faisons que découvrir le potentiel de ces nouvelles pratiques.

Je ne vous prédis rien de complètement nouveau pour l’année prochaine mais plutôt une évolution de ces pratiques, et pourquoi pas un mélange de tout ça en même temps : interfaces riches et/ou 3D, agrégation de catalogues externes, exploitation sociale (recommandation et approvisionnement), co-création… se sera en quelque sorte de l’innovation par l’assemblage (un des principes fondateurs du web 2.0 et donc du e-commerce 2.0).

Mais nous aurons l’occasion d’en reparler, normalement la semaine prochaine…

10/ Une seconde chance pour le web sémantique

Je ne pouvais pas faire l’impasse sur ce sujet. 2008 sera-t-il l’année du web sémantique ? Non pas réellement dans la mesure où la sémantique a toujours fait partie du web (plus ou moins). Par contre 2008 verra sans doute l’arrivée à maturation de langages sémantiques qui trouveront des domaines d’application bien précis comme APML pour les réseaux sociaux (cf. Should Facebook Implement APML?), XBRL pour les documents de reporting financier (cf. Microsoft Advances XBRL Data Standard in the US) ou encore hListing pour le commerce en ligne (cf. Kelkoo and the hListing microformat).

Est-ce que “seconde chance” est le bon terme ? Je ne sais pas, en tout cas j’espère sincèrement que la sémantisation du web va s’accélérer car la tâche est énorme. Je m’autorise donc ce petit excès d’optimisme.

—–

Et voilà, dix prédictions qui font dix. Beaucoup de thèmes récurrents (interfaces riches, réseaux sociaux) mais de nouveaux centres d’intérêts (univers virtuels, jeux vidéo) qu’il va falloir surveiller de près durant cette année.

Rendez-vous début 2009 pour faire le point.

Après le spam, le splog, voici le spambook ?

19 décembre 2007

Le succès de Facebook attise forcément les convoitises et attire les parasites. La preuve avec cette première campagne de spam orchestrée à l’intérieur de Facebook (dans le système de messagerie) : First Facebook Virus?

Il s’agit en fait d’un pseudo-message de Mark Zuckerberg qui explique qu’en raison d’un trafic trop important ils vont supprimer les comptes inactifs et qu’il faut impérativement réexpédier le message à tout ces contacts :

Attention all Facebook members .

Facebook is recently becoming very overpopulated, there have been many members complaining that Facebook is becoming very slow. Record shows that the reason is that there are too many non-active Facebook members and on the other side too many new Facebook members.

We will be sending this messages around to see if the members are active or not,If you’re active please send to other users using Copy+Paste to show that you are active. Those who do not send this message within 2 weeks, the user will be deleted without hesitation to create more space, if Facebook is still overpopulated we kindly ask for donations but until then send this message to all your friends and make sure you send this message to show me that your active and not deleted.

Founder of Facebook, Mark Zuckerberg

Un grand classique du spam qui vient s’ajouter aux splogs et autres campagnes de recrutement sauvages.

Vous voilà maintenant prévenu. Par contre je ne sais pas trop comment appeler ça : “social spam” ? “spacebook” ? “spamebook” ? “spambook” ?

Facebook cherche encore son modèle publicitaire

3 décembre 2007

Après avoir été chahuté par la presse et la blogosphère sur sa valorisation (15 Reasons Facebook Isn’t Worth $15 Billion), sur la pertinence de son programme de ciblage publicitaire (Facebook and The Myth Of Contextual Advertising | Facebook founder redefines “opt-in” | The canary in the social networking coal mine) et sur les résultats mitigés des premières campagnes d’annonceurs (Coke Is Holding Off on Sipping Facebook’s Beacon), Facebook a décidé de changer de plan et de donner un peu plus d’importance à la confidentialité des données des membres : One More Beacon Amendment From Facebook.

Une belle démonstration de réactivité pour ce service qui a déjà connu un précédent (grosse vague de protestation des utilisateurs qui ont poussés le service à retirer une fonctionnalité) mais qui fait preuve de bonne volonté.

Oui mais voilà, maintenant que la boîte de Pandore est ouverte les critiques continuent d’affluer. Notamment sur le manque de précision des profils : Le peu de profils renseignés est-il une faille apparente du modèle économique Facebook?

Plus grave, Facebook est maintenant victime de parodies comme cette vidéo :

Ou comme cette couverte très agressive de The Onion :

OnionMagazine_Facebook.jpg

Mais ne dramatisons pas, la blogosphère adore autant qu’elle déteste et ils finiront bien par trouver un modèle qui parvienne à satisfaire les annonceurs et les membres. Après tout GoogleRome ne s’est pas faite en un jour et Facebook peut bien encore survivre à quelques défauts de jeunesse.

Et on reparle de Facebook

28 novembre 2007

Suite à un précédent (Pourquoi je ne crois plus en Facebook), j’ai enregistré un nouveau podcast sur TV4IT : Réseaux sociaux : derrière le buzz quelle réalité ?

L’occasion de revenir sur le “phénomène” Facebook :

Un exercice intéressant puisque cette séquence est réalisée en une seule prise, mais je suis tout de même satisfait du résultat (je n’ai presque pas bégayé). Je regrette juste de ne pas avoir eu le temps d’évoquer Beacon (un programme de “flicage” publicitaire) car trop long et complexe à expliquer à l’écran.

Comme nous n’avons encore rien décidé avec l’équipe de TV4IT, quel thème souhaiteriez-vous que j’aborde pour le prochain podcast ?

Pourquoi je ne crois plus en Facebook

14 novembre 2007

En ce moment Facebook a la côte : on en parle à la radio, à la TV et les journalistes des grands médias n’en finissent plus de s’interroger sur les raisons de ce nouveau phénomène social. Et pourtant la réalité est tout autre.

Souvenez-vous, il y a quelques mois la coqueluche de l’époque s’appelait Second Life. Nous sommes donc en train d’assister à un phénomène classique de résonance : on en parle parce que les autres en parlent.

Facebook est-il révolutionnaire à ce point ? Ce service mérite-t-il une telle attention ? Oui, en partie. Mais sans vouloir lui retirer son indéniable succès et certaines qualités, il y a fort à parier que les annonceurs n’y trouveront qu’un intérêt très relatif.

L’explication est toute simple et peut-être résumée ainsi :

  • La croissance et l’audience de Facebook sont largement sur-évaluées ;
  • L’écosystème mis en place autour de la Facebook Platform ne tiendra pas ces promesses ;
  • Les modèles publicitaires présentés récemment sont bancals ;
  • La concurrence avec d’autres plateformes sociales va être très rude.

Donc en un mot comme en cent, malgré l’enthousiasme de son jeune CEO, Facebook ne révolutionne rien du tout.

Les chiffres en question

Commençons tout d’abord par nous intéresser aux fameux chiffres mirobolants de Facebook :

Vous l’aurez compris, les chiffres présentés par Facebook sont surtout impressionnants pour ceux qui veulent croire à leur jolie histoire. La Facebook Platform est certes un très bon facteur de croissance mais force est de constater que les meilleures places sont déjà prises.

Une plateforme à peine entre-ouverte

Et puisqu’on en parle, intéressons-nous à cette fameuse Platform. Quand on y regarde de plus près, on se rend rapidement compte qu’elle n’est pas si ouverte :

  • les applications utilisent un langage spécifique (le FBML pour Facebook Markup Language) ;
  • Les applications sont hébergées au sein du Application Directory (régit par Facebook) ;
  • les fournisseurs d’applications doivent se conformer à une charte (définie par Facebook).

Nous sommes ici bien loin de la souplesse des API et de la rigueur des Web Services. Si le succès du web 2.0 repose en partie sur les fameux mashup et sur l’innovation par l’assemblage, l’innovation est ici fortement limitée par ce langage spécifique et par la taille de la base d’utilisateurs (55 millions, ce qui n’est pas énorme).

Le fait que des agences se soient spécialisées dans le développement d’applications Facebook (RockYou, Slide…) est un signe que ces choix techniques sont un frein au développement.

Le Social Graph en question (il y a amis et amis)

Pour faire simple, le Social Graph est une représentation de nos relations et des interactions qui en découlent. La promesse de Facebook est donc de proposer aux annonceurs de pouvoir modéliser de façon très fine ce fameux Social Graph. Oui mais voilà, sur quoi repose-t-il ? Ou plus exactement, vos friends sur Facebook sont-ils réellement vos amis ? J’en doute fort. J’ai plus de 600 contacts associés à mon profil, dont à peine une dizaine que j’ai réellement rencontrés.

Les amis de Facebook sont pour la plupart des relations améliorées, et c’est bien là où se fait la différence. Dans la culture anglo-saxonne la notion d’amitié est très différente de la notre (les latins) : ils savent parfaitement mélanger relations professionnelles, amis d’un soir et amis d’amis.

Conséquence : je me vois mal faire confiance à un membre de mon réseau dans la mesure où :

  1. je ne sais pas réellement qui il est (la majeure partie des profils n’est pas réellement renseignée) ;
  2. je ne sais pas ce qu’il me veut (les intentions ne sont pas clairement exprimées) ;
  3. j’apprécie moyennement le fait qu’il me balance des moutons à la tête ou qu’il me donne de grande tapes dans le dos (Super Poke).

Pour vous convaincre de la superficialité de votre réseau posez-vous la question suivante : à combien de vos friends prêteriez-vous votre voiture ou votre appartement ?

Un gros problème de prise en main

La mise en page de Facebook est nettement meilleure que celle des pages MySpace ou que des Skyblogs, c’est indéniable. En revanche ce service est-il suffisamment simple et convivial pour séduire le plus grand nombre ? J’en doute. Il existe des millions d’utilisateurs de Netvibes car le bénéfice de ce service est immédiatement perceptible (on bouge des boîtes, on ajoute des widgets…). Mais vous devez bien avouer que l’expérience d’utilisation de Facebook est plus que troublante : trop d’applications, trop de termes jargonneux, trop de complexité.

En fait il y a un réel problème de guidage et de prise en main. Pour faire simple : les novices sont complètement perdus. Pour vous en convaincre, je vous invite à lire les commentaires d’un vieux billet que j’avais rédigé sur Facebook mais qui est très bien positionné dans Google :

  • Pouvez svp m’expliquer à quoi sert facebook et comment s’inscrire. Merci de me répondre car je ne suis pas une pro de l’informatique
  • J’aimerais qu’on m’explique svp quelle réelle différence il existe entre facebook et myspace
  • Que veut dire “site”?

Je veux bien croire qu’Aziz et sa bande de potes s’éclatent sur Facebook, mais ce service n’est aujourd’hui pas configuré pour séduire plusieurs millions de personnes : trop complexe, trop riche et surtout pas de traduction prévue pour l’interface.

Des programmes publicitaires très douteux

Nous en venons maintenant au plus gros problème de Facebook : sa plateforme publicitaire. Pourquoi est-ce un gros problème ? Parce que le modèle économique de Facebook repose sur des fondamentaux instables.

Il existe ainsi plusieurs programmes (détaillés ici : Facebook Advertising - 3 New Ways To Play) :

  • Les Business Pages qui sont un équivalent des pages sponsorisées par des marques comme sur MySpace (avec mise en avant de produits et liens vers des partenaires). Gros problème : il n’est pas possible d’inviter des fans à partir d’une business page. Conséquence : le seul moyen d’avoir une business page avec un noyau dur de fans est de transformer une page perso en une business page. Si vous savez lire entre les lignes alors vous pouvez vous faire une bonne idée des détournements possibles : fausses pages perso à vocation business, revente à des marques de pages persos populaires…
  • Les Social Ads qui sont affichées sur la page d’un membre ou dans son mini-feed. Idem, on peut tout à fait anticiper un véritable trafic d’audience basé sur la popularité d’un profil (ça me rappelle une sombre histoire de blogueurs vendus) ;
  • Le Project Beacon qui se sert de données comportementales collectées sur différents sites partenaires (cf. Facebook ads definitely creepy, possibly illegal et Is Facebook Beacon a Privacy Nightmare?) pour mieux cibler votre profil et celui de vos potes. Autant vous dire que cela pose de très sérieux problèmes éthiques.

C’est sur ce dernier point que le jeune CEO de Facebook ne parvient pas à rassurer l’industrie publicitaire et les annonceurs : Partant du principe que les membres sont le vecteur de la marque, sans redistribution de revenus, cette affiliation stérile ne bénéficiera qu’aux marques les plus fortes (Apple, BMW…), donc celles qui n’ont pas réellement besoin de ce programme (cf. I’ll spam my friends, but I want a piece of the action).

Au-delà de ces problèmes de respect de vie privée et de confidentialité, ce réseau de sites mouchards (qui dénoncent les actions des membres de Facebook) peut avoir une influence très néfaste sur le comportement des internautes et sur une éventuelle prise de décision d’achat : Facebook’s Beacon and Boundary States. A partir du moment où toutes vos actions et achats sont visibles sur votre profil (dans votre mini-feed), est-ce que vous n’y réfléchirez pas à deux fois avant de cliquer ? Ne vous direz-vous pas “comment va réagir mon audience à cet action / achat” ?

Sont-ils en train de réinventer la roue ?

Je ne sais pas pour vous, mais j’ai réellement l’impression que l’offre de Facebook ne révolutionne rien du tout (pages business, publicités ciblées…), voire qu’ils sont en train de refaire les erreurs du passé (ciblage comportemental basé sur les actions des internautes, à l’époque on appelait ça du marketing 1 to 1).

Quand on y réfléchit bien, que propose Facebook ? Des business pages (vous possédez déjà un site web, non ?), des statistiques détaillées sur le nombre de visiteurs sur ces pages (une belle régression par rapport aux outils d’analyse de la performance actuels) et des programmes publicitaires basés sur le CPM et CPC (même pas de CPA à la Amazon ?). Bref, ils nous font le coup du web dans le web, une sorte de couche d’abstraction au web “grand public” réservé à une bande de jeunes qui se balancent des moutons à la tronche. Désolé mais ce n’est pas ce que j’appelle une révolution, d’autant plus quand les questions de confidentialité et d’amitié sont très ambigües.

Une IPO est-elle la solution ?

Avec l’argent récolté auprès de Microsoft, on est en droit de se dire que Facebook va tranquillement préparer son introduction en bourse pour lever des fonds et accélérer sa croissance. Le problème c’est qu’une introduction en bourse n’a rien de tranquille : il ne suffit pas de louer des bureaux à New-York et de débaucher un CFO pour y parvenir.

Les financiers ne sont pas des imbéciles et je doute fortement qu’ils se laissent séduire par cette belle histoire de jeunes prodiges en tongs Adidas qui s’éclatent à faire des overnight coding sessions.

Rajoutez à cela un problème de valorisation, car Facebook n’a jamais été valorisé à 15 milliards de $ : Even Microsoft doesn’t value Facebook at $15 billion.

Que se passera-t-il quand Facebook n’aura plus la faveur des médias et du grand public ?

En voilà une bonne question, d’autant plus que ça a déjà commencé :

En résumé : avec cette nouvelle plateforme publicitaire Facebook risque de perdre la confiance de ses membres. Même si la croissance est toujours forte, il ne s’agit que d’un phénomène d’inertie.

Faut-il oublier Facebook ?

Non bien évidemment, chacun est libre de s’en servir pour construire son réseau et pour retrouver de vieilles connaissances. Par contre les annonceurs devront être très prudents quant à l’exploitation de ce réseau. Oui l’application iLike est un authentique succès, est-ce que pour autant Renault ou Naf-Naf peuvent en profiter ? J’en doute.

Facebook va donc progressivement venir se ranger aux côtés des MySpace, Skyblogs, Friendster… Comprenez par là qu’il va perdre son avantage concurrentiel vis à vis d’initiatives réellement plus ambitieuses comme OpenSocial ou mieux structurées comme ces nouvelles plateformes sociales.

Oui, j’ai crû au modèle de Facebook. Oui, j’ai bien crû qu’ils pouvaient révolutionner le web social et proposer une approche unifiée. Non, je n’y crois plus car ils vont avoir visiblement beaucoup de problèmes à transformer leurs rêves d’étudiants et réalité économiquement viable.

Connaissez-vous le ‘Social as a Service’ ?

9 novembre 2007

C’est vendredi donc nous pouvons nous accorder un petit moment de détente : Après le SaaS (”Software as a Service“), voici le “Social as a Service” :

saas.jpg

D’aucun pourrait y voir une critique à peine masquée pour la vague d’enthousiasme autour de Facebook. Je suis d’ailleurs en train de préparer un billet sur leur lamentable project beacon.

(via l’ami Michel Leblanc)

OpenSocial : le meta-réseau social de Google

5 novembre 2007

La blogosphère était en ébullition en ce week-end de la toussaint après l’annonce de Google du lancement du nouveau service : OpenSocial, The web is better when it’s social. Nouveau service ? Non pas tout à fait. En fait il s’agit d’un ensemble de connecteurs (API) qui servent à lier ensemble différents réseaux sociaux professionnels (LinkedIn, Xing, Viadeo, Plaxo…) et personnels (Friendster, MySpace, Hi5, SixAppart… et bien évidemment Orkut), mais aussi différentes applications en ligne (SalesForce, Oracle…).

GoogleOpenSocial.jpg

C’est quoi OpenSocial ?

Ces connecteurs servent à accéder à différents types de données personnelles :

  • votre profil (user data)
  • vos amis (social graph)
  • votre activité (news feed)

Pour celles et ceux qui se posent la question : non, OpenSocial n’est pas un service concurrent de Facebook car il se situe à un niveau d’abstraction plus élevé. Pour faire simple : malgré sa Platform, Facebook reste un réseau social propriétaire alors qu’OpenSocial est une sorte de meta-réseau social distribué. La plateforme de facebook permet d’encapsuler des applications sur son réseau alors que les API d’OpenSocial permettent d’encapsuler les applications et données de n’importe quel réseau social dans n’importe quel autre réseau social (containers).

Donc je résume : en laçant sa Platform Facebook avait pris une longueur d’avance sur ces concurrents, mais avec OpenSocial, Google permet à ses partenaires de rattraper leur retard. Là où l’on peut dire que cette initiative est magistrale, c’est quand on se rend compte que Google compte parmi ses partenaires les principaux réseaux sociaux. Ceci va donc grandement simplifier la tâche des annonceurs souhaitant exploiter ces différents réseau sociaux (What’s Google’s OpenSocial Project Mean for Marketers?).Plus d’infos sur le blog Affordance : Rentrée sociale et ouverture du code et Conflits sociaux : A vaincre sans péril triomphe-t-on sans gloire ?).

Notez que ce n’est pas la première tentative de ce genre, des initiatives comme FOAF ou XFN avaient déjà l’ambition d’assurer une interopérabilité entre les profils.

Facebook a-t-il perdu la bataille ?

Non je ne pense pas dans le mesure où Facebook ne peut pas faire autrement que de rejoindre les partenaires d’OpenSocial. Car il faut se rendre à l’évidence : il se retrouve complètement isolé avec sa technologie propriétaire. Certes, Facebook conserve une longueur d’avance avec ces 5.000 applications déjà développées, mais que peut faire une petite structure de quelques centaines de personnes contre le mastodonte qu’est devenu Google (d’autant plus depuis que son action a franchi le cap des 700 $ Google est une des plus grosse capitalisation boursière US).

Nous dirons donc que Facebook a perdu un avantage concurrentiel, mais il reste tout de même un réseau social à très forte croissance. En fait ce sont les utilisateurs qui vont y gagner, et c’est une très bonne nouvelle (Google OpenSocial will make social apps more relevant). Certains n’hésitent pas à dire que Google prend de vitesse le W3C et impose un standard pour le web social (Google: “All your network are belong to us”).

Inévitables grincements de dents

A peine OpenSocial est-il lancé que les premières (inévitables) critiques fusent déjà :

Je pense que nous n’en sommes qu’au début d’une très longue série de questionnements et d’interrogations sur l’impact de ces API.

Mais que fait Facebook ?

Pendant ce temps-là, Facebook poursuit son développement :

Vous l’aurez compris, Facebook étant parti le premier il conserve tout de même l’avantage, mais pour encore combien de temps ?

Et maintenant quoi ?

Difficile pour le moment de se prononcer sur l’évolution sur l’avenir immédiat de ces réseaux. Je vous propose néanmoins deux articles de fond :

Bon en tout cas je constate que cette annonce a totalement eclipsé deux autres événement majeurs :

Et pour couronner le tout, on parle de l’annonce du Google Phone pour cette nuit…

Facebook victime de pollution ?

29 juillet 2007

Si vous suivez ce blog régulièrement (ou n’importe quel autre blog) alors vous devez déjà savoir que Facebook est LE réseau social du moment. Très certainement un futur géant de l’internet qui viendra prendre la relève des Yahoo!, Ebay… notamment grâce à une stratégie de diversification réussie (plus d’infos ici, et ).

Oui mais voilà, un tel succès engendre une forte croissance qui s’accompagne de désagréments. Parmi ces désagréments (incessantes notifications et sollicitations, saturation des pages de profil, complexification…) je m’insurge contre l’apparition de pseudo-groupes à propagation virale qui commencent à fortement polluer l’écosystème de Facebook.

Facebook_Zombie.jpg

Je me retrouve ainsi submergé d’invitations à rejoindre le club des zombies, vampires, ninjas, loups-garouson se croirait plus sur Find A Goth que sur un réseau social semi-pro !

Toute cette pollution est dommageable, que l’on ne s’étonne pas après si Facebook est banni dans un certain nombre d’entreprises (Why Is Facebook Being Banned?)…

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