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Compte-rendu de Dreamforce 2013, deuxième journée

C’est parti pour une deuxième journée de conférence Dreamforce 2013 à San Francisco. Suite à une première journée un peu frustrante où l’on nous a présenté de belles choses, mais sans rentrer dans les détails, les product keynotes de cette journée devront apporter toutes les réponses à mes questions.

Dreamforce by night
Dreamforce by night

 Sales Cloud Keynote

C’est Linda Crawford qui ouvre la journée avec une session consacrée au Sales Cloud :

  • Le Sales Cloud est la suite applicative la plus populaire pour la gestion commerciale, ils avaient donc une grosse pression pour le lancement de la nouvelle plateforme SalesForce1, surtout avec ce focus sur les terminaux mobiles ;
  • L’application mobile disponible dans SalesForce1 est le nouveau tableau de bord pour les forces de vente, avec un principe de flux de notifications (assez proche de Chatter d’ailleurs), des fonctions de publication avancée (création de contacts, tâches, affaires, opportunités…) et l’accès à une app store privée ;

    L'application mobile Salesforce1
    L’application mobile Salesforce1
  • Toutes les informations relatives à un client, un contact, une affaire, une réunion, une tâche, une discussion… sont liées entre elles ;

    L'interface de Sales Cloud
    L’interface de Sales Cloud
  • Le centre de notifications a été conçu pour faire gagner du temps aux équipes en leur fournissant un outil de communication et d’interaction très poussé ;
  • Communities permet de créer des communautés privatives avec les partenaires et fournisseurs ;
  • Pardot est l’outil de gestion commerciale et d’automatisation pour les entreprises du BtoB qui fait le lien entre les ventes et le marketing, avec un principe de scoring pour prioriser les affaires entrantes ;

    L'interface de Pardot
    L’interface de Pardot
  • Deal Trending est l’outil d’analyse des tendances et de prédictions, il permet de faire des corrélations et d’identifier des combinaisons gagnantes ;
  • De nombreuses fonctionnalités sont en train d’être finalisées, notamment le Territory Management, une gestion avancée des tâches (group tasks, sub-tasks…) ;
  • Il y a également une intégration poussée avec Work.com pour le coaching des équipes et la ludification.

Cette évolution de la plateforme illustre les nouvelles ambitions de l’éditeur : fournir les outils pour travailler plus vite et surtout pour travailler plus intelligemment.

Une démonstration de l’outil de coaching Work.com a également été faite, tout est résumé dans la vidéo suivante :

Service Cloud Keynote

Alex Bard pour nous parler de Service Cloud, la plateforme de CRM et de services client :

  • Près d’une centaine de nouvelles fonctionnalités ont été lancées cette année, de gros changements sont à prévoir avec la bascule sur Salesforce1 ;
  • 75% des interactions entre une marque et ses clients sont en relation avec le support, et toutes ne sont pas forcément favorables à l’image de la marque ;
  • Derrière chaque tweet ou image, il y a un client ou prospect qui a besoin de réponses ou de services, autant de points de contact potentiels qui sont décuplés grâce aux terminaux mobiles et aux médias sociaux ;
  • La nouvelle interface de la console permet d’exploiter deux écrans ;

    La nouvelle interface de Service Cloud
    La nouvelle interface de Service Cloud
  • Avec One Touch Service, les clients peuvent invoquer la fonction support en un clic (ou une touche) ;
  • Co-Browse permet à un agent d’aider un client en temps réel au travers d’une interface partagée (même sur smartphone) ;
  • L’application mobile Salesforce1 permet d’accéder à Knowledge, la base de connaissance où les collaborateurs peuvent poser directement leurs questions et enrichir la base ;

    La base de connaissance de Service Cloud
    La base de connaissance de Service Cloud
  • Les Customers Communities permettent aux clients de s’entre-aider ;

    La communauté d'entre-aide du Service Cloud
    La communauté d’entre-aide du Service Cloud
  • Avec Predictive Intelligence, les nouveaux tickets sont analysés et comparés à la base de connaissance pour apporter un début de réponse aux agents ;
  • Les objets connectés sont capables de générer des alertes et de créer un ticket ;
  • Une nouvelle Engagement Console est annoncée pour Desk.com, avec une intégration plus poussée des données externes et la possibilité de traiter plusieurs tickets en même temps à l’aide d’une fonction macro.

Là encore, l’ambition de Salesforce est de proposer des outils qui soient à la fois plus performants ET plus intelligents à l’aide d’algorithmes prédictifs.

Marketing Cloud ExactTarget

En préambule de la keynote, j’ai pu m’entretenir brièvement avec Jean-Philippe Baert, le patron de la filiale française d’ExactTarget :

  • Il définit leur offre comme une plateforme d’observation de la donnée comportementale du client pour définir des actions marketing automatisées sur différents canaux (web, mobile, social et email), l’objectif est de passer d’un marketing de masse à un marketing ultra-ciblé ;

    Création d'une campagne dans ExactTarget
    Création d’une campagne dans ExactTarget
  • Il existe 4 moments-clés dans le cycle de vie du client (acquisition > passage à l’acte > transformation, fidélisation) avec des approches et des tonalités différentes en fonction du moment dans lequel les cibles se trouvent ;
  • Salesforce est parti de la notion de vente, puis de service, et intègre maintenant le marketing avec ExactTarget ;
  • Fortes complémentarités entre Radian6 (écoute et analyse), BuddyMedia (engagement) et ExactTarget qui permet d’élargir le spectre des canaux traités (en y intégrant l’email, le mobile…) et de générer des actions de façon automatique.

Vient ensuite la keynote assurée par Scott Dorsey, le CEO pour nous parler du Marketing Cloud :

  • La solution ExactTarget a été lancée en 2001 sur de l’email marketing et a petit à petit évolué pour intégrer les médias sociaux et la mobilité ;
  • Nous n’en sommes qu’au tout début d’un processus de transformation des pratiques du marketing et de l’acquisition client au travers des terminaux mobiles (qui évoluent tous les ans) ;
  • La balance connectée de Fitbit est un bon exemple de produit connecté offrant d’innombrables possibilités de services et d’offres personnalisés à partir des données client ;
  • Pardot permet de faire le lien entre ventes et marketing dans un environnement BtoB, il utilise une technologie de progressive profiling pour raccourcir la taille des formulaires et les enrichir de façon incrémentale au fur et à mesure des interactions avec un internaute ;
  • Les 3 enjeux du marketing moderne : une vision unifiée des clients / prospects, un contenu personnalisé et un parcours client multi-plateforme ;
  • Journey Builder est une application de modélisation du parcours client (Journey Maps) et des interactions (Journey Interactions) avec une interface WYSIWYG ;

    L'interface de Journey Builder
    L’interface de Journey Builder
  • Les interactions avec les clients / prospects sont également planifiées dans le temps avec une autre interface en WYSIWYG ;

    Planification des interactions avec Campaign Plan
    Planification des interactions avec Campaign Plan
  • Content Personalization permet de définir des règles métiers (basées sur les attributs des clients / prospects) pour personnaliser les contenus (pages web, email, notification, messages Facebook…).

    L'interface de personnalisation du contenu
    L’interface de personnalisation du contenu

Autant vous dire que l’audience était subjuguée par l’incroyable interface du Journey Builder. Cet outil illustre bien la complexification des métiers du marketing et surtout la façon dont les données client peuvent aider les marques et organisations à beaucoup mieux segmenter leurs clients et cibler leurs actions.

Platform Keynote

Dernière product keynote de la journée avec le quatrième pilier de la nouvelle offre Salesforce1, à savoir la plateforme d’applications. C’est Mike Rosenbaum qui nous présente cette dernière facette de l’offre :

  • AppExchange est la plus grosse plateforme applicative BtoB avec plus de 4,2 M d’applications créées ;
  • Cette année a été une grande année avec le lancement des Company Communities (cf. Les plateformes de collaboration s’ouvrent à l’extérieur), les Private AppExchange et l’introduction en bourse de Veeva (une solution CRM verticale pour l’industrie pharmaceutique qui n’existe que sur AppExchange) ;
  • Salesforce1 représente un très gros saut en avant avec la mise à disposition de nombreuses nouvelles APIs, services mobiles… ;
  • Les systèmes d’information du XXIe siècle ne tourneront pas autour des enregistrements (“Systems of Records“), mais autour des conversations et interactions (“Systems of Engagement“), ceci va dans le sens de ce que j’ai pu lire ailleurs (“le RSE est l’ERP de demain“) ;
  • Heroku1 est la nouvelle offre qui va chapeauter Heroku et Force.com (Heroku1 aims to bridge the Salesforce.com PaaS divide) et ambitionne de devenir la plateforme de référence pour héberger des applications d’entreprise ;
  • Ils proposent une variante du rôle du CIO (Chief Information Officer > Chief Innovation Officer) ;
  • Les infrastructures distantes permettent aux DSI (et aux clients) de ne plus se soucier de problèmes d’infrastructure et de se concentrer sur l’innovation et la performance des outils informatiques ;
  • La force d’une plateforme applicative comme Heroku1 est de pouvoir accélérer le développement et le déploiement d’applications sur différents sites physiques et surtout sur différents types de terminaux (toute modification sera immédiatement déployée et disponible pour l’ensemble des utilisateurs) ;
  • Le cloud computing pourrait apporter des gains de productivité significatifs à des secteurs d’activité complètement à la traîne comme la santé (je pense notamment à PracticeFusion) ou le secteur public (cf. How cloud computing is changing the fabric of technology within the public sector in the UK).

Les démonstrations d’applications distribuées étaient particulièrement impressionnantes. Cette plateforme est un élément clé de l’offre de Salesforce, mais ils ne communiquent pas trop dessus pour éviter de faire un déballage de termes techniques et se concentrer sur la vision client.

Impossible de ne pas mentionner l’offre Data.com qui est très liée avec la plateforme (Data.com Overview and Demo), de même que Heroku (Powering the Internet of Customers with Heroku1).

Si la première journée avait été avare en matière d’explications, cette deuxième journée était par contre beaucoup plus riche avec de nombreuses démonstrations et surtout d’innombrables sessions (dont certaines sont disponibles sur la chaîne YouTube Salesforce Videos et sur le compte SlideShare). Les annonces ont été nombreuses et il faudra plusieurs semaines pour bien décortiquer les nouvelles offres et analyser leur impact. Pour ce faire, je vous recommande de régulièrement visiter les blogs US et Fr.

C’est sur ces keynotes que s’achève mon séjour à San Francisco. Je connaissais déjà l’offre de Salesforce, mais j’ai été grandement impressionné par l’ambition de cet éditeur qui n’existait pas il y a moins de 15 ans. Je ne peux que saluer l’incroyable progression qu’ils ont réalisé et surtout la position qu’ils ont réussie à sécuriser face à des éditeurs pourtant très puissants. Salesforce peut ainsi être considéré comme concurrent d’Amazon sur les offres d’hébergement (IaaS), d’Oracle ou Google pour les applications d’entreprise (SaaS) ou d’Adobe pour les solutions liées au marketing. Par contre, la centralisation des données client (qui sont au coeur de l’offre) est vraiment un avantage compétitif de premier ordre, de même que leur écosystème très dense de développeurs tiers.

Je me donne encore quelques jours de réflexion pour faire une synthèse de ce que j’ai pu voir et des discussions que j’ai eues avec différents interlocuteurs et vous donner une vision clarifiée du marketing digital (LE sujet qui me préoccupe en ce moment).

Compte-rendu de Dreamforce 2013, première journée

Cette semaine je suis à San Francisco pour le plus gros événement de l’année : la conférence DreamForce organisée de mains de maître par SalesForce. J’ai fait le déplacement avec une dizaine de journalistes de la presse IT française pour couvrir ce qui est annoncé comme un grand tournant dans l’histoire de cet éditeur. J’ai déjà eu l’occasion de vous décrire la richesse de leur offre et de justifier sa place parmi les piliers du web (Salesforce intègre le club des dix acteurs incontournables de l’internet).

Cela faisait une éternité que je n’étais pas venu à San Francisco, et j’ai été très agréablement surpris par la beauté de la ville, surtout avec la réfection du centre-ville. Le visage de cette ville a effectivement beaucoup changé avec l’installation de sociétés prestigieuses comme Zynga ou Twitter. Du coup, le dowtown est devenu beaucoup plus intéressant.

San Francisco by night
San Francisco by night

J’ai également pris une grosse claque en constatant l’ampleur de l’organisation de cet événement : ils ont carrément bloqué un quartier entier tellement il y a de monde (plus de 135.000 inscrits au dernier décompte). Une immense structure gonflable a été installée entre les différents bâtiments du Moscone Center, avec des animations tout autour :

La structure gonflable de Dreamforce
La structure gonflable de Dreamforce

Mais le plus impressionnant est encore cette immense salle aménagée pour la keynote d’ouverture où près de 15.000 personnes sont tassées pour écouter Marc Benoiff, le fondateur de Salesforce.

Beaucoup de monde à Dreamforce 2013
Beaucoup de monde à Dreamforce 2013

Cette année, l’accent est mis sur les clients (“How to become a customer company?“) et sur l’intégration des données clients dans une plateforme unique (“Welcome to the Internet of Customers“). Les révélations sorties la veille sur la future plateforme SalesForce1ont semé la confusion, mais la présentation officielle devrait nous permettre de comprendre l’étendue exacte de cette nouvelle offre (les éditeurs US sont généralement assez flous dans leurs annonces).

Keynote : The Internet of Customer

La keynote de Marc Benioff
La keynote de Marc Benioff

Même s’il y avait déjà des présentations publiques et des sessions la veille, l’événement ne démarre réellement qu’avec la keynote d’ouverture de Marc Benioff, qui en profite pour nous annoncer les derniers succès de l’éditeur et son engagement dans les oeuvres caritatives :

  • Beaucoup de chemin parcouru depuis le lancement il y a près de 15 ans de leur plateforme de gestion de force commerciale en 1999 (Sales Force Automation) ;
  • La plus belle réussite dans l’industrie du logiciel (SalesForce a été nommé l’éditeur le plus innovant ces 3 dernières années par Forbes) ;
  • L’adoption du modèle 1/1/1 d’entreprise responsable (lancé par la SalesForce Fundation) par les grands noms de la Silicon Valley (Google Vmware, Zynga, Dropbox, Yelp…) et l’ouverture prochaine du Benioff Children’s Hospital ;
  • Nous avons même eu droit à une allocution du premier ministre d’Haïti, de Petra Nemcova de Happy Hearts Fund et de Sean Penn, très impliqué dans la reconstruction de l’île.
Le premier Ministre Haïtien et Sean Penn à Dreamforce
Le premier ministre haïtien et Sean Penn à Dreamforce

Nous rentrons ensuite dans le vif du sujet avec la présentation détaillée de SalesForce1:

  •  Nous sommes dans un monde où tout est connecté (les clients, les collaborateurs, les partenaires, les fournisseurs, les boutiques, les communautés, les objets…) ;

    Un monde où tout est connecté
    Un monde où tout est connecté
  • L’internet des objets représente la troisième révolution de l’informatique (après les systèmes centraux et l’internet grand public) ;
  • Les marques n’ont plus le choix de segmenter leurs activités, elles doivent se réorganiser autour de leurs clients, surtout avec plus de 4,5 MM d’utilisateurs des médias sociaux et près de 5 MM de smartphones en circulation ;
  • Les commerces traditionnels ont d’énormes progrès à faire, car les clients ne sont jamais reconnus (sauf s’ils passent en caisse et montrent leur carte de fidélité) ;
  • SalesForce1 est donc une plateforme permettant de centraliser les applications et les données, d’en donner l’accès à tous types de terminaux (smartphones, tablettes…), et de l’ouvrir aux fournisseurs de services tiers au travers de nombreuses APIs ;

    Présentation schématique de SalesForce1
    Présentation schématique de SalesForce1
  • Les utilisateurs de la plateforme peuvent s’y connecter avec une application unique (disponible sur les différents app stores mobiles) ;

    L'application mobile SalesForce1
    L’application mobile SalesForce1
  • Les clients vont pouvoir créer leurs propres  objets (campagnes, applications, tableaux de bords…) à l’aide d’un éditeur simplifié ;

    Exemples d'applications mobiles dans SalesForce1
    Exemples d’applications mobiles dans SalesForce1
  • Les administrateurs vont pouvoir tout administrer à partir d’une console centrale (créations, modifications, changements des droits et autorisations…) ;
  • La plateforme SalesForce1 est articulée autour des offres Service Cloud (satisfaction et fidélisation), Sales Cloud (prospection et transformation), Marketing Cloud (promotion et acquisition) et d’une place de marché d’application tiers.

Marc Benioff a insisté plusieurs fois sur le fati que SalesForce1 n’était pas un nouveau SalesForce, mais force est de constater qu’il y a un avant et un après. Dans la nuit précédant la keynote, tous les clients de SalesForce ont ainsi été basculés sur la nouvelle application mobile. Les développeurs avec qui j’ai pu en discuter m’ont assuré que l’intégration à l’ensemble des services et applications était un vrai tour de force. De plus, cette nouvelle plateforme est particulièrement riche avec de très nombreuses APIs et une documentation bien fournie dès le premier jour.

La plateforme unifiée SalesForce1
La plateforme unifiée SalesForce1

Plutôt que de nous rabâcher encore et toujours les données, le discours de Marc Benioff est plutôt de nous “vendre” les clients (les données autour des clients). J’aime beaucoup sa vision de l’Internet of Customers, qui n’est pas nécessairement en opposition avec celle de l’Internet of Things (5 Ways Marketers Can Lead the Internet of Customers). Encore une fois je suis surpris par la maturité de sa vision et surtout par l’ambition qu’il y a derrière : une plateforme unique pour les données, services et applications.

L'internet des clients
L’internet des clients

Sessions et balade dans la ville

L’après-midi était consacré à une série de sessions de partage d’expérience. Les différents clients de SalesForce étaient donc invités à témoigner de leur expérience et à partager les usages qu’ils font de la mobilité, des médias sociaux, de la relation client… Je dois bien avouer être resté sur ma faim, car l’essentiel des clients sont des sociétés américaines avec un contexte très différent de nos marques nationales (des milliers d’employés, des centaines de millions de clients et les budgets / équipes qui vont avec). Donc rien de très intéressant, les product keynotes du lendemain seront à mon avis bien plus enrichissantes.

Par contre, l’avantage de ces sessions, qui étaient réparties dans les différents hôtels du quartier, est qu’elles m’ont permis de découvrir un peu mieux le centre-ville de San Francisco et d’en apprécier les immeubles Art Déco ainsi que les très typiques “cable cars” (des tramways du début de siècle).

Les immeubles Art Déco de San Francisco
Les immeubles Art Déco de San Francisco
Le centre-ville de San Francisco
Le centre-ville de San Francisco

Tchat with Marissa Meyer

La journée a été clôturée par une discussion très intéressante entre Marc Benioff et Marissa Mayer, la patronne de Yahoo venue parler du présent et du futur du portail (avec 30 minutes de retard).

Marissa Mayer à Dreamforce 2013
Marissa Mayer à Dreamforce 2013

Elle est donc venue nous parler de son travail chez Yahoo et de ses méthodes de management :

  • Elle a dû relever un double défi lors de son arrivée chez Yahoo : adapter le portail aux terminaux mobiles (smartphones et tablettes) et comprendre / exploiter les particularités locales de marchés très complexes comme le Japon ou la Chine (où ils ne peuvent pas se permettre de simplement répliquer les fonctionnalités) ;
  • Elle a mis un point d’honneur à ne pas concevoir la nouvelle version du portail pour les utilisateurs avancés (les experts), mais les débutants pour “reconquérir” les utilisateurs (cf. Yahoo change de look et harmonise ses mises en page) ;
  • Ils sont d’accord sur l’importance d’avoir un design soigné et une prise en main simplifiée, elle insiste sur l’importance d’en faire une discipline transverse qui soit la préoccupation de tous et pas seulement d’une équipe d’experts ;
  • À son arrivée, il y avait un peu moins de 350 M d’utilisateurs mobiles, mais seulement une trentaine de développeurs spécialisés, elle s’en est rendu compte en discutant avec un jeune développeur rencontré par hasard à la cafèt’ (Yahoo Now Has 400 Million Monthly Mobile Users), ils sont maintenant plus de 400 ;
  • L’ensemble des contenus et services proposés sur Yahoo correspond à ce que les mobinautes recherchent : email, photos, news, météo… Pour le moment ils ont concentré leurs efforts sur de très belles applications mobiles comme Weather (peut-être est-ce une opportunité pour Yahoo de lancer son OS mobile…), mais leur stratégie de conquête des terminaux mobiles ne va pas s’arrêter là ;
  • En tant que CEO, elle compare son rôle à celui d’un milieu de terrain au foot qui doit “libérer” le passage (faire tomber les obstacles) pour que l’équipe puisse allez jusqu’aux buts et marquer, à savoir livrer le projet (8 Key Business Takeaways From Yahoo! CEO Marissa Mayer).

Anecdote amusante : des manifestants sont venus perturber la conférence pour protester contre les conditions de travail chez Wall-Mart, entreprise dont elle est membre du conseil d’administration (Protestors disrupt Yahoo CEO Marissa Mayer at Dreamforce ’13).

Des manifestants à Dreamforce 2013
Des manifestants à Dreamforce 2013

Elle n’a pas fait mention de son intention de lever une somme conséquente d’argent pour pratiquer d’autres acquisitions (Yahoo Plans To Raise $1 Billion For Buying Stuff), mais il est évident que le portail va subir de profondes transformations pour basculer enfin dans le XXIe siècle (Marissa Mayer: Why Yahoo is a Mobile-First Customer Company). Entre Marissa Mayer, Sheryl Sandeberg de Facebook (qui prendra la parole demain) et Meg Withman, les femmes influentes sont à l’honneur !

La suite sur le compte-rendu de la deuxième journée.

Avec NaCl, Google complète sa vision de l’informatique du futur

J’ai déjà eu plusieurs occasions de vous parler de l’évolution de l’outil informatique (La fin de l’ordinateur individuel est programmée et Quel va être l’impact de la fin de l’ordinateur individuel ?). Il y a de fortes chances pour que vous ne soyez pas particulièrement sensible à ces réflexions vu que l’ordinateur que vous avez en face de vous est grosso modo le même que celui que vous utilisez depuis plusieurs décennies : un écran, une souris, un clavier, un disque dur… c’est simplement sa puissance qui augmente régulièrement, de même que la taille de l’écran. Certes, avec la généralisation de l’internet au bureau et dans les foyers, les ordinateurs ont connu un second souffle, mais ils sont très clairement en fin de vie. L’avènement des tablettes est d’ailleurs un très bon indicateur du changement que nous sommes en train de vivre (13% des foyers sont équipés à fin 2012, un chiffre qui devrait quadrupler d’ici 2016).

Office = le boulet qui nous verrouille sur des outils informatiques du XXème siècle

Vous pourriez me dire que malgré les qualités indéniables des tablettes en tant que terminaux de consommation de contenus digitaux, elles ne remplacent pas un ordinateur, et vous auriez bien raison. Inutile donc de fantasmer sur le tout dernier iPad, car ce n’est résolument pas le digne remplaçant des ordinateurs traditionnels, surtout à près de 1.000 € ! Par contre, les Chromebooks de Google semblent être des candidats bien plus sérieux, d’autant plus qu’avec des prix ultra-compétitifs ils ont su séduire de nombreux nouveaux clients (Google announces that 2,000 schools now use Chromebooks, up 100% in three months). Là encore, vous pourriez me dire que ces machines ne concernent qu’une petite tranche de la population (les étudiants), et vous auriez également raison. J’ai effectivement lu d’innombrables avis sur ces fameux Chromebooks, qui sont présentés comme des alternatives terriblement efficaces aux ordinateurs traditionnels… mais qui ne peuvent pas les remplacer, car ils sont incapables de faire tourner le Pack Office.

Samsung-Chromebook

Somme-nous donc dans une impasse avec une population qui se segmentent en deux : d’un côté les jeunes qui vivent dans le cloud, et de l’autre les vieux dont le quotidien informatique est irrémédiablement ancré dans le siècle passé à cause de la suite bureautique de Microsoft ? Oui, et je n’ai pas peur de le dire : Microsoft s’est arrangé pour verrouiller le marché et empêcher les utilisateurs d’évoluer vers une nouvelle génération d’outils informatiques. Peut-on leur en vouloir ? Pas réellement, car ce type de verrouillage est le fond de commerce des acteurs de l’informatique (IBM, Adobe, Apple…). Donc is l’on récapitule : nous sommes bloqués avec des machines conçues au siècle dernier à cause de foutus fichiers bureautiques. Pour s’extraire de ce dictat, il faut beaucoup de volonté et de rigueur. Or, les Chromebooks ne donnent pas vraiment envie de faire ces efforts. Mais la situation vient de changer…

Pixel + QuickOffice = votre ticket de sortie vers l’outil informatique du XXIème siècle

En deux ans, le système d’exploitation de Google a beaucoup progressé (Avec Chrome OS, Google parie sur le CloudBook), mais il lui reste encore beaucoup de chemin à parcourir. Considérés par beaucoup comme l’offre low cost de Google, les Chromebooks sont en passe d’acquérir leur première lettre de noblesse avec le tout nouveau Pixel, véritable vitrine technologique de la gamme : The Chromebook Pixel, for what’s next.

Si la machine est incontestablement une réussite en terme de design et de qualité de fabrication, elle pose néanmoins de grosses questions quant à son prix : pourquoi payer aussi cher pour un ordinateur qui ne peut pas faire tourner Excel ou Powerpoint ? Là encore, les avis sont homogènes : The Chromebook Pixel: A Beautiful Premium Laptop For Those Who Live In The Cloud (But Not For Anyone Else) et The Chromebook Pixel Is The Most Brilliant Laptop You’ll Never Buy. Traduction pour celles et ceux qui n’ont pas le temps de lire ces avis : ce tout nouveau Chromebook Pixel est une splendide réussite technologique, mais sommes-nous réellement prêts pour une machine qui repose exclusivement sur l’informatique dans les nuages ? (cf. Définition et usages du cloud computing).

Pixel

Nous en revenons donc encore et toujours à l’épineux problème des usages professionnels qui sont dominés par les fichiers bureautiques. Si les Chromebooks n’ont pas réussi à convaincre le monde de l’entreprise, c’est parce qu’il est impossible d’éditer un fichier bureautique dessus. Correction : “il ÉTAIT impossible“, car conscientes de ce problème, les équipes de Google avaient un plan. C’est donc là qu’intervient une annonce passée quasi inaperçue cette semaine : Google Ports Quickoffice To Chrome Using Native Client, Will Get Full Editing Features In About 3 Months. Il y a quelque mois, Google rachetait QuickOffice, une application d’édition de documents Office pour terminaux mobiles, application qui va être adaptée sous Native Client. Google est donc en train de finaliser une nouvelle version de QuickOffice qui va vous permettre de consulter et éditer des documents Office dans votre navigateur (traduction : le pack Office sur votre Chromebook).

QuickOffice
Éditez vos fichiers Office sur vos smartphones et tablettes

Le plus intéressant dans cette histoire, c’est que le portage de QuickOffice sous Chrome va se faire avec Native Client. Pour mémoire, il s’agit de la technologie de Google permettant de faire tourner des applications en code natif dans le navigateur, donc des performances en théories bien supérieures à ce que peuvent proposer les Office Web Apps, même sur des machines à moins de 300 € propulsées par des processeurs de famille ARM (cf. L’adoption de NativeClient passera par les jeux… et la bureautique).

Native Client = le pont entre deux paradigmes de l’outil informatique

Pour résumer ce qui a été expliqué plus haut, nous avons deux approches très différentes de l’outil informatique :

  • le paradigme du XXème siècle, avec des ordinateurs puissants mais coûteux sur lesquels sont stockées les applications et données ;
  • le paradigme du XXIème siècle, avec des ordinateurs aux ressources limitées et à bas prix, mais qui exploitent des capacités infinies de stockage et de calcul dans les nuages.

La promesse de Google est donc de vous faire profiter de ces deux paradigmes : des ordinateurs “légers” qui exploitent les infrastructures distribuées (donc toute la puissance de l’informatique dans les nuages) et qui vous permettent de travailler sur des formats de fichier du siècle dernier, le tout avec une interface tactile et une machine aussi belle qu’un MacBook. C’est donc un coup de maître de la part de Google qui, avec Native Client, parvient à réunir tous les ingrédients nécessaires à la complétion de sa vision de l’informatique du futur :

  • Des terminaux maîtrisés au niveau hardware et software (les gammes Nexus et Chromebook) ;
  • Une architecture technique distribuée pour déployer ses offres BtoC et BtoB (Google Drive, Google Apps, Google App Engine…) ;
  • Un circuit de distribution intégré (Google Apps Marketplace, Google Play Apps Store) ;
  • Une interface et des applications de consultation / édition / création (Chrome, Chrome OS, QuickOffice).

La chaine est donc maintenant quasi-complète, QuickOffice et Native Client étant les derniers maillons de la chaîne. Je suis persuadé que la prochaine grand-messe annuelle de Google en mai prochain sera l’occasion pour eux de dévoiler leur plan d’ensemble. N’allez pas penser que je suis partisan, je suis simplement enthousiaste à l’idée de voir enfin évoluer cet outil informatique d’entreprise que nous subissons depuis des décennies. Cette nouvelle approche de l’outil informatique proposé, entre autres, par Google me semble tout à fait correspondre aux attentes des utilisateurs en terme de praticité, pérennité, mobilité, collaboration… Reste maintenant à convaincre les DSI, qui seront aux premières loges de ce changement de paradigme.

Comment le cloud s’installe dans notre quotidien

Il y a quelques années, le cloud computing était un domaine réservé aux informaticiens, un sujet obscur que l’on évoquait entre initiés. La situation a bien changé puisque l’informatique distante est maintenant présente dans notre quotidien sans que nous nous en rendions compte : vos emails, vos photos, votre musique… toutes ces informations et données sont maintenant stockées sur des serveurs distants. Est-ce une bonne chose ? Bien sûr, car vous êtes maintenant libéré des contraintes de stockage et de pérennisation. Avons-nous atteint l’apogée de ce que le cloud computing peut nous proposer ? Certainement pas ! D’ailleurs le cloud computing est est des trois piliers de transformation que j’ai identifiés pour 2012 (Du SoLoMo au ToDaClo).

Le cloud dans votre environnement professionnel

En début de semaine Adobe a présenté en grandes pompes sa toute nouvelle offre Creative Cloud. Pour résumer une longue histoire, cette offre vous donne accès pour 59€/mois à l’ensemble des logiciels de la gamme ainsi qu’un certain nombre de services dans les nuages (Everything you need to know about today’s Adobe event, CS6 and Creative Cloud).

Détails de l'offre Creative Cloud d'Adobe

Ça n’a l’air de rien comme ça, mais Adobe mise gros sur cette offre, TRÈS gros : ce n’est ni plus ni moins que la reformulation de son modèle économique pour lutter contre le piratage et préparer l’avenir. Car c’est bien de l’avenir de l’industrie du logiciel dont il est ici question. Cette offre est selon moi une transformation culturelle et économique gigantesque pour un éditeur, et elle préfigure un modèle qui va impacter tous les professionnels du secteur : les logiciels vont devenir des produits d’appel (des commodités), vous pourrez les télécharger et les utiliser librement, mais il faudra payer pour accéder aux fichiers qui seront créés avec. Cette traduction n’engage que moi, mais elle reflète bien l’évolution de nos habitudes de travail : nous ne produisons plus de façon autonome et individuelle, notre production est à un moment donné forcément collective et partagée, d’où l’idée de déporter la valeur depuis les logiciels vers ce qu’ils permettent de produire, et de déployer des services à valeur ajoutée autour de cette production.

Je ne m’attarderais pas sur l’impact de cloud computing, Louis Naugès le fait mieux que moi. D’authentiques empires ont été bâtis grâce au cloud computing, Amazon, Microsoft ou encore SalesForce misent leur avenir sur le cloud computing, qui touche à la fois la sphère privée et publique (Salesforce.Com Unveils the Government Cloud). Google est également un des principaux promoteurs et architectes du cloud computing avec des services historiques comme Gmail ou Docs et son tout nouveau Drive.

L’ambition de Google pour cette offre est de proposer un espace de stockage en ligne universel, aussi bien pour vos fichiers de travail (se positionnant en concurrence frontale avec les offres de collaboration intermédiaire : Google Drive vs. Dropbox, SkyDrive, SugarSync, and others: a cloud sync storage face-off), que pour vos fichiers personnels (photos ou musique : Google Had Big Expectations For Its Music Service).

Mais outre le fait de simplifier le stockage et la diffusion, le cloud computing permet également de proposer des services jusque-là impossibles, comme par exemple l’impression distante et notamment l’offre Cloud Print : Google Cloud Print now lets you print to any FedEx Office location in the US.

Imprimez vos documents dans le magasin le plus proche avec Google Cloud Print

Le cloud dans votre quotidien personnel

Comme précisé en début d’article, le cloud est un levier de transformation très puissant pour notre environnement professionnel, mais il est également omniprésent dans votre vie quotidienne :

Vos contenus disponibles sur tous vos appareils Apple avec iCloud

Si ces services connaissent un succès grandissant (Apple iCloud Has 125 Million Users), c’est parce que nous passons de plus en plus de temps en ligne et que nos fichiers personnels sont éparpillés sur différentes machines, là où ils ne sont que partiellement accessibles et pas forcément en sécurité (les disques durs n’étant pas fiables). Les services dans les nuages sont alors là pour nous proposer une solution viable pour le stockage, la diffusion et la synchronisation.

Evernote est d’ailleurs à ce sujet un acteur de référence dans ce domaine en proposant toute une série d’applications pour vous aider à ne rien oublier organiser vos trouvailles quotidiennes (notes, articles, captures d’écran, rencontres, recettes de cuisine, cours…).

Evernote se charge d'organiser vos souvenirs au quotidien

Démarrer comme un service de partage de notes, Evernote se définit maintenant comme une plateforme (notamment avec son offre Trunk) et ambitionne de vous aider à ne plus rien oublier (tout comme Google ambitionne de vous aider à tout trouver). De ce point de vue là, l’informatique dans les nuages n’est plus vraiment une lubie d’informaticiens, mais la première étape vers l’humanité augmentée, où notre quotidien est rendu plus riche grâce aux NTIC et où les machines nous aident à repousser nos limites (ici, la mémoire).

Notre vie dans les nuages

Puisque nos fichiers personnels, contacts, loisirs, souvenirs… sont maintenant dans les nuages, quelle va être la prochaine étape ? Peut-être de reprendre le contrôle de cette nouvelle forme de dispersion : d’une façon paradoxale, pour pouvoir lutter contre l’éparpillement de nos fichiers personnels sur différentes machines, nous les plaçons dans les nuages et les éparpillons à nouveau entre différents fournisseurs. Se pose alors la question de ce que ces fichiers vont devenir : vos playlists, vos photos, mais également tout ce que vous pouvez faire sur les réseaux sociaux. Car si tout le monde s’offusque des conditions générales d’utilisation de Google Drive, l’opinion publique semble avoir oublié que Facebook ou Twitter reposent des CGUs pas vraiment rassurantes sur les conditions d’exploitation et de pérennisation de nos photos / messages. Pour vous en convaincre, il vous suffit d’essayer de supprimer une photo dans Facebook ou de rechercher un tweet de plus de 2 ans…

Ceci étant dit, il faudrait être d’extrême mauvaise foi pour s’en plaindre alors que nous sommes connectés tous les jours à ces services sans nous soucier de savoir comment ils gagnent de l’argent (Nous faudra-t-il payer pour préserver notre vie privée ?).

Bref, tout ça pour dire que la prolifération des offres ouvre la voie à une nouvelle catégorie d’acteurs offrant la possibilité de gérer de façon centralisée vos différents comptes ainsi que l’accès aux contenus. Jolicloud propose ainsi une offre intéressante de meta-cloud qui vous donne une vision exhaustive de ce que vous avez publié et vous permet de l’archiver en connectant vos différents comptes : Jolicloud Me, Making Your Own Personal Cloud … From All the Other Clouds.

Vos archives personnelles dans les nuages avec Jolicloud

Dans l’absolu, tous ces éditeurs ne vous forcent à rien. Mais bon… nous payons pour assurer notre santé, nos voitures et nos maisons, pourquoi ne pas payer pour protéger nos souvenirs ? Après tout vous passez plus de temps sur les médias sociaux que dans votre voiture, non ?

Je ne vois pas nécessairement l’avènement de cloud computing comme une mauvaise chose, plutôt l’évolution logique d’un outil informatique dont on ne peut définitivement plus se passer dans notre quotidien : ordinateurs, smartphones, services bancaires et financiers… Le cloud est partout, littéralement, n’essayez pas de vous y soustraire, mais plutôt d’en profiter, car il peut vraiment améliorer votre quotidien.

La fin de l’ordinateur individuel est programmée

Nous sommes en 2011, cela fait donc 30 ans que l’ordinateur individuel a été mis sur le marché (source : Wikipedia). 30 ans que nous utilisons la combinaison unité centrale / écran / clavier / souris. 30 ans de croissance quasi ininterrompu pour les constructeurs et éditeurs de logiciels qui ont bénéficié du phénomène de comoditisation de l’offre (une baisse des prix obtenue par économie d’échelle en vendant des produits quasiment identiques aux entreprises et particuliers).

Le premier ordinateur individuel à grande production lancé par IBM en 1981

Plusieurs signaux du marché sont néanmoins en train de participer au déclin de l’ordinateur individuel tel que nous l’avons connu : l’arrivée à maturité de l’internet et des offres de cloud computing, la montée en puissance des terminaux mobiles et des usages en mobilité.

Avec les annonces de ces dernières semaines, il semble clair que Microsoft, Google et Apple sont en ordre de bataille pour faire basculer l’informatique dans le 21ème siècle. Certes, tout ne s’est pas fait en quelques semaines : Les offres d’Application Service Providers et les smartphones en Asie sont une réalité depuis le siècle dernier (donc bien avant l’apparition du cloud computing ou de l’iPhone / iPad), mais nous y voyons maintenant beaucoup plus clair dans le jeu des grands acteurs de l’informatique et de l’internet.

Les ordinateurs individuels supplantés par les terminaux nomades

Même si de gros progrès ont été réalisés, les ordinateurs ne font plus rêver personne : trop encombrants, trop chers, trop laborieux à maintenir (failles de sécurité, anti-virus, anti-malware…). La solution des industriels a été de créer un nouveau segment pour relancer l’intérêt : les netbooks (cf. Les netbooks vont-ils amorcer la révolution du web 3.0 ?). Mais tout ne s’est passé comme prévu, les netbooks ont fait long-feu car ils étaient incapables de tenir la promesse faite aux consommateurs (l’informatique low-cost). Après 3 années d’égarement, Google parvient néanmoins à proposer aux industriels une offre viable : Avec Chrome OS, Google parie sur le CloudBook.

Les chromebooks représentent donc l’évolution ultime du concept avec un hardware et un software allégé au maximum au service de la simplicité et de la portabilité. Parviendrons-ils à réussir leur pari et convaincre le grand public ? Oui j’en suis persuadé, car l’offre est bien pensée (système de location mensuelle) et que la transition va se faire en douceur auprès des publics les plus réceptifs (étudiants…).-

Le Chromebook de Google, évolution ultime des netbooks

De même, les tablettes tactiles existent depuis près de 20 ans, mais souffraient de gros problèmes ergonomiques. Elles aussi ne parvenaient pas à tenir la promesse d’une informatique nomade et tactile. Il a fallu attendre la sortie de l’iPad pour viabiliser le concept de touchbook. La touche de génie d’Apple a été de simplifier l’interface et surtout de repenser l’outil informatique (cf. Pourquoi iOS est plus disruptif que vous ne le pensez).

L'iPad d'Apple

Ainsi ce n’est pas tant le hardware qui a évolué que le software. Apple et Microsoft ont bien compris que le modèle traditionnel du logiciel ne va pas perdurer longtemps, surtout face à la menace de nouveaux entrants comme Google, SalesForce… Il était donc urgent de refondre ce modèle et de tenter autre chose : Software as a Service, mini-applications, services en ligne freemium… (cf. Apple, Microsoft, Google, Adobe à la recherche du nouveau paradigme des logiciels).

Une nouvelle approche de l’informatique personnelle

Entendons-nous bien : il est bien ici question d’informatique pour le grand public, pas pour les contrôleurs de gestion, développeurs… Là encore les nouvelles configurations de marché rendent obsolète l’ordinateur traditionnel. Les usages d’aujourd’hui tournent ainsi essentiellement autour du web et de tout ce qu’il propose : contenus, plateformes sociales, jeux… Or, les offres récemment créées par Apple, Netflix ou encore OnLive nous prouvent que les utilisateurs peuvent se passer des ordinateurs pour consommer des contenus et services.

Tous les jeux dont vous rêvez sont accessibles sans PC avec OnLive

Avec l’avènement de l’internet, l’ordinateur s’est banalisé et n’est plus qu’un moyen d’accès à des contenus et services en ligne. Les utilisateurs valorisent maintenant beaucoup plus l’autonomie et la portabilité que la puissance. L’architecture x86 des processeurs Intel est maintenant supplantée par l’architecture ARM des smartphones et terminaux nomades (cf. 2011, l’année du point de bascule).

Dans cette nouvelle approche de l’outil informatique (plus ludique, plus sociale), Intel a pourtant été précurseur avec le lancement de Meego, un système d’exploitation de “nouvelle génération” qui était destiné à propulser les netbooks (Intel et Jolicloud à la recherche de l’interface parfaite pour les netbooks). Un concept qui a été remanié depuis, mais dont nous voyons une autre illustration avec le futur Windows : Microsoft dévoile l’interface tactile de Windows 8.

L'écran d'accueil de l'interface tactile de Windows 8

Cette nouvelle approche de l’outil informatique semble donc parfaitement adaptée aux nouveaux usages des internautes. Mais elle pourrait également fonctionner avec les collaborateurs équipés de terminaux nomades leur permettant d’accéder à leur intranet et les applications qui vont avec. Ont-ils réellement besoin de plus ? Nous ne savons encore pas grand-chose de l’offre pro de Google (baptisée Chromebox) mais elle pourrait bien nous faire envisager à nouveau le modèle client/serveur. Ceci étant dit, c’est un autre débat que je ne souhaite pas entamer dans cet article.

L’avènement du cloud personnel

Nous avions déjà Amazon Cloud Drive, Google Music, et maintenant c’est Apple qui annonce iCloud, son offre de stockage de données en ligne. Le cloud computing n’est maintenant plus réservé aux entreprises, les offres se structurent pour en faire bénéficier les particuliers afin de leur offrir toujours plus de liberté dans leurs modes de consommation.

iCloud, l'offre de personal cloud d'Apple

L’idée maitresse derrière ses offres est la suivante : puisque le piratage rend toujours plus compliquée la vente des licences (musiques, films ou logiciels), les distributeurs et éditeurs se tournent plutôt vers la location (SaaS), l’hébergement (cloud) et la monétisation de l’accès aux contenus (streaming). Le futur Mac OS X Lion ne sera ainsi proposé qu’en téléchargement via le Mac App Store. Non seulement ce modèle permet de verrouiller la chaine de distribution, mais il assure également à l’opérateur de ces services des revenus récurrents (en plus de collecter les N° de carte bancaire de l’ensemble des utilisateurs de Mac).

Après avoir conquis le marché de l’entreprise, le cloud computing s’attaque donc maintenant au grand public et les perspectives sont plus que juteuses : The Personal Cloud Will Be A $12 Billion Industry in 2016.

Les perspectives de croissance du marché du Personal Cloud par Forrester

Avec la banalisation de la bande passante et les premières offres de très haut début, cette tendance ne peut que s’accélérer.

Vers une expérience unifiée pour les clients

Donc si l’on résumé : itunes + App Store + iCloud = des contenus, services et applications disponibles sur tous vos terminaux. La promesse d’Apple n’est plus de vous assurer la meilleure expérience sur smartphone ou sur touchbook, mais sur l’ensemble de vos terminaux. La vision d’Apple rejoint ainsi celle de Google (avec ChromeOS et Android) et celle de Microsoft (avec Windows 8 et Windows Phone). Nous sommes donc bel et bien entrés dans l’ère de l’informatique nomade et polymorphe où les contenus et services sont achetés une fois et consommés en différents endroits.

À ce petit jeu là, celui qui remportera la mise sera celui qui proposera la compatibilité la plus large, donc l’écosystème le plus étendu. Pas étonnant que Google distribue gratuitement ces systèmes d’exploitation, car ce sont autant de points de consommation pour eux : L’écosystème numérique de demain est en train de se construire avec Google, Apple et Amazon.

Je suis intimement persuadé que nous sommes en train de vivre une transformation dont nous ne mesurons pas encore l’impact. Comme je l’avais senti l’année dernière, le prochain terrain de bataille sera la télévision. Google est déjà très bien positionné (Pourquoi Google a quasiment déjà gagné la bataille du salon avec Google TV), mais nous pourrions avoir des surprises avec les consoles de jeux, notamment la Xbox de Microsoft avec Live TV ou encore la future Wii U qui propose un étonnant couplage entre une console multifonctions et une manette aux airs de touchbook.

La future Wii U de Nintendo

Tout ceci me fait donc dire que les jours de l’ordinateur individuel sont comptés. La suite à lire ici : Quel va être l’impact de la fin de l’ordinateur individuel ?.

Avec Chrome OS, Google parie sur le CloudBook

Après 1 an 1/2 d’attente, Google a enfin dévoilé son fameux projet de système d’exploitation pour netbook : Chrome OS. Dire que les attentes du marché à ce sujet étaient élevées est un euphémisme (cf. Google lance Chrome OS, un système d’exploitation pour netbooks, Chrome OS, la pierre angulaire de l’empire Google et Avec Chrome OS Google se positionne sur l’outil informatique du futur). Au final, Chrome OS ressemble à ce qui avait déjà été présenté. Pour résumer : Chrome OS = Chrome, je vous laisse découvrir les détails de l’annonce ici : Google Chrome OS, What You Need to Know.

Cloud Computing + Notebook =  ClouBook

Ce qui est par contre plus intéressant, c’est que pour pouvoir lancer une beta de Chrome OS, Google avait besoin d’un hardware bien spécifique, ils ont donc décidé de proposer leur propre machine : le Cr-48.

Le prototype Cr-48 de Google

Première surprise : ce n’est pas un netbook, mais le format au-dessus (12″, donc un ultra-portable). Deuxième surprise : ce notebook est livré avec une connexion 3G intégrée. Nous ne sommes donc pas en présence d’un smartbook comme je l’avais prévu. Précision importante : cette machine n’est pas et ne sera jamais commercialisée, elle est juste là pour héberger l’OS et tester le concept du cloudbook.

Si cette machine est livrée avec une connexion permanente (Wi-Fi + 3G) c’est tout simplement parce que Chrome OS ne peut pas fonctionner sans connexion internet. Pour être plus précis : Chrome OS n’étant qu’un système d’exploitation caché derrière un navigateur, il est quasi-inutilisable sans connexion. Les premières réactions à ce prototype Cr-48 sont plutôt mitigées (On The Road With Cr-48: The Chrome Notebook Is Both Shiny And Tarnished, Google Chrome notebook unboxing photos and first impressions, Google’s Cr-48 Netbook Review: Is this the dawn of computing’s future?, ), mais cela n’a pas d’importance dans la mesure où cette machine ne sera jamais commercialisée (les premiers produits devraient sortir dans le milieu de l’année 2011).

Vers une informatique sans applications ?

Intéressons-nous donc au coeur de l’offre de Google : le Web Store. Nous avons maintenant la confirmation que Chrome OS est une version dépouillée de Linux dont l’unique objectif est de faire tourner le navigateur Chrome. Cela veut dire qu’il n’est pas possible d’installer des applications sur une machine propulsée par Chrome OS. Les équipes de Google jouent sur les mots en vous disant qu’il existe des milliers d’applications dans le Chrome Web Store, mais ce ne sont en fait que des services en ligne. Puisque le hardware ne compte pas (pour le moment), puisque l’OS est transparent et puisque nous connaissons déjà tout ce qu’il y a à savoir sur Chrome, la pierre angulaire de Chrome OS est donc sa marketplace d’applications (cf. Google Chrome OS = iOS + iTunes) et le principe de cloudbook.

La place de marché d'applications de Google

Ne vous laissez pas berner par le terme de cloudbook, c’est un concept qui n’est pas neuf : The Network Computer Arrives…Finally! et Time Your Attack: Oracle’s Lost Revolution. L’idée est de ne rien stocker sur la machine : les données ET les applications sont en ligne. Cette approche présente d’innombrables avantages (pérennisation des données, facilité d’entretien et de mise à jour, démarrage ultra-rapide…) mais présente aussi un gros inconvénient : pas de connexion, pas d’utilisation. C’est une approche radicale, mais pour bon nombre d’utilisateurs, un ordinateur n’a d’intérêt que s’il est connecté à internet.

La question est donc de savoir si un cloudbook peut remplacer un ordinateur traditionnel. Et là, les avis encore plus divisés : Chrome OS: What Is It Good For?, In Defense Of Chrome OS, Google, Chrome OS and the Big Picture, Google Goes to the Cloud for New Idea in PC System… En substance : un cloudbook ne peut pas remplacer réellement remplacer un ordinateur, mais avons-nous encore besoin d’un ordinateur ? Et c’est là où se situe le pari de Google : concentrer l’ensemble des usages informatique dans le navigateur.

Force est de constater que pour une bonne partie des utilisateurs, tout se passe dans le navigateur. Reste 5 à 10% d’usages qui peuvent potentiellement être migrés (retouche photo, musique…). Mon estimation est qu’une machine tournant sous Chrome OS pourrait convenir à la moitié de la population (grand public ET entreprise). Et c’est là le tour de force de Google : proposer une nouvelle approche de l’outil informatique qui se décline en BtoC et en BtoB. Si nous mettons de côté les graphistes et autres contrôleurs de gestion qui ont besoin de logiciels pour pouvoir travailler, il reste une très grosse partie de collaborateurs qui pourraient tout à fait se satisfaire d’un système d’exploitation diminué où toutes les applications seraient dans le navigateur (Emails, intranet, SalesForce, Zoho, Google Apps…).

Un des gros enjeux de Google va donc être de convaincre les DSI que l’ensemble des collaborateurs n’a pas forcément besoin d’une machine avec Windows et Office. Ils ont donc tout naturellement lancé il y a quelques jours un outil de déploiement de Chrome pour les entreprises : Chrome is Ready for Business. Il est ainsi tout à fait envisageable d’équiper le personnel “terrain” avec de telles machines en remplacement des terminaux client/serveur : gestionnaires d’entrepôts, vendeurs en boutique, guichetiers…

Le deuxième gros enjeu va être de séduire le grand public avec des applications en ligne qui tiennent la route. Et sur ce sujet, il existe déjà des choses tout à fait intéressantes : The Five Best Chrome Webapps That Aren’t Just Bookmarks. Et ce n’est qu’un début puisqu’il reste encore 6 mois à la communauté pour proposer des applications en ligne disruptives et 6 mois à Google pour perfectionner son OS. De plus, le principe de cloudbook est également une solution viable pour tous les contenus de divertissement :

Pourquoi cette obsession pour le navigateur ? Tout simplement parce que c’est là où Google gagne de l’argent. Plus Apple vous éloigne de votre navigateur (en déportant vos usages sur des applications propriétaires et vos loisirs sur des contenus verrouillés) et plus ils gagnent de l’argent. Avec Google, c’est l’inverse : plus vous passer de temps dans votre navigateur et plus ils gagneront de l’argent (notamment via leur modèle publicitaire qui se diversifie d’année en année).

Au final, le cloudbook à la sauce Google ne pourra pas concurrencer les ordinateurs traditionnels, mais peut potentiellement répondre aux besoins d’une large majorité des utilisateurs. Quelle majorité ? Tout est une question de persuasion (faire adhérer le grand public et les entreprises au principe de cloudbook) et de temps. D’ici à 2012, l’offre de Google pourrait ainsi menacer la moitié des parts de marché de Microsoft.

Deux obstacles : les périphériques et Android

Google vient donc de lever le voile sur sa stratégie, force est de constater qu’elle est ambitieuse. Il reste maintenant à résoudre deux problèmes de taille :

  • Le casse-tête de la compatibilité des périphériques. Sur ce point-là, il y a deux écoles : Essayer de rendre compatible le plus de périphériques et finir avec un OS obèse (Windows), ou se limiter à une sélection restreinte de périphériques “casher” (Mac OS). Je ne suis pas un spécialiste, mais je pense que Google a tout intérêt à imposer sa norme, mais je suis preneur d’avis structurés sur ce point.
  • Le possible phagocytage avec Android. Maintenir deux OS est en effet un travail titanesque et la logique voudrait de capitaliser sur une seule et même plateforme (comme peut le faire Nokia avec Meego). Certains observateurs s’empressent d’enterrer Chrome OS (Gmail Creator Paul Buchheit: Chrome OS Will Perish Or “Merge” With Android, Android Has Won — Time for Chrome OS to Move Along?), mais je reste persuadé que la disparité entre les terminaux ciblés est tellement large que c’est une tâche impossible (De la difficulté de concevoir une interface multi-terminaux). Exploiter deux OS me semble donc être une approche plus sécurisante dans un premier temps.

Encore une fois : Chrome OS tel qu’il nous ai présenté n’existe pas réellement. Le produit fini sera très certainement bien différent de ce que nous pouvons tester. Parviendront-ils à trouver des solutions à ces deux problèmes ? Oui je le pense. Les constructeurs sauront-ils proposer des machines avec un niveau de qualité suffisant ? Oui je le pense aussi. Google parviendra-t-il à nouer des partenariats intelligents avec les opérateurs pour proposer une offre viable ? Rien n’est moins sûr. Et c’est sur ce dernier “détail” que je suis le plus pessimiste. Puisse les opérateurs français voir plus loin que le bout de leur nez… Sinon il faudra attendre que Free lance son offre !

Bilan de 10 ans d’interactivité

Hier soir j’étais sur le plateau de Canalchat pour une émission dont l’objectif était de faire un bilan de l’interactivité sur ces 10 dernières années (retransmission vidéo disponible ici : Faire le bilan de 10 ans d’interactivité). Il y a eu de nombreuses digressions lors de ce plateau et ça m’a donné envie de faire un petit bilan et surtout de confronter mon ressenti au votre.

En 10 ans tout a changé, mais rien n’a changé

10 ans ça représente une période considérable à l’échelle du web. Il s’est passé un  nombre de choses considérable au cours de cette décennie et le web de l’époque ne ressemble plus du tout au web d’aujourd’hui. Mais en est-on réellement certain ? Ces derniers mois, je me lasse d’entendre des “spécialistes” marteler que le web a changé du tout au tout et que la révolution est en marche. De mon point de vue, cette révolution est plus une évolution permanente qui a commencé dès les premiers jours du web. Oui il y a bien eu des grands tournants (nous y reviendrons) mais les fondamentaux de l’internet de 2010 étaient déjà présents en 2000.

Prenons ainsi l’exemple de Facebook : Je ne remets pas en cause le fait que c’est aujourd’hui un acteur incontournable du web, mais le principe des réseaux sociaux n’est pas neuf car des sites comme SixDegrees.com existaient déjà en 1997 (j’y avais un profil avec des contacts dans le monde entier). FourSquare nous est également présenté comme la révolution du mobile, mais ce type de service existait déjà il y a 10 ans au Japon avec l’i-Mode (je ne me souviens plus trop du nom du service mais il était possible de faire un check-in dans un quartier pour voir qui de vos amis était dans le coin et disponible pour boire un coup ou déjeuner). De même, on nous parle du social marketing comme la révolution de la gestion de la marque, et pourtant le Cluetrain Manifesto a été rédigé en 1999 (“Les marchés sont des conversations“).

Loin de moi l’idée de jouer les vieux cons, mais je croise énormément de services en ligne et de start-up qui ne font que recycler des concepts déjà présents ou expérimentés. Après, tout est une question d’adéquation de l’offre avec le contexte et la demande.

Les grandes réussites de la décennie

Je n’ai pas le courage de me lancer dans une énumération exhaustive des réussites de ces dix dernières années aussi je me contenterais de me concentrer sur celles qui me semblent les plus éclatantes :

  • La suprématie de Google, qui a su imposer son moteur de recherche (de façon écrasante en France) et son modèle économique (Adwords, Adsens…). Quoi que vous puissiez dire sur les 500 millions d’utilisateurs de Facebook, Google est à mon sens le roi de l’internet et il n’a pas volé sa place. Reste pour Google de nombreux défis à relever (SaaS, Android, TV…).
  • La pérennisation d’Amazon qui était déjà dans les années 2000 une référence en matière de commerce en ligne et qui semble plus puissant que jamais avec un catalogue toujours aussi vaste et un service toujours aussi impeccable (nous verrons bien ce qu’ils vont faire de Zappos et du Kindle).
  • Le lancement de l’iPhone qui a véritablement fait exploser le segment de smartphones grand public et viabiliser le concept de marketplace d’applications et jeux mobiles. Il leur reste également de nombreux challenges à réussir (iPad, contrôle de son modèle de distribution…).
  • Le Web 2.0 et ses nombreux services emblématiques (blogs, YouTube, Wikipedia, MySpace…). Même si le terme est tombé en désuétude, les pratiques collaboratives, participatives et les mashups font maintenant partie de notre quotidien.
  • Second Life et son parcours très chaotique (cf. Grandeur, décadence, résurrection, sublimation et transformation de Second Life). Quoi que vous puissiez en penser, cet univers virtuel est une authentique réussite et il est plus viable que jamais (cf. Usages stables et croissance économique pour Second Life).
  • Le phénomène Twitter qui intrigue et passionne toujours autant. Même si Twitter n’affiche pas le même taux de croissance que Facebook, même s’il est toujours aussi complexe à appréhender pour les néophytes, ce service de Microblogging a selon moi modifié de façon durable notre rapport à l’information et a développé de nouvelles pratiques et opportunités liées à la communication en quasi-temps réel. Bon par contre il a aussi un impact non négligeable sur l’égo dont on ne mesure pas encore la portée (cf. Je tweet donc je suis. Heu… je suis quoi déjà ?)

Ceci est mon appréciation personnelle (après tout c’est à ça que sert un blog), je vous laisse le son de compléter cette liste…

Les grands flops de la décennie

C’est à la fois difficile et délicat de revenir sur les échecs de ces 10 dernières années car je ne veux pas me prêter à un jeu de massacre. Je vais donc me contenter de thèmes génériques :

  • La chute d’audience des portails. Il y a 10 ans les champions de l’audience s’appelaient Yahoo!, MSN ou encore AOL (surtout aux USA). Aujourd’hui ils ne sont plus que des acteurs de seconde zone évoluant en coulisse. Bien évidemment ils brassent encore une audience considérable mais leur lectorat est plus que largement entamé par des plateformes sociales présentant plus de valeur aux yeux des internautes. Facebook est ainsi devenu le nouveau concentrateur de contenus et de services (nous y reviendrons).
  • Les difficultés des modèles payants. Il a fallu 5 ans (de 2000 à 2005) pour éduquer le marché et faire comprendre aux internautes que pour avoir un service ou du contenu de qualité il fallait payer. Et il a fallu 5 ans pour que Facebook déstabilise cet équilibre avec sa politique du tout gratuit : Publication, partage de photos et vidéos, drague, retrouvailles de camarades du collège… Je pense qu’il n’est pas faux de dire que Facebook a bâti son audience en récupérant les utilisateurs de services payants comme CopainsDavant ou Meetic. Je me suis déjà longuement exprimé sur la fragilité de Facebook et je reste persuadé qu’il y aura un prix à payer pour tous ces services gratuits (un billet en préparation à ce sujet).

Je vais me limiter à ces deux thèmes mais vous êtes encore une fois libre de me donner votre ressenti sur les échecs de la décennie.

À quoi vont ressembler les dix prochaines années ?

Il est difficile de se lancer dans des prédictions à long terme (je préfère celles à court terme), mais je suis néanmoins persuadé que trois thèmes sortent du lot :

  • La mobilité qui va nous faire consommer de plus en plus de contenus et services sur des terminaux alternatifs (moins de temps passé devant votre ordinateur et plus de temps avec votre smartphone, touchbook… cf. 2010 sera-t-elle l’année de l’informatique nomade et polymorphe ?). Cette nouvelle répartition des terminaux va impacter de façon significative les usages car en l’absence de clavier et souris, l’utilisateur se retrouve dans une position de consultation beaucoup plus passive qu’avec un ordinateur. Il va donc en résulter une perte de la suprématie de la recherche (donc de Google) au profit de la découverte (donc des éditeurs / distributeurs de contenus).
  • Les pratiques sociales qui vont petit à petit se diluer sur l’ensemble des sites et services. Il y a fort à parier que les internautes vont ainsi passer un peu moins de temps sur les plateformes sociales (Facebook) et un peu plus de temps là où se trouvent les contenus et services (et où se trouveront également les fonctions sociales). Reste encore à résoudre le problème de l’identité numérique et de la gestion d’un profil unifié (et sur ce point là je pense que Facebook est sur la pente descendante).
  • Le cloud computing qui va prendre une place de plus en plus importante dans nos usages quotidiens (ex : Gmail qui a révolutionné l’email). Il y a sur ce domaine deux terrains sur lesquels le cloud computing devra faire ses preuves : Le monde de l’entreprise avec des applications et des données hébergées en dehors du domaine de confiance ; l’entertainement avec des contenus stockés dans les nuages pour éviter les contraintes de stockage et simplifier la gestion des droits (j’attend avec impatience ce qu’Apple nous réserve avec le rachat de Lala).

Voilà, je m’arrête là car je préfère rester à un niveau abstrait et ne pas parler de services ou acteurs en particulier. Ainsi se termine mon modeste bilan de ces dix dernières années, j’adorerais confronter mon point de vue au votre alors n’hésitez pas !