C’est quoi une page web ?

Le web évolue ou pour être plus précis, le web a évolué. Le concept de web 2.0 ne plaît pas, c’est un fait, n’en parlons plus. Plutôt que de spéculer sur l’avenir de l’internet, je vous propose plutôt que de vous retourner et de méditer sur le chemin parcouru.

A la base, c’est quoi une page web ?

Sans rentrer dans les détails, et en vulgarisant, une page web est composée de trois couches :

  1. le contenu
  2. la présentation
  3. le comportement (les fonctionnalités et interactions)

Et maintenant, c’est quoi une page web ?

A peu près la même chose. Dans le fond, si vous observez bien la page que vous êtes en train de lire, hormis la date, vous auriez bien des difficultés à dater cette page.

Mais alors, y a-t-il eu évolution ? Oui ! Mais elle est subtile cette évolution.

Contenu : tout le monde lit-il la même chose ?

Non, définitivement. La preuve :

  • si vous surfez sur mon site, vous aurez accès à l’ensemble du contenu des pages ;
  • si vous utilisez un lecteur de flux RSS, il se peut que vous n’ayez accès qu’à des extraits de pages (les x premiers caractères) ;
  • si vous utilisez un portail de syndication du type NetVibes, vous n’aurez accès qu’aux titres de mes billets ;
  • si le contenu était formaté en XML et transformé à la volé via une feuille de style XSL vous pourriez aussi bien voir une page WAP qu’un fichier PDF.

En fonction de votre contexte d’utilisation, le contenu auquel vous aurez accès peut être complètement différent (plus ou moins riche).

Présentation : version dégradée ou allégée ?

Pour la présentation, c’est la même chose :

  • si vous surfez sur mon site avec un navigateur récent (comme Firefox ou Opera) vous aurez devant vos yeux une mise en page sobre avec de jolis coins arrondis ;
  • si vous utilisez un navigateur comme IE, vous aurez les mêmes couleurs mais plus de coins arrondis ;
  • si vous imprimez cette page, plus de couleurs, mais une police de caractère plus adaptée à la lecture sur papier ;
  • si vous utilisez un lecteur de flux RSS, c’est le style par défaut du lecteur qui sera utilisé ;
  • si vous utilisez un navigateur alternatif (lecteur d’écran, PDA…) vous aurez une version encore plus dégradée ;
  • si en plus, vous utilisez une extension du type GreaseMonkey qui altère le comportement de la page pour l’enrichir (ou la détourner), alors là… c’est la porte ouverte à tout.

En fonction du terminal et du logiciel d’accès à internet, la présentation de cette page sera également très différente.

Comportement : plus ou moins riche ?

Prenons l’exemple de la page suivante : The accessible AJAX calculator.

  • si vous utilisez un navigateur qui se respecte, la réponse est rapatriée de façon dynamique sans avoir besoin de recharger la page ;
  • si votre navigateur est plus ancien, il aura plus de mal à interpréter le bout de code AJAX et devra rafraîchir la page pour rapatrier le résultat ;
  • si le javascript est désactivé sur votre navigateur la calculatrice ne fonctionnera pas, seuls les liens hypertextes seront actifs.

En fonction de la capacité de votre navigateur à interpréter des bouts de code, le comportement d’une page sera plus ou moins riche.

Conclusion

Vous l’aurez bien compris : une page web reste une page web, mais la notion même de page arrive à expiration :

  • du contenu syndiqué (via RSS?) et modulaire (via XSL??) ;
  • une présentation flexible (via CSS) et adaptable (à l’aide de l’attribut media) ;
  • un comportement qui peut être dégradé (avec les balises <script> et <noscript>)…

Autant de petites évolutions qui au fil des ans ont fait évoluer les concepts de pages et de sites web. Les standards W3C, l’accessibilité, le web sémantique l’utilisabilité… sont autant de leviers pour proposer une utilisation plus riche de l’internet. Le tout au service des utilisateurs, pour une expérience en ligne plus agréable, plus performante, plus simple, plus puissante, plus… mieux, non ?

Et ce n’est qu’un début : les réseaux sociaux, les interfaces riches, les microformats… seront les leviers de demain pour bâtir celui-dont-on-ne-doit-pas-nommer-le-nom (pour ceux qui ne suivent pas, il ne s’agit pas de Voldemort !).

Du nouveau chez Hotmail

Il parait que Hotmail est en train de tester une nouvelle version de son service de messagerie en ligne. Comme je suis très curieux, je décide de créer un compte pour pouvoir tester le bazar et là : surprise. Je suis tombé sur un des formulaires d’inscription les plus ergonomique de ma (longue) vie d’internaute.

Voici pourquoi :

  • Les champs sont bien espacés, ils ont eu le courage de faire une page assez longue plutôt que de l’éclaté sur plusieurs écrans ;
  • Chaque fois que l’on commence à renseigner un champ, une aide contextuelle vient nous guider ;
  • Au moment de choisir son mot de passe un très astucieux indicateur de sûreté nous indique si le mot de passe est suffisamment « riche » (Daniel Lafrenière en discute ici : Question de feedback) ;
  • Le système de protection contre les robots (aussi appelé Captcha mais moi je préfère test de Turing) peut être vocal et ça c’est bien pour rendre le service plus accessible (voir à ce sujet : Proposal for an Accessible Captcha).

Bref plein de bonnes idées à suivre. Restrospectivement, je me souviens qu’Hotmail avait été un des premiers client du Usability Test Lab de mon ancienne agence dans les année 1999. Visiblement ils n’ont pas perdu la main !

L’accessibilité : un facteur limitant ?

Voici le billet que je n’ai jamais eu le courage d’écrire : The Reality of Progressive Enhancement. L’auteur de ce billet explique que dans son travail quotidien de concepteur il est souvent frustré de ne pouvoir concevoir des interfaces réellement innovante car les contraintes d’accessibilité le forcent à se conformer au plus petit dénominateur commun.

Il enfonce même le clou en posant LA bonne question : Doit-on rendre la tâche plus dur pour 90 % des utilisateurs (en n’utilisant que du code HTML) afin de ne pas léser les 10 % restant ?

Ceux qui me lisent régulièrement connaissent déjà mon point de vue : si vous cherchez à satisfaire tout le monde, vous n’arriverez à satisfaire personne en particulier. Non, je ne suis pas en train de parler de discrimination mais plutôt de positionnement, de ciblage. C’est le fondement du marketing : se choisir un coeur de cible et concevoir un produit pour répondre aux besoins spécifiques de cette cible.

Il y a bien sûr l’exception des services publics et des sites de collectivité territoriales. Dans ce cas précis, l’accessibilité est un pré-requis. Mais dans les autres cas de figure, ceux où la performance et la rentabilité sont un impératif (le monde dans lequel vous habitez quoi !), l’accessibilité peut être un facteur limitant.

Inutile de prendre cet aire outré devant votre écran. Qui n’a jamais parlé inconsciemment des contraintes d’accessibilité ? C’est bien la preuve que se conformer aux directives du WAI apporte une difficulté supplémentaire, surtout quand on cherche à innover.

Il y a bien sûr des contre-exemples comme le site de Chevrolet, mais c’est une exception. Quand vous ne disposez pas du budget de Chevrolet pour réaliser votre site web, il faut faire des choix. Ne pas rendre son site accessible en est un, au même titre que de ne pas proposer de versions anglaise ou espagnol.

La phrase de la fin, je la dois à un de mes lecteurs : Nos visiteurs ne sont pas inspecteurs au W3C. Avez-vous déjà refusé de rentrer dans un magasin sous prétexte qu’il n’était pas équipé d’une rampe d’accès pour handicapé ?

Les fichiers PDF peuvent être accessibles

Et oui, j’ai été le premier surpris de lire cette… révélation et pourtant elle nous vient d’un gourou de l’accessibilité (Joe Clark) qui vient de publier une article sur le sujet : Facts and Opinions About PDF Accessibility.

Cet article est lourd d’enseignements et l’on y apprend plein de choses qui viennent bousculer les préjugés sur le format PDF :

  • il est possible d’utiliser des balises dans un document PDF (au même titre que dans une page HTML) ;
  • les lecteurs d’écrans peuvent lire les fichiers PDF (à l’aide d’extensions) ;
  • il n’est pas discriminant de ne pas proposer de contenu alternatif à un fichier PDF (du moment qu’il est bien structuré).

L’auteur précise fort justement que le problème vient encore (et toujours) de la mauvaise utilisation du format PDF plutôt que des limitations structurelles de cette technologie.

Au passage vous noterez la nouvelle version du site A List Apart avec une largeur de page figée en 1024 pixels.