Mes 3 sites coup de coeur (juin 2013)

Voilà plusieurs mois que je n’ai pas publié ma série de sites coup de coeur, tout simplement parce que je n’ai pas eu de coups de coeur. Heureusement ma liste se remplit à nouveau, je vous propose donc une toute nouvelle série de trois sites.

Commençons avec Mobile Gear, une boutique en ligne de produits et fournitures de bureau :

La page d'accueil de Mobile Gear
La page d’accueil de Mobile Gear

D’habitude, les boutiques de ce type sont extrêmement rébarbatives et ne sont là que pour enregistrer plus rapidement des commandes de produits de nécessité. J’ai donc été très agréablement surpris par cette boutique qui propose un choix restreint (uniquement les meilleurs produits) et surtout des pages de catégorie où les produits sont disposés de façon symétrique et photographié de haut. Le rendu visuel de ces photos est tout simplement génial. Vous noterez de plus que les grands à plat de couleur gris, les formes carrées et les boutons plats s’inscrivent tout à fait dans la mouvance du « flat design » (comme le nouvel iOS 7). Certes, les pages intérieur sont moins spectaculaires, mais je tenais à saluer l’effort réalisé avec ce travail photographique.

Continuons avec Juliana, un fabriquant de VTT pour femmes :

La page d'accueil du site de Juliana
La page d’accueil du site de Juliana

Nous sommes là dans une approche radicalement différente avec l’utilisation de superbes photos en plein écran et d’un système de navigation minimaliste. L’esprit du site est conservé jusque dans les pages intérieures et notamment les fiches produit qui sont une merveille d’épuration avec des photos tout autant généreuses. C’est sûr que ça donne carrément envie, même si je ne suis pas dans la cible !

Terminons avec SiteLeaf, une plateforme de gestion de contenu ultra-simple :

La page d'accueil de SiteLeaf
La page d’accueil de SiteLeaf

Ce qui est frappant avec ce site est qu’il est aussi simple que l’outil semble l’être. Et pour cause : ils se sont arrangés pour appliquer les mêmes codes graphiques et ergonomiques que sur la plateforme de gestion de contenu en elle-même. Nous obtenons donc énormément d’espace blanc, des grands à plat de couleur façon flat design (maintenant vous connaissez, non ?) et des textes minimalistes. L’impression de clarté et saisissante et on a immédiatement envie d’en savoir plus sur cette plateforme tant elle a l’air simple d’utilisation. Sur ce créneau ils font la compétition avec Squarespace qui vient de lancer une nouvelle version de site. Je ne sais pas à quoi va ressembler la future nouvelle version de WordPress, qui est censée être grandement simplifiée, mais je me doute qu’il va y avoir des ressemblances…

Google ambitionne-t-il de devenir notre système d’exploitation personnel ?

Voici un extrait d’un article publié en 2005 par le Time Magazine (On the Frontier of Search) : « Vous atterrissez tard dans la soirée dans une ville où vous ne connaissez personne. Vous n’avez pas eu le temps de réserver un hôtel, votre bagage ne s’est pas présenté dans le carrousel et l’air conditionné de l’avion vous a donné un petit mal de gorge. Que faire ? Avec votre téléphone mobile, vous Googlez votre valise – elle est équipée d’une petite puce qui vous permet de la localiser – pour constater qu’elle a été déposée 200 mètres plus loin, au terminal suivant. En allant la chercher, vous en profitez pour chercher une chambre d’hôtel. L’écran de votre téléphone vous montre des images de plusieurs hôtels dans votre gamme de prix, avec des vues depuis la fenêtre de votre chambre. Votre moteur de recherche vous donne la liste des pharmacies qui sont encore ouvertes à cette heure et vous annonce que votre groupe de blues favori jouera au festival de la ville durant le week-end. Le moteur, qui peut chercher sur votre ordinateur resté à domicile, vous rappelle qu’un ami de collège vous a envoyé un mail il y a un an pour vous dire que lui et sa femme avaient déménagé dans cette ville (ce que vous aviez oublié). Vous décidez de les inviter au festival. » (traduction extraite d’Internet Actu : L’avenir de la recherche).

À l’époque, cet article m’avait paru complètement surréaliste, et les différents commentaires tournaient essentiellement autour de la confidentialité et de l’utilisation abusive des données personnelles. Huit ans plus tard, la situation a bien changé, car Facebook a réussi à nous faire admettre que la confidentialité est un truc de ringard (« We live in an open world« ) et car Google a déjà livré la plupart des services décrits dans cet article (Google Now, le nouveau Google Maps, Google+…). En prenant un minimum de recul, on se rend compte que le pas franchit par Google en moins de dix ans est gigantesque, et qu’au cours des dix prochaines années ils vont nous livrer des services encore plus incroyables sur la base du Knowledge Graph ou des Glass (cf. Quels usages pour les lunettes Google Glass).

Google Now sur votre smartphone
Google Now sur votre smartphone

Si le Siri d’Apple avait fait beaucoup (trop ?) de bruit à sa sortie, je pense que nous ne mesurons pas bien le potentiel derrière Google Now. Le plus impressionnant avec cet assistant est sa capacité à anticiper vos besoins. Par exemple, il regarde dans votre agenda l’heure et le lieu de votre prochain RDV, calcul le temps de trajet en fonction des données en temps réel de la circulation ou de l’état des transports en commun, vous signale quand il est temps de partir et vous propose de notifier vos interlocuteurs par SMS de votre retard éventuel. Tout ceci est rendu possible grâce à la stratégie de diversification de Google dont les services concernent maintenant quasiment l’ensemble de nos activités quotidiennes :

Tous ces services étant bien évidemment liés par le biais d’Android et/ou Chrome. Le dernier domaine sur lequel Google n’a que peut d’emprise est la télévision, mais les choses pourraient changer avec les micro-consoles. Donc oui, effectivement, Google sait énormément de choses sur vous et votre quotidien : toutes vos données personnelles sont stockées, analysées, recoupées… dans le but de vous proposer des services à valeur ajoutée comme Google Now ou les très impressionnants Gmail Action Buttons : Take action right from the inbox.

Initiez des actions directement depuis vos emails
Initiez des actions directement depuis vos emails

Loin de moi l’idée de relancer le débat sur la confidentialité et les dérives potentielles de l’exploitation des données personnelles. Je pense ne pas me tromper en disant que notre économie et la société dans laquelle nous vivons reposent sur des systèmes d’information qui exploitent les données personnelles à très grande échelle, et ce depuis des décennies. Mais si vous ne voulez pas être fiché, débarrassez-vous de votre téléphone, de votre carte de crédit, de votre carte de transport, votre passeport… et adoptez le mode de vie d’après-guerre (la seconde guerre mondiale, pas la guerre du Golf).

Bref, le débat ne porte pas sur la confidentialité, mais plutôt sur notre dépendance à  l’internet et à Google en particulier puisqu’il occupe une place centrale sur la toile. Signalons que les premiers écrits sur ce sujet remontent à 2008 (Is Google Making Us Stupid?) et que l’on nous ressort la question régulièrement (Does the Internet Make You Dumber?Does the Internet Make You Smarter?) et à toutes les sauces (Les objets intelligents nous rendent-ils bêtes ?). Je ne me risquerais pas à vous livrer une analyse sur ce thème, simplement je pense que nous sommes autant dépendant de notre smartphone, que d’une calculatrice : nous pourrions nous débrouiller sans, mais c’est quand même nettement plus pratique avec. Ceci étant dit, je constate qu’il y a vingt ans je connaissais le N° de téléphone de mes amis par coeur, alors que je n’en connais plus aucun maintenant. Suis-je devenu plus stupide entre-temps ? Non pas pas réellement, car l’intelligence ne se mesure pas à la capacité de mémorisation ou à la rapidité de calcul (les ordinateurs seront toujours bien plus performants que nous dans ce domaine).

Donc non, notre dépendance à Google (ou par extension à l’internet) n’est pas forcément à craindre. D’une part, car nous sommes également dépendants au quotidien d’une infinité de choses que nous sommes incapables de produire nous-mêmes (pétrole, plastique, Nutella…). D’autre part, car l’intelligence de l’homme, celle qui en a fait l’espèce dominante de la planète, est plus liée à sa sensibilité (ses émotions), ses intuitions (déductions empiriques), sa capacité de discernement (sa conscience), sa créativité… Oui j’ai entendu parler de ce projet de drone qui peut prendre la décision de tirer tout seul sur ses cibles, mais ça relève plus de la science-fiction que de la réalité opérationnelle (je vous rappelle qu’un de nos soldats s’est fait récemment sanctionner pour avoir porté un foulard « non réglementaire »).

Nous en revenons donc à Google et à la place centrale qu’il occupe maintenant dans notre quotidien. J’ai eu l’occasion de lire ces derniers jours un certain nombre d’articles plus ou moins alarmistes (Welcome to Google IslandIt’s Google’s world, and we’re just living in itGoogle Glass in 10 years: The view from dystopia…), mais je reste confiant sur la capacité d’une société quôtée en bourse de se fixer ses propres limites. Certes, je ne vois pas de limite à l’ambition de Google, mais en tant qu’utilisateur j’aurais toujours la possibilité de me déconnecter, même si c’est une expérience… compliquée (I’m still here: back online after a year without the internet).

Oui j’ai volontairement confié une masse considérable de données personnelles à Google, dont les équipes les exploitent à des fins statistiques et comportementales. En contrepartie, ils me fournissent des services gratuits qui facilitent grandement mon quotidien. Cet arrangement tacite fonctionne plutôt bien et je n’ai pas l’intention de le dénoncer, car les bénéfices sont supérieurs aux désagréments. De plus, j’estime que les services et innovations que me propose Google (et par extension d’autres acteurs de l’internet) s’inscrivent dans une dynamique d’évolution sociétale : la société évolue et j’évolue avec elle grâce (en partie) aux nouvelles technologies. Ma vie serait-elle meilleure sans Google, Twitter, Amazon, mon smartphone, ma tablette… ? Difficile de répondre objectivement à cette question. Par contre, je serais très nettement en décalage avec mon entourage. J’imagine que Google n’occupe qu’une place très mineure dans le quotidien de moines tibétains, mais dans mon quotidien, c’est un incontournable.

Google_Copernic
Il y a un message caché dans cette illustration…

Pour conclure, je vais répondre à la question posée dans le titre : oui, je pense que Google ambitionne de devenir notre système d’exploitation personnel, au même titre que Microsoft a dû l’ambitionner à sa grande époque ou qu’Alibaba ou Rakuten ambitionnent de le devenir sur leur marché. Tout est une question d’ambition, de moyens et de temps. Ils finiront par y arriver, j’en ai la certitude. Après ça, la grande question est de savoir qui fixe le rythme d’innovation / d’adoption : les entreprises privées ? Les institutions ? Les gouvernements ? Début de réponse chez Erwann Gaucher : Ces fétichistes du papier qui sont au pouvoir.

Social Media Landscape 2013

/ Si vous cherchez la version française de cet article, elle est là : Panorama des médias sociaux 2013 /

Every year for the last 5 years, I publish a social media landscape (see past editions from 2008, 2009, 2011 and 2012). I assume I won’t teach you anything by saying social media are now part of every day life of individuals, brands, organizations and media (journalists, celebrities, politicians…). Once considered with disdain, social platform like Wikipedia or Twitter have completely changed or way to consume and interact with information. Services like YouTube or Facebook also transformed the way we entertain ourselves. If you regularly read about social media, you should know how serious social media have changed the web. To make a long story short: the web is social media, and social media is the web.

This being said, this shortcut does not translate the countless evolution of these platforms and the usage they generate. If the big players are still the same, social media are an expression and interaction playground in constant evolution. If 2012 was the concentration year marked by the buy-out of Posterous and Instagram, 2013 will be the year of diversification with the emergence of new comers, especially on mobile devices. But first things first, we shall begin with an analysis of trends.

What are 2013 trends?

As I have just stated it, social media is an ever-changing complex ecosystem: new services are created, other disappear, most evolve. The following diagram, from last year’s landscape, illustrate this evolution:

Social media landscape from 2008 to 2012
Social media landscape from 2008 to 2012

Last year’s losers where the followings:

The 2013 edition of my landscape is therefore reduced from categories like « Playing« , « Buying » and « Localization« . Some players have been removed, but others have been kept as they try to reinvent themselves, like MySpace or Digg.

Last year’s winners are the followings:

Even if Asian internet users are outnumbering occidental one’s, mobile devices supremacy is the key success factors. I am deeply convinced that social media and mobility are two faces of the same coin: one’s success is benefic to the other. As it is a non-sense to envision social media appart from the web, mobility is one of its key component (There is no Mobile Internet).

Otherwise, you will notice that there is still three major absents (Amazon, Microsoft and Apple), which only observe from long distance and try some shy initiatives (So.cl from Microsoft, Ping from Apple). Therefore, we still have the same top three:

Enough with trends, lets now discover the new landscape.

Social Media Landscape 2013

The latest version of the landscape has been simplified with four categories (Sharing, Discussing, Networking, Publishing) and enriched with foreign players (mainly from Asia).

Social-Media-Landscape-2013

Facebook, Twitter and Google are at the center of the social media ecosystem, but many contenders can be found in each category:

As you can notice it, there has been a lot of change in the Discussing area, especially with mobile-first new comers.

What Brands Need To Know

The aim of this diagram is not to simply list social platforms, but to provide you with the keys to understanding. Several main facts are important to notice for brands:

  • Social media’s force comes from its diversity. Facebook act as a catalyst for this complex ecosystem, but it should have never been this successful without other platforms’ content and conversations. Therefore, social media have to be addressed globally, and not only Facebook which tends to mute « small » brands (smaller than Red Bull or Nike, i.e. 99% of brands).
  • Teen’s attention is very hard to capture and to retain. If opening a Facebook profile is the first thing they do when entering high school, teens are quickly moving to mobile apps which does not leave trails of their interactions and where they can hang out together (without their parents or teachers).
  • Facebook shareholders’ appetite for profits is limitless and they are slowly forcing Mark Z. to raise revenue without thinking of the consequences (Facebook Seeks 7-Figure Price Tag for Summer Debut of Video Ads). Being depend to Facebook for your social presence is a real problem, as the bill will undoubtedly increase. The sooner you will achieve a diversified presence on social media, the better.
  • If the social media landscape appears to be stable, do not forget yesterday’s giant has fallen in a couple of years (MySpace, Friendster…). Therefore, everything is still possible, one just have to be creative.

I won’t risk myself to provide you with a to-do list, as the subject is so complex. The best advice I can give you is to spend a minimum amount of your time following the social media field and trying new services, to better understand usage evolutions and to be able to identify trends and opportunities. I wish we’ll meet again next year for the 2014 update.

Retour d’expérience sur Windows 8 et les tablettes hybrides de Microsoft

Dire que Microsoft est en perte de vitesse sur le créneau de l’informatique grand public est un euphémisme. L’incroyable regain de popularité d’Apple, et le lent mais méthodique processus d’affinage de systèmes d’exploitation alternatifs comme Chrome OS ou Ubuntu ont planté les derniers clous du cercueil dans lequel s’installait progressivement Windows. Certes, le système d’exploitation de Microsoft équipe encore une très large majorité des ordinateurs de la planète, mais son horizon était bouchée. Le Personal Computer est-il donc un concept dépassé qui ne survivra pas au XXIème siècle ? Oui et non, car si l’inexorable montée en puissance des tablettes pèse lourdement sur les ventes, Microsoft est en train de manoeuvrer avec Windows 8 et Surface une refonte en profondeur du concept d’informatique domestique.

Annoncé en grande pompe en milieu d’année dernière (Microsoft prépare l’après-PC avec sa tablette Surface), je brûlais d’impatience de pouvoir tester ces fameuses machines hybrides. J’ai ainsi eu l’occasion de manipuler quotidiennement une tablette propulsée par Windows 8 RT gentiment prêtée par les équipes web de Darty (une Vivo Tab de chez Asus). Pourquoi Darty ? Parcequ’ils croient en cette huitième version de Windows et ont décidé d’investir des moyens, mais nous auront l’occasion d’y revenir par la suite. J’ai également eu le loisir de manipuler une tablette Surface, histoire d’avoir un point de vue complet et pouvoir vous livrer un retour d’expérience avisé. Il y a déjà eu quantité d’articles et de points de vue sur Windows 8 (ex : Microsoft Surface Pro review), je n’ai pas la prétention de faire mieux, simplement de vous livrer mes impressions sur cette machine et de remettre ça en contexte.

La vivotab de chez Asus
La Vivotab de chez Asus

Windows 8 = la révolution du PC

Avant toute chose, je vous propose d’évacuer tout de suite la question qui fâche : Est-ce qu’une tablette Surface est mieux qu’un iPad ? Non, car se sont deux approches très différentes de l’outil informatique. l’iPad est une très belle machine, mais il ne remplace en rien un PC. Je déplore que l’amalgame soit fait entre les deux, car il est source de nombreuses confusions.

Tant que j’y suis, j’en profite pour vous livrer les conclusions dès maintenant et pouvoir argumenter plus sereinement :

  • Est-ce que j’abandonnerais mon Mac pour revenir à un PC ? Non aucune chance, j’ai trop souffert avec Windows.
  • Est-ce que je vais indéfiniment utiliser un Mac ? Non je ne pense pas, car malgré d’indéniables qualités (stabilité, cohérence, ergonomie…), Mac OS est un système d’exploitation conçu au siècle dernier qui est ancré dans une logique maintenant dépassée (installer des logiciels sur un disque dur pour exploiter des données stockées localement).
  • Est-ce que je remplacerais mon Mac par un iPad ? Non pas du tout, les tablettes sont des terminaux grand public conçu pour le loisir, ce ne sont pas des outils professionnels et ça n’en sera jamais (idem pour une tablette tournant sous Android).
  • Est-ce que je remplacerais mon Mac par un Chromebook ? Non pas encore, car le système d’exploitation de Google est encore trop limitatif.
  • Est-ce que la Surface (ou équivalent) est le meilleur compromis entre toutes ces solutions ? Oui certainement, mais je ne suis pas à la recherche d’un compromis.

Comme vous l’aurez compris, avec Windows 8, Microsoft essaye de changer de paradigme et de ré-inventer le concept d’ordinateur personnel. Difficile de mesurer à quel point le changement est grand tant qu’on ne l’a pas manipulé un certain temps. Après de nombreuses semaines de réflexions sur comment vous décrire au mieux ce que j’ai ressenti, disons que l’approche hybride tablette / PC proposée par Microsoft laisse une impression de manque : on se retrouve d’un côté avec l’ancien bureau que l’on connait déjà, et de l’autre avec l’interface Metro qui nous pousse à nous demander « Et après ? Qu’est-ce que je peux faire d’autre ?« , non pas que l’interface n’est pas achevée, mais qu’au contraire elle est tellement aboutie que l’on a plus envie de la quitter et que l’on aimerait bien ne plus avoir à retourner sur le bureau. Sauf que c’est pour le moment impossible.

L'interface Metro de Windows 8
L’interface Metro de Windows 8

L’autre facteur qui provoque cette sensation de manque est que le format choisit par Microsoft (un écran 16/9e de 12 pouces avec un clavier détachable) ne permet pas de pleinement apprécier sa musique, ou ses films, ou ses jeux. Ça tombe bien, car c’est selon moi l’objectif poursuivit par Microsoft : donner envie d’apprécier sa musique sur un système acoustique digne de ce nom, de regarder ses films sur un vrai grand écran et de jouer à des jeux dans de bonnes conditions, le tout sans souffrance. Dans ce contexte, les tablettes hybrides comme la Surface et ses consoeurs ne sont qu’un pièce du puzzle que Microsoft est en train de mettre en place : déplacer le centre de gravité du PC vers le media center et faire graviter autour des terminaux de consultation (Windows Phone, Surface, XBox…). Les contenus (musique, photos, films, jeux…) seraient donc placés au coeur d’un écosystème de terminaux qui seraient tous liés entre eux par Windows 8. En ce sens, l’approche de Microsoft est moins extrême que Google qui ne jure que par le cloud (Avec NaCl, Google complète sa vision de l’informatique du futur).

Mais revenons à nos moutons et à la machine en elle-même…

Travail et détente dans une même coque

Avec Windows 8, Microsoft essaye de populariser le concept d’hybridation entre un PC et une tablette (It’s a Tablet. No, It’s a PC. Surface Pro Is Both). Au sein d’une même machine, se côtoient donc deux environnements distincts : L’interface Metro avec ces tuiles actives et ses manipulations tactiles (un  modèle de réussite et de cohérence), et le bureau traditionnel avec la souris, le menu « Démarrer » et tout ce que l’on connait de Windows. Sur le papier, vous avez donc accès au meilleur des deux modes : d’un côté l’interface Windows que tout le monde connait (et ses 25 ans de logithèque) ; de l’autre, l’interface Metro qui tranche complètement et propose un usage bien plus moderne et appréciable.

Il y a donc virtuellement deux machines en une, ce qui est le point fort mais également la faiblesse du concept : une seule machine, mais le poids et le prix de deux. Si je n’ai pas grand chose à redire de la qualité de fabrication de la machine et de son splendide écran, force est de constater qu’elle est sacrément plus volumineuse et lourde qu’une tablette ou qu’un ultrabook.

Comme précisé plus haut, je n’ai pas accroché à ce format car je ne suis pas à la recherche de compromis. Par contre, je reconnais volontiers que le basculement d’un environnement à l’autre se fait sans problème : vous travaillez sur un fichier bureautique avec votre clavier et votre souris à votre bureau, puis vous détachez l’écran pour aller consulter les news dans votre canapé, et là, c’est la détente. Par contre, si vous êtes dans une optique de pure productivité, passez votre chemin : des usages professionnels requièrent des outils professionnels (même un Macbook Air ne ferait pas l’affaire).

L’accueil du marché par rapport à ce concept hybride a été plutôt mitigé. Le problème étant que les versions Pro et RT sont encore trop proches. Le jour où Microsoft décidera de distinguer les deux de façon plus nette, nous nous retrouverons avec une machine d’entrée de gamme qui sera beaucoup plus convaincante (A Surface Mini Could Wake Up Windows Phone 8). D’ailleurs la décision a peut-être déjà été prise : There’s More Evidence That Microsoft Is Working On A Smaller Tablet To Compete With The iPad Mini).

L’interface Metro est un modèle de cohérence

Je ne me suis pas trop attardé dans l’interface Windows, car je le connaissait déjà. J’ai par contre passé plus de temps avec l’interface Metro qui m’a grandement impressionné. Force est de constater que les équipes de Microsoft ont conçu un environnement simple, intuitif et parfaitement cohérent (Designing In and Around the Windows 8 Ecosystem). Le système de tuiles actives permet d’avoir une vue d’ensemble très appréciable sur la météo, ses notifications… Les applications prises isoléments sont très agréables à utiliser, à l’image de l’application Darty qui vous donne accès au catalogue, à votre espace client et à la communauté 36solutions, le tout dans un cadre graphique et ergonomique tout à fait conforme aux normes définies par Microsoft (cf. Infinite Square, retour sur l’application Windows 8 Darty).

L'application Darty dans Windows 8
L’application Darty dans Windows 8

Concernant le Windows Store, le choix est pour le moment plutôt limité, mais les applications les plus populaires sont là. Vous pouvez néanmoins compter sur Microsoft pour stimuler la communauté et faire grossir le nombre d’applications disponibles. Pour le moment, le nombre de machines hybrides en circulation comme la Surface ou la Vivo Tab reste confidentiel, mais n’oubliez pas que Windows 8 est une plateforme et qu’un nombre beaucoup plus important de terminaux l’exploitent (smartphones, Xbox…).

Page d'accueil du Windows Store
Page d’accueil du Windows Store

Le seul reproche que je puisse faire à l’interface Metro est de donner envie de plus… alors qu’elle ne propose pas beaucoup plus. Ce très bel environnement graphique est en rupture complète avec ce que l’on connait, et ça fait du bien. Du coup, chaque fois que l’on se retrouve dans l’interface Windows, c’est la douche froide, un peu comme quand vous quittez l’univers féérique de Disneyland et que vous vous retrouvez sur le parking. Cependant cette impression ne devrait pas durer, car avec le recul et l’expérience d’utilisation d’autres tablettes (iPad et Nexus), j’imagine sans peine que les utilisateurs vont s’organiser pour espacer les « retours » à l’interface Windows, à mesure que de nouvelles applications seront disponibles et qu’ils vont prendre leurs habitudes avec les tuiles actives.

En un mot comme en cent : les machines hybrides tournant sous Windows 8 sont une très belle réussite, mais elles souffrent encore de défauts de jeunesse pour convaincre le grand public, au même titre que les Chromebooks ou que l’iPhone à sa sortie (aviez oublié qu’il n’y avait pas d’App Store à l’époque ?). Comme j’ai pû le lire à droite et à gauche, la sortie d’accessoires ou d’autres machines alternatives moins chères devrait permettre de viabiliser le concept (There’s really only one reason to consider Windows RT over Windows 8).

La prochaine version sera la bonne

Il reste de nombreuses questions en suspend sur Windows 8 et sur ces machines hybrides : pourquoi une version RT et une version Pro ? Pourquoi des machines si lourdes et si chères ? Pourquoi n’y a-t-il pas plus d’accessoires ? Pourquoi, pourquoi, pourquoi… c’est parce que l’on est séduit mais pas pleinement convaincu que tant de questions viennent à l’esprit : plus de la curiosité et de l’appétence que de l’incompréhension et de l’agacement. Quand Microsoft et ses partenaires se seront mis d’accord, ils proposeront un standard de machine moins chères et plus légères (peut-être grâce à un processeur Atom), ainsi que des accessoires permettant d’étendre leurs capacités. Car c’est vraiment là que réside la valeur de Windows 8 : non pas dans sa Surface, mais dans l’écosystème qu’il propose autour.

La tablette hybride Surface de Microsoft
La tablette hybride Surface de Microsoft

Avec Windows 8, Microsoft a amorcé avec brio le basculement de l’informatique du XXème siècle à celle du XXIème siècle : une informatique polymorphe et déportée, une informatique qui tourne autour des services et des contenus, pas autour de la vente de logiciels à installer. D’une certaine façon, si Microsoft n’a toujours pas tourné la page de Windows comme Apple a pu le faire avec Mac OS X, l’ambition de la firme de Redmond va plus loin que celle de Cupertino (Mac OS et iOS sont des environnements parfaitement distincts et iTunes est le boulet qui les empêchent d’avancer, malgré iCloud).

Il parait que lors de l’édition 2013 de sa grande conférence Build en juin prochain, Microsoft va lever le voile sur Windows Blue, une sorte de version 8.5 : As Windows Phone 8 fulfilled the Windows Phone promise, so will Blue complete Windows 8. J’ai le sentiment que ce Windows Blue va combler une bonne partie des erreurs de jeunesse de Windows 8, mais ne fera pas non plus de miracles. Il faudra du temps à Microsoft pour réussir son pari et propulser l’écosystème Windows dans le XXIème siècle. Mais je suis confiant, car ils n’ont pas d’autre choix. La grande question n’est maintenant pas de savoir ce que va faire Apple, mais plutôt de ce que va faire Google, car entre Android et Chrome OS, c’est de loin le concurrent le plus sérieux de Microsoft.

RSS n’est pas un produit grand public, c’est un outil pour les professionnels

L’annonce de la fermeture prochaine de Google Reader a provoqué une véritable onde de choc : Powering Down Google Reader. Lancé en 2005, le lecteur de flux RSS de Google occupe une place largement dominante et a su évincer ses concurrents (Bloglines étant le plus notoire). Mais après de nombreuses années de bons et loyaux services, Google décidé d’arrêter Reader le 1er juillet prochain pour concentrer les efforts sur d’autres services (A second spring of cleaning). Visiblement Reader a toujours évolué plus ou moins sous le radar et n’a jamais été dans la liste des priorités de Google malgré ses dizaines de millions d’utilisateurs journaliers (Google Reader lived on borrowed time).

La fin d'une époque...
La fin d’une époque…

Étant moi-même un utilisateur de la première heure, je suis attristé par cette nouvelle. Mais plus que la tristesse, c’est l’énervement qui me gagne ce matin, notamment contre les nombreux articles que j’ai pu lire sur le constat d’échec des flux RSS (et par analogie des autres technologies de syndication) et la grande victoire de la curation. Je serais bien incapable de vous expliquer pourquoi tant de personnes se sont donné autant de mal ces dernières années à vouloir condamner les flux RSS, aussi je vais m’efforcer de rétablir l’équilibre dans ce débat.

Non, les flux RSS ne sont pas morts, bien au contraire

RSS est donc un format de fichier permettant à deux systèmes d’information de s’échanger des flux d’information structurée. En ce sens, RSS est une technologie, pas un service. Google Reader, Netvibes, Flipboard sont des services… qui reposent sur les flux RSS. En fait de très nombreux services exploitent les flux de données structurées et RSS en particulier. La raison est que c’est une technologie mature, robuste et parfaitement maitrisée. Condamner RSS, c’est un peu comme de condamner le diesel. Encore une fois, je ne vois pas trop l’intérêt de décréter la mort d’une technologie adoptée par l’ensemble de l’industrie (cf. Why RSS still matters).

L’argument principal des détracteurs est de dire que c’est une technologie complexe et que le grand public n’y comprend rien. Effectivement, il n’est pas simple de lire un fichier RSS, mais heureusement, aucun être humain n’est censé les lire, les services comme Google Reader sont justement là pour le faire à notre place. Il y a certes le petit picto qui peut paraître obscur aux non-initiés, mais la plupart du temps il suffit de saisir l’URL d’un site pour qu’un service découvre par lui-même l’URL du flux et vous abonne automatiquement.

Bref, il n’est pas plus compliqué de s’abonner via un flux RSS que de suivre un membre sur Facebook ou Twitter. En mentionnant Twitter, je fais une transition vers le second argument des détracteurs.

La curation est l’avenir de l’information pour les touristes, c’est une aberration pour les professionnels

Le coeur du débat ne se situe pas dans la remise en question de la technologie RSS en elle-même, mais plutôt dans les usages de consommation de l’information. Au fil des années, le volume d’information et de message a considérablement augmenté avec l’avènement des médias sociaux. En conséquence de quoi, l’internaute moyen se retrouve littéralement noyé sous les articles, messages, photos, vidéos… Il est donc tout naturel qu’il ai cherché des solutions pour se simplifier la vie et éviter de subir l’infobésité. Cette solution a un nom : la curation. Elle consiste à ne sélectionner que les informations les plus pertinentes. Et c’est là où une distinction très nette doit se faire entre les internautes lambda et les professionnels de l’information. Google Reader, et les lecteurs de flux en général, sont des outils de veille qui permettent de consommer et gérer de nombreux flux d’information. Il n’est pas ici question de collecter de l’information de surface quand on a 5 minutes à perdre, mais d’effectuer un suivi systématique. Je passe ainsi plus de 2 heures par jour à lire l’intégralité des articles des flux auxquels je me suis abonné, mais c’est un choix. La veille fait partie intégrante de mon travail, plus cette fonction de veille est intense et plus je suis en mesure de générer de la valeur pour mes clients (et mes lecteurs).

Le « débat » autour de l’échec des flux RSS est donc né d’un amalgame entre une activité de veille dans un contexte professionnel et une activité d’écoute passive des tendances dans un contexte récréatif. Twitter ou Feedly ne remplaceront jamais Google Reader, car ils ne remplissent pas le même service et ne correspondent pas au même contexte d’usage. En tant que professionnel de l’information, je veux lire l’intégralité des 850 flux auxquels je suis abonné, pas simplement une sélection des plus populaires. Mais c’est mon choix, car j’ai décidé d’y investir du temps et de l’énergie dans un contexte professionnel. Libre à vous de déléguer le filtrage des informations que vous souhaitez lire à un algorithme ou à une autre personne, mais ne venez pas nous dire que les flux RSS sont un échec et que l’avenir est au service de social news. J’aime bien Flipboard ou Google Currents, mais ce ne sont pas des outils de veille.

Bref, tout ça pour dire que ceux qui proclament la mort du RSS sont grosso-modo les mêmes qui proclament la mort des blogs, des chasseurs de clics. N’y accordons pas plus d’intérêt.

Le bon outil pour le bon usage

Il me reste à traiter la question de la solution de remplacement. Il existe déjà de nombreux articles à ce sujet, aussi je vais être bref :

  • Si vous envisagez la veille comme une activité journalière et systématique, alors optez pour une solution professionnelle comme TheOldReader, NewsBlur ou Feedbin ;
  • Si vous cherchez une solution simple et élégante pour suivre l’actualité de nombreuses sources sans trop vous prendre la tête, optez plutôt pour des services grand public comme Feedly ou des services plus visuels comme Pulse ou Zite ;
  • Si vous n’arrivez pas à vous décider, attendez de voir ce que vont nous proposer prochainement Digg ou Bloglines (en quête de rédemption).

En ce qui me concerne, ma préférence va pour le moment à The Old Reader, mais je me laisse encore le temps de tester ces différents services. Idéalement je cherche une solution de veille qui pourrait remplacer Google Reader, Delicious et Evernote. Si vous connaissez un produit tout-en-un, même payant, ça m’intéresse.

Mes 3 sites coup de coeur (mars 2013)

Comme chaque mois, je vous propose une sélection de sites qui m’ont particulièrement marqué. Je comptais vous faire une sélection de sites ultra-minimalistes, comme ceux de Google Glass ou Calm, mais je n’aurais pas eu grand-chose à raconter. Je vous propose donc une sélection plus traditionnelle, mais néanmoins toujours aussi plaisante à regarder.

Commençons avec Skinny Ties, une boutique de cravates :

La page d'accueil de Skinny Ties
La page d’accueil de Skinny Ties

La première chose que l’on a envie de « toucher » sur cette page sont les cravates qui pendent sous le header, ça tombe bien, elles s’animent au survol de la souris. Non seulement ces invit visuelles sont ludiques, elles permettent de réchauffer la page (plutôt austère) et d’expliquer visuellement à quoi correspondent les catégories. Vous apprécierez également l’originalité de la typo et les intitulés très brefs. Bon par contre, je ne cautionne pas le positionnement du moteur de recherche, j’aurais inversé l’ordre et placé le panier à droite, mais ça doit être mon côté psychorigide…

Continuons avec The Little Book Club, un service de vente de livres pour enfants :

La page d'accueil de The Little Book Club
La page d’accueil de The Little Book Club

Comme toujours, j’apprécie énormément ces larges zones de respiration qui donnent une impression de plénitude à la page. L’arrondi du bouton et de la typo, de même que le petit smiley sur la barre de séparation complète le côté kawaii. Il y a très peu d’éléments sur cette page, mais un soin particulier a été apporté aux détails comme la bordure du logo ou l’encadrement des photos. Je regrette par contre le manque de contraste des items de navigation en haut de page.

Terminons avec The Great Discontent, un webzine d’interviews de personnalités créatives :

La page d'accueil de The Great Discontent
La page d’accueil de The Great Discontent

J’ai toujours eu une obsession pour le contenu, il est donc tout à fait logique que je vous présente ce webzine qui a faît disparaitre son interface au profit des interviews. Vous noterez ainsi qu’à part le discret logo et les deux intitulés de navigation en haut à droite, la page n’est composée que du texte et des photos. Tout est mis en oeuvre pour vous donner envie de lire à l’écran : de larges photos, une grille de lecture bien marquée pour isoler les blocs éditoriaux et une typo agréable à l’oeil. Rien à redire, je suis admiratif devant les choix radicaux faits par les éditeurs.

La suite le mois prochain.

Avec NaCl, Google complète sa vision de l’informatique du futur

J’ai déjà eu plusieurs occasions de vous parler de l’évolution de l’outil informatique (La fin de l’ordinateur individuel est programmée et Quel va être l’impact de la fin de l’ordinateur individuel ?). Il y a de fortes chances pour que vous ne soyez pas particulièrement sensible à ces réflexions vu que l’ordinateur que vous avez en face de vous est grosso modo le même que celui que vous utilisez depuis plusieurs décennies : un écran, une souris, un clavier, un disque dur… c’est simplement sa puissance qui augmente régulièrement, de même que la taille de l’écran. Certes, avec la généralisation de l’internet au bureau et dans les foyers, les ordinateurs ont connu un second souffle, mais ils sont très clairement en fin de vie. L’avènement des tablettes est d’ailleurs un très bon indicateur du changement que nous sommes en train de vivre (13% des foyers sont équipés à fin 2012, un chiffre qui devrait quadrupler d’ici 2016).

Office = le boulet qui nous verrouille sur des outils informatiques du XXème siècle

Vous pourriez me dire que malgré les qualités indéniables des tablettes en tant que terminaux de consommation de contenus digitaux, elles ne remplacent pas un ordinateur, et vous auriez bien raison. Inutile donc de fantasmer sur le tout dernier iPad, car ce n’est résolument pas le digne remplaçant des ordinateurs traditionnels, surtout à près de 1.000 € ! Par contre, les Chromebooks de Google semblent être des candidats bien plus sérieux, d’autant plus qu’avec des prix ultra-compétitifs ils ont su séduire de nombreux nouveaux clients (Google announces that 2,000 schools now use Chromebooks, up 100% in three months). Là encore, vous pourriez me dire que ces machines ne concernent qu’une petite tranche de la population (les étudiants), et vous auriez également raison. J’ai effectivement lu d’innombrables avis sur ces fameux Chromebooks, qui sont présentés comme des alternatives terriblement efficaces aux ordinateurs traditionnels… mais qui ne peuvent pas les remplacer, car ils sont incapables de faire tourner le Pack Office.

Samsung-Chromebook

Somme-nous donc dans une impasse avec une population qui se segmentent en deux : d’un côté les jeunes qui vivent dans le cloud, et de l’autre les vieux dont le quotidien informatique est irrémédiablement ancré dans le siècle passé à cause de la suite bureautique de Microsoft ? Oui, et je n’ai pas peur de le dire : Microsoft s’est arrangé pour verrouiller le marché et empêcher les utilisateurs d’évoluer vers une nouvelle génération d’outils informatiques. Peut-on leur en vouloir ? Pas réellement, car ce type de verrouillage est le fond de commerce des acteurs de l’informatique (IBM, Adobe, Apple…). Donc is l’on récapitule : nous sommes bloqués avec des machines conçues au siècle dernier à cause de foutus fichiers bureautiques. Pour s’extraire de ce dictat, il faut beaucoup de volonté et de rigueur. Or, les Chromebooks ne donnent pas vraiment envie de faire ces efforts. Mais la situation vient de changer…

Pixel + QuickOffice = votre ticket de sortie vers l’outil informatique du XXIème siècle

En deux ans, le système d’exploitation de Google a beaucoup progressé (Avec Chrome OS, Google parie sur le CloudBook), mais il lui reste encore beaucoup de chemin à parcourir. Considérés par beaucoup comme l’offre low cost de Google, les Chromebooks sont en passe d’acquérir leur première lettre de noblesse avec le tout nouveau Pixel, véritable vitrine technologique de la gamme : The Chromebook Pixel, for what’s next.

Si la machine est incontestablement une réussite en terme de design et de qualité de fabrication, elle pose néanmoins de grosses questions quant à son prix : pourquoi payer aussi cher pour un ordinateur qui ne peut pas faire tourner Excel ou Powerpoint ? Là encore, les avis sont homogènes : The Chromebook Pixel: A Beautiful Premium Laptop For Those Who Live In The Cloud (But Not For Anyone Else) et The Chromebook Pixel Is The Most Brilliant Laptop You’ll Never Buy. Traduction pour celles et ceux qui n’ont pas le temps de lire ces avis : ce tout nouveau Chromebook Pixel est une splendide réussite technologique, mais sommes-nous réellement prêts pour une machine qui repose exclusivement sur l’informatique dans les nuages ? (cf. Définition et usages du cloud computing).

Pixel

Nous en revenons donc encore et toujours à l’épineux problème des usages professionnels qui sont dominés par les fichiers bureautiques. Si les Chromebooks n’ont pas réussi à convaincre le monde de l’entreprise, c’est parce qu’il est impossible d’éditer un fichier bureautique dessus. Correction : « il ÉTAIT impossible« , car conscientes de ce problème, les équipes de Google avaient un plan. C’est donc là qu’intervient une annonce passée quasi inaperçue cette semaine : Google Ports Quickoffice To Chrome Using Native Client, Will Get Full Editing Features In About 3 Months. Il y a quelque mois, Google rachetait QuickOffice, une application d’édition de documents Office pour terminaux mobiles, application qui va être adaptée sous Native Client. Google est donc en train de finaliser une nouvelle version de QuickOffice qui va vous permettre de consulter et éditer des documents Office dans votre navigateur (traduction : le pack Office sur votre Chromebook).

QuickOffice
Éditez vos fichiers Office sur vos smartphones et tablettes

Le plus intéressant dans cette histoire, c’est que le portage de QuickOffice sous Chrome va se faire avec Native Client. Pour mémoire, il s’agit de la technologie de Google permettant de faire tourner des applications en code natif dans le navigateur, donc des performances en théories bien supérieures à ce que peuvent proposer les Office Web Apps, même sur des machines à moins de 300 € propulsées par des processeurs de famille ARM (cf. L’adoption de NativeClient passera par les jeux… et la bureautique).

Native Client = le pont entre deux paradigmes de l’outil informatique

Pour résumer ce qui a été expliqué plus haut, nous avons deux approches très différentes de l’outil informatique :

  • le paradigme du XXème siècle, avec des ordinateurs puissants mais coûteux sur lesquels sont stockées les applications et données ;
  • le paradigme du XXIème siècle, avec des ordinateurs aux ressources limitées et à bas prix, mais qui exploitent des capacités infinies de stockage et de calcul dans les nuages.

La promesse de Google est donc de vous faire profiter de ces deux paradigmes : des ordinateurs « légers » qui exploitent les infrastructures distribuées (donc toute la puissance de l’informatique dans les nuages) et qui vous permettent de travailler sur des formats de fichier du siècle dernier, le tout avec une interface tactile et une machine aussi belle qu’un MacBook. C’est donc un coup de maître de la part de Google qui, avec Native Client, parvient à réunir tous les ingrédients nécessaires à la complétion de sa vision de l’informatique du futur :

  • Des terminaux maîtrisés au niveau hardware et software (les gammes Nexus et Chromebook) ;
  • Une architecture technique distribuée pour déployer ses offres BtoC et BtoB (Google Drive, Google Apps, Google App Engine…) ;
  • Un circuit de distribution intégré (Google Apps Marketplace, Google Play Apps Store) ;
  • Une interface et des applications de consultation / édition / création (Chrome, Chrome OS, QuickOffice).

La chaine est donc maintenant quasi-complète, QuickOffice et Native Client étant les derniers maillons de la chaîne. Je suis persuadé que la prochaine grand-messe annuelle de Google en mai prochain sera l’occasion pour eux de dévoiler leur plan d’ensemble. N’allez pas penser que je suis partisan, je suis simplement enthousiaste à l’idée de voir enfin évoluer cet outil informatique d’entreprise que nous subissons depuis des décennies. Cette nouvelle approche de l’outil informatique proposé, entre autres, par Google me semble tout à fait correspondre aux attentes des utilisateurs en terme de praticité, pérennité, mobilité, collaboration… Reste maintenant à convaincre les DSI, qui seront aux premières loges de ce changement de paradigme.

Une nouvelle aventure professionnelle avec OgilvyOne

Voilà bien longtemps que je ne vous avais pas parlé de mon quotidien, aussi je profite de ce billet pour vous mettre au courant des derniers changements dans ma situation professionnelle. J’ai accepté en fin d’année dernière un poste de planneur stratégique chez Ogilvy alors que je m’étais juré de ne plus retourner en agence. Cela mérite donc quelques explications.

En plus de 15 ans d’expérience professionnelle, je pense avoir testé toutes les configurations possibles :

  • salarié chez l’annonceur ;
  • salarié dans une SSII et dans une agence Web ;
  • associé (j’ai tenté un rapprochement avec l’équipe des Persuaders en 2011, mais ça n’a pas fonctionné)
  • indépendant.

Toutes ces configurations m’ont procuré de la satisfaction professionnelle et de beaux challenges, mais je n’y trouve plus mon compte. Jusqu’à récemment je me sentais à l’aise dans mon statut d’indépendant, mais c’est une position qui se révèle limitée au bout d’un certain temps, surtout quand on a travaillé pour la plupart des grands comptes en France. J’ai donc accepté un poste à mi-temps qui me permet de concilier une activité professionnelle enrichissante et des projets plus personnels.

Un poste à mi-temps signifie que je vais pouvoir continuer à :

  • rédiger mes 9 blogs en toute indépendance (c’est moi qui paye tout, donc je suis le seul maître à bord) ;
  • donner des conférences et participer à des séminaires internes en mon nom (c’est important, toujours dans ce souci d’indépendance) ;
  • finaliser mon livre, ainsi que ceux qui doivent suivre.

Le reste de mon activité professionnelle, les prestations de conseil, va donc se faire dans le cadre d’OgilvyOne. La raison principale est que j’avais envie d’être impliqué de façon plus « intensive » dans mes différentes missions. Le problème d’être indépendant est que l’on est souvent victime de sa faible bande passante. Comprenez par là qu’en tant qu’individu isolé, vous devez fournir des efforts considérables pour faire accepter vos idées, bien plus importants que si vous étiez accolé à une grosse structure (agence ou cabinet de conseil). Au fil des années, cet isolement commençait réellement à me peser, mais je ne voulais pas me restreindre à des missions « à taille humaine » (traduction : avec des enjeux moindres).

Ce poste au sein d’OgilvyOne va me donner l’opportunité de retravailler avec Reza, une vieille connaissance avec qui je travaillais au siècle dernier (mon salaire était versé en francs, rendez-vous compte !). Pour être tout à fait honnête avec vous, je ne sais pas trop ce que couvre la fonction de planneur stratégique (chacun a sa propre définition), mais j’imagine que ça consiste principalement à mettre à disposition mes compétences et partager mes expériences avec les différentes équipes.

Plus sérieusement, j’ai vraiment été séduit par le projet professionnel que l’on m’a présenté, et je suis enthousiaste à l’idée de partager ma culture essentiellement digitale avec celle de l’agence, initialement tournée vers les métiers de la communication, du CRM, des données et des expériences client hors ligne. Ce prisme élargi de compétences et métiers correspond tout à fait selon moi aux nouvelles exigences d’un marché en pleine restructuration. L’avènement des médias sociaux, de la mobilité et l’omniprésence de l’internet dans le quotidien des consommateurs forcent les marques à repenser la façon dont elles vont les séduire et les fidéliser. L’engagement client n’est plus une question de maîtrise du ou des supports, mais plutôt de compréhension des facteurs de transformation et d’une mise en oeuvre cohérente et holistique. Loin de moi l’idée de vous faire l’article sur la fin des agences web, mais je suis persuadé que les conditions de marché sont maintenant réunies pour voir émerger une nouvelle catégorie d’agence (OgilvyOne named a Leader in Customer Engagement Agencies Evaluation by Independent Research Firm).

Au final, tout ceci ne changera pas grand-chose pour vous, mes lecteurs, puisque je continue la rédaction de mes blogs sur le même rythme et le même ton qu’auparavant. Si vous souhaitez avoir recours à mes services dans le cadre d’une conférence ou d’un séminaire interne, vous pouvez me joindre aux mêmes N° et email.

Cerise sur le gâteau : j’ai même le droit de trainer dans le bureau de David Ogilvy :

Le bureau d’origine de David Ogilvy dans les locaux de l’agence à Paris

;-)

Mes 3 sites coup de coeur (janvier 2013)

Décidément je ne suis pas très régulier dans mes publications pour cette rubrique, car j’ai encore sauté un mois en fin d’année dernière. Ce n’est pas grave, car je vais ai déniché trois superbes sites pour cette sélection de la nouvelle année.

Commençons avec Tripbirds, un moteur de recherche d’hôtels à la sauce sociale :

La page d’accueil de Tripbirds

Dès que l’on arrive sur cette page, c’est le souci du détail qui saute aux yeux : le fond de page, les typographies, la bordure supérieure… participent à donner une ambiance très chaleureuse à ce site, par opposition aux moteurs de recherche traditionnels comme le glacial Google Hotel Finder. J’apprécie également les deux tons utilisés pour scinder en deux la page, ainsi que les intitulés placés dans les champs de recherche eux-mêmes. L’argumentation et les illustrations de la seconde moitié de page sont parfaitement claires et explicites. Élégant et sophistiqué, j’adore !

Poursuivons avec These Are Things, une boutique en ligne de cartes et d’illustrations :

La page d’accueil de This Are Things

J’espère que vous apprécierez à sa juste valeur le très bon travail d’illustration et d’iconographie réalisé sur cette page haute en couleurs qui se découvre en faisant défiler vers le bas. Les icônes sont très mignonnes et homogènes, l’effet de parallax scrolling est parfaitement exécuté et donne envie de faire des A/R tant les tableaux sont rigolos. L’intérieur du site est dans la même ligné, mais beaucoup moins chargé, notamment la boutique, que je vous conseille de visiter.

Terminons avec Circle 21 Candles, un fabricant de bougies :

La page d’accueil de Circle 21 Candles

Que dire de ce site si ce n’est que c’est une merveille de minimalisme et d’élégance : les couleurs douces, les typos très fines, les larges espaces blancs… tout est mis en oeuvre pour véhiculer du calme et de la sérénité. Assurément un modèle du genre.

La suite le mois prochain (j’espère !).

Facebook lance son moteur de recherche mais manque d’inspiration

Cette nuit Facebook a annoncé le lancement prochain de son moteur de recherche, Facebook Graph Search, une nouvelle qui a fait le tour de la blogosphère tant l’évènement avait suscité la curiosité des journalistes. Grand rival de Google, Facebook était logiquement attendu pour le lancement de son moteur, pour lequel les équipes ont choisi une approche différente de la recherche, car elle repose sur les amis.

Le moteur de recherche de Facebook propose donc de remplacer l’index de Google par votre liste d’amis et son algorithme par leurs publications. Vous aussi vous avez l’impression qu’il y a tromperie sur la marchandise ? Effectivement cette annonce déçoit, mais elle cache surtout une vérité bien plus cruelle pour Facebook.

Rechercher le web grâce à vos amis (oups !)

Facebook Graph Search est donc un moteur de recherche interne qui permet d’explorer plus facilement votre graphe social à l’aide d’équation de recherche en langage naturel. Cette nouvelle fonction prendra la forme d’une barre de recherche dans le haut de page où vous pourrez rechercher auprès de vos amis, leurs publications, leurs centres d’intérêt, les endroits qu’ils ont visités et les choses qu’ils ont aimées.

Les éléments qui peuvent être cherchés sur Facebook

Le fonctionnement est assez intuitif et nous pouvons faire confiance aux équipes de Facebook pour livrer un produit qui fonctionne correctement. Comme toujours, Facebook nous propose une belle vidéo pour illustrer le tout avec plein de jeunes gens cools qui respirent le bonheur :

Ils ont également annoncé un partenariat avec Bing pour les recherches plus classiques, celles qui concernent des contenus hébergés en dehors de Facebook : Evolving Search on Facebook. L’argument principal de Mark Zuckerberg est de dire que les moteurs de recherche actuels (donc Google) se contentent de fournir une liste de liens où vous pourrez peut-être trouver une réponse, alors que son moteur apporte directement des réponses concrètes issues de vos proches. Mouais… je ne savais pas que Google ne fonctionnait pas bien et qu’il fallait une solution de remplacement. Cette assomption est d’autant plus déplacée que Microsoft nous avait déjà fait le coup il y a plus de 3 ans en positionnant son moteur comme un outil d’aide à la décision : Le marché de la recherche relancé avec Bing et Wolfram ?

Outre le fait que le Graph Search de Facebook nécessite d’avoir beaucoup d’amis très actifs pour avoir des réponses pertinentes, il y a l’éternelle question de la confidentialité. Heureusement cette question a déjà été traitée :

Je sais bien qu’au fil des années j’ai toujours été très critique sur Facebook, mais vous conviendrez que le moteur de Facebook repose sur une base plus étroite : sur les 200 millions de sites web actifs, Facebook vous propose de restreindre la recherche aux citations ou intérêts de vos amis, soit quelque centaines de personnes au mieux. C’est un peu court, non ? Certes, ce moteur va grandement améliorer la navigation au sein de Facebook et de votre liste d’amis, mais j’ai comme l’impression que l’éléphant a accouché d’une souris.

Pour avoir de détails précis sur le fonctionnement du moteur et sa genèse, je vous propose les deux articles suivants : First Look at the New Facebook Search et Facebook’s Bold, Compelling and Scary Engine of Discovery: The Inside Story of Graph Search.

Une nouveauté qui ne séduit pas grand monde

Entendons-nous bien : je ne suis nullement en train de critiquer vos amis ou leurs centres d’intérêt, simplement je trouve que le grah search tel que nous le présente Facebook est une vision très étriquée de la connaissance. Il a fallu 15 ans et des dizaines de milliards de dollars pour construire la plus grande base de connaissance de l’humanité (le web) et Mark Z. nous explique que les likes et photos de vos amis vont vous apporter des réponses plus pertinentes. De qui se moque-t-on ?

Pourtant il ne manque pas d’ambition au sujet de ce moteur qui a été présenté comme le troisième pilier de l’expérience Facebook (avec le News feed et les timelines). Force est de constater que je ne suis pas le seul à être sceptiqueFacebook Takes On Google, But Private, Personalized, Social Search Has No Clear Winner YetFacebook’s New Search Doesn’t Change Anything, Except On Facebook et Why Facebook’s New Graph Search Is No Google.

L’avis le plus pertinent sur la question est celui des spécialistes de la recherche, notamment de John Battelle qui nous explique qu’avec le social search, chacun aura une page de résultats différente, donc autant de possibilité de monétisation : Facebook Is No Longer Flat.

Outre le fait que ce moteur se réduit à filtrer les like et publications des membres avec votre liste d’amis, je m’interroge sur la valeur d’une recherche dans une base de données privée avec des contenus non qualifiés. Les robots de Google nourrissent son index avec l’intégralité de ce qui est disponible sur le web, alors que le graph search se contente de ce qui a été publié sur Facebook, soit un corpus à la taille limitée. Idem, si l’algorithme de Google a fait ses preuves en matière d’évaluation de la pertinence des contenus, qui va vérifier la véracité des publications de vos amis ? Je ne suis pas en train de qualifier vos amis de menteurs, mais ce ne sont pas non plus des professionnels de l’information et de la connaissance.

En définitive, c’est ce côté « amateur » du graph search qui me dérange, et les exemples présentés lors de la conférence sont assez révélateurs de la naïveté du dispositif :

  • La rencontre, où il vous suffit de chercher les hommes / femmes célibataires dans votre ville avec les mêmes coûts et centres d’intérêt que vous pour trouver l’âme soeur. OK, mais tous les membres célibataires de Facebook sont-ils en recherche ? Cette approche de la rencontre fait-elle le poids face à des plateformes sociales qui ont été conçues pour cela (Badoo, Meetic…) ?
  • Le recrutement, où il vous suffit de chercher dans votre liste d’amis des candidats potentiels qui n’ont pas d’employeur. OK, mais que fait-on de ceux qui en ont un ? Là encore, ce n’est pas parce que je suis inscrit sur Facebook que je suis en recherche d’un nouvel emploi, d’autant plus que les profils n’ont pas du tout été conçus pour valoriser l’expérience professionnelle, contrairement à des plateformes comme LinkedIn.
  • Les lieux, où il vous suffit de dire ce que vous cherchez pour que l’on vous propose une liste de restaurants, bars, hôtels… D’une part je pensais que Facebook Places avait été abandonné, d’autre part, restreindre les résultats à vos amis ne va pas vous remonter grand-chose. Vous avez ainsi bien plus de chances de trouver des résultats pertinents sur Yelp, TripAdvisor ou Google Local.
  • Les photos. Je sais bien qu’il y a des milliards de photos publiées par les membres, mais combien de doublons ? L’important n’est pas le nombre de photos, mais la qualité des métadonnées qui y sont associées. J’aime beaucoup Instagram, mais les contenus publiés par ses 20 millions de membres actifs ne tiennent pas la comparaison face au couple Google Maps et Street View.
Les résultats de recherche dans Facebook

Comme c’est souvent le cas chez Facebook, j’ai l’impression que Mark Zuckerberg affiche une confiance inébranlable dans la capacité des membres à fournir des contenus de qualité qui peuvent concurrencer des sociétés dont c’est le coeur de métier et qui existaient déjà au siècle dernier. Et ce n’est pas en recrutant 500 millions de nouveaux membres qu’ils vont réussir à améliorer la qualité des contenus.

Un moteur de recherche souffrant d’inacceptables limitations

Je sais bien que le service est encore en beta, mais en lisant entre les lignes il est possible d’en voir dès aujourd’hui les limites :

  • Un service uniquement disponible en anglais, certainement car la sémantique de cette langue est beaucoup plus simple que celle des langues latines (français, italien…), nordiques, germaniques ou cyrilliques ;
  • Pas de version mobile ou tablette ;
  • Pas d’intégration à l’open graph et pas d’APIs

Encore une fois, j’ai conscience que nous sommes dans un monde de beta perpétuelle et que cette fonctionnalité n’est pas encore officiellement disponible, mais il faut bien reconnaitre qu’ils ont des années de retard sur la concurrence.

Concernant la concurrence de Google, Mark Z. ne s’est pas gêné pour critiquer ouvertement Google en tant que moteur de liens, mais il a peut-être oublié que le roi des moteurs avait déjà entamé sa révolution l’année dernière avec des grosses avancées en matière de sémantique avec son Knowledge Graph (La recherche passe à l’ère sémantique), sociale avec Search plus your World (Quel sera l’impact de l’intégration de Google+ dans les résultats de recherche), et mobile avec Google Now (Un assistant personnel dans votre smartphone avec Siri, Now et Gimbal).

La vérité est que Facebook a accumulé un retard qu’ils ne pourront jamais combler. Ceci étant dit, ils ont été suffisamment malins pour éviter une concurrence frontale avec Google.

À qui profite ce moteur ?

Je ne voudrais pas jouer les rabat-joies, mais je constate qu’encore une fois, Mark Z. compte sur le volontarisme des membres pour enrichir l’expérience, mais qui s’enrichit réellement ? Je suis peut-être paranoïaque, mais j’ai comme l’impression que ce graph search est un nouveau levier pour pousser les membres à enrichir leur profil (centres d’intérêts) et à augmenter les Likes (Facebook’s Graph Search Is Really A Plan To Rescue The Like). Tout ceci m’a tout l’air d’être une manoeuvre parfaitement orchestrée pour améliorer le ciblage publicitaire.

De même, nous n’avons pour le moment aucune information sur l’impact du graph search sur le trafic vers les pages des annonceurs. Tout ce que Facebook dit est que les annonceurs doivent mettre à jour leurs pages et améliorer leurs tactiques d’engagement pour être sûrs de remonter dans les résultats de recherche : Introducing Graph Search, Help People Discover your Business.

Affichage des marques dans les résultats de recherche

Je ne doute pas qu’il y aura à terme une offre payante pour donner une place aux annonceurs dans les résultats de recherche, mais pour le moment ils ne fournissent aucune solution pour les marques non-aspirationnelles, à savoir 99,99% des marques. Le problème est que depuis le lancement des timelines pour les annonceurs, seules les marques les plus puissantes s’en sortent (Avec les nouvelles pages et formats publicitaires, Facebook privilégie les marques fortes), et ce moteur de recherche va rendre la compétition pour l’attention encore plus intense. Attendez-vous à une recrudescence de la chasse aux Likes.

Je peux me tromper, mais j’ai l’intime conviction que ce moteur de recherche ne va faire qu’intensifier les astuces permettant d’améliorer le taux d’engagement. Pour vous la faire courte, les annonceurs auront le choix entre se faire saucissonner (payer pour apparaitre dans les listes de résultats) ou tricher (utiliser des moyens détournés pour doper le taux d’engagement). Tout ceci me semble bien éloigner de la vision idéologique du fondateur.

Un énorme risque de pollution

Tout le problème de ce graph search est qu’il risque de stimuler les dérives que l’on constate déjà :

  • pousser les membres à s’inventer une vie trépidante afin « d’exister » dans les résultats de recherche (ils ne sont pas malveillants, mais cherchent simplement à être valorisé socialement) ;
  • inciter les utilisateurs à devenir amis avec les membres les plus cools, ceux qui voyagent et sortent (donc pervertir la notion d’amitié) ;
  • forcer les community managers des marques à se démener pour récolter des likes, donc adopter les interactions courantes des membres (blagues, photos rigolotes, commentaires sur l’actualité…).

D’autres sont plus optimistes que moi (How Facebook Thinks Its New Graph Search Will Help AdvertisersHow marketers can use Facebook’s Graph Search to understand consumers), mais ce n’est pas la première fois que je pointe du doigt les changements qui stimulent la schizophrénie des membres (Comment les nouvelles règles de Facebook vont modifier le comportement des utilisateursL’impact des changements de Facebook pour les utilisateurs, les annonceurs et les fournisseurs de contenu), et je pense qu’il est légitime de penser qu’en soufflant sur les braises, Facebook va devenir sa propre caricature.

Mais le plus gros risque selon moi est que ce moteur de recherche favorise l’émergence d’un marché noir des profils fictifs spécialement créés pour faire remonter les marques dans les résultats. L’astuce consisterait à créer des profils avec un quotidien rempli de voyages, sorties et achats dont l’unique but est de devenir l’ami du plus grand nombre de membres et de revendre sous le manteau les publications aux marques.

Nous sommes d’accord sur le fait que ça ferait courir de gros risques aux annonceurs, mais nous savons tous que les techniques de black hat SEO sont couramment utilisées, j’anticipe donc une montée en puissance du black hat SMO (social media optimization).

Facebook en mal d’inspiration

En conclusion je dirais que Facebook fait fausse route avec ce moteur de recherche, car il ne tiendra jamais la comparaison avec les services déjà existants. Les entités sémantiques du Knowledge Graph et les communautés Google+ sont ainsi beaucoup plus pertinentes que les publications de vos amis.

À moins que nous fassions tous fausse route et que l’ambition de ce moteur est simplement d’améliorer la recherche au sein de vos amis, ni plus ni moins. Cela confirmerait alors le terrible manque d’inspiration dont Facebook souffre actuellement : le rachat à prix d’or d’Instagram et la copie à l’identique qu’ils ont livré de Snapchat sont autant de preuve de l’incapacité de Facebook à innover (Facebook’s Poke app as a Snapchat clone is a bad sign). Ce moteur de recherche ne fait que confirmer la tendance à la facilité de Facebook qui se contente de livrer grosso modo ce qu’on attend de lui, pourtant il y aurait de nombreuses choses à améliorer (What Facebook Should Be Building).

Au final, le plus alarmant avec la sortie de ce graph search est qu’il apparait comme évident que Facebook n’a plus la capacité à faire émerger de nouveaux business comme Zynga à l’époque. Pour résumer : depuis l’introduction en bourse, tous les changements de Facebook ne sont motivés que par l’augmentation des bénéfices ou de la valeur de l’action. Mais ça vous vous en doutiez déjà non ?

Je ne suis pas en train de faire le procès des sociétés cotées en bourse, car la recherche de profit est un but légitime dans notre économie capitaliste (il faut appeler un chat un chat). Ce qui me dérange, c’est l’écart entre les intentions annoncées de Facebook et la réalité : les membres et les annonceurs vont encore une fois faire les frais de l’avidité des actionnaires.

Encore une fois je ne cherche pas à faire le procès du capitalisme, mais plus nous avançons dans le temps et plus je constate que le modèle économique de Facebook ne repose pas sur des bases très saines. Pour augmenter la rentabilité, ils sont ainsi obligés d’intensifier la collecte et l’exploitation des données personnelles des membres. Certes, en écrivant cela je remets en cause la gratuité du web, et de Facebook en particulier, mais j’ai un mauvais pressentiment sur l’évolution de ces pratiques.

Pour résumer cela, je me permets de citer cette célèbre phrase : « Si vous ne payez pas, vous n’êtes pas client, c’est vous le produit qui est vendu« . Si vous avez des indications sur l’auteur, je suis preneur…