En ce moment la blogosphère qui s’intéresse au sujet de la mobilité est en ébullition suite à l’affrontement juridico-commercial entre Google, Acer et Alibaba (La domination d’Android menacée par les cloudphones et Aliyun ?). Même si cela peut sembler insignifiant à l’échelle du commerce mondial, je pense que cette échauffourée est en quelque sorte la bataille de Verdun numérique du XXIème siècle, à savoir l’affrontement de deux superpuissances sur un “petit” champ de bataille.
Voilà un petit bout de temps que la Silicon Valley et Wall Street surveillent du coin de l’oeil la montée en puissance inexorable des acteurs du web asiatique. Tant que cette ascension ne dépassait pas les frontières asiatiques, il n’y avait pas de quoi s’inquiéter. Sauf que le tigre Alibaba commence à se sentir à l’étroit dans sa cage et qu’il commence à le faire sentir. D’où une levée de boucliers qui marque le premier round d’un combat qui s’annonce titanesque entre le GAFE occidental (Google, Amazon, Facebook, Ebay) et le BAT chinois (Baidu, Alibaba et Tencent).
Alibaba, le géant du commerce en ligne chinois
Des trois acteurs majeurs du web chinois cités précédemment, Alibaba est certainement celui dont la réussite est la plus spectaculaire : près de 4 MM$ de C.A. pour un bénéfice supérieur à 1,2 MM$ (How Big Will Alibaba Group Become? Over $150 Billion by 2016). Des chiffres dignes de Facebook pour une activité diversifiée et bien plus pérenne que ce dernier dont les prévisions de croissance ne font plus rêver personne. Fondé au siècle dernier, le groupe Alibaba a bâti sa fortune sur sa place de marché et petit à petit rajouté des activités complémentaires plus ou moins centrées sur le commerce en ligne.
Le groupe s’organise ainsi autour d’une petite dizaine de sites web :
Alibaba, la place de marché BtoB qui fait référence dans le monde ;
La page d’accueil de Alibaba
1688, une place de marché locale pour les PME et TPE ;
Taobao, une place de marché entre particuliers (l’équivalent de Ebay) ;
La page d’accueil de Taobao
Tmall, un portail marchand (l’équivalent de Amazon) ;
La page d’accueil de Tmall
Etao, un moteur de recherche marchand (l’équivalent de Google Shopping) ;
La page d’accueil d’Etao
Juhuasuan, un site d’achat groupé (un concept qui fonctionne encore très bien en Chine) ;
Alipay, un service de paiement en ligne (l’équivalent de Paypal) ;
La page d’accueil d’Alipay
Koubei, un portail localisé, ancien Yahoo! China, qui donne accès à des news et promos locales (à mi-chemin entre Groupon et Yahoo!) ;
Laiwang, un réseau social mobile assez proche de Google+ ;
Alicloud, un fournisseur de solutions de cloud computing (l’équivalent EC2 d’Amazon)
Aliyun, un système d’exploitation mobile pour smartphones (l’équivalent de l’OS du Kindle Fire, dérivé de Android).
La page d’accueil d’Aliyun
Force est de constater que si l’on met tous ces sites web et services bout à bout, cela forme un tout terriblement efficace. Certes, Alibaba est encore un agneau sur le terrain des médias sociaux comparé à des géants comme Sina Weibo, RenRen ou Qzone, mais ils ont les moyens de s’imposer sur ce créneau. Vous pourriez me dire que les chinois ne sont pas réputés comme étant des innovateurs dans le domaine des services en ligne (China’s Renren social network copies Facebook Timeline), mais il faut bien leur reconnaitre une capacité un délivrer tout à fait exceptionnelle. D’autant plus qu’ils bénéficient du soutien du gouvernement (Baidu, Alibaba And Tencent Receive Million Of Government Subsidy In Cloud Computing).
À l’origine de la réussite de Alibaba, il y a Jack Ma, entrepreneur de génie qui s’inspire ouvertement de Jeff Bezos (le fondateur d’Amazon) tout en revendiquant son héritage culturel. Il a récemment bouclé une levée de fonds de plus de 8 MM$ pour pouvoir racheter les 20% de son capital encore détenu par Yahoo afin d’avoir le contrôle total de son groupe, et certainement de passer à une phase d’expansion beaucoup plus agressive.
S’il est encore tôt pour chiffrer le risque que représente ce concurrent chinois pour les acteurs du web occidental, l’irrésistible ascension de l’empire de Jack Ma devrait en inspirer (terrifier ?) plus d’un. Surveillez vos arrières, car entre Alibaba et Rakuten, le paysage du commerce en ligne est en train de changer et les rapports de force Est / Ouest de s’inverser.
Voilà un petit bout de temps que je n’ai pas eu l’occasion de partager avec vous l’avancée de mes projets professionnels. En premier lieu il y a bien évidemment mes 9 blogs. Croyez-le ou non, mais je suis toujours aussi motivé pour les rédiger. Même si le rythme de publication peut vous paraitre faible, je ne publie pas moins d’un article par jour, et cette activité éditoriale m’apporte toujours autant de satisfaction (près de 2.500 articles publiés tout de même). Je pense avoir trouvé ma vitesse de croisière en terme de rédaction et surtout avoir stabilisé mes audiences, ce qui n’est pas une mince affaire, surtout avec des thématiques aussi ciblées. Bref, j’achève cette décennie de blogging avec sérénité et confiance pour la suivante.
Concernant mon activité professionnelle, finalement l’association avec l’équipe des Persuaders ne s’est pas faite. Je conserve donc mon statut d’indépendant, ce qui ne nous empêche pas de réaliser des missions communes avec Cédric. Mon activité se répartit donc entre conférences et missions de conseil. Le travail d’évangélisation que je pratique avec mes blogs depuis près de 10 ans est ainsi parfaitement complété par ce boulot de conférencier. De plus, ça me permet de voyager en région (Lyon à la fin du mois) et à l’étranger (Genève cette semaine et Marrakech le mois prochain pour la conférence SMI).
J’ai donc arrêté mon projet de formations thématiques qui n’a pas bien fonctionné. La formation professionnelle est un secteur très structuré où des mastodontes s’accaparent la quasi-totalité du marché (vous voyez sans doute de qui je veux parler) et déploient beaucoup d’énergie pour tuer la concurrence. Le tout au détriment de la qualité pédagogique (on ne peut pas tout avoir), mais c’est un sujet que je ne souhaite plus aborder.
Mais le gros sujet qui me préoccupe en ce moment est la finalisation de mon premier livre. Dire que j’ai été un peu naïf sur le travail que représente la rédaction d’un livre est largement en dessous de la réalité. Le problème n’est pas tant dans le sujet (ce livre parlera des médias sociaux) que du format éditorial. Si je suis parfaitement à l’aise avec la rédaction de mes blogs, compiler et structurer toutes mes connaissances sur un sujet aussi vaste m’a posé plus de difficultés que prévu (il faut croire que je ne suis pas aussi doué que ceux qui rédigent des livres en quelques WE…). Le manuscrit est achevé à 95% et il faut maintenant que je boucle et que je m’occupe de la logistique (relecture, impression, distribution…) dans les plus brefs délais sinon je n’y arriverai jamais. Ce qui serait bien dommage, car je travaille sur ce projet depuis plus d’un an (encore une fois, j’ai conscience de m’y être mal pris).
Voilà, je ne compte pas utiliser plus de pixels que ça pour vous décrire ma situation actuelle. Je pense ne pas trop vous polluer avec mes histoires, mais ce genre de mise au point annuelle est essentielle pour que vous compreniez bien ce que je fais de mes journées (bien occupées) et comment je gagne ma vie.
Comme chaque année, je vous propose une compilation des annonces estivales. Le moins que l’on puisse dire, est qu’il ne s’est pas passé grand-chose au cours de l’été 2012, certainement pour cause de J.O. Mais bon, il y a tout de même quelques infos à se mettre sous la dent :
Après Zagat, Google rachète le guide touristique Frommer’s. La stratégie de Google est ici assez simple : injecter du contenu de qualité dans ses outils Maps et Local pour en augmenter la valeur ajoutée. Google est déjà positionné sur le créneau des billets d’avion avec le rachat d’ITA, il ne lui manque plus qu’un moteur de réservation de tables…
Google se transformera-t-il en guide de voyage ultime ?
Twitter limite l’utilisation de son API pour les outils et services tiers : Changes coming in Version 1.1 of the Twitter API. C’est certainement l’annonce qui a fait le plus de bruit, car les nouvelles limitations vont fortement compliquer la vie des nombreux outils et services de son écosystème. Je ne sais pas trop quoi penser de cette annonce dans la mesure où Twitter a toujours été entièrement gratuit et a su s’imposer comme un outil de communication de premier ordre, au même titre que l’email ou les SMS. Twitter est définitivement en pleine crise de croissance, ils doivent choisir entre devenir un média ou une plateforme, quitte à devenir payant. D’ailleurs certains se sont déjà positionnés comme App.net.
Les batailles juridiques anesthésient l’innovation. Initiées l’année dernière, les affrontements juridiques entre les géants du secteur commencent à prendre une telle ampleur qu’ils vont finir par paralyser le secteur. Apple, Samsung, IBM, Oracle, Google, IBM et cie sont en effet enlisés dans des procédures gigantesques qui risquent de peser sur leur marge de manoeuvre. Du coup, certains commencent à anticiper (Amazon Is Hiring Experts To Acquire A Big Pile Of Patents). Je suis vraiment attristé par toutes ces niaiseries juridiques, car l’innovation est vraiment le poumon de l’économie. Tout ceci est très regrettable, car les projets en mode Kickstarter apportent une nouvelle impulsion créatrice dont le secteur a bien besoin.
Gartner vient de publier la nouvelle version de son hype cycles. On y retrouve au sommet de la courbe des choses comme HTML5, la gamification, big data ou les imprimantes 3D. Le plus intéressant selon moi est le fait que les media tablets commencent à remonter la pente et visent le marché de masse.
La courbe d’adoption des technologies de Gartner
Plein de nouveaux gadgets à sortir en septembre. Si vous pensiez faire des économies à la rentrée, c’est raté. Les géants de l’informatique ont ainsi quasiment tous annoncé une date pour la sortie de leurs nouveaux joujoux (Amazon, Nokia, Motorola, Samsung…). Il reste encore un voile de mystère sur l’annonce du prochain iPhone…
Les innovateurs de première génération tentent de réinventer la roue. Capitalisant sur le succès de YouTube, Twitter et cie, les entrepreneurs “2.0″ tentent un doublé avec une série de nouvelles startups aux noms énigmatiques comme Lift, Branch ou Medium. Je n’ai pas eu l’occasion de faire un examen approfondi de ces services, mais il y est essentiellement question de publication et de conversation. Simplification et structuration sont les deux maitres mots, mais suffiront-ils à passionner les foules ?
Branch, la nouvelle plateforme de conversation à la mode
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Voilà, c’est tout pour cette année. Même si l’été n’a pas été aussi propice aux annonces que l’année dernière, le dernier trimestre va être passionnant, car les niveaux de compétition et d’innovation n’ont jamais été aussi hauts.
C’est bientôt les vacances, alors je vous propose un moment de détente avec ma sélection de trois sites beaux et agréables à regarder (ni plus ni moins).
Commençons avec EverPlaces, un site pour vous inspirer des destinations de vacances, à mi-chemin entre Pinterest et Instagram :
La page d’accueil de EverPlaces
La page Explore de ce site propose une très belle grille de lecture avec beaucoup de raffinement dans le traitement des bordures de photo, des boutons et des champs. J’apprécie particulièrement le fond de page qui fait bien ressortir les blocs et donne du volume à l’ensemble. Bon par contre, je ne cautionne absolument pas les liens en noir non souligné.
Poursuivons avec DIY, un site haut en couleur (euphémisme) qui encourage la créativité chez les plus petits :
La page d’accueil de DIY
J’ai tout de suite été séduit par l’incroyable illustration de fond de page façon “Où est Charlie” que l’on peut déplacer avec la souris. Même si cette illustration hypnotise le regard, la promesse et les boutons d’action en haut à droite contrastent bien avec le fond et sont facilement repérables. De même, le bandeau de bas de page permet d’orienter les internautes ayant raté les boutons plus haut et d’assurer la promotion de l’application mobile. Tant que vous y êtes, ne ratez pas la page Explore, une très belle implémentation de résultats de recherche au format grille.
Terminons avec L’échappée laine, un site en contre-saison de vente de produits de tricotage :
La page d’accueil de L’Échappée laine
J’apprécie particulièrement les couleurs très douces du thème graphique qui contrastent fortement avec les couleurs chatoyantes de pelotes de laine. J’aime également beaucoup les illustrations crayonnées ainsi que le choix typographique. Tant qu’à être sur ce site, n’hésitez pas à faire un tour du côté des modèles ou du blog pour prendre de l’inspiration pour cet hiver.
La suite le mois prochain, ou plutôt à la rentrée…
Après avoir été une des premières employées de Google et y avoir participé à la création de nombreux services, Marissa Mayer est donc la nouvelle patronne de Yahoo. La nouvelle a fait grand bruit la semaine dernière et a insufflé une lueur d’espoir pour tous celles et ceux qui croient encore en Yahoo. Travaillant dans le web depuis près de 15 ans, j’ai toujours considéré que Yahoo fait partie du club des 10, et qu’ils pouvaient faire un retour gagnant, mais les différents CEO qui se sont succédé n’ont jamais réussi à redresser la barre.Certes, la tâche est colossale et cette nomination est plutôt providentielle pour une ancienne étoile du web dont la dégringolade était amplement commentée dans la blogosphère (The incredible shrinking Yahoo: Activist shareholder’s latest weapon is an infographic et The Rise And Fall Of Yahoo: The Infographic). Je ne me risquerais pas à commenter le départ de Mayer de Google car d’autres l’ont fait pour moi (The real reason Marissa Mayer left Google: She had to), de même pour son salaire ou son futur bébé.
Bref, tout ça pour dire que le marché spécule maintenant sur l’avenir de Yahoo et ce que sa nouvelle patronne va pouvoir en faire. Première chose importante à préciser : Yahoo est avant tout un média, ce n’est ni un réseau social, ni un moteur de recherche, ni un fabricant d’appareils électroniques. Donc non, il n’y a aucune chance pour que Mayer fasse de Yahoo le nouveau Facebook, Google ou Apple.
Ceci étant dit, il existe une multitude de pistes à travailler pour maintenir l’audience et surtout trouver de nouveaux gisements de revenus. Yahoo n’est certainement pas à considérer comme une coquille vide, bien au contraire. Yahoo est ainsi constitué d’une multitude de portails nationaux implantés dans des dizaines de pays et disposant d’une masse considérable de contenus. Ce sont ces contenus, ces multiples implantations locales et les centaines de millions d’utilisateurs qui constituent le trésor de guerre de Yahoo. C’est d’ailleurs pour cela qu’ils ont réussi à maintenir un certain niveau de revenus.
À partir de là, il y a selon moi trois chantiers prioritaires sur lesquels ils pourraient travailler : les chaines thématiques, les produits et les services mobiles.
Valoriser les chaines thématiques
Le succès de Yahoo repose avant tout sur ses chaines thématiques. Leur nombre varie en fonction des pays, mais elles représentent de nombreuses opportunités en matière d’agrégation :
Yahoo News reste encore la référence pour les internautes de la première heure, un partenariat avec des outils de curation comme Flipboard devrait permettre de fidéliser l’audience (surtout depuis la fermeture de LiveStand). De même, ils pourraient se lancer dans la production de contenus originaux (qui se souvient du blog de leur correspondant Hot Spot?).
Yahoo Finance, qui reste également une source populaire pour de l’information financière et qui pourrait de même proposer des services payants pour les initiés.
L’idée pour ces chaines n’étant pas de devenir le Facebook du sport ou du voyage, mais plutôt de sécuriser l’audience et de se rémunérer en tant qu’apporteur de trafic qualifié et d’intermédiaire marchand.
Améliorer les produits autonomes
Outre ses chaines thématiques, Yahoo propose également un certain nombre de produits de niche qui savent générer des revenus :
FlickR, le service de partage de photos qui a popularisé les tags et la découverte par sérendipité (“Popular Now“), et non, inutile de s’inquiéter au sujet de Pinterest (Why Flickr & Pinterest Need Each Other) ;
La page de découverte de Flickr
Pipes, la tuyauterie du web 2.0 encore utilisée par de nombreux développeurs ;
Mail et Profile, des alternatives très intéressantes pour celles et ceux qui ne font pas confiance à Google et Facebook (il y en a beaucoup)…
Les observateurs attentifs ont bien remarqué que le choix de M. Mayer n’est pas un hasard, car elle a la réputation de stimuler les troupes pour lancer des produits (Gmail, Maps…). Les précédents CEO étaient ainsi un peu trop concentrés sur la finalisation de partenariats de contenu et pas assez sur des produits à valeur ajoutée, donc susceptibles de dégager des revenus.
Compléter le virage de la mobilité
Tout comme Yahoo était la référence du web il y a une décennie, les équipes ont travaillé d’arrache-pied pour faire prendre à Yahoo le virage de la mobilité :
La version mobile du portail est active depuis de nombreuses années (m.yahoo.com) ;
Axis, le navigateur visuel de Yahoo pour les terminaux mobiles
Dans la continuation des travaux réalisés sur la Yahoo UI Library, Yahoo propose Cocktails, son environnement de distribution multi-plateformes qui comprend un framework open-source (Mojito) et un service d’hébergement dans les nuages (Manhatan)…
Explications sur Yahoo Cocktails
Bref, là encore, il y a des places à prendre en proposant des outils simples et une alternative complète aux solutions captives de Apple ou Google.
Une grosse acquisition pour relancer la machine
Il y a donc encore de nombreux leviers à activer pour fidéliser l’audience et maintenir les revenus. Reste encore à envoyer un message fort aux marchés financiers pour regagner la confiance des investisseurs. Ce message sera sans aucun doute une grosse acquisition rendue possible grâce au cash récupéré suite à la vente d’une partie des parts de Alibaba (Alibaba Buys Back 20% Stake From Yahoo for $7.1 Billion). Je ne suis pas devin, mais il y a deux hypothèses communément admises :
Le rachat de Hulu pour conforter le rôle de Yahoo en tant que média, ou du moins de média intermédiaire ;
Le rachat de Twitter pour rattraper le retard sur la dimension sociale et démultiplier la portée des contenus (News, Sports, Movies…).
Idéalement il faudrait que Yahoo rachète les deux, ce qui est possible s’ils acceptent de revendre la totalité de leurs parts dans Alibaba. Comme toujours, je suis enthousiaste à l’idée de voir comment tout ça va évoluer. J’attends la suite avec impatience, et vous ?
Tout à commencé il y a quelques mois quand les équipes de Google ont publié une mystérieuse vidéo sur un produit dénommé Google Glass qui nous projetait dans la réalité augmentée et l’informatique ambiante :
Si cette première vidéo en a fait sourire plus d’un (j’ai toujours rêvé d’être un Terminator), les choses ont pris une autre tournure quand Sergey Brin, le fondateur et patron de Google, a commencé à systématiquement porter ces lunettes lors de ses sorties publiques.
Sergey Brin avec ses lunettes à réalité augmentée
La tension est encore montée d’un cran avec l’ouverture d’un compte officiel Google Glass sur Google+ ainsi que la publication de photos provenant d’un prototype fonctionnel. Les photos en elles-mêmes n’ont rien de spectaculaire (la résolution est plutôt moyenne), simplement elles préfigurent un certain nombre d’usages auxquels ces fameuses lunettes sont destinées.
Exemple de photo uniquement possible avec les Google Glass
Un truc de sportifs de l’extrême ?
Il n’aura finalement pas fallu attendre trop longtemps pour avoir une confirmation officielle du lancement de ce produit : Google étend sa gamme Nexus pour capitaliser sur Play et nous projette dans l’avenir avec ses objets intelligents. C’est donc au cours de la conférence Google I/O 2012 que les équipes ont pu faire une démonstration flamboyante du type de service que sont capables de rendre ces lunettes. Elles seront donc disponibles en début d’année prochaine aux développeurs et la première version coûtera dans les 1.500$.
Outre le côté spectaculaire de cette démonstration, ces lunettes illustrent selon le basculement entre l’informatique traditionnelle,celle qui nécessite un ordinateur, et l’informatique ambiante qui exploite les objets de tous les jours (ici, des lunettes). Les smartphones ont ainsi été le support idéal de transition entre ces deux approches de l’outil informatique.
Vous pourriez me répondre que ces lunettes ne vous seront d’aucune utilité dans la mesure où vous n’êtes pas très sportif ou que vous n’avez pas spécialement envie de faire tourner votre enfant au bout de vos bras… mais ça serait faire l’impasse sur les immenses possibilités ouvertes par ces lunettes.
Exemple d’images capturées avec les Google Glass
D’innombrables usages au quotidien
Le principal avantage de ces lunettes est donc de pouvoir apporter différents services (photo, vidéo, réalité augmentée, géolocalisation…) sans monopoliser vos yeux ou vos mains, puisque tout se fait dans votre vision périphérique. Certes, porter ces lunettes sur votre nez vous donne un drôle d’air, mais d’ici quelques années, plus personne ne les remarquera, au même titre que les oreillettes Bluetooth que certains portent en permanence à leur oreille.
Bref, tout ça pour dire qu’une fois les lunettes chaussées et paramétrées, un monde nouveau s’offre à vous. Nous pouvons ainsi d’hors et déjà anticiper un certain nombre de cas d’usage :
Pour les sportifs (enregistrement de vos exploits, affichage de statistiques sur vos équipiers / adversaires…) ou pour les fans de sport (revivre un évènement sportif du point de vue des joueurs / compétiteurs) ;
Pour les touristes en leur permettant de se repérer dans la rue (en affichant les directions en surimpression) ou de mieux apprécier la visite d’un quartier (en affichant les points d’intérêt ou en traduisant les panneaux comme avec l’application World Lens) ;
Pour les musées en apportant des informations contextuelles aux visiteurs (explications sur les oeuvres, indication du sens de la visite…) ;
Pour les randonneurs (informations sur la faune / flore, indications topométriques…) ;
Pour les élèves (informations sur le fonctionnement d’un mécanisme) ;
Pour les malvoyants (assistance à la lecture ou au repérage d’obstacle) ;
Pour les acheteurs avertis (lecture du code à barres pour prix / composition / provenance…) ;
Pour les musiciens (affichage des accords ou de la partition) ;
Pour les livreurs (liste des prochaines destinations, affichage de la route et des alertes…) ;
Pour les clients (affichage des instructions de branchement / mise en route pour un gadget électronique, ou de montage pour un meuble) ;
Pour les commerciaux et hôtesses d’accueil (affichage des coordonnées et historique des clients identifiés grâce à la reconnaissance faciale) ;
Pour les médecins (affichage des constantes vitales du patient) ;
Pour les soldats et policiers (affichage de données tactiques sans quitter des yeux les suspects) ;
Pour les techniciens (affichage des pièces à changer ou de la procédure de maintenance à suivre…).
Réparez votre BMW en suivant la procédure
Comme vous pouvez le constater, la liste pourrait se prolonger à l’infinie. C’est très certainement le domaine de la maintenance qui pourrait bénéficier le plus rapidement de ces lunettes, car les prototypes et expérimentations existent depuis de nombreuses années. Un produit fabriqué à grande échelle ferait le bonheur des industriels qui pourraient ainsi diviser par deux leurs coûts de formation continue. Dans ce domaine, des industriels comme Metaio ou BMW sont très actifs.
Une autre niche d’usage à laquelle tout le monde pense sans oser le dire, c’est l’industrie du porno qui s’en donnerait à coeur joie (inutile d’argumenter sur ce sujet).
De même, ces lunettes pourraient vous permettre d’archiver vos souvenirs en redonnant de l’humanité et de l’intimité au principe de sousveillance.
Mais outre la réalité augmentée et la capture de photos / vidéos, il y a potentiellement d’autres usages personnels qui pourraient exploiter ces lunettes de façon plus intensive, par exemple un logiciel pour aider les joueurs de cartes qui fournirait des statistiques, des taux de réussite ou de prise de risque, qui pourrait même analyser le langage corporel des autres joueurs (à bannir en compétition bien sûr).
Toutes les pièces du puzzle sont déjà en place
Encore une fois, ne pensez pas que je suis en train de me livrer à un exercice de futurologie, car ces scénarios pourraient tout à fait se réaliser dès l’année prochaine. Si l’on y réfléchit bien, de quoi Google a-t-il besoin pour faire le lancement commercial de ces lunettes :
Un fabricant (avec Motorola Mobile, ils bénéficient d’une bonne capacité de production) ;
Un circuit de distribution (ils sont se sont déjà rodés avec les smartphones et se perfectionnent avec leur tablette) ;
Des logiciels pré-installés (ils ont déjà Google Googles et Voice Search) et des applications complémentaires (tout est déjà prêt avec Google Play) ;
Un écosystème de développeurs et partenaires (déjà en plus avec Android) ;
Des offres commerciales pour les marchands locaux (déjà proposées par Google Places).
Comme vous pouvez le constater, Google bénéficie d’une longueur d’avance considérable sur des projets similaires. De plus, ce produit couplé à un smartphone pourrait en faire un objet indispensable dans votre quotidien, un quotidien très proche. Reste encore à régler le problème du prix (mais les économies d’échelle et la loi de Moore sont là pour ça) et de l’apparence. Sur ce dernier point, ils sont visiblement déjà en pourparler avec de nombreux fabricants de lunettes pour intégrer leur technologie (imaginez le carton que pourrait faire un modèle de chez Oakley).
Les fabricants de lunettes traditionnelles sont déjà sur le coup
Je ne suis pas devin, mais je pense que ce projet marque un tournant décisif dans l’histoire de Google : non seulement il apporte un nouveau souffle créatif (dont ils ont besoin pour attirer / conserver les talents), mais il propulse Google dans l’ère des objets connectés et de l’informatique ambiante (How Google is becoming an extension of your mind).
Je me refuse à estampiller ces lunettes une technologie “3.0″, mais je ne cache pas mon enthousiasme quant aux innombrables possibilités qu’elles ouvrent. Autant d’opportunités qu’ils seront les premiers à saisir à l’échelle industrielle. Car il n’est pas ici question de lancer une innovation de pointe pour ravir leurs chercheurs, mais de lancer sur le marché (quasi) grand public un produit fortement disruptif qui va entrainer dans son sillage d’autres innovations d’usages et surtout d’augmenter le C.A. par client ou par utilisateur des services Google.
J’ai hâte de découvrir ce que nous réservent les autres programmes de recherche et notamment le mystérieux Google X…