Rétrospective sur mes prédictions 2015

La fin de l’année approche avec son cortège de sapins et de prédictions. Les miennes sont prêtes, il est donc grand temps de faire le point sur mes prédictions 2015. Si le coeur vous ne dit, vous pouvez même jeter un oeil à mes précédentes rétrospectives (2006, 2007, 2008, 2009, 2010, 2011, 2012, 2013 et 2014).

1/ Des Big Data aux Smart Data

Je pensais que la ferveur autour des données allait se calmer, mais ça n’a pas été le cas. Certes, tout le monde est d’accord pour dire que c’est mieux d’avoir de la bonne donnée que de la mauvaise donnée, mais 2015 a tout de même été une année faste pour les vendeurs de solutions. De nombreux annonceurs se sont ainsi équipés de Data Management Platform (ou sont en train de s’équiper), la grande question va maintenant être de savoir comment et avec quoi l’alimenter.

Pertinence : Faible.

2/ Vers un programmatic buying raisonné

À mesure que les pratiques d’achat programmatique gagnent en sophistication, le s’équipe (cf. Les annonceurs au défi de la fragmentation publicitaire). Je serais bien incapable de vous dire où cette course à l’armement va nous mener, mais je suis certain que les bloqueurs de bannières vont se généraliser très vite (Les ad-blockers accélèrent la transformation de la publicité en ligne), forçant les annonceurs et agences à trouver des solutions palliatives. Mais le pire reste à venir, car certains opérateurs commencent déjà à installer des solutions de ad-blocking pour soulager leur bande passante. Nous sommes donc définitivement entrés dans l’ère de l’UX advertising (par opposition aux pratiques publicitaires reposant sur l’interruption).

Pertinence : Bonne.

3/ L’avènement des interactions sociales de surface

Trop d’articles, trop de vidéos, trop de messages. Je pense ne rien vous apprendre en cours disant que les plateformes sociales se sont petit à petit transformées en médias descendants (cf. Dialogue sur les réseaux sociaux : on y a pourtant cru…). La tendance est donc aux listicles (vite lues, vite oubliées), aux microvidéos et aux hashtags. S’il subsiste encore une lueur d’espoir (La blogosphère à un tournant de son histoire), il semble évident que cette tendance aux contenus “légers” soit devenue la nouvelle norme (Unleash the power of visual media).

Pertinence : Bonne

4/ Une portée naturelle proche du néant pour les médias sociaux

C’est une conséquence directe du phénomène décrit juste avant : la surabondance de contenus “légers” pousse les plateformes sociales à limiter leur visibilité naturelle pour éviter une saturation (Is Facebook Organic Reach Dead? et Is Facebook Organic Reach Really Dead?). Au final, ce n’est pas une mauvaise chose, car cela a permis aux annonceurs et éditeurs de redécouvrir la vertu des contenus de qualité (L’avènement des plateformes de contenu et la revanche de la syndication).

Pertinence : Bonne.

5/ De la vidéo partout et tout le temps

Pour compenser la dispersion de l’attention (Un smartphone en main, votre temps de concentration est inférieur à celui d’un poisson rouge), les éditeurs et annonceurs se sont rués vers la vidéo. Certes, ce format a su prouver sa capacité à limiter le zapping, mais il est très contraignant (cher à produire, impossible à modifier…). La clé pour les annonceurs va maintenant être de se donner les moyens pour être en mesure de produire vite et à faible coût (“shoot & post“).

Pertinence : Bonne.

6/ La montée en puissance du commerce total

Tous les ans c’est la même rengaine : il y a ceux qui disent que l’avenir est au e-commerce (15,5 milliards d’euros ont été dépensés en ligne au 3ème trimestre et 30 millions d’internautes achèteront leurs cadeaux de Noël sur internet), d’autre que non (Non, le e-commerce n’est pas près de dépasser le commerce physique). Je ne rentrerais pas dans une laborieuse argumentation autour des leviers macro-économiques du commerce, je vous incite simplement à lire les résultats du baromètre Web-to-Store Mappy / BVA : les notions de cyber-consommateurs ou d’acheteurs traditionnels sont caduques dans la mesure où les consommateurs se renseignent et achètent indifféremment en et hors ligne. Il est maintenant de la responsabilité des annonceurs et distributeurs de prendre en compte ces comportements et de réellement mettre en oeuvre une organisation omnicanale (cf. «Le e/m/f-commerce d’aujourd’hui, ne tolère pas l’à peu près, même lorsque l’on s’appelle Auchan»).

Pertinence : Bonne.

7/ Du mobile first au mobile only

Si vous lisez régulièrement ce blog, alors vous connaissez déjà ma position sur le sujet de la mobilité (Internet mobile n’est plus l’exception, mais la norme). Je constate néanmoins que malgré les chiffres, les annonceurs sont encore ancrés dans leurs croyances / habitudes et ont encore beaucoup de mal à faire un arbitrage conséquent de leurs budgets en faveur des terminaux mobiles. Donc non, la ruée vers le smartphone n’a pas encore eu lieu. Du coup, ça me motive pour rédiger une nouvelle version de mon livre…

Pertinence : Faible.

8/ Le renouveau des interfaces web mobiles

Les mobinautes passent l’essentiel de leur temps sur des applications mobiles… mais pas la vôtre ! Plus que jamais, les annonceurs ont pris conscience cette année de la difficulté de développer, faire référencer et maintenir une application native (Vous n’avez pas besoin d’une application mobile, mais d’une feuille de route mobile). Ça tombe bien, les solutions alternatives comme Angular, Ionic ou React ont fait des progrès spectaculaires (Facebook’s React May Have Just Ended The Native Vs. Web Debate).

Pertinence : Bonne.

9/ Le DRH est le nouveau DSI

Je pensais que les salariés allaient enfin revenir sur le devant de la scène en 2015, mais c’est un RDV manqué : le parcours employé, grand oublié de la transformation digitale et La digitalisation des RH a commencé mais ça n’a pas l’air sexy. Je n’abandonne pas l’idée pour autant, car je réitère cette prédiction pour 2016 (précisions à suivre ans mon prochain article).

Pertinence : Faible.

10/ De nouveaux rapports de force

Je prévoyais un rapport de force épique entre les GAFA et les états, mais finalement l’année 2015 a plutôt été marquée par les agissements des cyber-criminels (Une centaine de banques victimes d’une cyber attaque ultra sophistiquée) et cyber-terroristes (After Paris Attacks, Telegram Purges ISIS Public Content et France looking at banning Tor, blocking public Wi-Fi). Le web,et plus généralement les outils numériques, s’invite donc dans les débats publics et pose de gros soucis aux législateurs des différents pays qui ne savent pas trop comment le réguler (Safe Harbor 2.0 : les CNIL européennes doivent choisir entre force ou faiblesse).

Pertinence : Moyenne.

Ainsi s’achève cette rétrospective sur mes prédictions 2015, sur un score plutôt positif (même s’il est difficile d’être juge et partie). Je suis en train de finaliser mes prédictions 2016 qui seront publiées d’ici la fin de semaine.

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Personne n’échappera à l’uberisation des médias

Si je devais choisir LE buzzword de l’année 2015, ça serait sans hésitation “uberisation”. la transformation digitale est effectivement un thème qui a fait couler beaucoup d’encre, quoi que dans l’absolu, ça a commencé il y a 25 ans avec le Minitel, mais nous ne sommes pas là pour en débattre. De nombreux secteurs d’activité se sont fait uberiser : la distribution (avec Amazon ou Etsy), la musique (avec Apple ou Spotify), les transports (avec Uber ou Tesla), l’hébergement (avec AirBnB ou Booking)… Tous ces exemples ont déjà été traités, nous n’y reviendrons pas (cf. Des barbares numériques aux nouveaux maîtres du monde). Il y a en revanche un secteur dont on parle assez peu, mais qui subit de plein fouet la transformation digitale, c’est celui des médias. La télévision est en train de faire sa mue (notamment sous l’impulsion de YouTube ou Netflix), la radio est pour le moment à peu près à l’abri (malgré un regain d’intérêt pour les podcasts), le cinéma se pose beaucoup de questions au sujet de la réalité virtuelle (Inside “The bunker”: Twentieth Century Fox’s futuristic VR innovation lab), et la presse s’enlise. C’est essentiellement de ce créneau dont je souhaite parler aujourd’hui, car force est de constater qu’ils ont la peau dure.

La résistance au changement des acteurs de la presse n’est pas moins forte qu’ailleurs (nous n’avons pas encore vu de journalistes s’en prendre physiquement aux lecteurs), mais ils font preuve d’une ténacité exemplaire, en vain. Malgré tous les efforts qu’ils peuvent déployer pour nous expliquer que “c’est mieux quand les gens y achètent des journaux en papier”, les acteurs de la presse sont aujourd’hui au pied du mur. Nous avons en effet pu assister cette année à deux phénomènes majeurs  :

Si l’on combine ces deux facteurs, on obtient un changement brutal des rapports de force, une uberisation dans les règles de l’art.

De nouveaux entrants très disruptifs

En tant que producteur de contenu, à ma petite échelle, j’ai le plus grand respect pour les acteurs historiques de la presse, dont des institutions qui ont plus de 100 ans. Ceci étant dit, je suis encore plus admiratif du travail accompli par les équipes de Vice, Vox, FiveThirtyEight ou encore de Quartz.

La page d'accueil de Quartz
La page d’accueil de Quartz

Certes, les articles y sont de grande qualité, on en trouve également ailleurs, mais c’est surtout leur approche éditoriale (parfois très décalée), et la pertinence du contrat de lecture qu’ils proposent qui m’impressionne. Dans un autre registre, on trouve également Melty, splendide réussite à la française et parfait exemple de l’uberisation. J’ai eu l’occasion de discuter à plusieurs reprises avec Alexandre, son fondateur, et ce qui me surprend à chaque fois, c’est son ambition sans limites : Melty ne se définit pas comme un portail de contenus, mais comme un référent culturel pour les jeunes (la “youth generation“). Nous pourrions également citer des incontournables comme BuzzFeed ou Business Insider, mais je ne cautionne pas leurs pratiques éditoriales.

Puisque l’on parle des acteurs de la news, comment ne pas citer également cette série d’applications mobiles : NowThisNews, Brief.me ou encore Circa qui vient d’être relancée (Circa news app being resurrected with focus on original reporting and video). Le point commun des sociétés citées plus haut est qu’elles proposent toutes un signature éditoriale, des formats et/ou un modèle économique en rupture avec les titres plus traditionnels.

Je vous incite également à visiter des sites comme APlus ou ScaryMommy qui proposent un modèle déroutant : ces sites ne tirent pas leurs revenus de la vente d’espaces publicitaire (il n’y a pas de bannières), mais d’articles sponsorisés et de l’exploitation des données utilisateurs.

La page d'accueil d'Aplus
La page d’accueil d’Aplus

Comme vous pouvez le constater, ces deux sites s’adressent aux quarantenaires (hommes pour le premier, femmes avec enfants pour le second) et proposent un ensemble d’articles mélangeant actualités, divertissements et conseils façon lifestyle. Le but des éditeurs de ces sites étant de se constituer une base de profils ultra-qualifiés, les articles ne sont que des prétextes pour affiner le profilage des lecteurs (ils surfent sur la vague du programmatic content).

Tout ça pour dire que malgré les hauts-cris poussés par les acteurs historiques de la presse, ces nouveaux entrants sont en train de bouleverser de façon irrémédiable la façon dont le grand public s’informe et se diverti. En d’autres termes, les changements sont en cours et ne peuvent être ignorés (comme disent les Américains : “Deal with it!“). J’insiste sur le fait que nous assistons ici à un phénomène d’évolution naturelle, il n’y a pas de perdants ou de gagnants, simplement un environnement concurrentiel qui évolue. Partant de ce constat, certains acceptent le changement (cf. Les équipes plateformes, nouvelles stars des rédactions), d’autres refusent et souffrent. Je précise également que ces changements ne sont pas nécessairement une fatalité, ils permettent de redistribuer les cartes. La preuve : le Washington Post, racheté par le patron d’Amazon il y a deux ans, devance maintenant son grand rival (How The Washington Post leapfrogged The New York Times in Web traffic). Du coup, ça donne des ailes au Jeff Bezos asiatique : Jack Ma of Alibaba in Talks to Buy Hong Kong Newspaper.

À la recherche de nouveaux modèles de croissance

Suite à ces changements, nous assistons en ce moment à un phénomène intéressant: une permutation dans les priorités des différents acteurs des médias. Avant, il y a quelques années, les médias étaient en recherche d’audience, les annonceurs en recherche de clients et les plateformes sociales en recherche de membres pour nourrir des communautés. Avec l’avènement des plateformes de distribution et des bloqueurs de bannières, nous constatons de grands changements de la priorité de ces différents acteurs :

  • les annonceurs cherchent à se bâtir une communauté, à la fois pour fidéliser leurs clients, mais également pour collecter un maximum de données (c’est ce que font des marques comme Danone avec MaVieEnCouleurs ou Nestlé avec CroquonsLaVie) ;
  • les médias cherchent à recruter des clients (des abonnés payants) pour pouvoir compenser la chute des revenus publicitaires (ex : The Economist avec son application Espresso) ;
  • les plateformes sociales cherchent à développer leur audience sans trop se soucier de la richesse des conversations (l’important étant de toucher le plus de monde possible).
Illustration de la permutation des acteurs des médias
Illustration de la permutation des acteurs des médias

Cette perturbation est, selon moi, la conséquence directe des changements cités plus haut (également décris dans ce rapport de Forrester : It’s Time To Separate “Social” From “Media”).

Nouveaux supports, nouveaux contenus, nouveaux canaux, nouvelles publicités

Pour résumer la situation, nous avons donc de nouveaux supports de consultation (smartphones), de nouveaux contenus (listicles, micro-vidéos…), de nouveaux canaux de distribution pour ces contenus (Facebook, Snapchat, Twitter…), et de nouvelles publicités (vidéos natives verticales, emojis personnalisés…).

Exemples d'émoticônes de marques
Exemples d’émoticônes de marques

La conclusion que je peux tirer de tout ceci est que personne ne peut ignorer l’uberisation des médias, aussi bien les médias en eux-mêmes, mais également les annonceurs. La bonne nouvelle est qu’à mesure que la publicité native prend de l’importance, nous allons progressivement voir disparaitre les publicités agressives de type Prix/Produit pour voir des choses beaucoup plus inspirationnelles (ex : Johnnie Walker, JetBlue and Canada Goose Are Creating Short Films to Connect With Consumers).

Bon en fait pas réellement. Il serait plus sage de prédire que nous allons continuer à voir du Prix/Produit du côté des revendeurs et distributeurs, mais que toute marque avec un minimum d’ambition ne pourra pas faire l’économie de contenus un minimum engageant.

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Vous n’avez pas besoin d’une application mobile, mais d’une feuille de route mobile

Je ne sais pas pour vous, mais j’ai l’impression que plus le temps passe, plus les smartphones deviennent omniprésents, et moins les annonceurs s’y intéressent. C’est un phénomène que j’ai beaucoup de mal à expliquer, mais c’est un peu comme si le mobile était passé de mode, comme si tout avait été dit sur le sujet. Ce qui est très surprenant dans la mesure où tout reste à faire (cf. Les applications mobiles sont-elles obsolètes ?).

Pour relancer l’intérêt sur ce sujet, j’aimerais partager avec vous deux schémas issus du dernier baromètre numérique de l’ARCEP, et notamment l’évolution du taux d’équipement :

source : ARCEP, nov. 2015
source : ARCEP, nov. 2015

Ce schéma nous montre une tendance intéressant : un taux d’équipement en ordinateurs qui régresse (Global PC shipments fell 7.7% and 10.8% in Q3 2015), un taux d’équipement en tablettes qui se tasse (cf. Worldwide Tablet Market Forecast to Decline More Than 8% in 2015), et un taux d’équipement en smartphones dont la progression accélère. Au rythme où vont les choses, il y aura bientôt plus de smartphones que d’ordinateurs en France. Certes, l’ordinateur reste l’outil informatique de référence pour les travailleurs du savoir (les cols blancs), mais pour le reste de la population, le smartphone est devenu le premier moyen d’accès aux contenus et services en ligne (cf. l’étude de TNS-Sofres : Les millennials passent un jour par semaine sur leur smartphone).

Le second schéma nous éclaire sur les différents usages des smartphones :

Répartition des usages mobiles
Répartition des usages des smartphones

Vous constaterez ainsi que la navigation sur internet est le premier usage, devant la consultation des emails. Avec ces chiffres sous les yeux, pensez-vous encore que le débat “applications natives vs. application web” est encore pertinent ? Je m’exprime régulièrement sur ce sujet (le dernier article en date est ici : Les applications mobiles de marque sont une utopie), et je ne peux résister à l’envie de rouvrir le débat suite à la publication d’une nouvelle étude : Apple is taking 94% of profits in the entire smartphone industry. Dans son dernier rapport, la société d’analyse financière Cannacord Genuity nous apprend qu’Apple est quasiment le seul constructeur à gagner de l’argent sur la vente de smartphones. De ce fait, ils s’accaparent la quasi-totalité des bénéfices du secteur. J’ai pu lire à plusieurs reprises que le principal enseignement de cette étude est qu’on ne gagne pas d’argent sur Android et qu’une marque doit impérativement cibler les possesseurs d’iPhone pour performer.

Sans déconner ? Est-ce là la principale interprétation que l’on peut tirer de cette étude ? Comme à chaque fois, les adorateurs de la marque à la Pomme voient des signes là où il n’y en a pas. Pour être certain qu’il n’y ai pas d’ambiguïté, je vais préciser mon propos : effectivement, les développeurs de jeux mobiles qui ont des moyens limités n’ont d’autre choix que de concentrer leurs efforts sur la plateforme mobile qui peut potentiellement leur rapporter le plus d’argent en un minimum de temps. Mais un annonceur n’est pas un développeur de jeux mobile, n’est-ce pas ? La logique veut donc que l’on choisisse l’option technologique qui va permettre de toucher le plus de monde en limitant les investissements.

Nous sommes quasiment en 2016 et le smartphone est devenu le premier canal publicitaire, commercial et relationnel, est-ce bien le moment de faire des compromis ? Tout annonceur censé devrait revoir au plus vite ses priorités et réaffecter ses budgets là où il a le plus de chances de trouver ses clients et prospects. Au cas où vous posiez la question : non, ce n’est pas sur l’iPhone (qui pour mémoire représente moins de 20% de parts de marché en France). Développeriez-vous un site web uniquement pour les utilisateurs de Mac ? Pour les smartphones, c’est la même chose : tout miser sur les possesseurs d’iPhone, c’est fermer la porte à plus de 80% des mobinautes.

Ceci étant dit, je suis bien conscient du fait qu’une application mobile coute cher à développer, distribuer et maintenir. Proposer trois versions d’une même application (iOS, Android et Windows Phone) est un luxe que très peu d’annonceurs peuvent s’offrir, nous sommes tous d’accord là dessus. Voilà pourquoi il est devenu impératif pour les marques et distributeurs d’arrêter de bricoler et de définir une feuille de route réellement ambitieuse pour profiter de toutes les opportunités offertes par les smartphones en mutualisant les ressources et en lissant les investissements. Entendons-nous bien : “toutes les opportunités offertes par les smartphones” veut dire “toutes les possibilités”, pas seulement celles offertes par les applications natives. Pour pouvoir maximiser la présence de votre marque et ne laisser filer aucune opportunité, je préconise une étude approfondie de tous les moyens offerts aujourd’hui. Il existe ainsi un certain nombre d’alternatives aux applications natives :

  • les applications hybrides, une solution utilisées entre-autres par Twitter, Instagram ou Uber (cf. Your favourite app isn’t native) ;
  • les sites mobiles, qu’ils soient responsive, dédiés ou partiels (ex : ne rendre compatible que les pages produits ou les landing pages pour limiter les coûts) ;
  • les messages sponsorisés sur les médias sociaux (Facebook, Twitter…) ;
  • les articles natifs qui seront bientôt disponibles sur Facebook, Apple News, Google, Twitter & cie ;
  • les résultats de recherche sponsorisés (ex : Google Search, Google Maps, Waze…) ;
  • les applications de messagerie qui sont potentiellement d’excellents canaux relationnels à l’image de Wechat, Telegram ou Facebook Messenger ;
  • les notifications système (ex : Google Cards) et assistants personnels (Siri, Google Now ou Cortana) ;
  • Les notifications push des applications ;
  • les alertes géolocalisées (via SMS ou MMS)…

Comme vous pouvez le constater, il est tout à fait possible de tirer parti des smartphones sans débourser 30 K€ pour une application native. Un commerçant peut par exemple commencer par compléter sa fiche de Google Maps, puis par s’essayer aux local awareness ads de Facebook. De même, un distributeur peut dans un premier temps adapter les pages produit de son site web pour qu’elles s’affichent correctement sur un smartphone.

Conclusion : les applications natives sont un support extrêmement coûteux à exploiter, avec une intensité concurrentielle très élevée (cf. Mobile App Developers are Suffering). Il convient donc de limiter le risque en étudiant toutes les autres possibilités et en sélectionnant celles qui proposent le meilleur rapport portée / coût. Bien évidemment, les applications natives restent la voie royale, mais c’est une solution bien plus couteuse qu’il n’y parait, tellement couteuse qu’elle peut siphonner votre budget et vous faire rater des opportunités. Voilà pourquoi il n’y a aucune urgence à développer une application mobile, le plus urgent est de concentrer les ressources / budgets et de définir une feuille de route cohérente pour planifier les développements / campagnes mobiles et lisser les dépenses.

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Développez votre audience globale, plus seulement celle de votre site web

En ce moment, le monde de l’édition en ligne est en plein chamboulement. Plusieurs facteurs concomitants ont participé à l’érosion de l’audience (donc des revenus publicitaires), et poussé les éditeurs à se remettre en question. Ces derniers se sont ainsi retrouvés piégés dans une spirale infernale : des internautes qui délaissent les grands portails pour passer toujours plus de temps sur les médias sociaux, donc des revenus publicitaires en baisse, donc des éditeurs qui élargissent artificiellement leur inventaire avec de nouveaux emplacements publicitaires (bannières, sponsorisés ou natifs). Il en résulte des sites web de plus en plus encombrés avec une très forte pression publicitaire et des liens de partage vers les médias sociaux qui ralentissent fortement le chargement des pages. En résumé : une expérience de lecture qui s’est considérablement dégradée en seulement quelques années.

Les éditeurs auraient-ils pu maintenir leur niveau d’audience en limitant le nombre de bannières par pages ? Impossible à le dire. De toute façon, la question n’est pas là, car nous ne pouvons que constater la fuite des lecteurs vers des plateformes sociales fermées comme Facebook ou Snapchat. Que vous l’admettiez ou non, le résultat est le même : les habitudes de consommation de l’information des internautes ont irrémédiablement changé, et il n’y aura pas de retour en arrière. Arrêtez donc de brandir vos cartes de presse comme un exorciste le fait avec un crucifix, ça n’aura aucun effet.

Nous sommes à la fin de l’année 2015 et les internautes n’ont plus envie de consulter consciencieusement les portails qu’ils ont mis dans leurs favoris. Ils veulent de nouveaux formats (plus courts, plus spectaculaires) et surtout de nouvelles modalités de lecture comme celle proposée par Moments de Twitter ou des applications mobiles comme Nuzzel ou NowthisNews (Brief.me en français). À partir de ce constat, les éditeurs n’ont pas d’autres choix que de coller à ces nouveaux usages / besoins en proposant de nouveaux formats à l’image de CNN avec Great Big Story (cf. CNN just launched its own BuzzFeed killer).

La page d'accueil de Great Big Story
La page d’accueil de Great Big Story

Ceci étant dit, plutôt que de critiquer l’immobilisme des grands éditeurs, j’aurais plutôt dû balayer devant ma porte : j’accuse une chute de trafic régulière depuis de nombreuses années, et pourtant, je n’ai pas changé de formule. Il faut croire qu’une grosse partie de mon lectorat s’est lassé… Tant pis, j’assume mes choix, car je ne veux pas transiger sur la longueur ou la qualité de mes articles. Je peux me le permettre, car je ne vis pas de revenus publicitaires.

Le déclin régulier du trafic de ce blog
Le déclin régulier du trafic de ce blog

Bref, tout ça pour dire que l’heure est maintenant venue d’affronter la réalité en face et de trouver des solutions concrètes. La piste la plus intéressante selon moi, est de changer d’indicateur : plutôt que de vous focaliser sur le nombre de V.U. sur votre site, et si vous vous intéressiez plutôt au nombre de lecteurs ? La portée globale est un indicateur beaucoup plus intéressant et surtout plus pragmatique : si vous ne parvenez plus à attirer suffisamment de lecteurs sur votre site, arrangez-vous pour qu’ils continuent à vous lire, quitte à ce que ça soit sur un autre site, ou même sur une newsletter !

J’avais déjà commencé à aborder le sujet dans un précédent article (L’avènement des plateformes de contenu et la revanche de la syndication) et je persiste dans cette réflexion, car la suprématie des grandes plateformes semble inéluctable. Des solutions comme Facebook Instant Articles, Google AMP, ou des services d’agrégation comme LinkedIn Pulse, Apple News, Notify ou Flipboard sont autant de canaux de distribution complémentaires qu’il va falloir accepter d’utiliser pour maintenir un certain niveau audience. Si je devais faire une analogie, ça serait comme de s’entêter à vouloir vendre ses produits dans sa propre boutique plutôt que d’accepter qu’ils soient également distribués en grande surface (l’important n’est pas le nombre de visiteurs dans la boutique, mais le nombre de produits vendus).

Certes, vous pourriez me dire que cette exploitation de canaux de distribution complémentaires ne règle pas le problème de la monétisation, mais de doute façon la montée en puissance des bloqueurs de bannières rend se débat obsolète (Les ad-blockers accélèrent la transformation de la publicité en ligne). Ces dernières semaines, j’ai eu l’occasion d’aborder ce sujet avec de nombreux interlocuteurs qui ont essayé de me convaincre que la solution serait d’inciter (de forcer ?) les internautes à désinstaller leur bloqueur de bannières. Sauf que nous savons tous que ça n’arrivera pas, nous devons passer à autre chose (cf. Ad Blocking Isn’t The End Of The World et Seven ways publishers are addressing ad blocking). Moralité : les éditeurs ne peuvent pas rentrer en conflit avec Facebook, Google et les internautes, ils vont devoir changer de modèle économique s’ils veulent survivre. Ceci est également vrai pour les blogs qui subissent également très durement la concurrence des grandes plateformes sociales et des nouvelles fermes à contenu (cf. La blogosphère à un tournant de son histoire).

Je préconise donc un modèle de distribution élargi pour pouvoir toucher la plus large audience possible et surtout pour respecter les habitudes que les lecteurs ont prises sur telle ou telle plateforme. Dans ce schéma, le site servirait à archiver les contenus, à leur donner une adresse de référence (grâce aux URLs canoniques). Figurez-vous qu’il existe un terme pour ce modèle de publication : POSSE, comme dans Publish (on your) Own Site, Syndicate Elsewhere.

Publier sur son site web et proposer un flux de syndication ? Est-ce que ça serait aussi simple ? Oui, du moins je l’espère, car nous ne savons pas encore avec précision les modalités pour pouvoir accéder aux fonctions de lecture native des grandes plateformes, ni quand elles seront disponibles pour le plus grand nombre (How Facebook Instant Articles works: a publisher’s perspective).

Au final, nous revenons vers des modèles de distribution qui sont utilisés depuis de nombreuses années, et que l’on a injustement condamnés (cf. RSS n’est pas un produit grand public, c’est un outil pour les professionnels). Espérons simplement que cette mode des contenus visuels ne va pas durablement s’installer et que nous n’en soyons pas tous réduits à tourner des micro-vidéos verticales…

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Les innovations d’usage sont l’avenir des smartphones

Saviez-vous qu’il y a 2,5 MM de smartphones en circulation dans le monde ? Ce chiffre est impressionnant, mais il est à relativiser par rapport aux nombres de terminaux mobiles (7 MM). Plus de la moitié des téléphones mobiles ne sont pas des smartphones, ça représente un sacré marché de renouvellement, qui concerne surtout des zones géographiques comme l’Asie, l’Amérique du Sud ou l’Afrique. Je ne doute pas que la croissance du taux de pénétration des smartphones dans ces zones à très fort potentiel en fait saliver plus d’un. Les constructeurs (de Samsung à Xiaomi) mettent les bouchées doubles pour séduire ces marchés de l’hémisphère sud. En revanche, pour les marchés de l’hémisphère nord, il ne se passe pas grand-chose. Comprenez par là que ça fait des années que les constructeurs tentent de nous appâter avec des caractéristiques techniques toujours plus impressionnantes, sans réellement chercher à mettre en avant les innovations d’usage (cf. Les smartphones sont-ils en fin de cycle d’évolution ?, un article publié il y a 4 ans).

Force est de constater que les nouveaux modèles de smartphones proposent toujours plus de pixels, de Go, de mAh et autres GHz, mais que les usages n’ont quasiment pas évolué depuis de nombreuses années : emails, messagerie et médias sociaux, cartographie, musique, jeux, navigation web…

Nombre moyen d'applications mobiles installées et utilisées (source : Activate)
Nombre moyen d’applications mobiles installées et utilisées (source : Activate)

A-t-on réellement besoin d’autant de puissance pour lire ses emails ou s’échanger des messages dans WhatsApp ? La question ne se pose pas en ces termes, nous ne sommes pas là pour juger. Toujours est-il qu’à mesure que les composants internes des smartphones gagnent en sophistication, le prix de vente final augmente pour atteindre des sommets (plus de 1.000 € pour le dernier iPhone). Pourtant, je ne pense pas qu’un smartphone équipé d’un écran 4K ou d’un processeur octo-coeur m’apportera plus de satisfaction… Certes, la loi de Moore est toujours opérante, mais je pense que nous allons rapidement atteindre un plafond en termes de caractéristiques techniques pour de simples raisons économiques : les cycles de renouvellement vont s’allonger, car les consommateurs ne peuvent pas suivre la cadence imposée par les grands constructeurs (Apple en tête).

En revanche, nous voyons arriver sur les derniers modèles de smartphones des innovations incrémentales tout à fait intéressantes :

  • des lecteurs d’empreintes digitales offrant un bien meilleur niveau de sécurisation (indispensable pour tous les usages relatifs au paiement) ;
  • des interfaces vocales bien plus performantes (indispensable également pour viabiliser les assistants personnels comme Google Now, Siri ou Cortana) ;
  • des interfaces tactiles plus sophistiquées comme le 3D Touch d’Apple ou le FingerAngle de Qeexo (permettant de reproduire le clic droit d’une souris).
La technologie FingerAngle de Qeexo
La technologie FingerAngle de Qeexo

C’est très clairement dans cette direction que les constructeurs de smartphones devraient concentrer leurs efforts d’innovation. Vous pourriez me dire que ces nouvelles fonctionnalités ne sont possibles qu’avec des composants de dernière génération, ceux qui font grimper l’addition, et vous auriez raison ! Le fond du problème est que les stratégies de différenciation des constructeurs s’appuient essentiellement sur des évolutions techniques et non sur des innovations d’usage. Pourtant, il y aurait fort à faire, notamment sur des niches très largement sous-exploitées comme les pré-ados (avec des smartphones économiques et de petite taille, adaptés à leurs petites mains) ou les séniors (avec des interfaces et app stores ultra-simplifiées).

Au-delà de ces deux niches d’utilisateurs, il existe encore un certain nombre de tâches qui restent complexes à réaliser sur un smartphone :

  • Envoyer ses coordonnées. Échanger une carte de visite électronique avec un ou plusieurs interlocuteurs est un authentique casse-tête (aussi bien via Bluetooth que par NFC). Comment se fait-il que des solutions toutes simples reposant sur des codes à flasher comme le proposent Snapchat ou Kik ne soient pas directement intégrées au système d’exploitation ? La question se pose également pour LinkedIn : mais pourquoi donc ne proposent-ils pas un système équivalent ?
  • Consulter des contenus hors-ligne. Malgré ce qu’essayent de nous faire croire les opérateurs téléphoniques, les mobinautes se retrouvent souvent dans des zones où la couverture est très faible (métro, parkings…) et où ils ont impérativement besoin de consulter un message ou une adresse. Certes, les choses s’améliorent pour Google Maps, mais j’ai du mal à comprendre pourquoi les applications de messagerie ne chargent pas en arrière plan les emails reçus dans les dernières 24h pour pouvoir faire de la consultation hors-ligne, au cas où.
  • Migrer son profil, ses applications et données d’un smartphone à l’autre. Là encore, je ne comprends pas pourquoi il est toujours aussi compliqué de changer de smartphone. J’imagine que les constructeurs sont très fiers de leur stratégie de rétention, mais ils jouent carrément avec le feu en compliquant la tâche des “switchers” (qui je vous le rappelle, ont très bonne mémoire).
  • Consulter ses messages vocaux. Apple propose depuis le 1er iPhone une messagerie visuelle intégrée, mais cette fonctionnalité fait toujours défaut à Android qui en est pourtant à sa sixième version, une honte !
  • Piloter sa télévision. Je pense ne rien vous apprendre en vous disant que les télécommandes des box limitent fortement les interactions avec une télévision. Comment se fait-il que les opérateurs proposant des box fournissent des applications mobiles aussi minables (voir rien du tout) ? Rechercher un programme ou manipuler sa TV avec son smartphone serait pourtant une expérience bien plus simple, qui stimulerait les usages.
  • Scanner un QR code. Nous sommes bientôt en 2016, et les géants de la mobilité (Apple, Google, Microsoft) forcent toujours leurs utilisateurs à télécharger une application spécifique pour pouvoir scanner des QR codes. Là encore, je me demande ce que j’ai bien pu faire pour mériter un tel traitement de leur part… Ce n’est pourtant pas très compliqué d’intégrer une option “Scan” dans l’application native de prise de photo, si ? Quel dommage, car les QR codes n’ont plus à prouver leur utilité ni même leur efficacité (des centaines de millions de Chinois s’en servent avec Weixin : Why have QR codes taken off in China?).

Donc comme vous pouvez le constater, les smartphones récents, même les tout derniers modèles, pêchent encore sur de nombreuses fonctionnalités très basiques. Maintenant que les smartphones ont été adoptés par la majorité de la population en Europe, il reste à convaincre les retardataires, ceux qui n’ont aucune chance de faire la différence entre un processeur Snapdragon 808 et 810, ils ne savent d’ailleurs probablement pas ce qu’est un processeur et s’en moquent. C’est spécifiquement pour cette tranche de la population que les constructeurs et éditeurs devraient lever le pied sur la surenchère des composants technologiques et s’intéresser de plus près aux innovations d’usage, celles qui simplifient réellement le quotidien des utilisateurs. Il y a un marché à conquérir et des opportunités à saisir, alors dépêchez-vous : la place est libre, mais elle ne le restera pas longtemps.