Compte-rendu du Forum Net Explorateur 2009

C’est cette semaine que se tenait l’édition 2009 du Forum Netxplorateur, une grande conférence annuelle dont l’objectif est d’observer les tendances et les innovations de la culture numérique. L’objectif de cette manifestation est de “comprendre les nouveaux enjeux d’une culture numérique en perpétuelle mutation“. Bon OK ça fait un peu pipo mais il n’empêche que l’on pouvait croiser du monde à cette conférence.

Outre les interventions et les ateliers, il y avait également le palmarès qui récompense les projets les plus innovants (nous y reviendrons) mis également 5 scénarios qui ont été analysés :

  • Web2World, lorsque le monde virtuel permet d’améliorer la vie réelle ;
  • Activism 2.0, Quand le e-militantisme entraine des actions dans le réel (un troisième pouvoir ?) ;
  • Crowdmash, l’application et notation des informations trouvées sur le web ;
  • Freeconomics, la frontière entre payant et gratuit se confond (vers un nouveau modèle économique ?) ;
  • Map, Tag & Track, Localisation, ciblage et marquage des informations omniprésent sur le web.

Comme vous pouvez le constater le niveau de réflexion est plutôt élevé et les débats bien ciblés.

Palmarès Netexplorateur 2009

Cette édition 2009 du Forum est également l’occasion de mettre un coup de projecteur sur 10 projets innovants :

  • Aka-Aki, un réseau qui met les fonctions sociales du web à disposition sur téléphones mobiles pour une utilisation de proximité ;
  • Auditude, une application en ligne qui identifie automatiquement les programmes piratés et, sans les supprimer ni même empêcher leur lecture, leur surimpose automatiquement un avertissement et une bannière publicitaire ;
  • CarrotMob, un programme d’actions militantes en faveur du développement durable ;
  • Edison SmartConnect, un réseau interactif entre un nouveau type de compteur électrique “intelligent“, relié éventuellement aux appareils électroménagers à domicile, et le producteur d’électricité, pour mieux gérer les consommations hors des heures de pointe ;
  • Google Flu Trends, un observatoire des épidémies de grippe en se fondant sur les requêtes des internautes ;
  • New Songdo City, une ville nouvelle en Corée, créée de toutes pièces comme vitrine d’un mode de vie 100% numérique dans un univers d’objets intelligents interactifs ;
  • Sekai Camera, une application de réalité augmentée pour iPhone doté de GPS et caméra, qui propose d’enrichir de commentaires l’environnement que l’on parcourt ;
  • Shop Savy, un service mobile qui à partir du code-barre d’un produit, lance un un comparateur de prix qui indique les meilleurs tarifs à proximité, avec informations, et vous guide jusqu’à la boutique ;
  • Ushahidi, une plateforme de mash-up qui fusionne tous les messages de témoins pour tenir à jour en temps réel une carte des évènements en cours ;
  • Wizzit, une des applications africaines du “Mobile Banking“, dont l’originalité est de viser les clientèles les plus modestes pas encore bancarisées.

De très beaux projets mais qui mériteraient une bien meilleure présentation sur le site web du Forum (une authentique catastrophe ergonomique).

Intervention de NKM

C’est une Nathalie Kosciusko-Morizet (Secrétaire d’Etat chargée de la Prospective et de l’Economie numérique) triomphante qui débarque dans la salle de conférence pour une courte intervention :

  • La mission de NKM est de favoriser les échanges électroniques dont peut bénéficier l’éconoie française ;
  • Allusion à la Corée du Sud et à leur modèle numérique très avancé (réseaux ubiquitaires, 4G, objets communicants…) ;
  • Les usages se construisent par la base en fonction des besoins et de la créativité des utilisateurs (cf. l’utilisation des minutes de téléphonie mobile comme monnaie en Afrique) ;
  • Deux tendances très marquées : Internet participatif et Internet mobile ;
  • 4 usages courants (consommation et commerce en ligne, transport et géolocalisation, maintient du lien social et domotique) qui sont sources de croissance ;
  • L’investissement dans l’innovation numérique permet de créer rapidement de la richesse et des emplois ;
  • Le développement numérique est un levier de croissance pour tous les secteurs ;
  • L’économie numérique touche plus de secteurs que ceux de l’internet et des telecom, les solutions de sortie de crise sont à chercher dans tous les domaines.
L'intervention de NKM
L'intervention de NKM

Une allocution suivie d’une série de questions / réponses :

  • Marc Fossier, CTO de Orange > Quid du problème des bornes relais ? Le problème vient de la mécompréhension des risques, il faut mettre tous les acteurs autour d’une table pour sortir d’un tête à tête entre les associations et les opérateurs et initier une véritable discussion. Il y a conflit entre le désir d’avoir une couverture plus large / performante et la peur latente vis à vis de la nocivité des ondes.
  • Georges- Edouard Dias, resp. e-commerce de L’Oréal > Quid de l’intégration du numérique dans l’enseignement (internet à l’éducation nationale) ? Il existe un projet de 50 M€ pour développer des classes numériques. Il faut réconcilier le discours très porté sur les risques avec le quotidien de l’utilisateur qui y voit beaucoup d’avantages (le débat est polluer par les risques). Nécessité de faire avancer le débat sur le télé-travail, sur l’authentification via la carte d’identité numérique (e-administration).
  • Bandra Singh Bindra, directeur de l’innovation chez Logica > Nous constatons une très forte croissance de l’internet dans les pays à économie émergente (Chine, Inde, Brésil…), est-ce une opportunité ou une menace ? Il y a de grosses opportunités dans la e-santé (coordination mondiale pour la lutte contre les épidémies).
  • Michel Ktitareff > Comment aider les start-ups françaises à percer le marché US ? Il existe deux problèmes pour les start-up françaises : l’obtention de crédit pour accélérer la croissance (risque de rachat par un acteur étranger) et l’internationalisation. Deux solutions : Le développement de lieux d’innovation, La stimulation des incubateurs pour favoriser l’internationalisation des projets dès le début.
  • Un question via Twitter > Quid du tarif social chez les opérateurs ? Un appel d’offre en cours (matériel + accès haut-débit pour moins de 35 € par mois).

Beaucoup d’humour et d’aisance chez NKM qui semble bien maîtriser le dossier. Comme elle vient juste de récupérer ce portefeuille, attendons de voir les premières mesures.

J’ai été très agréablement surpris par la qualité du programme et des interventions de ce Forum qui mérite plus de visibilité. J’espère sincèrement que des vidéos et comptes-rendus seront publiés sur leur site. Et puisque l’on en parle, je trouve très regrettable que du si bon contenu (et des thèmes porteurs) soient “victimes” du site qui ne facilite vraiment pas la lecture (ni même le référencement). Là il faut vraiement faire quelque chose les gars…

Google Latitude, pas réellement un réseau social mobile

Et c’est encore une fois Google qui remporte la palme du buzz de la semaine avec son tout nouveau service (Google Latitude) : See where your friends are with Google Latitude et Locate your friends in real time with Google Latitude. Pour faire simple, il s’agit d’un service permettant de localiser vos amis. Pour cela il suffit d’installer une application sur votre téléphone mobile (la dernière version de Google Maps Mobile) qui se chargera de vous localiser (grâce à la puce GPS ou par triangulation) :

Vos amis sur Google Maps grâce à Google Latitude
Vos amis sur Google Maps grâce à Google Latitude

Vous pouvez bien évidement profiter de ce service sur votre ordinateur en insérant un widget Google Latitude sur votre page iGoogle et gérer ainsi votre liste d’amis :

Google Latitude sur iGoogle
Google Latitude sur iGoogle

Une fois le dispositif en route, vous aurez la possibilité de :

  • Mettre à jour votre statut et votre photo ;
  • Voir qui sont les amis à proximité ;
  • Trouver un itinéraire pour rejoindre un ami ;
  • Cherchez une adresse (restaurant, bar…) près de votre ami…

Pour en savoir plus sur les fonctionnaltiés, c’est ici : Google Latitude: Share Your Location with Friends. Bon inutile de tourner autour du pot : ce Google Latitude n’est pas une révolution, loin de là. D’une part car ce type de service existe depuis longtemps, notamment des start-up comme Loopt et Whrrl ou de beaucoup plus gros acteurs comme Nokia et son Friend View ou Yahoo! et Fire Eagle. D’autre part car les fonctionnalités proposées sont encore très limitées (bien loin de ce que proposait DodgeBall par exemple).

En fait il faut plus considérer ce service comme une surcouche sociale de Google Maps que comme un réseau social mobile. Ce sont donc les concurrents directs précités qui sont en danger (cf. Google Threatens Loopt, Pelago With Latitude Service) plutôt que des véritables réseaux sociaux mobiles comme MocoSpace ou ItsMy (lire à ce sujet : L’avenir de l’internet mobile sera social).

Toujours est-il que d’autres réseaux sociaux locaux ont déjà pris une longueur d’avance par rapport à ce tout nouveau service. À commencer par Dopplr qui s’adresse plus aux voyageurs fréquents qui souhaitent garder le contact et faire des rencontres “locales”. Ce service propose ainsi de fédérer des communautés locales comme ici avec la ville de Londres :

Dopplr et la communauté de Londres
Dopplr et la communauté de Londres

Encore plus intéressant, Brightkite rajoute aux fonctionnalités précédentes un moteur de recherche (lieux, gens, billets) ainsi qu’un friendstream qui agrège l’activité de vos amis :

Votre réseaus ocial local avec Brightkite
Votre réseau social local avec Brightkite

Cerise sur le gâteau, Brightkite propose également une remarquable fonction de placestream qui agrège l’activité sociale d’un quartier (lire à ce sujet : Après le lifestream, le placestream ?). Illustration ici avec la ville de New-York :

Le placestream de New-York
Le placestream de New-York

Bref, en un mot comme en cent : peut mieux faire.

Deux articles intéressants pour pousuivre la réflexion :

L’avenir des réseaux sociaux est-il à la puce RFID

Si vous lisez régulièrement ce blog, vous devez savoir qu’il existe une multitude de réseaux sociaux. OK, mais comment faire son choix dans cette profusion ? Et si vous choisissiez un réseau qui combine à la fois la puissance et la praticité des réseaux sociaux en ligne et la proximité des relations de quartier ? C’est en tout cas la promesse que nous fait cette nouvelle génération de plateformes sociales hybrides qui repose sur des profils en ligne et sur des objets équipés de puces RFID pour initier les rencontres.

SnifTag, parce que votre chien drague mieux que vous

Premier exemple avec SnifTag, un réseau social réservé aux propriétaires de chiens (l’équivalent d’un Dogster) qui innove en proposant aux maîtres d’équiper leur chien avec un petit mouchard :

Le mouchard RFID que vous accrochez au colier de votre chien
Le mouchard RFID que vous accrochez au colier de votre chien

Une fois le mouchard installé, vous pouvez suivre les déplacements de votre chien au quotidien (savoir le nombre de kilomètre qu’il a parcouru ou le nombre d’heures  qu’il a dormi) mais également connaître ses fréquentations. Les puces RFID des colliers communiquent entre elles et enregistrent les identifiants des autres chiens qui sont passés à proximité.

Les puces RFID du système SnifTag
Les puces RFID du système SnifTag

Une fois à la maison, vous pouvez consulter les fiches des chiens rencontrés ainsi que celles des propriétaires. Et oui, derrière ce dispositif se cache un réseau de rencontres (amoureuses ou non). L’idée est redoutable car les chiens sont effectivement un très bon vecteur de sociabilisation. Vous combinez donc la puissance du réseau social (avec les listes d’amis, les recommandations…) avec la proximité de votre ville / quartier. Plus d’infos ici : Pet Tracking Meets Social Networking.

Poken, le complément hors-ligne de votre réseau social

Deuxième exemple avec les Poken, de petites figurines qui embarquent elles aussi une puce RFID. Le principe est encore une fois très simple : vous liez votre Poken à votre profil (Facebook, MySpace…), vous accrochez cette figurine à votre tenue de soirée (ça veut dire que vous êtes ouvert à une ou des rencontres) et lorsque vous sympathisez avec une autre personne “pokénisée”, vous les faites se taper dans la main pour échanger vos identifiants :

Le fonctionnement des pokens
Le fonctionnement des pokens

Une fois chez vous, il ne vous reste plus qu’à brancher votre Poken sur votre port USB pour récupérer les identifiants de vos rencontres et consulter leur profil. Voilà, c’est simple et bon enfant. Ce système me fait penser à des badges sortis dans les années 80 que l’on pouvait configurer pour qu’ils émettent des signaux lumineux correspondant à notre état d’esprit (vert pour “tu peux me brancher“, rouge pour “casse-toi pov’ con“).

Même si ce dispositif limite le nombre de points de contact (tout le monde ne passe pas ses soirées à écumer les bars), il a tout de même le mérite de proposer un intermédiaire entre le poke et la drague “old school“. Par contre je serais bien mal placé pour prédire le… taux de transformation. Mais même si vous ne transformez pas (ou mal), au moins vous pouvez faire un peu de data-mining sur vos stats (à quand du date analytics ?). Plus d’infos ici : High-five the panda to connect online.

Bon, trêve de plaisanteries, je suis persuadé que, derrière ce concept de plateformes sociales hybrides (en et hors ligne), nous avons enfin un modèle économique qui ressemble à quelque chose avec la vente des appareils (qui pourraient également servir d’appâts) et pourquoi pas un abonnement ou du micro-paiement à l’acte.

Mes 3 sites ‘coup de cœur’ (bis)

Je vous avais présenté l’année dernière 3 sites sur lesquels j’avais craqué : Mes 3 sites ‘coup de cœur’. Et bien figurez-vous que j’ai très récemment eu de nouveaux coup de coeur que j’ai le plaisir de partager avec vous.

Il y a tout d’abord MoneyWatch, un portail d’information financière avec une superbe mise en page (grille de lecture soignée, belle harmonie des couleurs, utilisation astucieuse des typos…) :

La page daccueil de MoneyWatch
La page daccueil de MoneyWatch

Il y a ensuite BookGlutton, un remarquable service de lecture collaborative (avec de très beaux arrondis, une ambiance assez zen et un superbe fond de page) :

La page daccueil de BookGlutton
La page daccueil de BookGlutton

Et il y a enfin le blog de Sam Rayner qui innove dans la façon de présenter les dates / commentaires / tags des billets (en plus d’un esthétisme remarquable) :

Le blog de Sam Rayner
Le blog de Sam Rayner

Voilà, ce sont mes trois coups de coeur du moment, et vous ?

Google lance son offre concurrente à Facebook Connect

Créer un compte est une opération douloureuse pour tous les internautes de la planète. Une étape largement supportable quand il est question de se créer sa première adresse email, cette procédure devient un véritable cauchemar avec la multiplication des services et plateformes sociales. Pour un utilisateur lambda des médias sociaux (blog, microblog, partage photos / vidéos, réseaux sociaux…) ce sont des dizaines d’identifiants et mots de passe qu’il faut mémoriser. Sauf si vous êtes bien organisé et saisissez toujours les mêmes infos et choisissez toujours la même adresse email pour vous créer un compte, cette dernière est alors très rapidement submergée de spams sociaux.

La solution a ces embrouilles existe depuis longtemps : la délégation d’authentification. L’idée est alors de se créer un identifiant unique qui repose sur OpenID (un système d’authentification décentralisée) et qui va gérer pour vous l’identification aux différents services sur lesquels vous vous êtes inscrits. Ça c’est la théorie, la réalité est tout autre : il existe une multitude de services de gestion de l’authentification (ClaimID, MyOpenID…) qui ne sont pas supportés partout. Nous avons vu récément des avancées significatives dans l’adoption d’OpenID (notamment par Orange ou Yahoo!) ainsi qu’une interface plus ergonomique (cf. La création de compte simplifiée avec OpenID) mais ce système reste tout de même très obscur pour l’internaute de base (soit 99% de la population connectée). Rajoutez à cela des technologies concurrentes comme OAuth ou MicroID et vous avez un concept très prometteur mais qui fait peur.

Et c’est là où Facebook rentre en scène en proposant son propre système baptisé Facebook Connect. Le mode de fonctionnement est ultra-simple : soit vous créez un compte, soit vous cliquez sur le bouton “Facebook Connect” et deux clics plus tard c’est réglé. Là où cette solution peut paraître comme révolutionnaire c’est qu’elle donne également accès à votre profil (informations, liste d’amis…). Donc en clair : clic-clic-clic et basta. Cette solution s’est illustrée très récemment avec le partenariat entre CNN Live et Facebook.

Le fonctionnement de Facebook Connect
Le fonctionnement de Facebook Connect

Face à une telle révolution (quel confort pour l’utilisateur), la réponse de Google ne s’est pas fait attendre. Et fidèle à sa réputation, Google nous propose une solution à la pointe du raffinement technologique avec un protocole hybride qui repose à la fois sur OpenID et sur OAuth (respectivement pour l’authentification côté utilisateur ou pour l’authentification sécurisée côté API) : Google Combines OpenID and OAuth in new Hybrid Protocol.

Le principe de fonctionnement est ainsi le même : soit vous créez un compte, soit vous utilisez votre identité Google. Illustration avec cette démo :

Google et son système hybride
Google et son système hybride

Pour faire un peu de buzz, Google est en train de tester ce nouveau système chez Plaxo (cf. Introducing Two-Click Signup, an initiative to improve the user experience of OpenID; first test now live with Google) mais ça ne fonctionne pas pour tout le monde :

La gestion de lauthentification avec Google Account
La gestion de l'authentification chez Plaxo avec Google Account

Pour avoir testé le mécanisme, je peux vous assurez que ces systèmes de délégation de l’authentification sont une authentique révolution (ça fonctionne très bien). D’ailleurs les observateurs avertis sont très optimistes à ce sujet et estiment que les deux systèmes (Facebook Connect et Google Account) peuvent tout à fait cohabiter : Google and Plaxo Combine OpenID and OAuth for Improved Usability.

Précision importante : authentification et profil sont deux choses distinctes : déléguer l’authentification à un opérateur tiers revient à esquiver la corvée de stocker et gérer des identifiants / mots de passe (avec tout ce que cela implique au niveau de la perte ou des changements). Pour résumé disons que tout le monde y gagne : inscription plus simple pour les utilisateurs, moins de complications pour les éditeurs de services compatibles (tout en conservant la gestion du profil), plus de fidélisation pour les fournisseurs du système (Facebook et Google).

Je vous invite donc vivement à tester ce système et surtout à mettre à jour vos profils Facebook et Google.

Comment sortir Facebook de l’impasse ?

150 millions. C’est le nombre d’utilisateurs que Facebook devrait atteindre d’ici quelques mois (semaines ?). Vous pourriez penser que ce chiffre est encourageant et que nous avons enfin trouvé LA plateforme sociale ultime, je serais plutôt d’avis de se méfier de cette croissance (trop) rapide. Ma motivation pour écrire ce billet n’est pas de jouer une fois de plus au rabat-joie de service, mais plutôt de prendre le temps d’analyser la situation et d’évaluer le risque d’explosion en cours de vol de cette start-up.

Explosion en cours de vol ? Oui tout à fait car les temps sont rudes et que personne n’est à l’abri, même pas Google qui se voit contraint de fermer récemment un certain nombre de services. Start-up ? Oui tout à fait car Facebook est une société encore très jeune qui n’est pas à l’abri d’une fermeture pour manque de liquidité (il parrait que même l’état de  Californie a des difficultées de trésorerie en ce moment !).

Facebook est-il vraiment menacé de fermeture ?

Pourquoi parler de fermeture ? Tout simplement parce que Facebook perd encore de l’argent. Hors, plus de membres = plus de frais (bande passante, capacité de stockage et de traitement, salaires…). Là où ça devient inquiétant, c’est qu’au-delà d’un certain seuil les économies d’échelle ne fonctionnent plus : pour un certain volume de données à stocker / traiter (nous parlons de dizaines de millions de vidéos et de milliards de photos) les coûts sont exponentiels car la plateforme requiert des technologies et des compétences très rares.

J’ai déjà eu l’occasion de m’exprimer sur le problème de rentabilité de Facebook mais il semblerait que cela ne gène pas son jeune dirigeant qui est convaincu qu’augmenter le nombre d’utilisateurs va régler le problème. Certains pourraient appeler ça “avoir une vision ambitieuse” mais pour moi ça ressemble plus à une fuite en avant. Appliquer cette stratégie à un service tout récent et en pleine croissance comme Twitter n’est pas très problématique (ils n’ont pas beaucoup de charges / dette) ; mais le faire à beaucoup plus grande échelle et durant une période de crise est beaucoup plus inquiétant.

Inquiétant pour qui ? Inquiétant pour les utilisateurs dont les données personnelles pourraient être bradées à des marchands peu scrupuleux. Pour le moment ce scénario n’est pas envisagé par les fondateurs qui sont emplis de bonnes volontés, mais que se passera-t-il après la prochaine levée de fond lorsque les actionnaires prendront le pouvoir ? Ceux d’entre-vous qui ont connu la folie de la fin des années 90 se souviennent peut-être de ce qu’il est advenu de services comme Spray. Tristes souvenirs…

Inquiétant également pour les annonceurs qui ont investi beaucoup de temps, d’énergie et d’argent sur une plateforme qui va droit dans le mur. Si Facebook ferme ses portes, c’est tout un pan de votre stratégie de présence sur les médias sociaux qui s’effondre. Il faudra alors tout recommencer mais sur une autre plateforme sociale.

Mais assez parlé du scénario catastrophe, parlons plutôt des solutions.

Conseil N°1 : Un système de ciblage comportemental fiable

Ceux qui ont tenté l’expérience de communiquer sur Facebook vous le confirmeront : les taux de transformation sont très bas (moins de 0,1 %). Outre le problème de contexte d’usage (les utilisateurs sont avant tout sur Facebook pour draguer et pour déconner, pas pour cliquer sur de la pub), c’est le système de ciblage qui semble faire défaut. Quel dommage, surtout dans la mesure où le social graph est le trésor de guerre que Facebook fait miroiter aux annonceurs.

Face à cette incapacité à fournir ce qu’ils promettent, peut-être serait-il temps de changer de posture et d’adopter un système plus fiable. Wunderloop pourrait être un bon candidat, mais il en existe d’autres. L’idée serait de déployer un système de ciblage qui bénéficierait et pourrait faire bénéficier un réseau de sites et d’arrêter de faire cavalier seul.

Les utilisateurs de Facebook sont potentiellement de bons clients, encore faudrait-il pouvoir les reconnaître et les cibler en dehors de la plateforme. D’où le recours à une solution partagée qui permetttrait de capitaliser sur les profils des membres et sur leur comportement.

Conseil N°2 : Une standardisation technique

La plateforme Facebook repose aujourd’hui sur un langage propriétaire, le FBML. Même si ce dernier évolue dans le bon sens (plus d’ouverture) et plus rapidement que ses concurrents (notamment OpenSocial de Google dont la première version des spécifications était jugée plutôt décevante), force est de constater que l’avenir n’est pas à la multiplication des formats, mais plutôt à l’unification. La raison est toute simple : avec la crise et la compression des coûts, un annonceur / éditeur va rechigner à déployer plusieurs versions d’un même widget social.

Rejoindre des initiatives mutualisées comme OpenSocial ou DataPortability serait bénéfique aux annonceurs (dont les coûts de développement / maintenance seraient abaissés), aux utilisateurs (qui bénéficieraient de widgets socials universels) et aux équipes de Facebook qui pourraient se décharger d’une grosse partie du travail sur les autres membres du consortium.

Conseil N°3 : Une offre premium

Le modèle économique de Facebook est un problème récurrent car ils ne sont pas très clairs sur la façon dont ils gagnent de l’argent, alimentant ainsi les fantasmes d’exploitation abusive des données personnelles. Mais qui a dit qu’il n’était pas possible de facturer un ou des services ? Au vue de l’état d’addiction de certains membres il serait tout à fait possible d’envisager un modèle premium proche de ce que pratiquent d’autre plateformes : plus d’espace de stockage (façon FlickR), plus de visibilité (façon Badoo), pas de limitation sur le nombre de contacts (façon Highrise), pas de pub (façon Gamespot), débridage de fonctionnalités (façon Xanga ou Ning), un service de rencontre réservé à certaines catégories d’utilisateurs (façon Ulteem), une meilleure disponibilité de la plateforme (sur des serveurs à part)… Les possibilités sont nombreuses et elles pourraient être décuplées avec la mise en œuvre d’un système de micro-paiement ou avec la mise en place de partenariats plus forts avec d’autres services spécialisés (qui reverseraient une partie de la recette).

La justification de cette offre premium serait de proposer une expérience encore plus riche à des membres qui en demandent toujours plus. A partir du moment où cette offre ne bride pas l’utilisation de la plateforme mais permet de l’étendre, qui s’en plaindrait ?

Conseil N°4 : Des partenaires industriels et des appuis politiques

Avec une croissance aussi fulgurante (souvent au détriment de services plus anciens et payants comme Meetic ou CopainsD’avant), le moins que l’on puisse dire c’est que Facebook fait des jaloux, voir des ennemis. Je ne parle pas que des concurrents directs (Friendster, Hi5…) mais plutôt de gros acteurs comme Google (cf. le deal avec Microsoft et la concurrence avec Orkut), Yahoo! (dont ils ont refusé l’offre pourtant généreuse à l’époque) ou encore Newscorp (qui se bat pour maintenir l’audience de MySpace).

Le problème c’est que dans ce milieu il n’est pas possible de faire cavalier seul bien longtemps. Pour pouvoir survivre en cette période de crise (dans laquelle nous venons à peine de rentrer) Facebook devra impérativement se trouver des partenaires industriels (pour l’aider dans sa croissance), des partenaires commerciaux (pourquoi pas de grosses agences comme Omnicom, WPP ou Publicis) et surtout des partenaires financiers capables de les aider dans les décisions stratégiques ou dans les négociations périlleuses.

Outre les acteurs du même secteur, ce sont les appuis politiques qui risquent également de manquer à Facebook. Si Google ne parvient pas à empêcher le bridage de ses services dans des pays comme la Chine ou la Turquie (respectivement pour le search et YouTube), comment Facebook y parviendrait-il ? Avec une audience dépassant les 30% dans certains pays il y a fort à parier que les gouvernements et parlements vont très rapidement s’intéresser de très près à ce phénomène. Et ce n’est très certainement pas un patron en tongs d’à peine 25 ans qui va les convaincre du bien fondé de ses ambitions. D’autant plus que le coup du p’tit jeune avec de drôles de chaussures qui veut changer le monde ne date pas dh’ier (qui se souvient de Jonas Birgersson et des ses rangers ?).

Conclusion

Voilà donc quelques pistes de réflexion qui permettrait à Facebook de se sortir d’une situation bien délicate, non pas qu’ils ont fait d’énormes erreurs de gestion ou de mauvais choix, mais plutôt que le marché risque de sanctionner durement une étoile qui ne va plus briller longtemps dans ce contexte d’hiver nucléaire (surtout aux Etats-Unis).

Le meilleur conseil que je pourrai donner aux annonceurs serait de bien prendre conscience de la fragilité de ce géant aux pieds d’argile. Si vous avez pris la décision d’investir les médias sociaux, il est impératif de ne pas mettre tous vos œufs dans le même panier et de diversifier votre présence et vos campagnes sur plusieurs “supports sociaux” (blogs, réseaux sociaux de niche, forum, micro-blog…) et de vous intéresser à la relève qui est déjà là (imeem, Netlog, Buzznet…).

MàJ (03/02/2009) : Visiblement Facebook parle d’ouvrir très prochainement sa base de données aux annonceurs sous forme de questionnaires très ciblés (cf. Facebook Plans to Make Money by Selling Your Data).

La souris est-elle ringarde ?

Inventée en 1972 au PARC de Xerox, la souris serait-elle envoie de ringardisation ? C’est en tout cas la question que l’on est en droit de se poser au vue des dernières expérimentations en cours.

Tout à commencé avec le célèbre site Dont’t Click It qui proposait une navigation sans clic (tout au survol de la souris).

Puis il y a eu le lancement de la Wiimote par Nintendo qui a donné des idées aux constructeurs comme Logitech (avec la Air Mouse) et Lenovo (cf. Lenovo to sell ‘Wii-like’ PC ‘air-mouse’).

La souris Air Mouse de Logitech
La souris Air Mouse de Logitech

Ensuite il y a eu cet incroyable site de Publicis & Hal Riney où il fallait bouger la tête devant sa webcam pour naviguer entre les pages :

Le site où lon navige avec sa webcam
Le site où l'on navige avec sa webcam

Et maintenant il y a ce site (Eric Chan Design) qui propose d’utiliser la fonction d’accéléromètre des derniers Macbook pour faire bouger le contenu :

Le site qui utilise l'accéleromètre de votre Macbook
Le site qui utilise l'accéléromètre de votre Macbook

Non vraiment je me demande ce qu’ils vont nous inventer la prochaine fois : Une navigation spatialisée ? Une navigation commandée par à la voix ? Une navigation commandée par SMS ?

(via Hebiflux)

Le partenariat CNN Live et Facebook peut-il faire trembler Twitter (ou la TV) (ou les entraineurs de foot) ?

J’imagine que vous avez forcément entendu parlé du gros buzz lors de l’investiture de Barack Obama avec le lancement du partenariat entre CNN Live et Facebook. L’idée est de pouvoir regarder un événement live (flux vidéo venant de CNN) tout en le partageant avec d’autres (flux social venant de Facebook). Vous avez donc une fenêtre avec la vidéo à gauche et Facebook à droite où sont listées toutes les mises à jour de statut de vos amis mais également de tout ceux qui regardent :

CNN Live et Facebook réunis pour l'investiture de Barack Obama
CNN Live et Facebook réunis pour l'investiture de Barack Obama

L’expérience est très troublante car le rapatriement de la liste d’amis se fait en deux secondes  grâce à Facebook Connect et parce que le sentiment de proximité est très fort. Toujours est-il que cette opération a fait grand bruit (cf. CNN + facebook, premier exemple concret de télévision communautaire ), même si des problèmes de synchronisation avec le flux audio ne restituait pas très bien l’événement (cf. Facebook + CNN = Future of TV).

Les premières réactions ne sont pas fait attendre et l’on prédisait déjà la mort de Twitter au profit de cette démonstration de force de Facebook qui a propulsé son outil de micro-blogging au status de nouvelle star. Mais à l’instar de Michelle (À propos de l’expérience CNN/Facebook), je pense qu’il faut faire preuve de discernement et de ne pas sur-vendre cette première expérimentation.

Tout d’abord parce que ce n’est pas la première fois que Twitter est mis à contribution dans cette campagne (Current TV to Integrate Twitter into Presidential Debate Coverage) et parce que le “partenariat” de CNN avec Facebook n’est pas exclusif, les membres de la rédaction de CNN étant de fidèles supporters de Twitter (CNN Heavily Promoting Twitter On Air, Making Big Moves in Social Media).

De plus, ce n’est pas réellement l’outil Twitter en lui-même qui est concurrencé dans cette opération, mais plutôt la télévision et les médias traditionnels en règle général. Tout comme le NY Times expérimente le journalisme participatif (Le NewYork Times fait interagir ses lecteurs sur Facebook) et Netflix qui veut rendre plus sociale la VOD en introduisant la possibilité de visionner un film à plusieurs et de tchater en direct, CNN Live tente de ré-inventer le live avec une approche plus sociale.

Soit, mais l’expérience a-t-elle réellement été concluante ? Ce fut indéniablement un succès en France car la cérémonie se déroulait durant la journée (aux heures de bureau) mais un tel dispositif est-il viable sur un événement comme un match de foot ? Entre les soucis de montée en charge et de synchronisation, il serait quasiment inenvisageable de renouveler le succès de l’opération.

Vous noterez enfin que la nature même de ce dispositif revient quasiment à se tirer une balle dans le pied : à une époque où les chaînes de TV subissent de plein fouet la “crise de l’engagement” (les téléspectateurs délaissent les médias passifs comme la TV pour passer de plus en plus de temps sur les médias actifs comme le web) et la baisse de leurs revenus publicitaires, cette opération diminue d’autant l’attention des “téléspectanautes” qui doivent jongler entre le live et le flux d’activité (ils n’ont plus le temps de regarder ou de cliquer sur les bannières).

Bref, je trouve cette opération intéressante mais pas réellement viable pour un acteur traditionnel. Elle pourrait par contre s’insérer dans un dispositif participatif plus large où les téléspectanautes seraient invités à “préparer” un événement (en se documentant ou en listant des sujets de discussion), à le vivre de façon active (commentaires et échanges pendant la retransmission) et à le prolonger par la suite (discussion à chaud / froid, note…). Idéal pour un débat politique ou de société (une sorte de Droit de réponse à la sauce 2.0).

Finalement si l’on reprend l’exemple du match de foot, on pourrait se mettre à rêver d’une équipe qui permettrait à ses fans de participer à la préparation (choix des joueurs et des tactiques de jeu), à réagir pendant le match (commentaires…) et à l’analyser à froid (note des meilleurs joueurs, identification des points faibles…). Peut-être ce modèle pourrait-il être appliqué aux clubs anglais participatifs qui fonctionnent sur le principe du crowdfunding (plus précisement le club de Ebbsfleet United racheté par l’intermédiaire de MyFootballClub).

J’en étais où déjà avant de perdre le fil ? Ha oui : CNN/ Facebook et Twitter. Le mot de la fin : un beau coup de buzz pour Facebook Connect mais une opération qui mériterait d’être approfondi avec un dispositif plus complet et un mode d’interaction un peu plus riche que le status update (trop limitatif).

Quand la réalité augmentée s’invite dans les boutiques LEGO

Vous connaissez la réalité augmentée ? Mais si enfin : “un système informatique qui rend possible la superposition d’un modèle virtuel 3D ou 2D à la perception que nous avons naturellement de la réalité et ceci en temps réel“. Les afficheurs tête haute des avions ou les casques qui délivrent des explications audio dans les musées peuvent être considérés comme de la réalité augmentée.

Bon bref, plus récemment nous avons commencé à voir apparaitre des applications de plus en plus remarquables de la réalité augmentée, notamment sous l’impulsion d’acteurs comme Total Immersion (voir la démo ici : Réalité Augmentée / Total Immersion), avec des projets pour Citroën (Citroën C3 Picasso : le modèle réduit en réalité augmentée sur iPhone) ou encore cette expérimentation en Papervision 3D (Papervision – Augmented Reality).

Bon bref, tout ça pour vous dire que LEGO est en train de lancer une expérimentation fondée sur la réalité augmentée dans un certain nombre de boutiques en Allemagne: LEGO’s Digital Box. Cette expérimentatin met en scène des bornes interactive avec une caméra. Il vous suffit de montrer une boîte à la caméra pour faire apparaître le modèle en 3D :

La réalité augmentée chez LEGO
La réalité augmentée chez LEGO

Génial, non ? Même dans mes rêves d’ado je ne pensais pas à des choses comme ça. Si vous avez d’autres exemples en tête, n’hésitez pas à mettre des liens dans les commentaires.

Allocine et sa recherche suggérée (sponsorisée ?)

Aviez-vous déjà regardé de près le moteur de recherche d’Allocine ? Ce moteur présente une fonctionnalité intéressante de suggestions de recherche qui sont également des liens :

Les suggestions du moteur de recherche d'Allocine
Les suggestions du moteur de recherche d'Allocine

Il y a dans cette liste des suggestions génériques (“Marseille, 69001“) mais également des marques (“UGC“) ainsi que des titres de films qui changent toutes les semaines (“Australia, Watchmen“) :

D'autres suggestions du moteur de recherche d'Allocine
D'autres suggestions sur le moteur de recherche d'Allocine

Première hypothèse : ces titres de film sont choisis en fonction des recherche les plus demandées de la semaine passée. Deuxième hypothèse : ces titres de film sont des liens sponsorisé déguisés. Non seulement ils sont placés à un endroit très stratégique dans la page (dans une zone “neutre”, là où on ne les attends pas) mais en plus ils sont idéalement positionnés dans le code source pour être référencés (tout en haut de page).

Entendons-nous bien : je ne suis pas en train de dénoncer une pratique abusive mais plutôt de saluer l’ingéniosité de ce dispositif. Mais peut-être suis-je en train de décrire quelque chose qui n’existe pas, peut-être que ces liens sont juste là pour aider et qu’ils ne sont pas commercialisés. En tout cas ça serait dommage de ne pas exploiter cette possibilité car permettrait de joindre l’utile (pour les internautes = les suggestions de recherche) à l’agréable (pour la société éditrice = une nouvelle source de revenus)

Notez qu’il existe des équivalents notamment chez Gamespot qui expérimente un principe de suggestions visuelles (“Latest & Greatest“) :

La recherche suggérée de Gamespot
La recherche suggérée de Gamespot

Alors, bonne idée ou pas ?