Qualcomm à l’assaut des smartbooks et de la convergence mobile

J’ai eu ce matin une discussion très intéressante avec Jean Viraldi et Fabien Darrigues de chez Qualcomm (merci à Cédric pour avoir organisé la rencontre). Pour vous la faire courte, Qualcomm est spécialisée dans la conception et la fabrication de solutions de télécommunication mobile (ils sont entre autre inventeur de la norme CDMA et représente 1/3 des parts de marché des puces qui équipent les terminaux mobiles). Ils sont donc tout à fait légitime pour imaginer et concevoir les outils de communication de demain, et ça tombe car ce sujet me passionne en ce moment (cf. 2010 sera-t-elle l’année de l’informatique nomade et polymorphe ?).

La fin de l’ère x86 et le basculement vers l’informatique nomade / mobile

Intel a régné sans partage sur le monde des ordinateurs ces 30 dernières années grâce à l’architecture x86 (sur laquelle repose les familles de processeurs Intel mais aussi Cyrix, AMD, VIA…). Aujourd’hui les conditions de marché sont différentes dans la mesure où il y a bien plus de terminaux mobiles que d’ordinateurs. Les smartphones se sont ainsi imposés comme les ordinateurs de poche de notre quotidien, il s’en vend bien plus que d’ordinateurs (plus d’1,2 milliards de téléphones vendus en 2009). De même, les netbooks ont montrés les limites de l’architecture x86 en terme d’autonomie et de performances. Entendons-nous bien : Nous ne parlons pas de performance pure (un indicateur du siècle dernier) mais du ratio entre puissance et consommation. Et à ce petit jeu là, les architectures ARM sont imbattables car elles ont été conçues dans cette optique.

L’année 2010 (et dans une certaine mesure l’année 2009) sera donc la charnière entre l’ère des PC (Personnal Computer = architecture x86) et l’ère des terminaux mobiles (architecture ARM). Nous ne parlons pas ici d’un remplacement mais plutôt de l’inversement de l’échelle des valeurs : Les plus gros enjeux et les plus belles opportunités sont à chercher du côté des terminaux mobiles plutôt que du côté des ordinateurs où les marges sont plus faibles et où les modèles économiques s’épuisent.

À partir de là, la bataille ne va pas se dérouler autour des smartphones (car l’offre arrive à saturation) mais plutôt autour de nouveaux formats de terminaux dont vont découler de nouveaux services et usages : Smartbooks, touchbooks, webbooks, Personal Mobile Television, Personal Internet Viewer… les possibilités sont innombrables et nous n’en sommes qu’au début de l’informatique mobile, nomade et résidentielle.

xbook

Smartphone + Netbook = Smartbook

J’ai déjà eu l’occasion de vous parler des smartbooks, cette nouvelle génération de terminaux mobiles qui vont venir s’intercaler entre les smartphones et les netbooks. Après en avoir discuté avec différents interlocuteurs, j’ai maintenant la conviction qu’ils appartiennent définitivement à la grande famille des terminaux mobiles et qu’ils vont ainsi bénéficier de l’héritage culturel des téléphones (par opposition à l’héritage culturel des ordinateurs et leur fascination pour la puissance « brute »). Les premiers concepts de smartbooks faisaient apparaitre des terminaux hybrides dont on ne savait pas trop à quelle famille ils étaient rattachés :

qualcomm-smartbooks

Maintenant que nous avons un premier terminal « viable » qui va être très prochainement lancé sur la marché (le AirLife de HP-Compaq), les contours de ce segment semblent encore plus ambigus avec un aspect très proche des netbooks mais des détails rappelant fortement les smartphones (système d’exploitation Android, écran tactile, boutons « Home » et « Menu » sous le pavé tactile…) :

compaq-airlife

Toujours est-il que même si la différence avec les netbooks est subtile, elle est pourtant bien réelle : Les netbooks sont des terminaux nomades alors que les smartbooks sont des terminaux mobiles. Il y a ainsi deux différences majeures dans les usages :

  • Les terminaux nomades sont connectés de façon ponctuelle (on les allument pour s’en servir) alors que les terminaux mobiles sont allumés toute la journée et même la nuit (ils restent en veille et on les recharge une fois par jour) ;
  • Les terminaux nomades utilisent des technologies de communication pull (WiFi) alors que les terminaux mobiles utilisent des technologies de communication push (SMS, alertes…).

Ces deux différences font que l’on peut classer les terminaux dans une catégorie ou l’autre. Les smartbooks sont donc de gros smartphones et non des netbooks connectés. Qualcomm a monté une business unit dédiée à l’évangélisation des smartbooks et je compte bien suivre ça de très près car ils préfigurent l’avenir de l’internet mobile et certains analystes sont déjà très optimistes : 163 Million Smartbooks Expected to Ship in 2015.

Vers la 4G et après ?

Comment parler de terminaux mobiles sans aborder les normes ? Le Mobile World Congress de Barcelone a été l’occasion de dévoiler au grand public la roadmap vers la téléphonie mobile de quatrième génération, celle qui va autoriser des débits supérieurs à 50 Mbits/s. La norme LTE (Long Term Evolution) semble donc être bien partie pour assurer la transition entre L’HSDPA et… une version plus aboutie baptisée provisoirement LTE Advanced.

Vous seriez en droit de me dire que la course au haut débit en situation de mobilité n’est pas une finalité (après tout l’important c’est la ratio entre débit et consommation) mais la proposition de valeur de la norme LTE est de proposée une consommation inférieure pour des débits équivalents à la 3G ou la 3,5G. Une aubaine pour les smartbooks et autres terminaux mobiles cherchant à maximiser leur autonomie.

Outre les usages data où le débit n’est jamais assez élevé (LTE sera la norme de référence pour les modems-clés USB en 2011), la vidéo semble être un bon prétexte pour cette course à la bande passante. Que neni, car les réseaux de télécommunication ne supporteront jamais une montée en charge à grande échelle. Pour de la vidéo en situation de mobilité dans des conditions viables, il faudra plutôt chercher du côté de normes broadcast comme DVB-H plutôt que de rêver à une hypothétique solution viable d’unicast. Pour le moment le déploiement semble au point mort en France, mais les États-Unis semblent avoir prit une longueur d’avance avec des services déjà opérationnels comme le Flo-TV de Qualcomm.

flo_tv

Attendez-vous à voir débarquer des smartphones compatibles dès l’année 2010…

Deux autres gros segments à adresser : Feature phones et eBooks

En plus des smartphones, smartbooks et Personal Mobile Television, Qualcomm s’intéresse également à deux autres segments très porteurs : Les feature phones et les ebooks. Pour votre information (j’ai découvert ça la semaine dernière), « feature phone » est le nouveau terme à la mode pour désigner les smartphones low-cost (moins de 100 $). On n’en parle pas beaucoup dans les médias, mais les feature phones représentent les 3/4 des parts de marché. Un segment moins sexy que celui des smartphones mais avec une intensité concurrentielle bien inférieure car l’écosystème est encore atomisé.

Pour bien comprendre les conditions de marché, il faut s’intéresser aux systèmes d’exploitation : Là om l’on compte pas moins de 6 acteurs pour les smartphones (Google / Android, Apple et iPhone, RIM / BlackBerry, Nokia / Symbian, Palm, Microsoft / Windows Mobile,  Samsung / Bada) et il s’en créé encore (à l’image de MeeGo). Pour les feature phones la situation est différente puisque les OS varient d’un combiné à l’autre et qu’il n’y a pas réellement d’offre uniformisée. Qualcomm s’est donc lancé sur ce créneau avec Brew Mobile Platform, l’évolution de son système d’exploitation « maison ». Une solution particulièrement compétitive car adaptée aux « faibles » capacités hardware des feature phones qui ne peuvent s’offrir des composants trop onéreux.

Faible coût ne rime pas forcément avec compromis sur la qualité de l’interface puisque la Brew MP est capable de faire tourner Flash Lite mais également Adobe Mobile Client pour les Rich Mobile Applications. Le tout récent HTC Smart est ainsi propulsé par Brew mais propose une interface très proche d’Android, on s’y tromperait !

HTC_Smart

La prochaine étape logique pour la Brew MP devrait être une application store centralisée.

Autre segment en pleine ébullition : les eBooks. Alors que la blogosphère n’en finit plus de prédire le déclin du Kindle (équipé d’un écran à encre électronique) face à l’iPad (équipé d’un écran à LED), Qualcomm s’apprête à rentrer dans la danse avec une technologie d’affichage intermédiaire baptisée Mirasol. Cette technologie repose sur des membranes réflectives combinée à un système de rétro-éclairage à basse consommation qui autorise un excellent contraste en plein soleil, une grande autonomie, un affichage en couleur avec un taux de rafraichissement suffisant pour faire de la vidéo.

qualcomm-mirasol

Pourquoi la vidéo est-elle importante dans le contexte des ebooks ? Tout simplement parce que vidéo = belles pubs = revenus suffisant pour financer des contenus de qualité. Là où  le Kindle sera enfermé dans sa niche de livres / journaux payants, les terminaux équipés d’écran à technologie Mirasol seront plus versatiles (magazines et BD digitalisés) et plus confortables que l’iPad. Lancement prévu en fin d’année.

2010, l’année de la convergence mobile ?

Smartphones, smartbooks, personal mobile television, feature phones, ebooks… Qualcomm est petit à petit en train de se positionner sur tous les segments à fort potentiel pour s’imposer comme l’outsider de référence par rapport à des acteurs sur-médiatisés (Google, Apple, Microsoft). En proposant une plateforme intégrée (la fameuse puce SnapDragon) Qualcomm se positionne à la croisée de nombreux usages :

  • Informatique (au travers de nombreuses applications disponibles sur des systèmes d’exploitation compatibles comme Android) ;
  • Internet (avec la connectivité permanente) ;
  • Multimédia (avec des composants dédié au codage / décodage audio et vidéo) ;
  • TV (avec le réseau MediaFlo) ;
  • Jeux (les capacités 3D des composants graphiques sont largement suffisantes pour ça) ;
  • Édition (grâce à sa technologie d’affichage)…

Tout ceci est très encourageant, et il ne manque plus qu’un domaine d’activité pour compléter ce tableau : La santé. Avec le vieillissement de la population et l’allongement de l’espérance de vie, ce sont des centaines des milliards de papy-boomers qui seront concernés par la nouvelle génération de terminaux à usage pseudo-médical :

  • Des téléphones simplifiés (avec de grosses touches) équipés d’une puce GPS et d’un bouton d’appel pour pouvoir facilement localisé et aider des personnes âgées en difficulté (subissant un malaise ou s’étant perdues car victime de la maladie d’Alzheimer) ;
  • Des visiophones simplifiés capables de faire du diagnostique à distance (comme le Health d’Intel) ou de retransmettre les constantes vitales de capteurs portées en permanence.

Outre les applications évidente pour les personnes du troisième âge, ce types de terminaux peut intéresser les pouvoirs publics qui y trouverait un avantage économique (cela coûte beaucoup moins cher de surveiller un patient à son domicile plutôt que dans une chambre d’hôpital). Ces terminaux seraient donc potentiellement subventionnés par la sécurité sociale dans le cadre de la médecine ambulatoire.

Plus que jamais je suis intimement convaincu que nous sommes à l’aube de gros changements dans notre façon d’appréhender les outils informatiques et de penser / concevoir les services qui accompagneront ces nouveaux usages.

2010 sera-t-elle l’année de l’informatique nomade et polymorphe ?

Après presque 30 années de domination sans partage, j’ai comme l’impression que l’outil informatique traditionnel (écran + clavier + souris) est en train de sérieusement se ringardiser. Le couple Windows – Intel semble en effet avoir atteint son apogée et l’on se dirige tout droit vers un nouveau cycle d’innovation pour faire émerger de nouvelles catégories de terminaux et de nouveaux usages.

De l’internet mobile à l’internet nomade

Je pense ne pas me tromper en disant que la révolution mobile a fait long-feu en France et dans les pays occidentaux en général. Autant l’Asie a connu un formidable essor des services mobiles dans les années 2000 (principalement en Corée du Sud et au Japon), autant le WAP évoque un demi-échec (lire à ce sujet Ne confondez plus internet mobile et internet en situation de mobilité). Mais ne parlons plus du passé et tournons-nous vers l’avenir car l’avènement de l’iPhone et des netbooks a permit au marché de comprendre qu’il n’est pas forcément nécessaire d’avoir un écran de 19″ et un processeur à quadruple-coeur pour profiter de services en ligne dans de très bonnes conditions. L’idée étant de compenser du débit et de la puissance par de l’autonomie et de la praticité (il faut 30 secondes pour allumer son iPhone et relever ses mails).

De plus, je note une forte volonté des industriels de sortir de l’impasse du web gratuit où les producteurs et distributeurs de musique, films, séries TV, news… s’arrachent les cheveux pour trouver des modèles économiques viables sur un média où les utilisateurs sont habitués au tout gratuit. Les conditions de marché semblent donc réunies pour initier la révolution de l’outil informatique et sortir de la domination du PC (dans le sens « Personnal Computer« ).

Bien évidement il existera toujours et nous continuerons à utiliser des ordinateurs (fixes ou portables), mais ils devront partager leur part d’audience avec d’autres types de terminaux qui nous permettrons de consommer des contenus, d’exploiter des services et de prolonger nos interactions sociales dans d’autres contextes. Ces terminaux nous les connaissons déjà (smartphones, netbooks, touchbooks, terminaux grand public ambiants…) mais leur prolifération et la part d’usage que nous leur réservons va petit à petit augmenter et inverser la tendance.

allbook

Eric Schmidt, PDG de Google, a ainsi déclaré que l’avenir de l’internet était au mobile. Ce n’est pas également un hasard si Steve Jobs a annoncé en ouverture de sa dernière keynote qu’Apple était une société de terminaux mobiles. Non pas que ces patrons ne croient plus en l’informatique « traditionnelle », mais plutôt que les meilleures opportunités sont à chercher en dehors du cadre des ordinateurs tels que nous les connaissons (avec écran, clavier et souris). L’approche de services morcelés en widgets (ou applications chez Apple) semble en effet beaucoup plus facile à contrôler (d’un point de vue modèle économique).

Nous ne parlons pas seulement des terminaux qui tiennent dans la poche et que nous trimbalons partout avec nous, mais plutôt des terminaux à encombrement réduit et à grande autonomie qui peuvent servir partout mais dont l’essentiel des usages se fait en intérieur dans votre salon ou chambre (à l’image des consoles de jeux portables comme la Nintendo DS). L’avantage de ces terminaux est de supprimer toute dépendance aux fils (alimentation, réseau), nous parlons plus ainsi d’internet nomade plutôt que d’internet mobile.

Une course à la taille critique pour les systèmes d’exploitation

Il en va de même pour l’iPhone, terminal mobile de référence qui est également capable de rendre de très bon services d’appoint pour vous éviter d’avoir à démarrer votre ordinateur (regarder la météo ou le programme TV, vérifier ses emails ou Twitter, jouer 5 minutes…). L’iPhone et son modèle de distribution fermé fait ainsi beaucoup d’envieux. Nombreux sont ceux qui aimeraient bien réitérer cet exploit à l’image de Palm, Blackberry ou encore de cette alliance entre 24 opérateurs pour lancer une plateforme ouverte d’applications sur mobiles. Le but de la manoeuvre est de créer un marché-cible suffisamment grand pour créer un écosystèmes de développeurs et d’éditeurs d’applications.

OK très bien, mais il va falloir faire preuve de plus d’ambition pour convaincre le marché. D’autant plus que cette alliance ne prend en compte qu’une partie de l’équation (les terminaux mobiles). Je suis ainsi beaucoup plus attentif au tout récent partenariat entre Nokia et Intel pour fusionner leurs systèmes d’exploitation respectifs (Maemo et Moblin) en une plateforme unifiée du nom de MeeGo.

MeeGo
MeeGo, le système d'exploitation multi-terminaux

L’idée est de construire sur un noyau Linux une architecture logicielle suffisamment souple pour s’adapter à différents types de terminaux connectés :

MeeGo-Architecture
L'architecture logicielle de MeeGo

En proposant une plateforme logicielle unique pour un grand nombre de terminaux (smartphones, netbooks, TV et véhicules connectés…), Nokia/Intel s’assurent ainsi un soutien de nombreux développeurs et éditeurs souhaitant toucher un maximum de cibles et décliner leurs applications sur un maximum de terminaux en un minimum de temps. Nous allons donc très probablement assister à une course à la taille critique. Je ne pense pas qu’un système va écraser les autres mais plutôt une configuration où le marché est réparti entre 4 à 5 OS.

Des terminaux polymorphes pour contenter le plus grand nombre

À partir du moment où le « problème » du système d’exploitation (et du nombre d’applications disponibles) est résolu, rien n’empêche les industriels de segmenter le marché à l’infini et de proposer différents formats de terminaux pour cibler de façon plus fine les différentes niches de clients.

Des touchbooks pour petits et grands
Des touchbooks pour petits et grands

Le but de la manoeuvre est de proposer des machines parfaitement adaptées aux clients-cibles. Ça fonctionne donc pour les petits avec le iXL de Play Fish mais ça pourrait aussi fonctionner pour les séniors ou n’importe quelle autre niche.

Et puisque l’on parle de segmentation, impossible de ne pas évoquer le tout récent Windows Phone de Microsoft. Conscient du retard accumulé avec Windows mobile, les équipes de Microsoft ont pris la décision radicale de faire table rase du passée et de proposer un tout nouveau concept avec cette téléphone grand public propulsé par le système d’exploitation du Zune.

wp7_startscreen

Sage décision car le marché des smartphones sur-puissants à vocation BtoB commence à être sacrément bouché (Symbian, Android, BlackBerry, Palm). C’est donc un coup de maître de la part de Microsoft qui rompt définitivement l’héritage culturel de Windows et Office pour se montrer sur un nouvel angle (Xbox, Zune, Facebook). Ce nouveau positionnement grand public et plus abordable en terme de sophistication et de prix va permettre à Microsoft de réduire considérablement la pression concurrentielle en s’attaquant au middle-market (situé entre les téléphone basics et les smartphones).

Nouveaux usages = nouveaux revenus (ou pas)

Je n’ai pas eu la chance de participer au grand raout annuel de la mobilité à Barcelone (le Mobile World Congress), mais les comptes-rendus que je peux lire à droite et à gauche (cf. Mobile World Congress: some thoughts on day 1) me laissent penser qu’une nouvelle vague d’innovation est en train de déferler avec beaucoup d’investissements dans le software, une segmentation plus fine et une réflexion de fond sur les usages. Et même si les terminaux sont globalement plus intelligents, la sur-enchère technologique semble être compensée par des approches marché plus pertinente : Moins de puissance mais plus d’autonomie, de confort, d’adéquation…

L’innovation s’accélère, et les géants du monde informatique (Google, Apple, Microsoft) ne compte pas se laisser distancer. Pourquoi ? Tout simplement car cette vague de terminaux alternatifs va avoir une conséquence directe sur les revenus générés par la vache à lait du web : la recherche. Autant les ordinateurs sont parfaitement équipés pour faire une recherche dans de bonnes conditions (clavier complet pour saisir les mots-clés, large écran pour afficher les résultats, souris pour naviguer dans les résultats), autant sur un touchbbok ou un smartphone c’est complètement différent car les périphériques de saisie / d’affichage rendent la recherche plus délicate.

Nous sommes ainsi dans une dynamique de découverte plutôt que de recherche. Les géants comme Google, Apple et Microsoft investissent massivement pour ne pas perdre le contrôle de l’interface et se réserver des espaces de valorisation et de mise en avant du contenu. Les bannières et autres mots-clés sponsorisés vont donc être remplacés par des têtes de gondoles. Qui s’en plaindra ?

Un nouveau paradigme de l’outil informatique

Les 10 dernières années ont été consacrées au perfectionnement des services et contenus web consommés au travers d’un ordinateur. Les 10 prochaines années seront consacrées à la découverte de nouveaux services / contenus et à l’appropriation de nouveaux types de terminaux aux contraintes et spécificités très variées. Tout ceci vous semble peut-être un peu lointain, mais je vous donnes rendez-vous en 2020 pour faire le point sur ces usages nomades et surtout sur l’impact qu’ils vont avoir sur notre façon de concevoir, distribuer et consommer de nouveaux services et contenus. Peut-être engendreront-ils de nouvelles formes de dépendance ou de cyber-criminalité…

Je suis en tout cas fermement convaincu que nous entrons dans une nouvelle ère, celle de l’informatique nomade, tactile et sociale. Il va donc nous falloir complètement ré-inventer les expériences utilisateur (interfaces et contenus) pour mieux coller à ce paradigme du marché.

Google Buzz mérite-t-il tout ce buzz ?

Cela fait à peine 4 jours que Google Buzz est sorti, mais le tout nouveau service de Google affiche déjà une fréquentation record : 2 Days Of Buzz: 9 Million Posts And Comments. 200 Posts Per Minute From Mobile. And Security Fixes. Après avoir manipulé ce service, il est maintenant très clair que la cible visée n’est pas Twitter mais définitivement Facebook. Pas nécessairement le Facebook que nous connaissons (avec les applications) mais plutôt sa version allégée (Facebook Lite) ou encore FriendFeed.

Comparison entre Google buzz, Facebook Lite et FriendFeed
Comparison entre Google buzz, FriendFeed et Facebook Lite

L’intégration de Buzz dans Gmail est par contre un choix très structurant dans la dynamique sociale et le positionnement du service :

  • Buzz repose sur le graph social de vos vraies relations, les personnes avec qui vous échangez le plus d’emails – pas des relations numériques (cf. Qu’est-ce qu’un ami ?) ;
  • Le mariage forcé entre Buzz et Gmail provoque des effets de bords (pollution de la boîte de réception, problèmes de confidentialité : Google Buzz Has A Huge Privacy Flaw) ;
  • Il n’y a pas de groupes ou de pages carrefour où les utilisateurs peuvent se croiser librement.

Tout ceci fait que Buzz n’est pas réellement proche de Facebook dans son approche des interactions sociales et sa dynamique communautaire (cf. Google Buzz Is Not A Facebook Killer). Quand on y réfléchit bien, Google Buzz est surtout un prétexte pour donner une très forte visibilité aux Google profiles.

La prise en main est donc déroutante pour ceux qui sont habitués à Facebook / Twitter et ne savent pas trop comment définir ce nouveau service (« messagerie à la sauce sociale« , « Gmail 2.0« , « Gmail + RSS« , « Wave pour les débutants« …). Nous pourrions faire un raccourci en disant que Google essaye de se créer sa propre catégorie pour pouvoir profiter de l’effet de levier de ses autre services. Autant l’objectif de Facebook a été d’extraire les internautes de leur messagerie pour les amener à n’utiliser que le portail (à grand renfort de notifications par mail), autant Google Buzz essaye de faire l’inverse : Extraire les internautes des plateformes sociales pour les ramener dans leur messagerie. La manœuvre est habile et arrive juste au moment où sortent les rumeurs de l’émancipation du système de messagerie interne de Facebook en service de mail. Je reste persuadé que l’objectif n’est pas de tuer Twitter ou Facebook mais plutôt d’équilibrer le rapport de force et surtout de prolonger la durée de visite sur Gmail.

Toujours est-il que ce nouveau service va avoir un effet pervers sur la fragmentation des commentaires : Google Buzz va accélérer l’éparpillement et la pollution des conversations. L’émergence de standards d’interopérabiltié entre ces différentes plateformes se fait de plus en plus sentir. Sur ce point précis Google Buzz semble avoir une longueur d’avance avec une très forte ambition autour des APIs disponibles. Finalement c’est en ce sens que Buzz est proche de Twitter : Devenir une sorte de couche de communication entre les différentes plateformes sociales.

Mais Buzz n’en est qu’à ses balbutiements et la liste des évolutions souhaitées par la communauté est longue. Si je devais me prononcer, j’en citerais trois :

Donc au final je pense que Google Buzz est encore très loin de son potentiel réel. Pour le moment son lancement n’est qu’une manoeuvre défensive mais pourrait bien se transformer en une première brique d’un nouvel empire social made in Google.

Google lance Buzz pour contrer Facebook et Twitter

L’annonce vient juste de tomber, le nouveau produit « social » de Google s’appelle Google Buzz : Introducing Google Buzz et Google Buzz in Gmail.

GoogleBuzz_logo

À première vue il s’agit plus d’un outil de micro-partage à la FriendFeed que de microblogging à la Twitter. Ce nouveau service semble très ambitieux et représente la réponse de Google à Facebook, mais également à des services qui montent comme FourSquare.

Un service déjà à jour par rapport à ses concurrents

Voilà ce que l’on sait de Google Buzz pour le moment :

  • C’est un service intégré à Gmail (un onglet juste sous Inbox) qui permet de partager des liens, photos, images… ;
  • Les publications peuvent être privées, publiques ou restreintes (auprès d’un groupe d’amis) ;
  • Les tweets sont ouverts aux commentaires et sont agrégés dans des conversations (comme Gmail), il est également possible d’apprécier une publication (Like) ;
  • Il est possible d’adresser un tweet à une personne en particulier avec le signe @ ;
  • Les tweets seront géolocalisés, il sera possible de consulter tous les tweets d’un endroit en particulier sur les Place pages ;
  • Le service est disponible sur les terminaux mobiles et synchronisé avec Google Maps ;
  • Le flux de tweets sera filtré pour limiter la pollution.

Plus d’infos ici : Google Goes Social with Google Buzz.

L’interface est, comme toujours chez Google, très épurée et intuitive :

L'interface de Google Buzz
L'interface de Google Buzz

Il semblerait donc que les équipes de Google aient décidé d’adopter une posture de suiveur réactif plutôt que d’innovateur : If Google Wave Is The Future, Google Buzz Is The Present.

Voici à quoi ressemble un profil avec un flux de Buzz (en l’occurence celui de Mashable) :

Le Buzz de Mashable
Le Buzz de Mashable

Plus proche de Friendfeed et Foursquare que de Facebook et Twitter

Même si je n’ai pas encore pu tester ce service (déploiement en cours…), je pense ne pas me tromper en disant que ce service ne souhaite pas devenir un clone de Twitter et propose ainsi des fonctions plus proches de FriendFeed :

  • Pas de limitation dans le nombre de caractères ;
  • Possibilité de commenter les publications ;
  • Affichage des photos et vidéos directement dans les tweets…

Le fondateur de FriendFeed a déjà fait un petit commentaire à ce sujet : FriendFeed (and Gmail) Founder’s Reaction To Google Buzz: “This Seems Vaguely Familiar”.

Ce service est également assez proche de Foursquare ou Brightkite :

  • Les tweets sont géolocalisés et donc consultables dans un périmètre donné (nearby) ;
  • Les points d’intérêts agrègent les tweets publiés à proximité (principe de placestream) ;
  • Il est possible de simplement signaler son passage dans un lieu sans rien publier de particulier (l’équivalent d’un ping ou d’un check-in) ;
  • Le service est disponible sur les téléphones mobiles et smartphones.
La version mobile de Google Buzz
La version mobile de Google Buzz

Si vous ne pouvez accéder à la version web sur Gmail, la version mobile sur buzz.google.com est dès maintenant accessible via iPhone ou smartphone Android (avec la reconnaissance vocale en prime).

Un service intégré à la suite Google qui exploite le graph social des utilisateurs

L’avantage de coupler ce service à Gmail est de pouvoir bénéficier directement de la base d’utilisateurs et de pouvoir exploiter leur graph social. Il n’existe pas à ma connaissance de chiffres officiels, mais il me semble qu’il y a près de 100 millions d’utilisateurs de Gmail dans le monde, ce qui place Google Buzz largement en retrait par rapport à Facebook et ses 400 millions de membres (dont une bonne partie hyper-actifs).

Là où Google Buzz peut par contre faire la différence, c’est qu’il s’intègre à une myriade de services existants pour servir de ciment social : Picasa pour les photos, YouTube pour les vidéos, Latitude pour la géolocalisation, Profile pour l’authentification, Reader pour les news, Goo.gl pour les URLs courtes… Il est également possible d’importer vos publications d’autres sites comme FlickR, Twitter et bien sur vos flux RSS.

Autant dire que nous pouvons nous attendre à un démarrage canon pour ce service, en tout cas sûrement plus rapide que Yahoo! Meme ou Yahoo! Buzz. En fait ce qui va vraiment accélérer le déploiement du service va être sa capacité à analyser votre historique de mails et à construire ainsi votre liste de followers / followings à partir de votre base de contacts.

Un service tourné vers l’avenir (et contre Facebook)

En faisant le choix de ne pas limiter les tweets à 140 caractères, Google Buzz se tourne donc résolument vers l’avenir (pour s’extraire de la contraintes des SMS, même si le service est compatible). Notons de plus qu’il n’y aura pas d’application iPhone / Android mais plutôt une application en ligne construite visiblement avec HTM5. Plus simple à déployer / maintenir, pas besoin de se faire approuver dans les marketplaces, prise en charge native de la géolocalisation… les avantages sont nombreux et ce service s’intègre à merveille sur le tout récent Nexus One.

Si l’on prend un peu de recul, il semble clair que ce nouveau service est la réponse tant attendue de Google à Facebook, il signe le grand retour de Google dans les médias sociaux depuis le rachat de Blogger et YouTube (Orkut ne compte pas). Attendez-vous à une bataille épique et surtout une course à l’armement.

Quel va être l’impact du lancement de Google Buzz ?

Difficile de se faire un avis sur ce service dans la mesure où je n’ai pas encore mis la main dessus. Mais je peux néanmoins émettre quelques hypothèses :

  • Gmail se positionne donc comme la pierre angulaire de la stratégie sociale de Google (mail + messagerie instantanée + microblog), ceci pourrait confirmer une probable fusion de Wave et Gmail ;
  • La pression sur Facebook va être de plus en plus forte, j’anticipe une accélération du processus de transformation open source de Facebook pour garder les faveurs de la communauté (à moins que Google ne les prenne de vitesse : How Google Buzz is Disruptive: Open Data Standards) ;
  • De nouvelles opportunités de revenus pour les AdWords ;
  • Une ré-orchestration des real-time search et des social search results ;
  • Disparition prochaine de services de moindre importance comme Jaiku ou Latitude ;
  • Intégration probable dans les Google Apps pour en faire un outil de micro-partage interne ;
  • Remise à jour en urgence des social desktop apps comme Tweetdeck, Seesmic & cie ;
  • Pourquoi pas le lancement ou le rachat d’un service équivalent par Apple.

À ce stade je ne me risquerai pas à prédire une disparition prochaine de tel ou tel service. J’imagine que dans un premier temps Google Buzz va venir compléter une liste déjà bien longue. Pour la suite et son avenir à moyen terme, celà va dépendre de l’implication de Google dans la promotion de ce nouveau service (cf. Les acquisitions ratées de Google) et de la place qui va lui être laissé dans la stratégie globale.

Mes 3 sites coup de coeur (février 2010)

Comme chaque mois je vous propose ma petite sélection de sites avec une édition particulièrement hétéroclite.

Commençons avec le site minimaliste de rigueur d’une agence d’Amsterdam : Made By Sofa.

La page d'accueil du site MadeBySofa.com
La page d'accueil du site MadeBySofa.com

La page et son contenu est épurée au maximum, la typographie soignée, les différents éléments parfaitement alignés. Rien à redire, c’est fait dans les règles et moi… j’adore !

Ambiance beaucoup plus colorée avec ce biscuitier de Philadelphie : FamousCookies.

La page d'accueil de FamousCookies.com
La page d'accueil de FamousCookies.com

Très belle harmonie des couleurs, excellent travail d’ambiance sur les typographies, illustrations généreuses, clin d’oeil graphique un brin rétro… Là encore c’est un quai sans faute pour ce site à l’excellente lisibilité. Passez votre souris sur les menus « Cookies » et « Assortments » pour vous donner l’eau à la bouche !

Terminons avec Die Antwoord, un groupe d’électro-rap de Cap Town :

Le site du groupe Die Antwoord
Le site du groupe Die Antwoord

Je ne sais pas trop décrire ce qui me fascine dans ce site : Les photos et look dégantés des membres du groupe, la musique et l’accent du chanteur, le système de navigation et le player audio aux couleurs acidulées… Il y a un je-ne-sais-quoi d’inspirationnel dans ce site, mais à ne pas mettre entre toutes les mains ! (via @gromain)

Voilà, le tour du monde est bouclé. La suite le mois prochain.

Hypothèses d’usages et opportunités de revenus pour l’iPad

Suite à une annonce ayant généré beaucoup trop d’excitation et d’attentes pour contenter les plus exigeants (dont je fais partie : Avec l’iPad, Apple lance un touchbook qui ne risque pas de concurrencer les ebooks) et après quelques jours de réflexion, je souhaite partager avec vous quelques hypothèses sur les usages et opportunités de revenus autour de l’iPad.

L’iPad n’est pas fait pour les livres électroniques

J’ai déjà abordé ce sujet dans des précédents billets mais la lecture des diverses réactions suite à la présentation publique de l’iPad me conforte dans l’idée que touchbooks et ebooks boxent dans deux catégories bien distinctes (cf. Quels contenus pour les touchbooks et ebooks ?). Je pense donc ne pas me tromper en affirmant que la vente de livres et journaux électroniques sur l’iPad sera un flop, à moins qu’ils apportent des évolutions technologiques majeures comme l’encre électronique (comme le fait la machine de PixelQi).

La compétition iPad / Kindle s’arrête là dans la mesure où Amazon a prit une sérieuse longueur d’avance sur un marché encore embryonnaire avec plus de 2 millions d’unités vendus (Amazon CEO: “Millions” of Kindles Sold) et une dynamique commerciale très incisive (Amazon Unveils New Kindle Royalty Option; Incentive To Keep E-Book Prices Down et Amazon Now Sells 6 Kindle Books for Every 10 Physical Books When Both Editions Are Available).

Des magazines digitaux financés par de la publicité ultra-ciblée

Intéressons-nous maintenant à ce pour quoi l’iPad a été conçu : du contenu rich media. Nous savons ainsi que plusieurs groupes de presse travaillent sur un nouveau format de magazine digital mélangeant texte, photos et vidéos dans une interface spécifiquement adaptée aux touchbooks (cf. Sports Illustrated Tablet Demo et Condé Nast Will Have Apple iPad Apps Ready For Shipping Day).

Concept de magazine digital sur un touchbook
Concept de magazine digital sur un touchbook

L’intérêt de ces magazines serait de proposer une nouvelle expérience de lecture (cf. Quelles interfaces pour les touchbooks ?). Ils pourraient être lus en ligne ou hors ligne (sous forme d’applications) et seraient achetés à l’unité (0,99$) ou sous forme d’abonnement pour pouvoir accéder à des services complémentaires comme des bases de données sportives, financières, historiques…

Accès aux statistiques de joueurs sur un touchbook
Accès aux statistiques de joueurs sur un touchbook

Ou alors… ces magazines pourraient être financés par de la publicité, mais pas n’importe laquelle : celle d’Apple. Souvenez-vous ainsi qu’Apple a très récemment racheté une société spécialisée dans la publicité mobile (Quattro Wireless). Vu sous cet angle, on comprend mieux pourquoi Apple ne veut pas du lecteur Flash sur l’iPhone et l’iPad : pour pouvoir bloquer toutes les régies publicitaires et imposer la sienne. Avec ce rachat, Apple est maintenant le seul maître d’un écosystème où il maitrise la chaine de distribution, de monétisation et d’encaissement (cf. The iPad Will Make Apple’s Acquisition Of Quattro Wireless Look Even Smarter).

iTunes est ainsi la pierre angulaire pour une technologie de recommandations personnalisées et de ciblage publicitaire en fonction du profil des utilisateurs (selon leurs goûts musicaux ou ludiques), l’historique des achats, la localisation (puce GPS ou triangulation). La fonction Genius se transformerait ainsi en une sorte d’assistant d’achat.

Des catalogues VPC numériques financés par l’affiliation

En poussant cette logique d’expérience de lecture enrichie, nous pourrions également l’appliquée aux VPCistes qui existent déjà sous forme de catalogues et de sites web. La version touchbook serait une application à mi-chemin entre catalogue en ligne et publi-reportages verticalisés : fashion pour les fringues, lifestyle pour les objets du quotidien, bricolages pour le petit outillage, voyages, cuisine…

Tout l’intérêt d’un tel dispositif serait de proposer une expérience intégrée avec de l’achat en un clic. Certes, Amazon le propose depuis longtemps, mais son catalogue est limité et le contenu inspirationnel fait cruellement défaut. J’imagine tout à fait Apple réclamer un « pas de porte virtuel » aux VPCistes pour installer leur application par défaut et leur donner accès à sa base d’utilisateurs (en plus prélever une commission sur les transactions). Hé oui, car l’iPad s’insère dans un dispositif bien rôdé où Apple a déjà collecté 150 millions de N° de cartes bancaires.

Vous pourriez me dire que tout le monde est libre d’installer n’importe quelle application, certes, à condition qu’elle soit référencée dans l’App Store. Avec un écran de 1024*768 ce type d’applications marchandes pourrait faire des merveilles : Apple’s iPad Raises Stakes on Rich Advertising and Branded Apps.

Pour les annonceurs et distributeurs, ce micro-canal de distribution présenterait l’énorme avantage d‘immerger le prospect / client dans un environnement maitrisé où la concurrence n’est plus réellement à un clic. Exemple avec l’application Rugby de Ralph Lauren pour l’iPhone / iPad :

Application marchande de Ralph Lauren pour iPhone / iPad
Application marchande de Ralph Lauren

Une télécommande « riche » pour des contenus additionnels et piloter vos contenus multimédia

Regarder un film ou écouter un album sur l’iPad ne semble pas présenter un grand intérêt. Par contre si vous couplez l’iPad avec un autre terminal (iMac ou TV), vous ouvrez la porte à de nombreuses possibilités. L’iPad serait ainsi une sorte d’écran complémentaire vous permettant de bénéficier de contenus additionnels (résumés d’épisodes précédents pour une série TV, statistiques ou autres angles de vue pour un évènement sportif…).

Nous pourrions même envisager un usage inédit : Piloter un media center au travers d’une expérience bien plus riche (coverflow…). L’idée serait ici de pouvoir visionner / consommer des contenus multimédias stockés sur un serveur (une sorte de time capsule en version XL) sans avoir à allumer votre ordinateur. Ceci fonctionne aussi avec l’AppleTV (peut-être mieux !).

Il est également possible d’imaginer de nombreuses applications à valeur ajoutée en ce qui concerne la domotique.

Une nouvelle approche du jeu tactile

L’iPhone s’est rapidement imposé comme la nouvelle coqueluche des casual games, mais les caractéristiques avantageuses de l’iPad laissent présager une nouvelle génération de jeux tirant parti du large écran tactile, de l’accéléromètre, du GPS et de la puissance de la machine (prolongeant ainsi le gameplay tactile de la DS de Nintendo).

Autre domaine où l’iPad pourrait proposer une nouvelle approche : le jeux sociaux. Le magazine Fast Company avance ainsi une hypothèse très crédible de mécanique de jeux où l’iPad servirait de serveur pour cordonner plusieurs joueurs sur iPhone en mode P2P local : Here’s the Vision of iPad Gaming Greatness Apple Overlooked.

Concept de jeu de poker en mode P2P
Concept de jeu de poker en mode P2P local

Certains ‘hésites pas à dire que l’iPad pourrait être l’évolution ultime du jeu de plateau : iPad board games: Apple has created a ‘Jumanji platform’.

Bientôt un Monopoly tactile sur l'iPad ?
Bientôt un Monopoly tactile sur l'iPad ?

Ce principe ne s’applique pas à tous les jeux, mais pourrait générer des revenus non-négligeables sur certains types de jeux très rentables.

Autre exemple avec les MMORPG : l’iPad pourrait servir d’écran supplémentaire pour pouvoir gérer vos armes et armures, pour afficher la carte du niveau ou encore pour communiquer avec les autres joueurs : What could Apple’s new iPad mean for MMOs?. Encore une fois, ceci ne concerne pas des dizaines de millions de joueurs, mais peut représenter des revenus complémentaires intéressants pour les éditeurs.

Reste enfin la niche des MMTRG qui seraient bien plus intéressants à jouer avec un écran plus large et un processeur plus puissant.

De nombreux nouveaux usages à inventer et un gros concurrent à surveiller

Ces quelques hypothèses ne sont qu’une petite partie du potentiel de ce terminal qui doit encore trouver sa place. Souvenez qu’à la sortie de l’iPhone nous étions loin de nous douter que ce petit appareil allait révolutionner le monde des télécoms. Au fil des mises à jour, l’iPhone s’est même transformé en un combiné multi-fonctions à très forte valeur ajoutée : téléphone, agenda, baladeur numérique, console de jeux, GPS, modem… L’iPhone est selon moi l’invention la plus révolutionnaire de ces 10 dernières années, attendons de voir ce que pourra donner l’iPad dans sa troisième ou quatrième itération.

Malgré de nombreux pseudo-concurrents déjà sur les starting blocks (9 Upcoming Tablet Alternatives to the Apple iPad), Apple semble tout de même avoir pris une sacré longueur d’avance grâce à un écosystème déjà très dense et un parc de dizaines de millions d’utilisateurs. Et n’oublions pas qu’en plus de maitriser le software, Apple est en train d’élever de très sérieuses barrières à l’entrée au niveau du hardware avec une tout nouveau processeur fabriqué par une société rachetée en 2008 (cf. The Real iPad Revolution Is The A4 Chip That’s Running It) ainsi qu’une technologie révolutionnaire de batteries longue durée (10 H d’autonomie) déjà éprouvée sur les nouveaux MacBook.

Aujourd’hui le seul acteur qui pourrait inquiéter Apple est Google : Non seulement car ils ont une alternative très crédible déjà en phase de commercialisation (MSI to Release Its Own Tablet, Does Multitasking) et qu’il s’apprêtent à frapper fort avec Chrome OS (Google Building Touch into Chrome OS? et The iPad And Chrome OS Netbooks Are On A Collision Course).

Plutôt que de faire des prédictions hasardeuses sur l’issue de la bataille Apple contre le-reste-du-monde, j’invite plutôt les annonceurs à réfléchir dès maintenant à la façon dont ils pourraient repenser leur présence en ligne au travers d’applications / widgets compatibles avec les touchbooks.

De là à dire que nous allons probablement voir apparaitre un nouveau type d’agences (les agences « touch-web« ) il n’y a qu’un pas. À votre avis, quels acteurs seraient les plus légitimes : les agences web ou les agences spécialisés en applications mobiles ?

Avec l’iPad, Apple lance un touchbook qui ne risque pas de concurrencer les ebooks

Après une interminable attente Apple vient enfin d’annoncer son touchbook : l’iPad. Pour faire simple disons qu’Apple s’est contenté du strict minimum en proposant un gros iPhone (ou un gros iPod Touch si l’on considère la version sans connexion).

iPad_Home
L'écran d'accueil de l'iPad

Rien de très révolutionnaire au niveau des usages (surf sur internet, photos, vidéos, jeux…) ni des technologies mises en oeuvre (écran tactile LED multi touch, connexion WiFi et 3G, 10 heures d’autonomie…). Pour résumer, Apple nous propose avec cet iPad un terminal intermédiaire entre l’iPhone et les MacBooks correspondant à un usage mix intérieur / extérieur.

La future vache à lait de la gamme

Même s’il faut reconnaître l’indéniable qualité de fabrication propre aux produits Apple, force est de constater que cette machine est loin d’être révolutionnaire : pas d’encre électronique, pas de webcam, pas de ports USB ou SD Card, pas de senseurs arrières… Précisons que l’iPad sera propulsé par une version adaptée du système d’exploitation de l’iPhone afin d’assurer une compatibilité avec l’écosystème des applications déjà disponibles. Un choix logique au vu de la richesse de cet écosystème mais qui me laisse sur ma faim : l’iPad est très clairement positionné pour être la vache à lait de la gamme et non développer de nouveaux usages.

La présentation de cet iPad est d’ailleurs entièrement tournée autour des produits « traditionnels » d’Apple : musiques, films, jeux… l’iPad est ainsi le terminal alternatif pour consommer tout ce qui se trouve dans iTunes.

iPad_Games
Les jeux iPhone compatibles avec l'iPad

Les observateurs avertis auront noté la grande ressemblance entre l’iPad et le Litl qui se positionne également sur des usages très « casual » de l’outil informatique domestique :

litl
L'iPad fait quand même beaucoup pensé au Litl, non ?

Toujours pas de Flash dans Safari

L’iPad semble être également un terminal particulièrement bien adapté pour surfer confortablement sur votre canapé. Et pour cause : très léger, il tient bien dans la main et permet d’afficher un site web en pleine largeur grâce à une résolution de 1024*768.

iPad_Safari
Enfin un iPhone capable d'afficher correctement une page web

Seul problème, il n’y a visiblement toujours pas de Flash sur l’iPhone OS :

Pas de flash sur l'iPad
Pas de flash sur l'iPad (et merde !)

Ce manquement est à mon sens une grave erreur car même si cela permet de sécuriser les revenus d’iTunes, cela positionne l’iPad en situation d’infériorité par rapport aux nombreux touchbooks déjà présents sur le marché et surtout les nouvelles générations de machines comme la Slate d’HP.

Un beau gadget pour du travail d’appoint

Steve Jobs a fait sensation lors de la présentation en dévoilant les versions spécifiques d’iWork pour l’iPad : tout a été conçu pour tirer parti des spécificités de la machine.

iPad_iWork
iWork sur l'iPad

J’imagine qu’utiliser un iPad pour projeter un diaporama doit faire sensation auprès des aficionados, mais je doute que le clavier virtuel soit suffisamment confortable pour rédiger dans de bonnes conditions.

iPad_Type
Le clavier virtuel de l'iPad

Comme ils pensent à tout chez Apple vous pouvez bien sur acheter le clavier qui va avec, mais vous perdez ainsi le bénéfice de la transportabilité.

iPad_keyboard
Le clavier qui va avec l'iPad

Donc si nous résumons : l’iPad n’est donc résolument pas tourné vers les usages professionnels. D’autant moins qu’il n’intègre pas de webcam, oubliez donc toutes les possibilités d’en faire le terminal ultime pour faire de la visio-conférence. Vous pouvez éventuellement faire de la VoIP avec l’application Skype ou encore le tout récent Google Voice.

Un terminal pas réellement adapté aux livres et journaux électroniques

Venons-en maintenant au sujet qui fâche : les livres et journaux électroniques. Le NY Times a bien prévu une application adaptée à l’iPad, mais elle me semble guère convaincante pour un usage prolongé car lire sur un écran fatigue les yeux. L’iPad ne va donc pas apporter grand chose au Times Reader, à moins de proposer une mise en page et des services spécifiques (cf. Vers une nouvelle bataille des navigateurs pour les ebooks et touchbooks ?). Mais tout ceci coûtera forcément de l’argent et pourra être rentabilisé par les abonnements mais ne remboursera pas la création du contenu en lui-même.

Je suis plus que sceptique quand au potentiel de l’iPad en tant que lecteur de journaux électronique : le confort de lecture ne sera pas suffisant et l’autonomie est trop faible pour en faire un terminal passe-partout. Je place de bien plus grands espoirs dans le Skiff Reader qui s’annonce réellement révolutionnaire.

Le Skiff Reader qui sera disponible dans le courant de l'année 2010
Le Skiff Reader qui sera disponible dans le courant de l'année 2010

Concernant les livres électroniques, le constat est le même : l’écran de l’iPad n’est tout simplement pas adapté à une lecture prolongée. Même s’ils essayent de bien faire les choses avec une interface où l’on voit les pages tourner, une belle bibliothèque en bois et un très beau iBook Store (comptez 15$ par livre), nous sommes bien loin de l’expérience de lecture proposée par les terminaux à encre électronique (oui c’est bien du Kindle dont je parle).

Les livres électronique sur l'iPad
Les livres électroniques sur l'iPad

Nous en revenons donc à la grande question des contenus (cf. Quels contenus pour les touchbooks et ebooks ?) et je reste persuadé que touchbooks et ebooks ne sont pas réellement concurrents.

Un terminal grand public qui ne va pas révolutionner le marché

Au final nous avons donc une belle machine qui se contente de reproduire l’expérience (concluante) de l’iPhone en prolongeant les usages existants (web, musique, jeux, vidéos…) sans chercher à réellement bouleverser le marché. Comprenez par là qu’avec l’iPad, Apple cherche avant tout à générer du cash au travers de l’écosystème iTunes, mais il en faudra plus pour révolutionner l’outil informatique.

Car même si l’iPad est proposé à 499$, la version complète s’approche des 1.000$ (avec 64 Go de stockage, connexion 3G, station d’accueil, câbles et étui). Et 1.000$ c’est beaucoup plus qu’un touchbook équipé d’Android. Et oui, vous vous doutiez bien que j’allais parler de Google à un moment !

Soyons lucide, ils annoncent trois mois de délai pour la version 3G, trois mois c’est plus qu’il n’en faut à Asus ou HTC pour finaliser un touchbook compatible avec le système d’exploitation mobile de Google qui propose un bien plus grande liberté et un navigateur web avec Flash (cf. Flash Player bientôt disponible sur les smartphones Android). Même si la machine sera moins bien fignolée, elle sera moins chère et surtout plus « ouverte ».

Pour finir je dirais que l’absence de clavier physique sur l’iPad risque d’en rebuter plus d’un. J’invite ceux qui prétendent le contraire à poser la question aux possesseurs de terminaux Blackberry (ils ne sont pas prêt à abandonner leur petit clavier au profit d’une dalle tactile). Ceci laisse donc une autoroute aux netbooks de nouvelle génération qui répondront aux mêmes usages mais avec un clavier en plus. Je pense que le smartbook de Qualcomm associé à Chrome OS sera bien plus disruptif (cf. Avec Chrome OS Google se positionne sur l’outil informatique du futur).

Le smartbook selon Qualcomm
Le smartbook selon Qualcomm

Quel impact sur le marché ?

Au vu de ce qui vient d’être annoncé, j’anticipe un alignement du marché pour préparer l’arrivée de ce terminal :

  • Ajustement des caractéristiques techniques et des interfaces des touchbooks des autres constructeurs ;
  • Généralisation des widgets sur les netbooks (une bonne nouvelle pour Jolicloud) ;
  • Baisse du prix du Kindle et accélération du déploiement d’applications pour ebooks ;
  • Lancement en catastrophe sur le marché de terminaux hybrides propulsés par Android (en attendant Chrome OS).

Rien de révolutionnaire dans tout ça, et pour cause car l’iPad ne possède pas les caractéristiques nécessaires à l’initiation d’une nouvelle révolution des usages. Pour cela il faudra attendre les smartbooks (ou le Kindle 3) (ou le Nexus Two).

Quels contenus pour les touchbooks et ebooks ?

Alors que la blogosphère n’en finit plus de spéculer sur le probable lancement du touchbook d’Apple la semaine prochaine, je m’interroge aujourd’hui sur les nouveaux usages qui vont se développer autour de ces nouveaux terminaux (puisqu’ils finiront par sortir, chez Apple ou un autre). Et tant que j’y suis, je souhaiterai également partager avec vous ma réflexion sur la dichotomie entre les contenus destinés aux touchbooks et ceux destinés aux ebooks.

Surf d’appoint, contenus numérisés et additionnels pour les touchbooks

Les dernières rumeurs concernant le touchbook d’Apple parlent d’un terminal versatile utilisé par toute la famille. Une rumeur parfaitement fondée car j’imagine tout à fait ce terminal de petit format trainer dans le salon afin de pouvoir faire des consultations rapides sur tel ou tel site.

Le probable look&feel du probable touchbook d'Apple
Le probable look&feel du probable touchbook d'Apple (image de Fotoboer)

Pour une session de surf plus longue, les ordinateurs traditionnels (et même les netbooks) sont bien évidemment plus confortables, mais ils sont plus longs à démarrer et ne sont pas forcément rangés dans le salon. Outre cet usage premier, j’anticipe toute une série d’usages et de contenus spécifiquement adaptés aux caractéristiques de la machine (petite taille, très bonne autonomie, démarrage en quelques secondes…).

Concernant les contenus, différents scénarios sont à envisager :

Il y a également un ensemble de contenus additionnels couplés à des programmes TV ou autre :

  • Des encyclopédies de séries TV (résumés des épisodes, fiches sur les personnages…) qui seraient consultables avant / pendant ou après le visionnage d’un épisode (pourquoi pas sous forme d’abonnement ou sponsorisées) ;
  • Une retransmission enrichie d’évènements sportifs comme par exemple les J.O; d’hiver ou la coupe du monde, où il serait possible d’avoir les résultats et statistiques en temps réel sur votre touchbook pendant que vous regardez à la TV le direct, de même que des fiches très détaillées sur une équipe de foot ou un joueur (disponibles également sur abonnement ou sponsorisées par une marque) ;
  • Des flux d’informations ultra-fraîches centrées sur un évènement particulier, par exemple la catastrophe en Haïti qui serait couverte sous tous les angles ;
  • Des publications hybrides (texte + énigmes + visuels + vidéos) comme le propose Level 26 (cf. Le Diginovel Level 26 à l’épreuve du clic)…

Les possibilités sont nombreuses (cf. 5 Industries an Apple Tablet Could Revolutionize) mais je suis persuadé qu’il est tout à fait possible de développer un écosystème viable d’applications et de contenus autour des touchbooks pour parfaitement exploiter leurs caractéristiques.

Jeux low-fi, livres interactifs et apprentissage sur les ebooks

Intéressons-nous maintenant aux ebooks. et plus particulièrement au Kindle d’Amazon qui combine la technologie révolutionnaire d’encre numérique (excellent contraste, autonomie de plusieurs semaines) et des capacités de communication via le réseau 3G Wispernet.

Mais avant toute chose, juste une précision pour ne pas polluer votre réflexion : Non les livres électroniques ne remplaceront pas les livres papier, ils sont aux livres traditionnels ce que les fichiers MP3 sont au CD. Comprenez par là que l’expérience de lecture / écoute est certes inférieure, mais vous compensez cela par une praticité inégalée (n’importe quel chanson / livre accessible en quelques clics) et surtout du volume (des milliers de chansons / livres dans votre poche).

Le livre électronique d'Amazon
Le livre électronique d'Amazon

La grosse annonce de cette semaine a été la disponibilité prochaine d’un kit pour pouvoir développer des applications pour le Kindle : Amazon to Launch App Store for Kindle. Ce kit ouvre ainsi de nombreuses possibilités :

  • Des jeux low-fidelity qui pourraient être joués en local (casse-tête et casual games : EA Readying ‘Popular and Fun’ Kindle Games) ou joués en ligne (des parties d’échec ou de dames qui seraient jouées en asynchrone contre un adversaire humain ou contre un agent intelligent) ;
  • Des livres-jeu comme il en existait avant (cf. la série des Livres dont vous êtes le héros) qui pourraient facilement être remis au goût du jour pour cibler leur public d’origine ;
  • Des cours de langue ou autre contenus pédagogiques (sous forme de leçons + exercices) ;
  • Des applications de personnal coaching (toujours sous forme de leçons + exercices / méditations) qui seraient une version simplifiée des programmes d’entrainement cérébraux mais sur des thématiques plus larges…

Là encore tout reste à inventer et je suis persuadé que le Kindle (ou d’autres) peut s’aménager une niche très rentable s’il parvient à trouver sa cible (générations x et au-delà) et à lui fournir des contenus et applications adaptées (après tout Nintendo a bien réussi à convertir les seniors…).

2010 sera une année cruciale pour la structuration du marché

Je précise une chose importante : Touchbooks et ebooks ne sont pas à considérer comme des produits réellement grand public mais plutôt comme des offres de niche. Cela ne veut en aucune façon dire que ces niches ne seront pas rentables, bien au contraire ! Face à un internet où les utilisateurs sont habitués au tout gratuit, ces deux types de terminaux pourraient bien représenter de véritables bouffées d’oxygène pour certains secteurs à l’agonie.

Pour le moment l’offre est tellement embryonnaire et le marché instable qu’il faut impérativement des acteurs sur-puissants pour « ouvrir la voie » et orchestrer de façon viable la rencontre entre ces machines, les contenus d’éditeurs tiers et le public qui ne sait pas encore trop à quoi cela va lui servir. Heureusement nous avons Amazon et Apple qui vont dominer le marché (au moins dans un premier temps) et éviter l’erreur de faire trop de compromis comme les constructeurs de netbooks ont pu le faire (et tuer ainsi un concept très prometteur).

2010 sera donc une année cruciale pour bien poser les règles et conditions de marché pour qu’un écosystème durable se crée. Inutile de vous dire que je suis plus qu’impatient de voir comment cela va se dérouler…

Des avis client toujours plus structurés chez GAP, Zappos et Moosejaw

Je poursuis ma découverte en profondeur des dernières innovations et raffinements en matière de e-commerce avec les fonctionnalités liées aux avis client. Jusqu’à présent ma référence était sans conteste Amazon (en version US) qui propose des statistiques sur le nombre d’étoiles, l’appréciation des avis eux-mêmes et une remontée des meilleurs avis positifs et négatifs :

Les avis client chez Amazon US
Les avis client chez Amazon US

Mais j’ai découvert récemment des choses tout à fait intéressantes chez Zappos avec des avis plus structurés sur le port de la chaussure (« cette chaussure est taillée trop large ou trop grande« ) :

Les avis client chez Zappos
Les avis client chez Zappos

De même, on trouve chez Moosejaw des avis qui peuvent être filtrés en fonction de l’âge, du genre ou du niveau des clients (utile car il s’agit avant tout d’articles de sport et de randonnée) :

Les avis client chez Moosejaw
Les avis client chez Moosejaw

Il y a enfin chez GAP des avis clients encore plus structurés que chez Zappos avec la possibilité d’apprécier la coupe d’une chemise ou d’un jean (longueur, largeur aux hanches…) et le rendu en fonction du style (casual, plus habillé…) :

Les avis client chez GAP
Les avis client chez GAP

Bien évidemment tout ceci ne fonctionne qu’avec un minimum d’avis mais ces fonctionnalités (structuration, filtres) apporte une information très précieuse dans le processus de décision d’achat, d’autant plus quand il est question d’habits ou de chaussures que l’on ne peut pas toucher comme en magasin.

Si vous avez d’autres bons exemples, merci de laisser les URLs en commentaire.

Comment les nouvelles règles de Facebook vont modifier le comportement des utilisateurs

Si vous êtes utilisateur de Facebook (et il y a toutes les chances pour que vous le soyez, comme 15 millions de français) alors il y a deux choses que vous devez savoir :

  1. Vous êtes propriétaire de vos données personnelles mais Facebook se réserve le droit de les utiliser à sa guise (cf. les nouvelles CGU : Facebook’s Great Betrayal) ;
  2. Si vous ne modifiez pas les paramètres de confidentialité, vos données personnelles sont maintenant visibles par tous.

Oui vous avez bien lu : Facebook n’est officiellement plus un réseau social fermé mais une plateforme sociale ouverte où n’importe quel internaute peut parcourir votre profil et les informations qui y sont affichées :

Les nouveaux paramètres de confidentialité de Facebook
Les nouveaux paramètres de confidentialité de Facebook

Tout ceci est la résultante d’un changement de stratégie radical expliqué par le patron de Facebook en personne : Facebook’s Zuckerberg Says The Age of Privacy is Over. Publier des profils et des informations personnelles n’est pas très choquant en soit (après tout c’est ce que font des millions de blogueurs et tweeteurs) mais ce qui est gênant c’est que le service s’est toujours vanté d’être respectueux de la confidentialité des données, et maintenant qu’il a constitué une base de données gigantesque de profils (avec moyens de contact, listes d’amis, photos, vidéos…) il nous informe que tout ceci est librement accessible à moins que vous ne changiez vos paramètres de confidentialité. Les explications données sont de plus très douteuses (soit disant pour respecter le souhait des utilisateurs et refléter les changements sociaux) : Facebook se fout de la gueule du monde.

Encore une fois ce qui me dérange (et visiblement je ne suis pas le seul), c’est que Facebook décide de le faire après coup. Sur Twitter vous pouvez choisir un pseudo et afficher un avatar, ce que vous y publiez est alors de votre responsabilité. Par contre sur Facebook vous n’avez pas d’autre choix que d’utiliser votre vrai nom et ce sont des dizaines (centaines ? milliers ?) de photos / vidéos qui sont maintenant en libre consultation. Tout ceci est d’autant plus regrettable que certaines règles de sécurité ne sont pas respectées (Pourquoi Facebook a crucifié la sécurité) et que de nombreuses irrégularités ont déjà été constatées (Why You Shouldn’t Trust Facebook with Your Data: An Employee’s Revelations).

La confidentialité comme levier de croissance

Nous en venons donc à nous interroger sur le bien fondé de partager des informations sur internet : Est-il illusoire de penser que l’on peut maîtriser son exposition sociale en ligne ? Non et j’en suis persuadé. Même si la majorité des utilisateurs des médias sociaux est avant tout en recherche de visibilité (cf. La vie privée n’est pas ce que l’on croit et Ok You Luddites, Time To Chill Out On Facebook Over Privacy) ce n’est pas une raison pour forcer la publicité des données personnelles (il y a une grosse différence entre un tweet et votre N° de téléphone portable).

À partir du moment où vous vous inscrivez sur une plateforme sociale où l’objectif est clairement affiché (rendre publiques les informations publiées) ça ne pose pas de problème car les utilisateurs agissent en conséquence. Par contre, Facebook a depuis le début affiché une volonté de privatisation des échanges, ce qui a participé à son succès pour en faire le lieu de rencontre et de partage de référence dans le monde. Mais maintenant la donne a changé : Les profils sont devenus publics par défaut et tant pis pour les informations personnelles et photos que vous avez publié il y a plusieurs mois / années.

C’est donc un changement radical dans la façon d’appréhender le service et ses interactions sociales. De ce point de vue là je rejoins l’avis publié sur R/WW (Why Facebook is Wrong: Privacy Is Still Important), la confidentialité est un élément moteur dans la dynamique communautaire, changez les règles et vous changez la façon dont les utilisateurs vont se comporter.

La conséquence directe de ce changement de paramètres de confidentialité sera donc de modifier les rapports entre les membres et surtout la nature des informations et données qu’ils vont partager.

Vous ne serez plus le même sur le nouveau Facebook

Jusqu’à présent, les membres de Facebook bénéficiaient d’un environnement fermé au sein duquel ils pouvaient échanger des photos /vidéos, partager leur quotidien et sociabiliser comme ils le font dans la vie (puisqu’ils sont dans un cercle limité de connaissances). Les changements de paramètres de confidentialité vont venir perturber ce cercle en modifiant par défaut la visibilité des échanges et données. Bien évidemment les utilisateurs peuvent à tout moment rétablir les anciens paramètres mais soyons honnêtes, seule une minorité va penser à le faire.

Nous nous retrouvons donc avec une meta-plateforme de publication qui en voulant enterrer ses concurrents (MySpace, Twitter…) va accélérer un phénomène d’avatarisation des membres.  Comprenez par là que Facebook est maintenant l’endroit pour voir et être vu (un peu comme le café en face du lycée). De ce fait, les membres essayent de mettre en avant la meilleure facette de leur profil en n’exposant que ce qui va participer à l’élaboration d’un double numérique, un avatar. Toutes les informations publiées sont ainsi autant de moyen de façonner un personnage qui vous ressemble et qui va renvoyer l’image que vous avez choisi, une image valorisante et forcément légèrement déformée de la réalité.

Les photos, commentaires, groupes rejoints et autres status updates seront donc les ambassadeurs d’utilisateurs qui veulent paraître jeunes, drôles, dynamiques, branchés… Ce phénomène existait déjà auparavant mais va être très largement amplifié avec les nouvelles règles de confidentialité. Je suis persuadé que 100% des utilisateurs ont mauvaise haleine le matin et achètent du papier toilette (moi le premier) ! Par contre ils choisiront plutôt de raconter leur dernier voyage dans la destination la plus exotique possible (« plein de rencontres merveilleuses« ) ou les achats le plus valorisant (« je viens de recevoir le dernier Nexus One« ).

Rien de très malsain dans cette attitude (nous cherchons tous à montrer la meilleur image de nous-même) mais problématique pour un service qui se vante d’avoir le meilleur système de ciblage comportemental. À partir du moment où vous vous savez exposé aux yeux de tous, vous altérez votre comportement (inhibition…) et brouillez ainsi ce fameux système de ciblage qui va exploiter des données « compromises ».

Le ciblage comportemental d’avatars est-il fiable ?

Nous en revenons donc au phénomène d’avatarisation cité plus haut : Facebook risque petit à petit de se transformer en un Second Life en 2D où se croiseront tout un tas d’avatars plus ou moins loufoques chargés d’assurer la promotion d’utilisateurs en quête du statut social le plus valorisant possible.

À partir de là, comment une marque va-t-elle pouvoir cibler correctement les bons prospects sachant qu’elle s’adresse à des avatars de clients ? Et c’est là où Facebook est face à un gros problème : Du fait de ces nouvelles règles de confidentialité, le comportement des membres de Facebook est faussé par rapport au comportement réel des utilisateurs (réflexes d’achat, motivations / freins…). Un vendeur face à un prospect isolé saura parfaitement cerner ses besoins / contraintes, mais aura beaucoup de mal à le faire si ce prospect est accompagné par tout une bande de potes qui vont venir  inhiber les réactions de ce dernier et perturber fortement le processus de qualification / vente. Sur Facebook le scénario sera le même : les arguments, visuels, accroches et bénéfices mis en avant seront fonction du profil et du comportement constaté chez les membres, mais pas celui des utilisateurs « réels ».

Les mécanismes de ciblage comportemental fondés sur un cookie (Wunderloop) ou sur l’historique de recherche (Google) ne sont pas affectés par ce phénomène de « travestissement » car les internautes n’ont pas l’habitude de tricher dans une situation de surf ou de recherche. Par contre cela risque de nuire à la performance des campagnes ciblées sur Facebook.

Encore une fois il n’est pas impossible de toucher des prospects au travers de leur avatar (Second Life a été un excellent terrain d’expérimentation pour cela) mais le basculement d’une dynamique à une autre sur Facebook risque d’être sacrément perturbant avec un mélange d’utilisateurs « intègres » (qui ne changent rien à leur comportement car ils ont modifié les paramètres de confidentialité et interagissent dans un cercle privé et restreint) et ceux d’utilisateurs « travestis » (qui ont fait le choix de se construire un personnage au travers des photos et statuts publiés, des groupes rejoints…).

L’impact du changement des règles de confidentialité va donc être majeur mais va surtout se faire sentir dans la durée avec une prise de conscience de la part des utilisateurs que les données personnelles sont un actif et que la confidentialité est un business. Le modèle économique de Facebook risque donc de s’aligner avec celui des annuaires téléphoniques : gratuits si vos informations personnelles sont accessibles à tous, sinon payant pour être en liste rouge. Il y a bien sûr la possibilité de se mettre en liste orange (en allant fouiller dans les paramètres de confidentialité) mais j’ai comme l’impression que Facebook ne va pas communiquer de façon très active là-dessus…

J’ai l’intime conviction que 2010 va être une année charnière pour Facebook qui vient de franchir la ligne rouge. L’impact sur les membres et leur rapport au service va profondément modifier la dynamique communautaire, et vous avez tout intérêt à aligner en conséquence votre posture de communication ainsi que votre stratégie de présence (une diversification s’impose).