Compte-rendu de la conférence Marketing 2.0 (jour 1)

Cette semaine j’étais à Hambourg pour la dixième édition de la conférence Marketing 2.0. J’ai déjà eu la chance de participer à cette conférence, surtout à l’époque où elle se déroulait à Paris (cf. mes précédents comptes-rendus en 2008 et 2009). Comme son nom l’indique, cette conférence est donc centrée sur les métiers du marketing et leur évolution.

Pour la dixième édition de cette conférence, les organisateurs ont insisté sur l’importance de mettre les clients et le business au centre des préoccupations, une bonne chose en cette période où il n’est question que de fans, d’applications mobiles et de données. Le mantra de la journée est : “Show me the money!“. Tout un programme…

Voici un résumé des réflexions intéressantes abordées au cours de cette première journée :

  • Old world, new channels. 95% de ce que nous faisons ou consommons provient du monde analogique. Internet est omniprésent dans notre quotidien, l’important n’est donc pas de numériser son offre ou sa proposition de valeur, mais de le faire en apportant de la valeur ajoutée (Ex. Uber ou Simple Bank).
  • Digital is redfining the experience. Nous sommes dans un monde où tout quasiment peut être automatisé et exécuté par des machines ou robots, les marques doivent faire un travail d’introspection pour savoir quelle est leur réelle proposition de valeur, où se situe réellement la valeur ajoutée dans leur offre (“Building new connected value proposition“, ex : Phillips Hue).
  • It’s not about you. Nous sommes entrés dans une ère conversationnelle, la posture autoritaire est de moins en moins acceptée, surtout pour les marques non aspirationnelles (“Don’t be the expert“). Les internautes veulent qu’on leur parle d’eux et de leur quotidien (ce qu’ils partagent sur Facebook ou les plateformes sociales). La difficulté vient du fait que toutes les marques ne peuvent parler à tous les clients en même temps, l’important est de trouver un sujet sur lequel la marque est pertinente et légitime.
  • Recommendations drive revenue. Nous sommes dans une économie de la recommandation où les clients satisfaits sont les meilleurs ambassadeurs de votre marque. La difficulté est de les inciter à verbaliser leur satisfaction et d’orchestrer des conversations entre les ambassadeurs et les sceptiques (cf. ZMOT).
  • Think like a brand, act like a conglomerate. Les médias sociaux donnent aux petites marques et commerçants la possibilité de s’exprimer avec les mêmes outils que les grandes marques internationales. Les utilisateurs de plateformes sociales ne se soucient que de la pertinence du contenu, chacun a sa chance, il est donc essentiel de ne pas se limiter dans sa prise de parole et d’avoir de grandes ambitions éditoriales, aussi bien dans les articles que vous pouvez publier sur LinkedIn ou les photos que vous pouvez partager sur Pinterest. Du moment que vos contenus sont pertinents et inspirationnels, ne vous limitez pas dans l’audience que vous visez, tout le monde a sa chance (“Think big, say it loud“).
  • Enhance your cross-posting strategy. Les systèmes de publication multiple commencent à montrer leur limite (ex : les vidéos Youtube republiées sur Facebook sont souvent ignorées). La bonne approche est d’investir 10 minutes de plus pour publier le même contenu mais selon les particularités : le titre d’un article sur Twitter, l’intro sur Facebook, une citation sur Google+, une illustration sur Pinterest et une autre sur Instagram…
  • Customers expect each interaction to be relevant. Les clients se moquent de votre organisation ou des limitations de votre système d’informations, ils veulent accéder aux mêmes contenus et bénéficier des mêmes services, quel que soit le canal. Ne fait surtout pas l’erreur de penser qu’il y a des clients mobiles ou des clients “sociaux”, ce sont les mêmes clients, mais dans différents contextes et à différents moments de la journée (“The digital customer determine the channel“).
  • Engagment is not everything. Dans la mesure où 90% des utilisateurs n’interagissent pas sur les médias sociaux, le taux d’engagement ne concerne que 10% de l’audience. On ne peut donc pas en déduire un ROI fiable.
  • Care more about customers than your competitors do. Le niveau de réactivité des marques ayant fortement augmenté ces dernières années, les marques doivent démontrer un réel intérêt dans la satisfaction de leurs clients, elles doivent leur apporter de réelles preuves, pas les envoyer sur un formulaire d’évaluation (“Customer are an investment. Show your customers some love“).
  • Difficult is Good. Si c’est difficile pour vous, ça le sera aussi pour vos concurrents. Les changements et opérations que vous avez du mal à mettre en oeuvre sont autant de barrières à l’entrée pour vos concurrents (“You have to work hard to grab their attention, take risks!“).

Une première journée particulièrement riche, surtout avec un Ramon survitaminé qui nous a abreuvé d’exemples très inspirationels (“inspiring” comme disent les Américains). Je ne résiste pas à l’envie de partager avec vous la vidéo de cet incroyable taxi à Chicago.

Nous avons ici la parfaite illustration de “Think like a brand, act like a conglomerate” : peu importe la taille de votre business, ne soyez pas timide dans vos ambitions et vos clients vous le rendront.

La suite demain, car ce soir c’est Hambourg by night !

Les articles publiés sur mes autres blogs en avril 2014

Comme à chaque début de mois, je vous propose une liste des articles publiés sur mes autres blogs. Le rythme de publication est un peu perturbé en ce moment en raison de ma prochaine formation sur les médias sociaux et de la finalisation de mon second livre sur l’internet mobile. Du coup, je me suis inconsciemment recentré sur ces deux sujets.

L’actualité du social marketing et des plateformes sociales sur MediasSociaux.fr :

Les articles publiés sur mes autres blogs :

La suite le mois prochain.

Nous vivons maintenant dans un monde mobile

Tout le monde va bientôt avoir un smartphone“, c’est ce que nous disait Eric Schimdt (le président de Google) il y a quelques années. Mais ses déclarations du début d’année étaient beaucoup plus explicites : “la tendance était que le mobile était en train de gagner, il a maintenant gagné” (Eric Schmidt makes 2014 predictions, says mobile has won). Comprenez par là que le débat de savoir si les terminaux mobiles avaient plus d’importance que les ordinateurs est derrière nous. Pour être exact, le point de bascule a eu lieu en 2011.

Evolution des ventes de Pc, smartphones et tablettes
Évolution des ventes de PC, smartphones et tablettes

Il s’est vendu près de 1 milliard de smartphones en 2013 : 1.000.000.000 de smartphones, et on ne comptabilise même pas les tablettes ! (Smartphone sales may have topped 1 billion in 2013). En moins de 5 ans, les terminaux mobiles sont devenus majoritaires, un record historique en matière de rythme d’adoption, détrônant ainsi le couple Windows / Intel.

Evolution des parts de marché de systèmes d'exploitation
Évolution des parts de marché de systèmes d’exploitation

Une croissance ultrarapide dopée par les marchés asiatiques et qui ne risque pas de ralentir avec la demande des marchés d’Amérique du Sud et d’Afrique. L’avènement des terminaux mobile n’est pas un phénomène à prendre à la légère , car il est en train de redéfinir l’accès à l’information et l’outil informatique en lui-même : Postmodern computing.

Projection des ventes de smartphones dans le monde
Projection des ventes de smartphones dans le monde

J’imagine que vous connaissiez déjà ces chiffres, je pense qu’il est néanmoins important de revenir dessus pour bien mesurer l’ampleur du phénomène.

Le smartphone est la télécommande de notre quotidien

Même si le taux de pénétration des smartphones reste inférieur à la moitié de la population française, nous avons vraiment l’impression que les smartphones sont partout. Imaginez ce que ça sera dans deux ans quand la part de marché atteindra les 75% (une projection à peine optimiste). Déjà en 2011, j’analysais la place grandissante des smartphones dans notre quotidien, et cette place n’a fait que s’accroitre. J’adore l’analogie qui dit que les smartphones sont les doudous des adultes : toujours à portée de main, grâce aux smartphones nous restons en contact avec notre famille et nos amis, nous sommes omniscients et omnipotents.

Notre addiction aux terminaux mobiles est telle que les sociologues ont d’ailleurs identifié de nombreuses dérives comportementales : trouble du sommeil (Six in 10 Brits now sleep deprived because of smartphones and computers), angoisse liée à la perte de son téléphone (La nomophobie, le mal du XXIème siècle), peur de rater quelque chose (Do you have FOMO: Fear Of Missing Out?), mode des selphies… Pire : la dépendance aux smartphones augmente d’année en année (The Rise of the Mobile Addict).

Evolution du taux d'usage des smarpthones
Évolution du taux d’usage des smartphones

Vous vous doutez qu’un tel phénomène ne va pas être sans conséquence pour les annonceurs et fournisseurs de services en ligne. Ces mois j’ai ainsi repéré un certain nombre de signaux forts :

Bref, j’ai comme l’impression que tout tourne maintenant autour du mobile. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si la grande majorité des statups rachetées par Facebook sont des applications mobiles. Pourquoi un tel engouement ? Parce que les smartphones rendent quasiment les mêmes services qu’un ordinateur (accès à l’information et aux services, divertissements…) mais tiennent dans la poche, sont tout le temps allumés  / connectés et permettent un fort niveau de personnalisation.

Une vision occidentale déformée de la réalité

Les mobiles ont donc conquis la planète. Oui, mais visiblement tout le monde ne s’en est pas encore rendu compte. La majorité des personnes que je croise dans mon quotidien professionnel considère encore le mobile comme une activité annexe, un complément du web. Les discussions que je peux avoir avec eux sont souvent abordées par un “nous avons une application mobile en préparation“. Oui et alors, je me suis déjà exprimé sur ce sujet il y a deux ans et la situation n’a pas évolué : les applications mobiles ne font que repousser l’échéance (Pourquoi lancer une application mobile ne sert à rien).

Certes, il y a ce fameux schéma que l’on sort à toutes les sauces pour justifier le recours aux applications mobiles : Apps Solidify Leadership Six Years into the Mobile Revolution.

Répartition du temps passé sur un smarpthone
Répartition du temps passé sur un smarpthone

Le problème de ce schéma est qu’il est trompeur : les 2/3 des usages mobiles concernent des jeux, des applications sociales et de communication et Youtube (qui est installé par défaut sur les smartphones). Est-il réellement pertinent de comparer le temps passé sur un navigateur avec celui passé sur Angry Birds ou Snapchat ? C’est comme si vous me disiez : “les utilisateurs professionnels utilisent Outlook pendant les 99% du temps où leur ordinateur est allumé, nous n’avons donc pas besoin de site web, uniquement de newsletter“. Comme j’ai déjà eu de nombreuses occasions de le répéter : les applications mobiles sont un fantasme. Envisageriez-vous de développer un logiciel PC pour votre boutique en ligne ou site web ? Non, car vous trouveriez aberrant de devoir imposer à vos visiteurs le téléchargement, l’installation et le paramétrage de votre logiciel. Pour les smartphones c’est la même chose :  tout l’intérêt d’une application mobile est de proposer une expérience de qualité dans un contexte d’usage intensif : un jeu, réseau social ou outils de communication que l’on va consulter plusieurs fois par jour à la sauvette (dès qu’on a 3 minutes à perdre).

La réalité est que seule une minorité d’éditeurs peuvent justifier le recours à une application mobile : Ebay, Ventes privées, Voyages SNCF… Pour les autres, l’attachement à la marque est bien trop faible pour justifier le recours à une application. Chaque fois que j’aborde le sujet sur mes blogs, j’ai droit à une levée de boucliers des développeurs qui m’affirment que les utilisateurs veulent des applications mobiles rapides et efficaces. Je doute que les mobinautes expriment ouvertement l’envie d’installer une application native : ce qu’ils veulent c’est acheter des chaussures, vérifier un horaire d’ouverture, comparer des prix… peu importe la façon dont ils y parviennent, l’important est d’y arriver avec le moins de complications (cf. Les applications mobiles coûtent trop cher, misez plutôt sur le web).

Rassurez-vous, l’objectif de cet article n’est pas de relancer le débat sur application vs. site mobile, mais plutôt de vous faire bien réaliser que nous autres occidentaux, avons une vision déformée de la réalité, car une très large majorité de nos foyers ont un ordinateur et une connexion ADSL. Dans d’autres régions du monde, les terminaux mobiles sont le seul moyen d’accès à l’internet, voire le seul moyen d’émancipation (notamment pour les femmes en Afrique). Il résulte de cette vision déformée un manque de discernement évident des annonceurs et éditeurs de contenus / services en ligne qui consacrent un budget encore largement insuffisant aux opérations “mobiles”. Le décalage entre les budgets alloués aux médias traditionnels, au web et aux terminaux mobiles est énorme et surtout complètement déphasé par rapport à la réalité des usages et du temps passé sur chacun de ces supports. en faisant preuve de plus de pragmatisme, il faudrait investir beaucoup plus des terminaux mobiles qui sont au coeur de la vie des consommateurs, et non la télévision ou la presse qui sont maintenant en périphérie (cf. Quel avenir pour la télévision à l’heure du P2P et du SoLoMo ?).

EPSON scanner image

En fait, ce dont nous avons réellement besoin est d’une rééducation complète autour de la mobilité. 10 années de croissance frénétique et d’innovation à marche forcée ont laissé les annonceurs et éditeurs dans une grande confusion vis-à-vis de ce qu’est réellement l’internet mobile. J’avais déjà abordé le sujet il y a 7 ans (Ne confondez plus internet mobile et internet en situation de mobilité), mais je pense qu’il est temps de revoir mon discours et d’être beaucoup plus explicite.

Mobile is dead

Matias Duarte, la chef du design au sein de l’équipe Android a dit cette phrase surprenante lors d’une interview récente : Matias Duarte, Head of Android Design on the Death of Mobile. Son explication est on ne peut plus juste : l’internet “mobile” n’existe plus dans la mesure où l’on ne peut plus réellement faire le distinguo avec l’internet “normal”. Les smartphones ont fait de tels progrès et les éditeurs ont apporté de tels changements que l’on accède maintenant indifféremment à un contenu ou service en ligne avec son ordinateur, son smarpthone ou sa tablette. La dimension “mobile” est obsolète, car les terminaux mobiles sont omniprésents dans nos usages et réflexes quotidiens.

Cette affirmation est en parfaite cohérence avec l’avènement du consommateur multicanal : il se moque bien des difficultés pour une chaine de distribution à opérer différents canaux simultanément (d’un point de vue informatique ou logistique), pour lui c’est la même chose. À partir de ce constat, tout est à revoir dans la façon d’appréhender le comportement des utilisateurs, leurs besoins, la façon dont les offres sont promues et vendues, et dans la relation qui va s’installer avec la marque. L’idée n’est pas de tout faire tourner autour des terminaux mobiles, mais plutôt de les intégrer dans toutes les étapes du cycle de vie des clients.

Les étapes les plus importantes selon moi sont celles de reconnaissance du besoin et de recherche d’information : au cours de ces étapes, un prospect va prendre conscience d’un besoin (une nouvelle paire de chaussures, une sortie, des vacances…) et immédiatement commencer à se renseigner. Pour cela, il va utiliser le terminal qu’il a sous la main : son smarpthone. Le problème est qu’il est en phase de recherche préliminaire (il se renseigne de façon informelle), il n’est donc certainement pas assez motivé pour installer les applications mobiles de toutes les marques ou services qu’il va utiliser. Si vous n’êtes pas présent dans de bonnes conditions lors de cette étape, il y a peu de chances que cet utilisateur pensera à vous quand il intensifiera ses recherches plus tard sur son ordinateur. Donc oui, effectivement, on n’achète pas sur un smartphone, par contre on se renseigne et on compare éventuellement les prix. Les marques et éditeurs de services qui ne proposent pas de version mobile de leur site se voient ainsi écartés des premières étapes du cycle d’achat. C’est à ça que sert un site web adapté aux terminaux mobiles : à rester dans la course. Développer une application mobile ne vous aidera pas à y parvenir, sauf si vous vous appelez Amazon et que votre taux de notoriété spontanée avoisine les 100%.

Tout ça pour dire que la mobilité est un dossier ultra-chaud autour duquel persistent de nombreux mythes et idées reçues. Il est grand temps que les marques et annonceurs retirent leurs oeillères et s’impliquent réellement dans un processus de transformation de leur communication, outils de vente, circuits de distribution, processus internes… Je suis en train de finaliser la rédaction d’un livre à ce sujet. J’en ai déjà écrit les 2/3, il devrait sortir le mois prochain. Je précise également que mes blogs vont subir une transformation radicale pour adopter une approche mobile first (c’est la moindre des choses après tout ce que je viens de raconter).

Mes 3 sites coup de coeur (avril 2014)

Je vous propose régulièrement une sélection de sites dont le design m’a particulièrement plu. Les trois sites que je vous présente cette semaine sont assez semblables dans leur construction et reflètent plutôt bien les tendances du moment : simplicité, clarté et modularité.

Commençons avec TrailerAddict, le célèbre site de référence pour les bandes-annonces :

La page d'accueil de TrailerAddict
La page d’accueil de TrailerAddict

Cette nouvelle version propose une charte graphique très sobre avec vert sombre qui n’est pas sans rappeler le nouveau Slashdot. Parfaitement épurée, cette page d’accueil est construite selon une grille de lecture impeccablement découpée en quatre colonnes. Vous apprécierez le choix typographique et le très bon contraste des titres. Tout est mis en oeuvre sur cette page pour faire ressortir les visuels des films, rien à redire, c’est du beau travail.

Poursuivons avec la nouvelle version du site de DC Comics :

La page d'accueil du site de DC Comics
La page d’accueil du site de DC Comics

Là encore, la sobriété est de rigueur, aussi bien au niveau des couleurs que des typographies. J’apprécie particulièrement les événements qui animent cette page : l’animation du carrousel ainsi que les bulles et pastilles qui apparaissent quand on fait défiler la page vers le bas. L’alternance entre bandeaux à fond blanc et bandeaux avec trames de fond donne un rythme dynamique à la page et incite le visiteur à regarder plus bas. Je vous invite à aller visiter les profils des différents superhéros, très proches de ce que l’on trouve sur Facebook ou Twitter (j’imagine que c’est un clin d’oeil assumé). Amusez-vous également à redimensionner la fenêtre de votre navigateur pour voir comment la mise en page peut s’adapter aux terminaux mobiles.

Terminons avec le site d’Electronic Arts :

La page d'accueil du site d'Electronic Arts
La page d’accueil du site d’Electronic Arts

Les recettes graphiques de ce site sont les mêmes que pour les deux précédents exemples : sobriété, fort contraste des titres et intitulés de navigation. L’engagement visuel sur cette page est un peu plus prononcé grâce à l’image de fond qui donne le ton. Les pages intérieures sont du même acabit avec une grille de lecture bien marquée et des unités d’information représentées sous forme de blocs (ou de cartes) qui flottent sur une trame de fond. Je ne peux qu’encourager cette construction de page, car elle laisse un minimum de liberté aux designers tout en offrant une parfaite lisibilité pour les visiteurs.

Avec ces trois sites, vous avez maintenant une bonne idée de LA tendance graphique du moment : sobriété, éléments visuels rectangulaires et larges à plat de couleurs unis. Une réappropriation très réussie du flat design.

Les articles publiés sur mes autres blogs en mars 2014

Comme à chaque début de mois, je vous propose une liste des articles publiés sur mes autres blogs.

L’actualité du social marketing et des plateformes sociales sur MediasSociaux.fr :

L’actualité de la collaboration et du cloud computing sur Entreprise20.fr :

L’actualité du commerce en ligne et des interfaces marchandes sur RichCommerce.fr :

L’actualité des interfaces riches sur InterfacesRiches.fr :

L’actualité de l’utilisabilité sur SimpleWeb.fr :

L’actualité de la mobilité et des objets communicants sur TerminauxAlternatifs.fr :

L’actualité des univers virtuels et des jeux sociaux sur MarketingVirtuel.fr :

La suite le mois prochain.

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Bitcoin : la première étape d’une révolution monétaire et économique

Quand le sage montre la lune, le sot regarde le doigt“, ce proverbe chinois illustre parfaitement le débat en cours sur les bitcoins. La presse généraliste et la blogosphère n’en finissent plus de sortir des gros titres racoleurs au sujet de la célèbre monnaie numérique. Au-delà de la cacophonie ambiante, je vous propose de faire le point sur ce sujet délicat et de vous ouvrir les yeux sur le réel potentiel disruptif que les monnaies décentralisées représentent.

Qu’est-ce que Bitcoin et les crypto-monnaies ?

Selon Wikipedia, une crypto-monnaie est “une monnaie électronique pair à pair et décentralisée dont l’implémentation se base sur les principes de la cryptographie pour valider les transactions et la génération de la monnaie elle-même“. En d’autres termes : c’est une monnaie numérique que n’importe qui peut créer (dans une certaine limite) et utiliser pour faire des transactions (qui sont validées par un système de cryptage), mais qui n’est pas règlementée par une banque centrale. Cette décentralisation fait à la fois la force et la faiblesse de Bitcoin et de toutes les monnaies numériques qui en sont dérivées.

Lancé en 2009, Bitcoin désigne “un système de paiement à travers le réseau Internet et une unité de compte utilisée par ce système de paiement” (source : Wikipedia). Bitcoin est donc à la fois une monnaie numérique décentralisée, ainsi que tous les mécanismes d’authentification, d’échange et de transaction qui gravitent autour (cf. Bitcoin As Protocol). Pour des explications plus détaillées, je vous invite à consulter les articles suivants : Avec Bitcoin, payer et vendre sans les banques et Le point sur Bitcoin en dix questions et réponses.

Infographie sur Bitcoin
Infographie sur Bitcoin

Certains qualifient les crypto-monnaies de monnaies virtuelles, mais elles ne sont pas moins virtuelles que les euros ou les dollars, qui ne sont que des bouts de papier ou des lignes dans une base de données. Les promoteurs de Bitcoin se donnent beaucoup de mal pour expliquer son fonctionnement (cf. WeUseCoins), mais j’ai l’impression que seuls les geeks s’y intéressent réellement. J’ai personnellement un coup de coeur pour cette vidéo explicative avec cet inimitable et adorable accent québécois :

Le gros problème de Bitcoin est que tout le monde en parle et donne son avis, mais sans réellement maîtriser le sujet (cf. 50 Insane Facts About Bitcoin You Didn’t Know). Je pense ne pas me tromper en disant que le grand public réserve le même traitement aux monnaies numériques qu’aux livres numériques : on critique et on rejette sans avoir essayé et sans réellement reconnaitre les faiblesses du modèle de référence. J’imagine que vous avez dû voir de nombreux articles décrivant les adeptes de Bitcoin comme des anarchistes révolutionnaires et/ou des terroristes en puissance. Ce qui m’amuse beaucoup, car jusqu’à preuve du contraire, le dollar est la monnaie de référence utilisée par tous les trafiquants d’armes et de drogue !

Ce n’est pas parce que Bitcoin est une monnaie numérique que l’on peut la comparer à d’autres systèmes de paiement électronique comme Moneo ou Paypal. Il est possible de faire tout un tas de choses avec Bitcoin, mais nous n’en sommes qu’au tout début et nous sommes très loin de pouvoir l’utiliser comme système de paiement au quotidien. Il existe bien des distributeurs automatiques, mais dans les faits, les bitcoins sont plus utilisés comme une valeur d’investissement, au même titre que l’or : on en achète, mais on ne les conserve pas avec soit, ils sont stockés quelque part à l’abri. Dans le cas de l’or, les lingots sont généralement stockés dans un coffre à la banque. Dans le cas de Bitcoin, ils sont consignés dans un registre électronique partagé par l’ensemble des utilisateurs (en mode peer to peer).

Exemples de distributeurs automatiques de bitcoin
Exemples de distributeurs automatiques de bitcoin

Grandeur et décadence de Bitcoin

Je ne vais pas refaire l’histoire, mais disons que Bitcoin a eu une année… mouvementée. Les 6 derniers mois ont ainsi été marqués par quatre événements :

  • Une incroyable frénésie spéculative en fin d’année dernière qui a fait passer son cours de 200$ à 1.200$ (il est aujourd’hui stabilisé autour des 600$) ;
  • Le démantèlement de Silk Road, une place de marché underground où l’on pouvait trouver de la drogue et engager des tueurs à gages, qui utilisait les bitcoins pour faire des transactions anonymes ;
  • La fermeture de Mt. Gox, une place de marché japonaise qui opérait près de 70% des échanges en bitcoin, suite à l’attaque par des hackers et le vol de près de 750.000 bitcoins ;
  •  La très forte exposition médiatique de Dorian Nakamoto, un californien injustement “dénoncé” comme étant le créateur de Bitcoin (le journaliste à l’origine de l’article s’est d’ailleurs fait démonter : The Newsweek Credibility Matrix).

Tous ces évènements ont participé à la forte volatilité du cours des bitcoins.

Évolution du cours bitcoin / dollar au cours des 6 derniers mois
Évolution du cours bitcoin / dollar au cours des 6 derniers mois

Malgré tout ça, il y a toujours autant d’engouement pour les bitcoins, malgré un environnement très instable. Pour citer Pierre-Olivier Carles : “Si on ramène l’échelle de temps du bitcoin à celle du dollar, c’est comme si elle avait été créée aux alentours du XVIe siècle.  Pourquoi fais-je ce parallèle temporel stupide ? Tout simplement pour essayer de mettre en perspective ce qu’il s’est passé. Imaginez le fonctionnement des banques à cette époque, on était dans le bricolage, le rudimentaire.” (cf. L’avenir du Bitcoin après la crise MtGox).

Face à un tel engouement, de nombreuses autres monnaies électroniques décentralisées ont été lancées ces derniers mois : Better Than Bitcoin? 3 Crypto-Currencies That Aren’t Just Copycats et 6 Alternative Cryptocurrencies Compared Against Bitcoin. Même si nous ne savons toujours pas qui est l’inventeur de Bitcoin, le système de crypto-monnaie a été validé à grande échelle, c’est ce que vous devez retenir.

Les domaines d’application des crypto-monnaies

Là, nous entrons dans la partie la plus délicate de l’explication, car il faut faire preuve d’une grande ouverture d’esprit. Les bitcoins peuvent être utilisés pour tout et n’importe quoi : acheter de la drogue et des armes (c’est dit, n’en parlons plus), tout comme des produits du quotidien (Overstock.com Exceeds $1M In Bitcoin Transactions In Two Months).

Payez vos achats sur Oerstock en bitcoins
Payez vos achats sur Oerstock en bitcoins

Comme précisé plus haut, le jeune âge de Bitcoin en fait un piètre moyen de paiement au quotidien. De même, c’est un produit d’investissement très risqué, et plutôt compliqué d’accès (vous ne pouvez pas en acheter auprès de votre banque, il faut passer par des intermédiaires spécialisés). Le principal intérêt des monnaies numériques décentralisées est de fournir une alternative aux systèmes de paiement traditionnels, contrôlés par des banques qui imposent leurs règles, et plus généralement aux systèmes monétaires fortement influencés par les gouvernements.

Les bitcoins, et les autres monnaies numériques décentralisées, peuvent ainsi être une alternative pour lutter contre la fraude aux cartes bancaires (un authentique problème pour tous les e-commerçants) ou pour contourner le système de commissionnement des banques. Les taux de commission imposés par les banques et organismes de cartes bancaires compliquent fortement les micro-paiements, mais avec une monnaie électronique décentralisée, vous pouvez tout à fait envisager des nano-transactions de l’ordre de 0,0001 $.

De même, les habitants d’un pays à la situation très instable, ou avec gouvernement très malhonnête, peuvent mettre à l’abri leurs avoirs en les convertissant en bitcoins, neutralisant ainsi le risque de saisie ou de dévaluation, comme cela s’est déjà produit à de nombreuses reprises par le passé. À partir du moment où vous vous extrayez du cadre de pensée habituel, il existe une infinité de domaines d’application (Why Bitcoin Matters), et ça ne plait pas du tout aux acteurs traditionnels qui militent activement pour éviter que l’on déstabilise l’oligopole qu’ils ont mis des décennies à construire : Pourquoi les banques entrent en guerre contre le Bitcoin.

Deux exemples intéressants me viennent à l’esprit :

Souvenez-vous que Bitcoin n’est pas qu’une monnaie, c’est un ensemble de protocoles et un écosystème (Bitcoin: It’s the platform, not the currency, stupid!). Ne vous arrêtez pas à l’analogie de la monnaie électronique, la valeur d’usage de Bitcoin et de ses dérivés est encore largement sous-évaluée, car tout reste à faire.

Bitcoin est bien plus qu'une monnaie numérique
Bitcoin est bien plus qu’une monnaie numérique

En fait Bitcoin se retrouve dans la même situation que le MP3 il y a 15 ans : une technologie compliquée dont on ne voyait pas l’utilité (“pourquoi changer quelque chose qui fonctionne ?“) et que l’on associe à des rebelles / pirates / truands. Mais la situation est en train de changer…

L’initiative du gouvernement canadien avec MintChip

Donc, Bitcoin est une monnaie virtuelle de drogués, terroristes et pédophiles, personne n’y croit. Et pourtant… une jurisprudence est en train de se développer : Norway rejects Bitcoin as a legitimate currency, will treat savings as taxable assets et “Bitcoin is money” — judge says SEC can target alleged Ponzi schemer. La volonté du gouvernement US de légiférer et du gouvernement norvégien de taxer prouvent que les usages autour des bitcoins sont à prendre au sérieux.

S’il y en a bien un qui peut se vanter d’y avoir cru bien avant les autres, c’est bien le gouvernement canadien qui, dès 2012, a lancé un concours pour développer les usages autour de MintChip, sa propre monnaie numérique : Royal Canadian Mint readies its version of Bitcoin: MintChip.

Le MintChip Callenge lancé par le gouvernement canadien
Le MintChip Callenge lancé par le gouvernement canadien

Pendant que les gouvernements se creusent la tête pour savoir comment limiter et/ou taxer les usages de Bitcoin, le gouvernement canadien a créé sa propre monnaie numérique décentralisée et lancé un concours pour stimuler l’innovation et amorcer un écosystème de développeurs. La grande différence avec Bitcoin est que MintChip est un système qui exige une authentification forte pour valider les transactions (avec une carte SD). La contrepartie est que le cours des MintChips est adossé à celui des dollars canadiens. Non vous ne rêvez pas : une monnaie numérique décentralisée cautionnée par le gouvernement d’un pays du G8.

Les cartes SD et clés USB servant à sécuriser les transactions avec les MintChip
Les cartes SD et clés USB servant à sécuriser les transactions avec les MintChip

Après plus d’un an et demi de concours, les MintChips sont quasiment prêts à être introduits sur le marché. J’imagine que l’on devrait en entendre parler très prochainement.

La révolution est en marche

Si les Canadiens ont la chance d’avoir un gouvernement novateur en la matière, d’autres pays ont décidé de rejoindre ce mouvement avec des initiatives privées ou solidaires :

Vous remarquerez que dans ces trois cas, il y a une forte volonté de ne plus subir les limitations du système monétaire. À l’image de Galléco, la monnaie locale lancée par le conseil général d’Ille-et-Vilaine, ne pourrions-nous pas envisager une monnaie numérique décentralisée solidaire à l’échelle nationale (Le galléco, première monnaie solidaire de France) ? Loin de moi l’idée de jouer les entrepreneurs sociaux, mais je me dis que ces deux notions sont parfaitement complémentaires. Nous pourrions même envisager un système de dépréciation programmé pour que cette monnaie numérique disparaisse d’elle-même au bout de 10 ou 15 ans (quand la situation économique sera meilleure). Après ça, tout est question de volonté de s’extraire d’un système que l’on pense, à tort, immuable.

Conclusion : Bitcoin n’est pas une technologie, c’est un concept, une philosophie, un moyen d’expression… Peu importe qui est le créateur de Bitcoin ou l’usage que peuvent en faire les trafiquants, l’important est d’avoir réussi à démontrer la viabilité d’un système monétaire alternatif. La boîte de Pandore est maintenant ouverte, il ne reste plus qu’à calmer les esprits (What bitcoin needs next: education and an ecosystem) et à stimuler l’innovation pour développer les usages.

Quel avenir pour la télévision à l’heure du P2P et du SoLoMo ?

Il y a 5 ans, je m’interrogeais sur les synergies naissantes entre le secteur télévisuel et le web : La télévision est-elle l’avenir de l’internet ? En partie. Dans cet article, je m’étonnais du fait que la télévision n’avait pratiquement pas évolué en plusieurs décennies. Nous sommes maintenant en 2014 et la TV n’a toujours pas évolué : toujours le même principe d’écran de consultation passif. Certes, les écrans sont plus fins, il y a plus de pixels (les premiers écrans UltraHD sont à peine en vente que l’on nous parle déjà de la 8K), éventuellement de la 3D, mais pour la grande majorité des foyers français, usages et technologies n’ont quasiment pas évolué depuis l’arrivée de la TNT qui n’a fait “que” rajouter quelques chaînes.

J’ai été très récemment interviewé par les équipes de France TV sur ce sujet : Frédéric Cavazza s’exprime sur l’évolution de la télévision. Cette interview a été l’occasion pour moi de réfléchir à l’évolution du marché et surtout de constater l’avancée inexorable des acteurs de l’internet et la situation plutôt inconfortable dans laquelle les chaînes se retrouvent.

Disclaimer : Je ne suis pas un professionnel du secteur, bien au contraire. Cet article n’a pas pour but de critiquer, mais de présenter ma vision des choses depuis mon point de vue d’observateur averti.

Où sont les innovations ?

Comme annoncé dans l’introduction, je constate que la télévision en tant que terminal ou en tant que média n’a quasiment pas évolué depuis plusieurs décennies, et pourtant, elle reste le support de prédilection des annonceurs : TV remains the 10,000 pound gorilla in the advertising market. Comme précisé également plus haut, il y a effectivement eu de nombreuses petites améliorations techniques (notamment sur l’affichage), mais le rythme d’innovation est sans commune mesure avec d’autres types de terminaux comme les smartphones ou les ordinateurs portables. La seule technologie réellement novatrice que j’ai pu observer est le HbbTV, mais malheureusement uniquement disponible sur les TV compatibles (une infime minorité) : La TV augmentée enfin libérée de toutes contraintes avec le standard HbbTV.

La majeure partie des nouveaux usages et services vient des box des fournisseurs d’accès (Replay, PiP, applications, cloud gaming…). Depuis la sortie de la Freebox Revolution, c’est à une véritable course à la surenchère que se sont livrés les fournisseurs : Comparatif box internet. Si vous cherchez à savoir si le marché de la TV connectée est une réalité, ne cherchez plus : Médiamétrie estimait l’année dernière que plus de 25 M de français regardaient la TV via l’ADSL. La TV connectée est donc un marché d’envergure, reste encore à motiver les téléspectateurs à sortir de la passivité et à être plus actifs dans leurs usages.

Aux États-Unis la situation est différente, car les set-top-boxes ont été introduites bien plus tôt. Roku avait pris une longueur d’avance sur ce créneau, mais ils sont en train de se faire rattraper par Google qui a marqué un grand coup avec son Chromecast et sa plateforme d’applications : Get ready for tons of new Chromecast apps: Google releases Cast SDK.

L'adaptateur Chromecast de Google
L’adaptateur Chromecast de Google

Comme quoi, les solutions les plus simples sont celles qui ont la préférence du grand public. Du coup, les autres fabricants se ruent dans la brèche : Roku tackles Chromecast with a new Streaming Stick, will let you stream content from your PC in futureNetgear announces NeoMediacast to compete with Chromecast et Baidu’s Chromecast clone goes on sale in China for $32. Décidément, les équipes de Google se montrent particulièrement motivées pour partir à l’assaut du petit écran, que ce soit avec Chrome ou Android, malgré un faux départ avec la Google TV  (Pourquoi Google a quasiment déjà gagné la bataille du salon avec Google TV). Et cette tendance n’est pas près de se tarir : Les micro-consoles vont-elles devancer les TV connectées ?.

Comme vous pouvez le constater, les fabricants de boitiers et de “dongle” se plient en quatre pour proposer des innovations technologiques. Le problème est que toutes ces nouvelles fonctionnalités se heurtent encore au problème de la télécommande : comment parvenir à proposer une expérience simple et intuitive ? Certains comme Roku tentent de simplifier au maximum la télécommande et l’interface, mais la recherche reste très compliquée. D’autres sont plus pragmatiques à l’image de UCWeb qui s’appuie tout simplement sur le smartphone des téléspectateurs : China’s UCWeb launches UC Browser for TV, moving beyond smartphones to target multiple screens.

L'interface de Roku
L’interface de Roku

Outre les problèmes d’ergonomie, ces nouvelles technologies apportent les mêmes interrogations en matière de confidentialité que les smartphones : les téléspectateurs sont-ils conscients de l’utilisation des données collectées ? Car ne nous leurrons pas : l’analyse comportementale des téléspectateurs est un marché gigantesque (cf. Quand les TV connectées espionnent leurs utilisateurs). Encore un sujet épineux à ne pas négliger…

Quand le téléchargement bouleverse la grille des programmes

Pour vous résumer une longue histoire, le modèle économique des chaines de télévision est de financer ou d’acheter des contenus en gros (à des sociétés de production) et de les diffuser à l’unité en y insérant des espaces publicitaires. Les chaînes assument donc plusieurs fonctions :

  • La fabrication de contenus récurrents (journaux, émissions…) ;
  • La rediffusion d’évènements sportifs (J.O., championnat de foot et rugby…) ;
  • Le financement de fictions de façon directe (téléfilms) ou indirecte (achat de films ou de séries TV) ;
  • La conception d’une grille de programme.

Ce dernier point est particulièrement important, car tout l’art d’une bonne chaine de TV est d’orchestrer de façon judicieuse la rencontre entre des programmes et des téléspectateurs et de créer des habitudes, donc de l’attente. Jusqu’à présent, tout se passait pour le mieux avec un nombre limité de chaines et de programmes. Mais avec l’arrivée de la TNT puis la généralisation des boitiers ADSL, l’attention des téléspectateurs a commencé à se disperser, et leur intérêt a décru à mesure qu’ils découvraient l’existence de programmes de meilleure qualité ailleurs (principalement des séries TV : Barely Keeping Up in TV’s New Golden Age).

Je pense ne rien vous apprendre en vous écrivant que la France est un des marchés où l’on télécharge le plus de façon illégale. Les gouvernements successifs ont bien essayé de trouver des solutions, notamment la riposte graduée, mais rien n’y fait : une fois que la boîte de Pandore a été ouverte, il y quasiment impossible d’arriver à faire revenir les téléspectateurs dans le droit chemin. Traduction : une fois que vous avez “goûté” à Games of Throne, Arrested Development ou True Detective, il est dur que de se contenter de Joséphine ange gardien. Je ne pense pas me tromper en disant qu’il ne peut y avoir des millions de gens malhonnêtes en France, simplement ils aspirent à des contenus de meilleure qualité… qui se trouvent être disponibles en quelques clics. Loin de moi l’idée de vouloir relancer le débat sur le P2P, mais force est de constater que les offres de téléchargement légales ne donnent pas le change (comment je fais pour voir la deuxième saison de King of the Nerds ?).

Le plus gênant dans cette histoire de téléchargement est la disparition de la grille de programme : une fois téléchargés, les contenus (films, séries, émissions…) peuvent être regardés n’importe quand, sans aucune contrainte, ni pub. Ce n’est pas tant la volonté de nuire qui je pense motive les adeptes du téléchargement, mais plutôt leur rejet de la logique de grille de programme et tout ce qui va avec (choix limité, coupures pub…). Ceci est d’autant plus vrai avec la généralisation des terminaux mobiles qui permettent de visionner ces contenus n’importe où (tablettes, smartphones…).

À partir du moment où l’internet permet de contourner les grilles de programme et d’assurer la diffusion des contenus (de façon asynchrone avec du téléchargement P2P ou de façon synchrone avec de l’adaptative streaming), que reste-t-il aux chaines ? C’est justement là où les terminaux mobiles et les médias sociaux peuvent aider.

Le SoLoMo pour augmenter l’audience des contenus alternatifs

Non, je ne vais pas vous annoncer la disparition de la télévision. Jusqu’à preuve du contraire, c’est un média qui fonctionne encore très bien. Ceci étant dit, je constate qu’il existe des alternatives très crédibles à ce que peut nous offrir le paysage audiovisuel :

  • Les portails d’informations proposent un contenu bien plus riche et “frais” que les journaux de 13h et 20h ;
  • Les podcasts disponibles sur Youtube ou Dailymotion offrent un choix bien plus large de sujets (où sont les émissions TV pour les hardcore gamers ou sur le longskate ?) et de nombreux animateurs “vedette” (ex : Norman, Cyprien…) ;
  • Les web series proposent également plus de diversité (ex : Man vs. Dead) ;
  • Les web documentaires proposent une expérience bien plus enrichissante que les reportages ;
  • Les lifecast et autres pratiques de sur-publication sur les médias sociaux pourraient remplacer les émissions de TV réalité…
La chaîne YouTube de Man vs. Dead
La chaîne YouTube de Man vs. Dead

Comme vous l’aurez compris, tout est question de quantité vs. qualité, si l’intérêt des téléspectateurs diminue, c’est que les contenus proposés sont de plus en plus conformistes, ils préfèrent se tourner vers le web où ils trouvent des contenus plus “frais” et surtout plus proches (nous parlons ici de proximité géographique, mais aussi thématique, émotionnelle…). Certes, pour le moment les contenus publiés sur le web au travers de YouTube ou Dailymotion souffrent de budgets très limités, mais quand on voit les revenus des chaines les plus populaires, on se dit que cela pourrait changer : We Ranked YouTube’s Biggest Stars By How Much Money They Make.

Entendons-nous bien : le but de cet article n’est pas de vous convaincre que la télévision est morte, mais de vous démontrer qu’il existe des contenus alternatifs tout à fait viables qui peuvent potentiellement détourner l’attention de nombreux téléspectateurs. À choisir, je préfère largement Spi0n ou Magic of Rahat à Video Gags ou la Caméra Cachée. Heureusement, les grandes chaînes de télévision ont anticipé cette tendance et investi de grosses sommes pour développer le contenu et l’audience de portails thématiques : MyTF1News, Plurielles ou TFou pour TF1 ; FranceTVSport, Géopolis, CultureBox ou MonLudo pour FTV. Ces derniers ont même un site dédié aux web documentaires : Nouvelles écritures. Je doute que tous ces sites soient rentables, mais l’important pour ces chaînes est de commencer à capitaliser sur un savoir-faire et acquérir de l’expérience.

Le portail Géopolis de FranceTV
Le portail Géopolis de FranceTV

Créer des contenus réguliers pour du prime time est un exercice résolument très différent de créer des contenus de niche ou de l’information en temps réel. C’est justement là où le SoLoMo entre en scène, car ces trois dimensions permettent à un média très classique comme la télévision de basculer dans le XXIème siècle, dans l’ère numérique : Les médias sociaux servent à la fois à amplifier la visibilité et la décharge émotionnelle de programmes de grande écoute (cf. Etat des lieux de la SocialTV : entre ralentissement et opportunités), mais également à développer l’audience de contenus de proximité (géographique, thématique ou émotionnel), faisant ainsi la transition avec le local. Dernier point, et pas des moindres, les terminaux mobiles qui permettent à la fois d’interagir avec les émissions en temps réel et de consulter les contenus en toute liberté (BBC Rolls Out New iPlayer ‘Rebuilt For The Multiscreen World’, Plans Online Only Channel For BBC3). Bref, Social, Local et Mobile ne peuvent être abordés de façon individuelle, ils forment un tout qui ouvre d’immenses opportunités. L’important étant d’avoir la capacité à produire des contenus pertinents.

Au final, on se dit que le meilleur moyen pour les chaînes de télévision d’aborder la transformation des usages en matière de divertissement et d’information est de se transformer en des meta-producteurs de contenus dont l’objectif serait de financer la création de différentes formes de contenu (textuels, visuels, interactifs…) qui seraient ensuite distribués sur une multitude de canaux (TNT, web, applications mobiles…). Sous cet angle, je comprends un peu mieux pourquoi le gouvernement a bloqué la vente de Dailymotion à Yahoo : pour pouvoir sécuriser un canal de diffusion alternatif (ou alors il y a d’autres raisons que je ne maitrise pas). Selon ce scénario d’évolution, les chaînes de TV ont du soucis à se faire en ce qui concerne leurs nouveaux concurrents, notamment Netflix qui dispose de son propre réseau de distribution (en streaming) et de très bons succès (la série House of Cards a triomphé lors des derniers Emmy Awards).

La conclusion de cet article est quasiment la même qu’il y a 5 ans : l’internet est l’avenir de la télévision, et inversement. Sauf que… en ce qui concerne le temps passé devant le grand écran du salon, l’attention des utilisateurs ne se répartit pas qu’ente les contenus télévisuels “classiques” et les contenus alternatifs, il faut aussi compter avec les jeux vidéo. J’ai déjà eu l’occasion de m’exprimer sur la place que les jeux vidéo ont dans notre culture et notre société (Le XXIème siècle sera vidéo-ludique), aussi je suis persuadé que pour aborder de façon sereine la transition entre l’analogique et le numérique, les jeux vidéo sont une composante essentielle des contenus alternatifs. La courbe d’apprentissage en ce domaine étant très importante, il est primordial de s’y mettre au plus vite.

Voici donc comment j’envisage l’avenir de la télévision : portails thématiques, podcats, web séries / documentaires et jeux vidéo. Et vous ?

Les articles publiés sur mes autres blogs en février 2014

Comme à chaque début de mois, je vous propose une liste des articles publiés sur mes autres blogs.

L’actualité du social marketing et des plateformes sociales sur MediasSociaux.fr :

L’actualité de la collaboration et du cloud computing sur Entreprise20.fr :

L’actualité du commerce en ligne et des interfaces marchandes sur RichCommerce.fr :

L’actualité des interfaces riches sur InterfacesRiches.fr :

L’actualité de l’utilisabilité sur SimpleWeb.fr :

L’actualité de la mobilité et des objets communicants sur TerminauxAlternatifs.fr :

L’actualité des univers virtuels et des jeux sociaux sur MarketingVirtuel.fr :

La suite le mois prochain.

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La sortie de mon premier livre est imminente

Voilà plus de 10 ans que je rédige mes blogs, près de 3.300 articles. Depuis tout ce temps, de nombreuses personnes m’ont demandé pourquoi je n’avais jamais publié de livre. Ma réponse était toujours la même : le papier m’impressionne. Quand on est habitué au confort d’utilisation des outils de publication numériques, l’idée d’imprimer des mots sur un support qui ne peut être modifié à de quoi mettre mal à l’aise.

Il m’a donc fallu un certain nombre d’années pour trouver le bon thème et me décider à relever le défi. Autant vous dire que ça n’a pas été simple, car la rédaction de ce premier livre a débuté il y a plus de deux ans (il faut croire que je ne suis pas très doué). Mais ce chantier touche enfin à sa fin, car la sortie de mon premier livre est imminente : il devrait être disponible à la vente en fin de semaine chez Amazon, le temps que le centre logistique réceptionne le carton au  et que la fiche soit validée.

En théorie, la rédaction d’un livre professionnel n’est pas censée prendre autant de temps, notamment parce que les éditeurs connaissent leur boulot et qu’ils savent faire aboutir un projet de publication dans des délais assez courts. Mon problème est que je n’ai pas réussi à m’entendre avec les différents éditeurs que j’ai pu rencontrer, j’ai donc dû être mon propre éditeur. Ce n’est pas tant ma méconnaissance du monde de l’édition qui a posé problème, que le long processus de rédaction pour aboutir à un manuscrit cohérent. Autant un éditeur peut vous convaincre que votre manuscrit est suffisamment bon pour pouvoir le publier rapidement, autant j’ai eu beaucoup de mal à stabiliser une première version et à me dire que ce coup-ci, c’était la bonne. J’ai donc profité de l’accalmie des fêtes de fin d’année pour boucler le manuscrit, le faire relire et l’envoyer à l’imprimeur.

Les premiers paquets de mon premier livre, enfin !
Les premiers paquets de mon premier livre, enfin !

Publier un livre n’est pas une mince affaire, j’ai également dû me familiariser avec tous les aspects administratifs : demander un N° ISBN et faire un dépôt légal, créer un compte vendeur chez Amazon et créer une offre (l’interface est plutôt… intimidante), prendre RDV entre le transporteur et les équipes logistiques d’Amazon dans le Loiret (on ne peut pas simplement se pointer avec un camion, il faut demander l’autorisation)…

L'interface d'Amazon pour les vendeurs
L’interface d’Amazon pour les vendeurs

Mais heureusement j’en suis venu à bout, et le fruit de mes efforts est enfin à portée de clics, si tout se passe bien. Toute cette histoire peut paraître triviale aux yeux de celles et ceux qui ont déjà publié plusieurs livres, mais le fait de signer un bon à tirer procure quand même une grosse émotion, surtout quand on a tout fait sois-même.

Par contre, si je suis extrêmement fier d’avoir pu rédiger et éditer ce livre tout seul comme un grand, il y a encore des petites choses à améliorer, notamment sur la mise en page (débuter les sections sur des pages impairs, mettre des légendes aux images, augmenter la taille de la police de la quatrième de couverture…). Une infinité de petits détails qui seront corrigés pour la prochaine version. Eh oui, le livre n’est pas encore en vente que je réfléchis déjà à la prochaine édition, ce qui est normal, car le secteur évolue rapidement, il faut donc au minimum une édition par an pour que le contenu ne se périme pas trop.

Mais bon, chaque chose en son temps, car je m’attaque dès maintenant à la rédaction d’un second livre sur l’internet mobile. J’espère mettre moins de deux ans à le publier…

MàJ : Bon la fiche du livre apparait sur Amazon, mais il n’est pas possible le mettre au panier, et il n’est pas correctement référencé…

Les articles publiés sur mes autres blogs en janvier 2014

Comme à chaque début de mois, je vous propose une liste des articles publiés sur mes autres blogs.

L’actualité du social marketing et des plateformes sociales sur MediasSociaux.fr :

L’actualité de la collaboration et du cloud computing sur Entreprise20.fr :

L’actualité du commerce en ligne et des interfaces marchandes sur RichCommerce.fr :

L’actualité des interfaces riches sur InterfacesRiches.fr :

L’actualité de l’utilisabilité sur SimpleWeb.fr :

L’actualité de la mobilité et des objets communicants sur TerminauxAlternatifs.fr :

L’actualité des univers virtuels et des jeux sociaux sur MarketingVirtuel.fr :

La suite le mois prochain.

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