À quand des ebooks enrichis ?

Voilà près de 3 ans que les ebooks (et e-readers) sont commercialisés auprès du grand public. Après un démarrage timide (euphémisme), le marché du ebook est en pleine explosion aux Etats-Unis sous l’impulsion d’Amazon et de son Kindle (ils ne communiquent pas ouvertement sur les chiffres, mais il semblerait que le point de bascule ne soit plus très loin avec le lancement du Kindle 3 : xx). Mais le reste du monde n’est pas en reste avec un marché asiatique très dynamique (boosté par des géants de l’électronique grand public comme Sony ou Samsung), mais une Europe manifestement à la traine. Je ne souhaite pas rentrer dans une laborieuse explication des raisons de ce retard (prix beaucoup trop élevé, trop peu de titres disponibles, faible choix dans les e-readers…) car cela ne ferait qu’enliser mes propos dans un débat houleux. Je préfère ainsi essayer d’imaginer comment l’industrie du livre pourrait développer un nouveau type de produit : le ebook enrichi.

Un texte enrichi, mais pas de multimédia

L’idée de donner vie à une œuvre n’est pas nouvelle : L’iPad fait ça très bien avec de superbes œuvres animées comme Alice in Wonderland ou Grimm’s Rumpelstiltskin. Autant je ne peux qu’admirer le magnifique rendu de ces versions, autant je suis en droit de m’interroger sur leur nature même : Livre animé ou application multimédia ?

Quand on y regarde de plus près, cet Alice in Wonderland est plus proche du DVD-Rom interactif remasterisé à la sauce tactile que du livre électronique. De plus, cette version nécessite impérativement un écran couleur de très bonne qualité, le type d’écran qui vous fatigue les yeux et vous empêche de réellement lire à l’écran. La solution est donc à trouver ailleurs, car il n’est pas besoin de vidéos ou d’animations HD pour faire vivre une oeuvre. Nous avons ainsi l’exemple de Charlie Orr qui propose d’animer les couvertures de livres pour les rendre plus attractives : The Digital Book Cover. Nous ne parlons pas d’animation en 1080p-3D-100Hz, mais plutôt d’animations toutes simples qui donnent vie et illustrent sans nécessairement engendrer de gros coûts de production :

Encore une fois l’idée n’est pas de faire mieux qu’un DVD-Rom ou un jeu vidéo, mais plutôt de faire un tout petit mieux que les ebooks que nous connaissons. Car il faut bien reconnaître que les livres électroniques actuellement commercialisés sont terriblement pauvres, ce ne sont que de simples versions numérisées des manuscrits. Nous pourrions ainsi comparer les ebooks aux sites web “plaquettes” du siècle dernier. Quel dommage de ne pas pouvoir donner vie au texte et plonger le lecteur dans une expérience plus immersion.

Enrichir directement le texte

J’ai déjà eu l’occasion de vous parler de formats hybrides comme Level 26, un livre associé à des vidéos que les lecteurs peuvent récupérer sur le site-compagnon. Cette première expérimentation à grande échelle est certes très intéressante, mais nous parlons ici de contenus additionnels similaires aux bonus d’un DVD : Ils viennent avant ou après l’œuvre, mais pas pendant.

L’idée que j’ai derrière la tête est plus d’enrichir directement l’œuvre et pas seulement l’inter-chapitrage. Même si les ereaders actuellement proposés sur le marché sont techniquement limités (l’encre électronique a fait de gros progrès en matière de lisibilité mais reste N&B et statique), la prochaine génération de lecteurs va autoriser des choses beaucoup plus intéressantes avec de la couleur et un taux de rafraichissement suffisant pour faire des animation fluides (mais pas de la vidéo Full HD). Qualcomm est ainsi en train de finaliser sa technologie Mirasol qui s’inscrit tout à fait dans ce cadre :

Améliorer l’aspect visuel des livres est une chose, mais il serait également possible d’améliorer considérablement l’expérience de lecture en “activant” deux sens supplémentaire : l’ouï et le toucher.

Animations, bruitages et vibrations au service de la narration

Il ne serait ainsi pas très compliqué (ni trop coûteux) de rendre un texte plus vivant en l’enrichissant de raffinements graphiques, de bruitages et de vibrations. Souvenez-vous l’idée est de rendre un texte plus vivant et non de concurrencer la vidéo. Animoto est un bon exemple sur le créneau des diaporama enrichis : Créer une oeuvre émotionnellement plus riche à partir d’une matière première brute (le texte).

Nous pourrions ainsi envisager un certain nombre d’enrichissements graphiques pour les ebooks :

  • Une couverture animée ;
  • Des effets typographiques (ex : une typographie associée à chacun des personnages dans un dialogue) ;
  • Des transitions animées ;
  • Des fonds de page illustrés pour “poser” le décor ;
  • Des animations (vibration ou ondulation du texte)…

De même, il y aurait beaucoup de chose à faire avec un enrichissement sonore :

  • Musique pour introduire un chapitre ;
  • Ambiance sonore de fond pour installer l’ambiance d’un passage (ex : bruits de circulation, de foule, de mer, de gare, vent dans les arbres, tic-tac d’une horloge…)
  • Courts passages récités par des acteurs…

Et tant qu’on y est, nous pourrions même fantasmer sur des vibrations (ex : Lors d’une course poursuite ou pour accompagner la description d’un tremblement de terre). Des vibrations qui pourraient également être synchronisées avec la lecture pour accentuer une explosion, un coup de feu (à l’aide d’une technologies de eye-tracking appliquée aux e-readers : Vers des interfaces transparentes pour les ebooks ?).

Bref, les possibilités sont nombreuses et les œuvres y gagneraient en intensité. L’application la plus réaliste à laquelle on peut penser est la conversion des BDs et mangas. Une version numérisée et enrichie justifierait un prix de vente élevé et permettrait de dégager des revenus complémentaires pour les éditeurs (tout comme vous êtes tenté d’acheter la version Blu-Ray 3D d’un film que vous avez déjà en DVD, vous pourriez être tenté d’acheter la version enrichie d’une BD que vous possédez déjà en papier). Qui ne se laisserait pas séduire par un Tintin remasterisé ?

D’autres applications pour mieux apprécier un texte

Nous pourrions également envisager d’autres fonctionnalités :

  • Nettoyer le texte des mots vulgaires ou des descriptions trop crues pouvant heurter la sensibilité des plus jeunes ;
  • Pourvoir basculer d’une narration à la première personne vers une narration à la troisième personne (ex : “J’ouvris la porte” > “Il ouvrit la porte“) ;
  • Localiser une oeuvre en changeant les paramètres régionaux (ex : lieux cités, prénoms utilisés…) ;
  • Mettre à disposition un assistant à la compréhension d’une intrigue particulièrement compliquée (ex : liste des protagonistes et diagramme de relation façon organigramme, résumé des chapitres déjà lus, historique des déplacements d’un personnage sur une carte…).

Certes, tout ceci pourrait vous amener à penser qu’il y a un risque de dénaturer l’œuvre originelle, moi j’y vois plus un moyen d’améliorer l’expérience de lecture et d’apporter de la valeur ajoutée à un lectorat qui passe de plus en plus de temps devant un écran.

Pour le moment tout ceci n’est que pure spéculation de ma part, mais si vous avez des exemples à me donner ou des projets à me présenter, je suis preneur.

Une nécessaire évolution

Les plus sceptiques d’entre-vous pourraient assimiler ces enrichissements à un gadget, mais d’un point de vue “marché”, les ebooks n’apportent qu’une valeur ajoutée très faible par rapport à leur équivalent papier (surtout quand un livre électronique est vendu le triple de la version livre de poche). L’enrichissement des oeuvres semble donc être un bon moyen de justifier à la fois un prix de vente élevé (afin de maintenir les marges des éditeurs) et un équipement des lecteurs qui doivent investir dans un e-reader.

Ma vision est peut-être extrêmement naïve, mais je vois mal comment faire décoller les usages alors que l’offre est aussi pauvre. Certes, le marché va pouvoir compter sur les initiatives d’acteurs industriels (Amazon vient juste d’ouvrir la version anglaise de son Kindle Store et Google lancera d’ici la fin de l’année son offre Google Editions au Japon) mais il manque à mon sens un stimuli fort pour viabiliser le créneau. Les interfaces riches au secours de l’e-édition ? Pourquoi pas…

Tendances du salon E-commerce 2010

Normalement vous devez toutes et tous savoir que le Salon E-commerce Paris se tiendra la semaine prochaine à la Porte de Versailles. En prévision des discussions et rencontres sur-place, je suis allé consulter les fiches des candidatures aux E-commerce Awards et j’y ai trouvé des offres et services plutôt innovants.

Je vous propose ici une petite sélection non-exhaustive :

  • EnvoiMoinsCher.com, un comparateur de prestations de livraison ;
  • e-Fijy, une application de réalité augmentée permettant de tester des produits en situation “réelle” à partir d’une photo ;
  • ShopWithYourFriends, pour faire du co-shopping ;
  • Kontest, pour créer des jeux-concours sur Facebook, web et mobile ;
  • L’Usine à Design et son moteur de personnalisation de meubles ;
  • Ecommerce United, le réseau social des e-commerçants et des professionnels du commerce en ligne ;
  • Assemblive, un environnement de création 3D de salons et showrooms virtuels (entre autre) ;
  • MailForGood, une plateforme de diffusion de campagne en mode développement durable (50% des revenus publicitaires reversé aux associations partenaires) ;
  • SAVdesMarques, un site d’avis consommateurs qui permet de répondre aux questions des consommateurs en un point unique (avec relais en temps réel sur Twitter et Facebook) ;
  • VirtuOz Rapid Adapt, la nouvelle génération d’agents virtuels intelligents auto-apprenants ;
  • HopScore, solution d’affichage d’informations environnementales des produits sur les catalogues e-commerce…

Ceci n’est qu’une sélection hautement subjective, mais il est tout de même possible de dégager des grandes tendances de ces dossiers :

  • Le développement durable, avec des solutions de scoring des produits et marchands. À quand un scoring de la livraison ou un principe de compensation carbone intégré ?
  • La mobilité avec toujours plus de solution miracle pour transformer vote site web en application mobile. En 10 ans de nombreux prestataires s’y sont cassés les dents… Je m’intéresse de plus près aux services de géolocalisation intégrant une composante marchande comme Shopkick ou Hunch Local. Ça bouge également du côté du paiement sans contact (le marché est en attente de ce que va/  peut faire Apple dans ce domaine).
  • Le social shopping avec un début de frémissement de solutions pour intégrer la couche sociale de façon plus fine à votre plateforme marchande et surtout pour industrialiser son exploitation. Je n’entends par contre pas trop parler de plateformes communautaires de “social styling” comme Weardrobe ou Fashism (désolé je n’ai pas de terme français sous la main).
  • La réalité augmentée avec des solutions qui reposent sur les smartphones ou les webcams (nombreux exemples disponibles sur RichCommerce.fr).

J’offre une bière à celui ou celle qui me trouve un service mélangeant ces quatre tendances ! Il y a bien l’application iPhone de Neuvomonde mais on ne peut pas partager sur Facebook (et ils n’ont pas publié leur bilan carbone).

Je m’attarde quelques lignes sur les grands absents de cette liste :

  • Le contenu. Quel dommage que les commerçants investissent tant d’argent dans du référencement payant mais si peu dans du contenu de qualité qui leur permettrait pourtant d’arriver à un résultat quasi-équivalent mais de façon beaucoup plus durable. Bon OK, c’est un raccourci grossier, mais il faut bien avouer qu’à part le magazine en ligne d’Etam (Mode en vogue, tout en Falsh !), c’est le désert…
  • Les terminaux alternatifs. Là encore, si l’on commence à voir quelques applications iPad, les ebooks et smartframes sont encore largement ignorés. Il y a des places à prendre alors ne tardez pas !
  • L’Open Source. La sortie prochaine de Drupal 7 ainsi que du tout nouveau module Drupal Commerce risque de bousculer les éditeurs de solutions payantes, de même que Magento Mobile qui semble très prometteur.

J’espère avoir l’occasion d’en discuter avec vous lors du salon.

Facebook parviendra-t-il à relier monde réel et monde social ?

Même si vous êtes partis en congé à l’autre bout de la terre, vous devez normalement être au courant du lancement de Facebook Places, leur service de géolocalisation sociale.

Facebook Places sur votre smartphone

J’imagine que vous avez déjà dû lire tout ce qu’il y a à savoir sur le service aussi je me contenterais d’un bref récapitulatif :

  • Places vous permet de signaler l’endroit où vous vous trouvez (“check-in” en anglais), vous pouvez aussi publier la liste des amis qui sont avec vous (et qui ont un profil sur Facebook) ;
  • Toutes les signalisations sont affichées sur la page de l’endroit en question ainsi que sur le news feed de vos amis ;
  • Le service n’est disponible que sur la version mobile (touch.facebook.com ou sur l’application iPhone) et réservé aux utilisateurs US pour le moment ;
  • Les endroits conservent l’historique des personnes qui s’y sont signalées (cf. le principe de placestream déjà exploité par d’autres) ;
  • Les propriétaires d’un endroit (boutique, restaurant, cinéma…) peuvent en revendiquer la propriété et récupérer les droits de gestion de la page ;
  • Places proposera une série d’API pour exploiter sa base de données (importation de check-in d’autres services comme Foursquare, Gowalla… exportation des check-in vers d’autres services).

Plus d’infos ici : Everything You Need To Know About Facebook Places ou sur cette vidéo :

Un positionnement couteux et des concurrents féroces

Ce service n’en est qu’à ses débuts, mais il revendique une approche différente de ses concurrents directs : Top Location Based Services Compared with Facebook Places.

Comparaison des services de géolocalisation sociale
Comparaison des services de géolocalisation sociale

Facebook Places met en effet l’accent sur les commerces, ce qui le place en concurrence directe avec des city guides comme Yelp ou Cityvox. Non seulement ces acteurs bénéficient de moyens beaucoup plus importants que des startups comme Foursquare, Gowalla ou Brighkyte, mais ils profitent surtout d’une plus grande ancienneté sur le créneau et d’une base de données de lieux déjà complète. Constituer un annuaire complet des bars, restaurants, commerce… est en effet un travail titanesque qui nécessite de nombreuses années de travail et surtout des équipes importantes. Je suis impliqué depuis l’année dernière dans un long chantier d’évolution du site ma-residence.fr et je peux vous assurer qu’il faut déployer des efforts colossaux pour ne couvrir qu’une “petite ville” comme Levallois-Perret (je ne parle même pas de grandes capitales comme Paris ou Londres).

De plus, les city guides cités plus haut exploitent une base de donnée particulièrement bien structurée avec des avis parfaitement bien sémantisés, alors que Facebook Places se contente de simples check-ins. Difficile dans ces conditions de soutenir la comparaison avec des acteurs de niche qui proposent des interactions sociales beaucoup plus riches. Ma-residence propose par exemple une application en ligne de gestion de copropriété, un service de petites annonces ultra-locales, un moteur de recherche de services entre voisins, des modules dédiés aux associations et aux écoles… Bref, un ensemble de fonctionnalités qui motive les membres à s’impliquer dans leur vie de quartier.

Facebook Places ambitionne également de se positionner sur le créneau de la publicité locale. Le service va alors être en concurrence avec des acteurs encore plus gros comme les Pages Jaunes. Outre le rapport de force, Facebook va être confronté à un autre problème de taille : La confiance des annonceurs locaux. Un commerçant qui ouvre sa boutique va avoir le réflexe de se faire référencer sur les Pages Jaunes et éventuellement sur Google Maps, mais va-t-il forcément penser à inscrire sa boutique sur un réseau social où l’on trouve quantité de groupes farfelus, de profils racoleurs et autres casual games ? Le commerce de détail (ou la restauration) est un milieu ultra-concurrentiel, les patrons comptent leurs sous et ils ne se satisferont pas d’une argumentation bancale (“connect people and allow them to gather“) et d’un monitoring approximatif (cf. Audience : les chiffres de Facebook sont-ils crédibles ?).

Les membres joueront-ils le jeu ?

Comme toujours, vous pourriez me répondre qu’avec ses 500 millions de membres, Facebook est un rouleau compresseur qui va justement démocratiser de nouvelles pratiques et faire exploser les usages. Je ne pense pas, dans la mesure où les 500 millions de membres ne sont pas équipés d’un smartphone capable de faire de la géolocalisation (peut-être 1/5 ème). D’autre part, que les membres ne vont pas forcément s’approprier ces nouvelles fonctionnalités et les exploiter en masse. Cette fascination pour les nouveautés est en effet propre aux adopteurs précoces, les geeks qui n’ont pas abandonné Twitter, qui sont sur The Hotlist ou PlanCast. La grosse majorité des utilisateurs de Facebook est ainsi issue des adopteurs tardifs voir de la majorité tardive, ceux qui partagent des photos, des liens mais ne se risqueraient pas à créer un nouveau lieu à partir de leur smartphone.

Autre facteur limitant à prendre en compte : La peur de l’exposition. Le succès de Facebook repose en effet sur sa domination de la sphère sociale des internautes où les apparences sont reines : Les profils ne sont que des pseudo-avatars, des doubles numériques servant à valoriser les membres à travers leur nombre d’amis,  leurs photos de vacances ou de soirée. Le comportement des membres ne va pas changer avec l’arrivée de ces nouvelles fonctionnalités : Les check-ins ne se feront que dans une recherche de valorisation sociale (je me signale dans un bar / resto branché, pas dans la supérette de mon quartier ou chez mon urologue). C’est dommage car c’est justement grâce à cette infinité d’acteurs locaux “non branchés” que les annuaires font leur richesse.

Rajouter à cela les réticences liées à la confidentialité et vous aurez une grosse majorité de membres qui vont s’autocensurer et ne se signaler qu’aux endroits les plus cools (Starbucks, Apple Store…). En ce sens, je ne pense pas que les membres de Facebook sont prêt à franchir le pas et à exposer leur vie réelle, celle de tous les jours qui est certainement plus rébarbative que la “palissade sociale” que nous nous efforçons d’entretenir pour arriver à nos fins (être reconnu pas nos pairs, draguer…). Je pense ne pas me tromper en disant que les membres de Facebook ne souhaitent pas réellement s’ancrer dans la vie réelle (exposition quotidienne) mais plutôt qu’ils cherchent à la fuir à travers des profils-avatars.

De nouveaux défis à relever pour convaincre les annonceurs

Revenons-en aux annonceurs locaux. Autant je suis persuadé qu’il y a de très nombreuses opportunités dans le domaine du marketing ultra-local (le succès fulgurant de Groupon en est un bel exemple) ; autant je trouve l’approche de Facebook un peu légère car nous commençons déjà à voir des premiers cas de fraude (de faux check-ins : Hack of the Day: Travel the World With Facebook Places). Comment convaincre des annonceurs de se lancer dans une campagne de m-couponing alors que des petits malins peuvent simuler leur présence dans un lieu ? Shopkick, une start-up spécialisée sur ce créneau, utilise par exemple des petits boitiers chargés d’authentifier la présence effective des mobinautes et leur délivrer ainsi des coupons de réduction : Here’s Shopkick’s Special Sauce: A Box In Every Store That Verifies You’re Really There.

Le boitiers utilisés par ShopKick dans les points de vente
Le boitiers utilisés par ShopKick dans les points de vente

Enfin dernière zone d’ombre : les outils d’administration de masse. Alors que les marques et enseignes de distribution en sont encore à tâtonner pour créer leur Fan Page, comment les convaincre d’ouvrir une page par magasin ? Plus votre réseau de distribution est important, plus de travail de monitoring / maintenance va être laborieux. Les grandes enseignes vont ainsi devoir investir pour mettre en place les mécanismes leur permettant d’industrialiser la gestion des pages de chacun de leurs magasins ainsi que la gestion d’un programme de m-couponing reposant sur de la géolocalisation (lire à ce sujet Facebook Places: Revolution or Evolution?).

Conclusion

Tout comme j’avais trouvé le chantier sémantique de Facebook très naïf, son arrivée sur le créneau de la géolocalisation sociale me laisse sceptique car il y a bien trop d’approximations dans leurs plans et dans la façon de la monétiser.

Partir à la conquête du monde réel semble donc être un défi très complexe pour Facebook qui va devoir sortir de sa zone de confiance (la sphère sociale) et devoir se confronter à des problèmes qu’il ne saura pas gérer avant un petit bout de temps. Ce qui pose à nouveau le problème de la viabilité de la plateforme qui investit toujours plus d’énergie et d’argent dans de nouvelles fonctionnalités sans avoir rentabilisé les précédentes.

La solution de facilité serait de racheter une ou deux start-ups pour rapidement monter en compétence (au hasard : DisMoiOù), mais qui va financer ces acquisitions ? Et comment vont-ils les rentabiliser dans la mesure où ils pratiquent toujours la fuite en avant ? Retour à la case départ…

Récapitulatif des annonces du mois d’août

Comme chaque année, le mois d’août à été particulièrement riche en nouveautés et annonces des grands acteurs du web (une très mauvaise habitude qui risque de vous passer l’envie de partir en congé). Bref, tout ça pour dire qu’avec la fin de mes congés, je vous propose une sélection des news qui ont marqué l’été.

Facebook : Social Location et domination prochaine du web

Après de nombreux mois de spéculation, Facebook a annoncé officiellement le lancement de Places, son service de social location. Pour le moment ce service est réservé aux utilisateurs US, il se limite à la signalisation (“check-in” en anglais) et intègre les flux d’autres services : Facebook Launches Places With Support of Foursquare and Gowalla. Pour le moment, ce service est encore assez pauvre comparé à la concurrence (si ce n’est la possibilité de tagger des amis) mais le rachat de Hot Potato devrait permettre à Facebook de développer des leviers de différenciation : Facebook acquires Hot Potato, Places could be about to get REALLY interesting.

Même si la masse colossale d’utilisateurs de Facebook (et surtout d’utilisateurs mobiles) est un plus indéniable, force est de constater qu’ils ont accumulé pas mal de retard par rapport à des services qui intègrent de façon plus explicite les marchands comme Shopkick,  les contenus médias comme Miso ou les recommandations d’endroits comme Hunch (Why Recommended Places Are the Next Big Thing in Location). Toujours est-il que Facebook aura fort à faire pour transformer cette nouveauté, d’une part car Google est déjà sur le créneau avec Google Places (autant Google n’a aucun mal à séduire les petits commerçants, autant ça sera plus compliqué pour Facebook), et d’autre part car Facebook a dû s’associer avec Microsoft pour pouvoir exploiter leur système de cartographie – une association à haut risque tant le déséquilibre entre ces deux sociétés est important (pour mémoire les bénéfices annuels de Microsoft représentent la moitié de la valorisation théorique de Facebook).

D’autres nouveautés ont été annoncé, notamment un nouveau système de commentaires ou une mise en page plus étroite. La prochaine étape logique devrait être le lancement de Facebook Music (en début d’année prochaine ?) en attendant d’occuper la première place dans le classement mondial des sites les plus visités.

Google : Mise au placard de Wave et préparation de Google Games

Grosse surprise avec l’annonce de l’abandon des développements de Google Wave. Incompris à son lancement, Wave n’en reste pas moins l’innovation la plus remarquable de ces dernières années en matière de communication / collaboration. Rassurez-vous, ils n’abandonnent pas définitivement le produit mais cherchent plutôt à la repackager dans l’offre Google App avec une approche plus discrète.

Deuxième grosse annonce : le rachat logique de Like, le moteur de recherche visuel mais également de reconnaissance faciale (Google Buys Like.com – and Riya, Too). Rien de très surprenant puisque nous sommes dans le coeur de métier de Google.

Beaucoup plus intéressant, les premières informations sur le Chrome Web Store commencent à voir le jour (Google Launches Chrome Web Store Developer Preview) et ça promet d’être un sacré gros morceau. Nous ne connaissons pas encore la date de lancement mais je vous invite fortement à tester Jolicloud pour avoir un aperçu de ce qu’un web OS peut vous apporter.

Encore plus interéssant, la finalisation du lancement de Google Games avec le rachat de Slide et Jambool ainsi qu’une prise de participation dans Ngmoco. Cela fait un petit bout de temps que je vous parle de la montée en puissance des jeux en ligne, et Google est bien décidé à ne pas se laisser distancer : Google voudrait revenir dans la course au social au travers des jeux.

Social Games : La bulle spéculative peut-elle être évitée ?

L’actualité a également été bouillante pour le secteur des social games avec des rachats à la pelle pour Zynga (Unoh au japon et Conduit Labs) ainsi que le lancement de Texas Poker en Chine.

Les grands groupes ne sont pas en reste avec de très fortes ambitions affichées par Disney (Disney CEO: Social Gaming ‘Real, Here To Stay’) et par Playboy (Playboy Kicks Off Gaming Label With ‘Poisonville’).

Autre signe du dynamisme du créneau : La refonte prochaine de Friendster avec une orientation très marquée sur les jeux en ligne (MOL Overhauls Friendster For Social Games), ce réseau social suit donc l’évolution de Hi5 (qui a également été recentré sur les social games).

Apple : Vers une domination d’iTunes ?

L’été a également été très chaud pour Apple qui aimerait bien se lancer également dans le social games (Apple to Buy Chinese Game Developer?) et prépare la rentrée avec le lancement de sa iTV (certainement propulsée par le iOS et donc parfaitement intégrée à iTunes), la refonte probable de Lala (la conférence de presse est programmée pour le 1er septembre) et la finalisation d’un service de streaming sur l’iPad (Video Streaming Services for the iPad). Au cas où vous poseriez la question : Oui, ça risque de faire grand bruit dans l’univers des médias traditionnels.

Mais le meilleur (le pire ?) reste à venir avec la préparation du lancement de solution de paiement sans contact avec l’iPhone : Apple Hires Wireless Payment Guru, Prepare for iPhone Credit Cards et Apple Could Finally Bring NFC to the Masses. Si l’iPhone ambitionne de remplacer votre carte bancaire, alors iTunes remplacera-t-il votre banque ? Peut-être… c’est en tout cas l’hypothèse émise par JM Billaut (Apple remplacera-t-il Visa et autres Mastercard ? Une banque Apple ?).

Microsoft : IE9 et Windows Phones Games

Microsoft aussi a été actif durant l’été avec l’annonce de la sortie prochaine d’IE9. J’apprécie énormément le travail des équipes de Google sur Chrome (notamment sur la Canary Build), mais ça ne concerne pas plus de 100.000 geeks dans le monde. Une nouvelle version majeure d’IE est par contre un évènement bien plus important car il touche des centaines de millions d’internautes et car cela peut changer en profondeur le travail des agences et intégrateurs web. Bref, c’est une très bonne nouvelle.

Microsoft a également annoncé sa gamme de jeux pour la plateforme Windows Phone ainsi que les possibilités de couplage : Windows 7 Phones Will Interact With Xbox, Demo Future of Gaming. Entre ça et la sortie prochaine de Kinect, ça va faire des vagues…

Le web va mal : Net neutralité et monopoles

Malheureusement tout n’est pas rose au pays du web, et nous avons de nombreuses raisons de nous inquiéter. Il y a tout d’abord ce très gros débat autour de la neutralité du web sur les 2 dernières semaines. Je n’ai pas le courage de résumer ce débat mais je vous engage à lire les nombreux articles parus sur l’édition française de R/W W (gros coup de chapeau à Fabrice et sa bande).

Il y a ensuite l’annonce de la prise de contrôle de Deezer par Orange ainsi que de la fermeture de Jiwa. Ces deux évènements ne sont pas liés, mais ils soulignent l’incapacité de l’industrie à se projeter dans l’avenir et à essayer de trouver des modèles viables pour contrer Apple. Pour éviter une explication laborieuse, je me contenterai de dire que l’industrie à tué l’innovation… et programmée sa reddition face à un Apple surpuissant qui finira par mettre à genoux ceux qui osent se dresser contre iTunes. C’est dommage et surtout très inquiétant. Concernant Jiwa, je suis particulièrement attristé par cette nouvelle car j’avais travaillé avec les équipes sur une refonte qui devait voir le jour dans les prochains mois. Cette nouvelle version n’avait plus rien à voir avec l’écoute à la demande et proposait un service en rupture avec la concurrence.

Dernière mauvaise nouvelle : L’introduction en bourse de Demand Media et la tentative de décapitation de Wikileaks. Cette IPO illustre la victoire des usines à contenu qui se sont fait une spécialité dans la création à la chaîne de “junk content” (par analogie avec la “junk food“), le contenu vite rédigé – vite oublié qui plait tant aux moteurs de recherche. Moi je vous le dis comme si j’étais accoudé au comptoir : “C’est pas avec ça qu’y vont nous faire du contenu de qualité, non Madame…!“.

Ebooks : La prochaine révolution ?

Quel secteur d’activité est-il aussi chaud que celui des social games ? Les ebooks bien sûr ! L’actualité du livre numérique est en effet très riche :

J’ai l’intime conviction que les ebooks sont très loin de nous avoir révélé leur réel potentiel et que nous n’en sommes qu’au tout début d’une révolution (billet en préparation à ce sujet).

J’arrête ici ce récapitulatif mais je vous engage à ne pas vous arrêter là et à profiter des derniers jours de calme pour vous documenter sur ces différentes annonces et préparer une fin d’année qui s’annonce particulièrement agitée.

Mes trois sites coup de coeur (août 2010)

Même pendant les vacances j’ai mes coups de coeur, voici donc une petite sélection estivale de sites web qui ont retenus mon attention.

Commençons avec OhLife, un service en ligne d’auto-biographie :

La page d'accueil de OhLife.com
La page d'accueil de OhLife.com

Mise en page minimaliste mais très beau travail sur les textures de fond de page ainsi que sur les typographies. L’attention est parfaitement concentrée sur le coeur de page et le bouton d’inscription. Un site simple pour un service simple.

Poursuivons avec Nabru, une boutique en ligne de canapés personnalisables :

La page d'accueil de Nabru
La page d'accueil de Nabru

La page d’accueil est un peu chargée, mais j’aime beaucoup cette construction par strates, de même que les pictos qui sont utilisés sur cette page et dans le reste du site. Le traitement des liens est un peu chaotique mais ça reste largement utilisable. J’apprécie également le traitement du panier façon étiquette.

Terminons avec The Brown Corporation, le distributeur des… shitbox :

Le site officiel des shitbox
Le site officiel des shitbox

Rien de très spectaculaire sur ce site si ce n’est la texture du fond de page (en accord avec le produit) ainsi que les choix typographiques. Là encore, je souligne le traitement original du panier ainsi que l’halo de lumière derrière la photo des produits.

(merci à Ulysse pour le lien)

La suite le mois prochain.

Du contenu roi aux données reines

Souvenez-vous… il y a quelques années, le contenu était considéré comme la matière première du web : Celui qui maîtrisait le contenu maitrisait le web (les portails qui agrégeaient de très nombreuses sources de contenu concentraient également l’audience). Puis il y a eu MySpace, les Skyblogs, Facebook, Twitter, FourSquare… et maintenant il parait que c’est la communauté qui est reine. Certes, les plateformes sociales sont indéniablement en haut des tableaux d’audience, mais je reste convaincu que sans contenus une communauté n’est pas viable. Comprenez par là que ce sont les contenus qui alimentent les conversations et font tourner les communautés. De ce point de vue là, les plateformes sociales ne sont qu’un intermédiaire entre le contenu et les internautes. Un intermédiaire à valeur ajoutée, mais qui présente tout de même une certaine fragilité dans sa pérennisation (cf. De la qualité des contenus sur Facebook).

Sans rentrer dans la polémique, je pense ne pas me tromper en disant que le contenu reste roi, la communauté se nourrit de ce contenu pour générer des interactions sociales (mais là encore il y a des subtilités : Ne confondez plus communautaire et social). La grande question que je me pose est la suivante : Qu’est-ce qui alimente les rédacteurs de ce contenu ? C’est là où les données entrent en scène, non pas les données que les rédacteurs possèdent déjà, mais plutôt les données disponibles publiquement que les internautes peuvent  interroger et manipuler à loisir.

Les données à la base du… journalisme de données

Nous parlons bien ici de données brutes en très grande quantité (des chiffres) qu’il serait trop coûteux de traiter. En les exposant publiquement, ce travail de compilation / trituration / interprétation est déléguée à la communauté qui va ainsi pouvoir nourrir une réflexion ou appuyer des prises de position. Et à ce petit jeu, certains journalistes en ont fait leur spécialité, cela s’appelle du journalisme de données (datajournalism en anglais). L’idée est d’extraire des informations pertinentes de quantités importantes de données.

Pour vous aider à comprendre l’intérêt de cette pratique, amusez-vous à compter le nombre d’articles qui font référence à Google Trends, les statistiques de recherche sont les données sur lesquelles repose toute l’argumentation de ces articles. Autre illustration avec ce graphique très intéressant qui met en évidence les performances extraordinaires (=suspectes) des coureurs du tour de France :

Anayse des performances extraordinaires des coureurs du tour de France
Analyse des performances extraordinaires des coureurs du tour de France

Ces données sont extraites du portail ActuVisu qui permet justement de manipuler des bases de données (cf. Datajournalisme : du nouveau en France avec ActuVisu). Les données sont dans ce cas de figure la matière première d’une réflexion, ou plutôt d’une investigation. Les possibilités sont nombreuses et la profession se met en marche pour développer de nouvelles compétences dans ce domaine. Pour mieux comprendre ce phénomène, je vous recommande les trois articles suivants : Pourquoi le data-journalisme, c’est l’avenir en marcheQuatre voies du datajournalism et Illusions et malentendus sur le journalisme de données.

Après les portails de contenus, les portails de données

L’exemple français d’ActuVisu illustre une tendance de fond initiée il y a 5 ans avec la fondation GapMinder qui fournit justement un accès à de très nombreuses données et statistiques (leur crédo : “Unveiling the beauty of statistics for a fact based world view“).

Mieux comprendre le monde avec GapMinder
Mieux comprendre le monde avec GapMinder

Tout l’intérêt de ce portail est d’une part d’agréger le plus grand nombre de données possible (de préférence en les rendant exploitables et compatibles) ainsi que de fournir un outil simple pour manipuler et visualiser ces données. Il existe d’autres initiatives comme ManyEyes d’IBM, Socrata ou plus modestement Worldmapper. Notez que ces interfaces pour données sont une notion chère à Tim Bernes-Lee (cf. ReadWriteWeb Interview With Tim Berners-Lee, Part 2: Search Engines, User Interfaces for Data, Wolfram Alpha, And More…), preuve que ce sujet est important.

Un créneau très porteur qui intéresse les moteurs de recherche de Google, qui a racheté en 2007 l’outil de visualisation qui propulse GapMinder et qui propose également Google Public Data Explorer dans son labo. Ce rachat fait sens dans la mesure où Google est très certainement un des mieux placé pour collecter les données éparpillées aux 4 coins du web. Reste encore le problème des données non-publiques.

Libération des données publiques avec Open Data

Les initiatives d’Open Data consiste à libéraliser les données publiques pour apporter plus de transparence (à l’image du portail anglais WhereDoesMyMoneyGo?) et pour nourrir des réflexions et projets sociétaux (lire à ce sujet Open Data : des licences libres pour concilier innovation sociale et économique). L’administration américaine a été la première à se lancer en ouvrant le portail Data.gov, suivie par d’autres pays comme l’Angleterre, l’Australie et la Nouvelle-Zélande (cf. Quel modèle pour le data.gov Français ?).

Le portail des données publiques anglaises Data.gov.uk
Le portail des données publiques anglaises Data.gov.uk

Il est important de comprendre que ces initiatives ne sont pas tant une manoeuvre politique ou un outil de surveillance qu’un levier d’innovation pour accélérer l’émergence de nouveaux modèles sociétaux ou de nouveaux projets relatifs à l’environnement, l’éducation, la santé…

Pour le moment le chantier est toujours en cours en France mais des initiatives locales permettent déjà d’accéder à des poches de données : État des lieux de l’OpenData en France.

Les données comme trésor de guerre des moteurs

Comme nous venons de le voir, les données sont donc une matière première particulièrement convoitée. À partir de ce constat, il n’est pas surprenant de voir que les grands moteurs de recherche s’intéressent de près à ces données et cherchent à les exploiter pour apporter une couche d’intelligence aux résultats de recherche. Illustration avec le tout nouveau Bing Shopping qui propose des pages de résultats structurées :

Les résultats de recherche structurés de Bing Shopping
Les résultats de recherche structurés de Bing Shopping

L’idée derrière tout ça est de proposer non pas un moteur de recherche mais un outil d’aide à la décision (cf. New version of Bing Shopping). Et pour structurer des résultats, que faut-il ? Des données ! Autant Microsoft a opté pour des partenariats, autant Google est passé à la vitesse supérieure avec notamment l’acquisition d’ITA, un fournisseur de données touristiques spécialisé sur l’aérien qui va permettre à Google de faire de l’intégration verticale sur ce créneau : With ITA Purchase, Google Now Owns the Skies.

La vente de billets d’avion en ligne est un business très juteux, il est donc normal que Google casse sa tirelire pour blinder sa position. Il y a par contre des secteurs à priori moins rémunérateurs mais pour lesquels un outil de consolidation / manipulation / visualisation des données offrirait une position dominante à son éditeur : L’immobilier, l’emploi, les loisirs (IMDB est un bon exemple de données structurées à valeur ajoutée) ou encore le sport (citons l’exemple de Footbalistic). Je vous recommande à ce sujet l’article de GigaOm qui détaille ces exemples : Who Will Google Buy Next for Structured Data?.

L’idée ici est d’investir dans une base de donnée verticale et de monétiser son exploitation. Constituer une base de données de référence est un chantier titanesque, et seuls les acteurs avec les plus gros moyens peuvent y parvenir. Mais une fois le monopole établi, les possibilités sont nombreuses pour rentabiliser cet investissement. Google Maps est un autre exemple intéressant d’une gigantesque base de données (géographiques) dont nous avons maintenant beaucoup de mal à nous passer et dont le propriétaire a tout le temps pour trouver des solutions de monétisation viables.

Plus intéressant, un article de GigaOm nous révèle que ITA ne se restreint pas au secteur du tourisme aérien mais édite également une solution de manipulation de données accessible sur NeedleBase.comMeet the Web Database Company Google Just Bought. Cette solution ne permet pas de manipuler des données publiques mais de groupes de données dont l’utilisateur a les droits. Toujours est-il que cette solution est à la fois puissante et intuitive, tout ce dont nous avons besoin pour faire du journalisme de données :

Manipulation de données avec NeedleBase
Manipulation de données avec NeedleBase

Tout récemment Google a fait une acquisition qui va dans ce sens en mettant la main sur Metaweb, une gigantesque base de donnée “ouverte” où sont répertoriés 12 million d’entités sémantiques (visibles sur Freebase.com) : Google Acquires ‘Open Database’ Company Metaweb To Enrich Search Results.

Vers des systèmes auto-alimentants

Voici donc la stratégie de Google : Acheter des données avec l’idée de la monétiser une fois que le marché sera devenu dépendant de leur exploitation. Mais sommes-nous réellement dépendant des données ? Vous particulièrement, probablement pas, mais de nombreux aspects de votre quotidien repose sur une exploitation fine de données. Nous pourrions même aller plus loin en disant que l’exploitation des bonnes données pourrait améliorer votre quotidien (cf. Nos vies gérées par les données) ou la productivité d’une entreprise.

Les objets de notre quotidien pourraient ainsi capter un grand nombre de données vous concernant et fournir ainsi des statistiques très précieuses sur votre mode de vie et la façon d’optimiser votre alimentation, vos trajets, votre budget, votre suivi médical… Imaginez alors l’intérêt d’un coach qui serait à même d’interpréter ces données et de vous offrir de précieux conseils pour améliorer votre quotidien. Ces conseils et les données qui en sont à l’origine deviendraient rapidement une drogue pour des hommes et des femmes soucieux de leur bien-être : The upcoming Internet pandemic: data addiction.

Reste encore à régler le problème de la collecte : Seule une minuscule minorité des habitants de cette planète serait d’accord pour s’équiper des outils de mesure de votre quotidien (sommeil, alimentation, exercices physiques, trajets, dépenses…). Une minorité de geeks, sauf si un acteur industriel avec de gros moyens décide de fournir gratuitement les outils de mesure et de collecte en faisant un pari sur l’avenir (et sur la monétisation de ces données). Et cet industriel avide de données, encore une fois c’est Google avec son projet de compteur intelligent PowerMeter.

Suivie de votre consommation quotidienne avec Google PowerMeter
Suivie de votre consommation quotidienne avec Google PowerMeter

Et même si Google ne peut pas remplacer tous les compteurs électriques des pays occidentaux, il peut fournir la plateforme pour consolider les données et les re-publier : Google Releases API for Energy Tool PowerMeter. La promesse de Google est simple : Vous aider à mieux comprendre vos habitudes de consommation pour optimiser vos dépenses… tout en revendant les statistiques aux industriels pour qu’ils puissent développer des appareils ménagers plus en phase avec le mode de vie de ces clients.

Loin de moi l’idée de jouer les paranoïaques et de dénoncer ces pratiques, car si tout le monde y trouve son intérêt il n’y a pas de raison de s’en priver. Il n’empêche que si je fais la somme de tout ce que Google peut potentiellement savoir sur moi, ça commence à faire beaucoup :

  • Mes contacts avec Gmail ou Android (carnet d’adresse + historique des appels) ;
  • Mon profil (âge, parcours…) avec Google Me ;
  • Mes achats avec Checkout ;
  • Mes centres d’intérêt avec l’historique de mes recherches ;
  • Mes déplacements avec Latitude ;
  • Mes loisirs (les programmes TV que je regarde) avec Google TV ;
  • Mes lieux de vacances avec Picasa…

Et ce n’est qu’un début car avec la sémantisation progressive du web, le moteur d’indexation pourra consolider toujours plus de données sur les internautes, mobinautes et même tvnautes. Les données seront donc la matière première à une nouvelle génération d’outils, services et prestations en rapport avec l’amélioration du quotidien de chacun. Des données qui seront l’objet d’une bataille acharnée pour en contrôler la possession, la collecte ou l’exploitation.

J’anticipe donc un web dominé par les contenus et données où Google jouera un rôle prépondérant. Facebook ou Twitter peuvent-ils prétendre à un rôle important dans ce tableau ? J’en doute car il faut des moyens considérables et surtout des appuies industriels et politiques, tout ce qui leur fait défaut actuellement. Longue vie au couple royal !

Mes trois sites coup de coeur (juillet 2010)

Et c’est reparti pour une série de trois sites haut en couleur (presque) à l’approche des grandes vacances.

Commençons par Groupon, le célébrissime site de coupons de réduction locaux :

La page d'accueil de Groupon.com
La page d'accueil de Groupon.com

J’imagine que vous avez tout lu en ce qui concerne la croissance et la modèle économique de Groupon, par contre je m’étonne du peu de commentaires sur ses qualités esthétiques : Belle harmonie et couleurs, des effets graphiques efficaces (dégradés, coins semi-arrondis) tout en restant très sobres, une très bonne lisibilité et une excellente hiérarchisation de l’information. Non seulement ce site est une réussite, mais il tire le secteur vers le haut dans la mesure où ses concurrents doivent s’aligner sur le même niveau. Assurément une référence !

Continuons avec Made, une boutique en ligne anglaise :

La page d'accueil de Made
La page d'accueil de Made

Bon OK, pour les couleurs il va falloir repasser, mais j’apprécie grandement l’ambiance minimaliste des formes et couleurs agrémenté d’effets typographiques sophistiqués. De belles proportions, beaucoup d’espaces blancs et une lisibilité parfaite pour cette boutique très réussie. J’adore !

Terminons avec le très classique AciontEnvelope :

La page d'accueil d'ActionEnvelope.com
La page d'accueil d'ActionEnvelope.com

Nous avons ici une superbe illustration du savoir-faire US en matière d’efficacité marchande : Simple, sobre et efficace. Oui c’est carré, très carré même, mais j’apprécie beaucoup cette mise en page om rien ne dépasse et où il n’y a pas divergence dans les traitements graphiques (tous les liens, titres, boutons sont les mêmes). Vous noterez au passage le très beau travail de merchandising réalisé sur les menus (au survol de la souris) ainsi que le bandeau de défilement horizontal du bloc “Shop by Color“. Un site parfaitement propre qui renvoie une image rigoureuse en accord avec les produits vendus (pas de chichis). Bien évidement ça ne fonctionnerait pas pour d’autres produits mais ce site reste un grand classique (j’en avait déjà parlé il y a quelques années et il avait déjà cette tête là).

La suite le mois prochain…

Pourquoi Google a quasiment déjà gagné la bataille du salon avec Google TV

Après un départ plutôt timide, le mariage entre web et TV semble enfin se concrétiser avec l’annonce de Google TV, programmé pour début 2011. Il faut dire que la TV est un très gros marché : C’est le média le plus puissant, celui où les investissements publicitaires sont les plus élevés. Google avait déjà un pied dans la télévision avec les TV Ads (Place ads on television with Google TV Ads), maintenant il ambitionne d’y mettre son deuxième pied et de ne laisser aucune place aux autres avec une offre très complète : Google TV Is Ready to Change the Game.

Google TV = Android + Chrome + Search + Marketplace

Pour vous donner un apperçu rapide de ce que sera l’offre Google TV, rien de tel qu’une petite vidéo :

En résumé, voici les principales caractéristiques de Google TV :

  • Repose sur le système d’exploitation Android (déjà utilisé par de très nombreux smartphones) qui permet de faire tourner le navigateur Chrome ainsi que de nombreux widgets disponibles sur l’Android Market ;
  • Propose un système de recherche qui mélange à la fois les programmes TV, l’offre de VoD, les contenus YouTube ainsi que ce qui est indexé sur votre media center (si vous en avez un) ;
  • Sera directement intégré dans une gamme de smart TV de chez Sony ou grâce à la Revue Box de chez Logitech (aux alentours de 500 $).
La Google TV Box de chez Logitech
La Google TV Box de chez Logitech

Vous pourriez me dire que des gros acteurs ont déjà tenté de marier web et TV sans succès (Microsoft avec MediaRoom, Yahoo! avec Connected TV, Apple avec Apple TV…), mais l’offre de Google est plus ambitieuse et bénéficie de plusieurs leviers de différentiation :

  • L’offre sera disponible pour tous les constructeurs qui souhaiteront équiper leurs produits de l’offre Google TV (grâce à une puce tout-en-un produite par Intel) ;
  • De nombreuses synergies sont à prévoir avec les smartphones (utilisées comme télécommande intelligente ou comme terminal de paiement) ;
  • Un partenariat avec des fournisseurs de grilles universelles de programmes (comme Dish Network) donnera du sens au flux vidéo et permettra de proposer des contenus et services additionnels (des fiches IMDB sur le film en cours de visionnage…) ;
  • Google se lance dans l’aventure avec deux gros partenaires industriels que sont Logitech et Sony (qui fabrique des TV mais possèdent aussi des contenus à forte valeur ajoutée avec les catalogues de film de MGM, Columbia et Tri-Star) ;
  • Google peut compter sur son large écosystème de développeurs Android pour étoffer rapidement l’offre.

Les ambitions de Google pour cette offre sont donc placées très haut. En fait il semblerait que Google tente une manoeuvre de décapitation préliminaire, bien connue des militaires, pour écraser les concurrents directs de petite taille (Roku, Vizio, Vudu…) et augmenter de façon drastique la pression concurrentiel face au duo Apple / Microsoft. Pour en savoir plus, je vous recommande le très complet rapport de Forrester : Google TV Is A Bigger Deal Than You Think.

Google TV pourrait révolutionner le marché (tout comme l’iPhone à son époque)

La télévision est un média de masse parfaitement mûre avec une chaîne de valeur parfaitement rodée, tout comme l’industrie des télécoms l’était avant le débarquement de l’iPhone ! Avec Google TV, le géant de la Silicon Valley ambitionne de métamorphoser le secteur en appliquant sa recette (avec le modèle plus que gratuit) et en y injectant les leçons retenues avec l’iPhone. Les objectifs de Google sont donc les suivants :

  • Désintermédier les câblo-opérateur et autres bouquets satellite en proposant une interface de recherche universelle qui permettrait aux téléspectateurs de manger à la carte plutôt qu’au menu ;
  • Amasser de grandes quantités de données sur les usages et les grilles de programme (tout comme il le fait avec Google Analytics et Google Maps) ;
  • Générer des revenus avec du placement publicitaire dans son interface de recherche.
L'interface de recherche de Google TV
L'interface de recherche de Google TV

Le coeur de Google TV est donc cette interface de recherche, ça tombe bien car c’est la spécialité de Google !

Un second souffle pour les TV connectés

Relier votre TV à l’internet n’est pas une nouveauté, et j’ai déjà eu l’occasion de m’exprimer à ce sujet : La télévision est-elle l’avenir de l’internet ? En partie. Mais quand c’est Google qui s’y colle, forcément on se dit qu’ils peuvent bouleverser en profondeur nos habitudes et définitivement modifier notre façon de consommer des contenus via le petit écran (en fait plutôt grand chez certains).

Il y a d’une part un très bon timing car Google se lance en plein dans une phase de renouvellement où la TV est en train de se réinventer (HD, 3D, TNT…) et où les consommateurs sont en demande de plus de flexibilité et de potentialité pour un équipement qui coûte la peau des… genoux (The Future Of TV Is… TV). Nous sommes également dans une période où les pratiques de piratage de contenus se banalisent et où les pouvoirs publics ne savent plus trop comment s’y prendre (cf. la navrante campagne de sensibilisation sur HADOPI). Loin de moi l’idée de relancer le débat sur ce sujet, mais il y a bien une chose que je sais : On ne peut pas lutter contre le marché et en l’absence d’une offre viable, les téléspectateurs vont compenser la faiblesse de ce qu’ils trouvent sur leur TV (Google TV – If The Vikings Don’t Deliver, The Pirates Will).

Bref, Google TV arrivera à point nommé pour débloquer la situation et simplifier / généraliser les pratiques de VoD qui génèrent beaucoup d’attentes :

La VoD est une des grosses attentes de la TV2.0
La VoD est une des grosses attentes de la TV2.0

Google TV serait également l’occasion pour vulgariser les usages de magnétoscope numérique (nous n’avons pas l’équivalent de TiVo en France) et des media centers où sont stockés les photos, vidéos et films de la famille.

Les défis qui attendent Google

Maintenant qu’ils ont des partenaires industriels pour la partie technique, reste à Google la lourde tâche de blinder la partie “contenus”. Ceci implique notamment de signer des partenariats avec les éditeurs de contenus qui sont aussi distributeurs pour la plupart (soit avec leurs chaînes de TV ou leur offre de catch-up TV). Il existe bien des acteurs comme TV Replay ou MySkreen en France, mais ce qu’il faudrait ce sont des initiatives plus ambitieuses comme Hulu ou EpicHD pour proposer une offre complète sur les films et séries TV (le gros du marché). Sur ce point là, la partie est loin d’être gagnée, mais je pense que la force de frappe de Google va faire avancée les choses.

À moins que… à moins que les exemples des industries musicales (verrouillée par Apple et son iTunes) et de la presse (déstabilisée par Google News) ne fassent peur aux géants de la TV qui pourraient se replier sur eux-même et nous faire le coup d’Asterix…

Dernier défi à relever par Google : L’utilisabilité. Car il faut bien comprendre que Google TV n’est ni plus ni moins qu’un ordinateur sur lequel il est possible de surfer sur internet, rechercher des contenus, installer des applications… Mais comment faire avec une simple télécommande : En proposant une interface simplifiée ? En commercialisant une télécommande améliorée (à l’image de la Litl TV) ?

Votre future télécommande ?
Télécommande 2.0 pour TV 2.0

Tout comme il a fallu repenser les interfaces pour les smartphones (et maintenant les touchbooks), il va falloir fournir de gros efforts pour faire en sorte de ne pas perdre les téléspectateurs en route (cf. Google publie des recommandations pour la conception d’interfaces TV).

Pour en savoir plus sur les enjeux de la TV 2.0, je vous recommande le rapport de Giga OM : Google TV, Overview and Strategic Analysis.

L’utopie de la TV personnalisée

Les premiers observateurs de l’offre Google TV commencent déjà à fantasmer sur un principe de chaîne entièrement personnalisée aux goûts du téléspectateurs qui sera tellement ébloui par la finesse du ciblage comportemental qu’il préfèrera regarder les pubs qui lui correspondent parfaitement plutôt que les programmes. Hum hum… je ne m’attarderais pas sur ces prévisions loufoques.

Nous savons maintenant que la personnalisation 1to1 est une utopie qui a fait perdre beaucoup d’argent et de temps aux industriels du web. La tendance serait plutôt de s’intéresser à des systèmes de recommendations ou de suggestions (les américains appellent ça des curated lists). Ces recommandations pourraient être faites par un portail (donc Google TV), par un média (la liste des programmes recommandé par le chroniqueur de Télé 7 jours) ou par la communauté (avec des services comme TOITI ou Joost).

Qui pourrait concurrencer Google ?

Maintenant que le loup a pointé le bout de son nez dans la bergerie, reste à savoir qui pourrait potentiellement concurrencer Google :

  • Sony, car ils possèdent une grande maitrise de l’électronique grand public (c’est une marque forte), car ils disposent d’une bonne base avec la PS3 (qui fonctionne aussi comme un media center et un canal de distribution), car ils possèdent de nombreux contenus (films et musiques). Sony pourrait très largement concurrencer les plans de Google, mais il ne se passera rien vu qu’ils viennent de signer un partenariat très fort (ils préfèrent se marier et partager les bénéfices plutôt que de s’affronter).
  • Microsoft, car ils maitrisent la partie software, car ils sont déjà présents dans de nombreux foyers avec la Xbox, car ils ont des moyens et de l’ambition. Oui mais Microsoft est en ce moment engagé sur de nombreux fronts (cloud computing, search, mobile…) qui mobilisent une grosse partie de ses ressources.
  • Apple, qui bénéficient d’une formidable image auprès du grand public (et des faveurs des marchés financiers), de l’écosystème terriblement efficace d’iTunes, d’une offre qui ne demande qu’à être dépoussiérée. Rajouter à celà de grosses ambitions sur le cloud entertainement (avec notamment le rachat de Lala).

Bref, vous pouvez fantasmer sur une hypothétique TV de chez Apple qui embellirait votre salon (et viderait définitivement votre compte en banque) mais ça n’arrivera pas car cela impliquerait une plus forte diversification dans les activités d’Apple qui pourrait inquiéter les marchés financiers (Steve Jobs vient à peine de leur expliquer qu’Apple est une “mobile-device company“).

Tout ceci m’amène donc à la conclusion que Google vient quasiment de remporter la bataille du salon. Cette pièce emblématique où les membres du foyer se regroupent, où l’on se détend / divertie, où il y a tant d’argent en jeu. Et Google compte bien en capter une bonne partie de façon indirecte, tout comme il le fait avec le web. Google a récemment déclaré qu’ils générait près de 54 milliards de $ d’activités économiques rien qu’aux US, imaginez ce que cela pourrait donné avec un média de masse comme la TV dont les revenus publicitaires s’élèvent à 70 milliards de $ rien qu’aux USA… Largement assez pour remplir encore plus les caisses de Google et lui permettre d’accroître encore plus sa présence dans notre quotidien. J’attends avec impatience la Google Car !

7 ans de blog et bientôt une dixième version

Déjà 7 ans de blog… c’est fou comme le temps passe vite, et surtout comme l’écriture peut rapidement s’installer dans un quotidien professionnel. En 7 ans j’aurais publié près de 3.000 billets sur mes 7 blogs. Même si la cadence n’est plus la même qu’à la “grande époque”, j’ai toujours une motivation intacte. En fait le ralentissement dans ma production s’explique par le fait que je n’ai plus envie d’écrire de la même façon.

Voilà bien longtemps que j’ai abandonné la chasse au scoop et la course au référencement, mon rythme de production s’est ainsi stabilisé à 1 analyse par semaine sur ce blog et 2 ou 3 billets par mois sur les autres blogs. C’est peu, mais c’est aussi largement suffisant pour le temps que je peux y consacrer (car j’ai aussi une famille et un travail) et surtout pour ce que j’ai à dire.

De toute façon il n’en faut pas plus pour fidéliser un lectorat. Autant sur les  cinq premières années j’étais en phase de conquête, autant depuis ces deux dernières années j’en suis plus à de la fidélisation. Mais “fidéliser” ne veut pas forcément dire “stabiliser”, ça veut surtout dire se concentrer sur le coeur de son audience, quitte à perdre quelques lecteurs “périphériques”. En 2 ans 1/2 j’ai ainsi perdu près de la moitié de mon audience (visiteurs sur le site et abonnés au flux RSS) :

Statistiques de fréquentation de FredCavazza.net
Statistiques de fréquentation de FredCavazza.net

Perdre la moitié de mon audience était le prix à payer pour avoir des conversations de qualité. J’ai ainsi constaté une très nette amélioration dans les commentaires : Non seulement il n’y a plus de trolls et autres déchets, mais en plus il y a une véritable intelligence dans les échanges que je peux avoir avec mes commentateurs (et aussi entre eux). Bref, je ne regrette en rien les changements effectués dans ma ligne éditoriale et mon rythme de publication. Je pense appliquer la même méthode avec mes 6 autres blogs dont la croissance est soutenue et dont certains vont bientôt rivaliser avec le blog principal.

Côté exposition médiatique, on me fiche également la paix : Je continue à être sollicité par des agences mais la tendance est la baisse (ça ne m’empêche pas de toujours avoir un petit frisson quand je reçois un colis de chez Buzzman, surtout depuis cette histoire de pied de porc). Par contre je continue à être inondé de demandes d’interviews de la part d’étudiants et c’est pire chaque année !

Donc je suis bien parti pour continuer ainsi jusqu’à mon dixième anniversaire (et même plus). La prochaine étape pour moi sera une remise à niveau technique (passage à WordPress 3) et une refonte graphique pour l’ensemble des blogs. Tout ceci devrait normalement arriver dans le courant du mois de juillet.

Investir sur les médias sociaux en 6 étapes

Voilà maintenant près de 3 ans que je parle des médias sociaux sur ce blog (j’ai même ouvert un blog dédié à ce sujet : MediasSociaux.com). J’ai déjà eu l’occasion de donner de nombreuses conférences à ce sujet, d’en dresser un panorama, de les définir, de vous parler des métiers et des outils liés aux médias sociaux, de vous donner mon point de vue sur Facebook… Bref, beaucoup d’articles où je n’ai jamais trop pris le temps d’aborder les choses d’un point de vue stratégique. Straté-quoi ? Stratégique, ça veut dire réfléchir et planifier sur 2 ou 3 ans. Et ça tombe bien car c’est à peu près la période nécessaire pour qu’une présence sur les médias sociaux commence à dégager des bénéfices concrets. Mais commençons par le commencement…

Pourquoi investir sur les médias sociaux ?

J’imagine que vous avez déjà eu l’occasion de lire telle ou telle statistique sur la révolution des médias sociaux (“Facebook serait le 3ème pays du monde“, “100 millions de vidéos visionnées chaque jour sur YouTube“, “50 millions de tweets par jour“…) donc je ne vais pas vous faire l’article sur ce phénomène, en tout cas pas avec des données chiffrées.

Par contre il y a une donnée qui me semble plus intéressante que les autres : En 2010 les usages des médias sociaux ont dépassé ceux des contenus pornographiques (cf. Social Media Has Overtaken Porn as #1 Activity on the Web). Entendons-nous bien : S’il y a bien une industrie qui ne rigole pas avec le web, c’est bien celle du porno car les enjeux et les sommes d’argent sont considérables. Si les médias sociaux dépassent maintenant les contenus porno, c’est qu’il est réellement en train de se passer quelque chose.

Autre considération importante à prendre en compte : Il n’y aura pas de retour en arrière. Même si nous constatons un tassement dans les usages des blogs ou de MySpace, les usages sociaux sont durablement ancrés dans le quotidien des internautes et il n’y aura pas un phénomène d’abandon de ces plateformes pour revenir à ce que nous avons connu avant (domination des portails). Au pire les usages vont se tasser, se diluer, mais maintenant que les internautes ont gouté à la possibilité de s’exprimer (publication / contribution / réaction / notation…), ils ne vont pas s’arrêter là.

Troisième argument : Même si elles ne le sont pas aujourd’hui, toute marque ou organisation est potentiellement exposée de fait sur les médias sociaux. Cela veut dire qu’il n’y a pas d’interrogation à avoir sur le fait d’être présent sur les médias sociaux, mais plutôt sur le rôle qu’un annonceur veut jouer (en bénéficier ou les subir).

Voilà pourquoi il me semble impératif de porter la réflexion sur les médias sociaux à un niveau stratégique et définir un plan d’action qui arrivera à maturation dans les 2 ou 3 ans.

Quand ne pas exploiter les médias sociaux ?

Comme expliquer plus haut, les médias sociaux ne doivent s’envisager que sur le moyen / long terme. Si votre motivation est de faire aussi bien que vos concurrents directs alors il est préférable de vous abstenir, mais il faudra en accepter les conséquences (exposition encore plus forte).

De même, si votre objectif est de booster l’audience sur votre site web, je vous conseillerais plutôt d’acheter des mots-clés car ça fonctionne mieux à court terme. Outre les 2 ou 3 exemples de buzz fulgurant que nous connaissons tous, très rares sont les campagnes qui ont permis de décupler l’audience d’un site en quelques semaines et de façon durable.

En fait les médias sociaux servent à tout autre chose que les dispositif d’acquisition de trafic traditionnels (bannières, mots-clés…) : Ils servent à améliorer l’image de marque, à instaurer une relation de proximité avec les clients, à mieux comprendre les besoins / contraintes / motivations / freins des consommateurs, à mieux appréhender l’image perçue d’un produit ou d’une marque… mais pas à doper les ventes du mois.

Vous pourriez me rétorquer que Dell parvient à générer des millions de $ de C.A. sur Twitter avec son @DellOutlet et je vous répondrais : “Je suis très content pour eux, mais vous n’êtes pas Dell“. En fait il existe un certain nombre d’exemples (Nike, Starbucks…) qui m’empoisonnent le quotidien professionnel car ils donnent de mauvaises idées à mes clients / prospects et véhiculent surtout un mythe autour des médias sociaux et de ce à quoi ils peuvent être utiles dans un contexte de marque. Donc une fois pour toute : Vous n’êtes ni Apple, ni Nike, ni Starbucks, ni Harley-Davidson, et pour vous ça sera forcément plus compliqué car votre marque est moins connue et surtout moins puissante que les mastodontes US. Mais ça ne veut pas dire que vous ne pouvez bénéficier du levier offert par les médias sociaux, tout est une question d’organisation et de planification.

Une approche en 6 étapes

Ne voyez pas dans ce que je vais décrire une méthode ultime de réussite, il s’agit plus d’une approche progressive pour investir sur les médias sociaux. “Investir” est à mon sens le bon terme pour décrire l’état d’esprit dans lequel vous devrez vous trouver : Il y est question d’investir du temps et de l’énergie pour poser les bases d’une relation enrichie avec les clients et prospects qui ne repose pas que sur le stimuli du prix (“Je n’achète que si j’ai une réduction“).

Bref, voici donc les 6 étapes que je préconise :

  1. Ecouter les discussions. Monter une cellule de veille qui soit à l’écoute de ce qui est publié / discuter sur les blogs, forums, réseaux sociaux, plateforme de partage… est la première étape indispensable. C’est en auditant la présence d’une marque et son évolution que vous aurez une visibilité sur les actions à mener. Cette surveillance devra être synthétisée dans un tableau de bord afin d’en faciliter la diffusion auprès de l’ensemble des services de l’organisation. Cette étape d’écoute sera également l’occasion d’identifier les plateformes de référence (celles où votre marque est la plus citée, où les discussions sont les plus intéressantes) et les leaders d’opinion (ceux dont l’avis compte).
  2. Définir une stratégie en fonction de l’état des lieux et des écarts constatés avec la stratégie globale. L’idée ici est de poser les bases du dispositif qui va permettre d’aligner la posture de la marque et ses ambitions / aspirations avec la réalité du terrain (ce que les clients disent et pensent réellement, et pas ce qu’il y a d’écrit dans le diaporama du directeur marketing). Cette stratégie s’exprimera en objectifs réalistes (pas de sur-promesses) et priorisés (pour concentrer les efforts). En face de chacun des objectifs, seront définies des responsabilités et donc des personnes en charge.
  3. Etre présent. La première chose à faire est de réserver des noms d’utilisateur sur les différentes plateformes en utilisant l’orthographe exacte de la marque ainsi que ses variantes (ex : FuckRATP). C’est au cours de cette étape que les pages et profils officiels seront crées ou récupérés (s’ils ont déjà été créés par des employés ou des fans zélés). Ces profils seront exploités dans un premier temps comme relais pour l’information officielle (communiqués de presse…) afin d’amorcer la pompe et récupérer des premiers avis.
  4. Se tenir prêt. Tout va plus vite sur les médias sociaux (surtout avec Twitter), il est donc essentiel de se préparer à affronter une crise. Toute marque qui se respecte possède un dispositif de crise, il suffit donc de partir de cette base et de l’adapter aux spécificités des médias sociaux pour être en mesure de gérer un “départ de feu” en un minimum de temps et avec des ressources limitées (car une crise se déclenche toujours au mauvais moment). Il serait intéressant par exemple de prévoir un blog de crise (cf. le cas Lesieur) qui pourrait être déployé en quelques heures pour neutraliser les rumeurs et apporter des éléments de réponse concrets aux “victimes” ou proches des “victimes”.
  5. Répondre. Après avoir verrouillé les 4 étapes précédentes, il sera temps de choisir un porte parole (une ou plusieurs personnes, avatar ou employé réel…) et de rédiger une charte de présence afin de poser les règles d’engagement avec la communauté (cf. Quelle charte pour les médias sociaux ?). N’oubliez pas de fournir aux populations internes un guide de réponse pour celles et ceux qui souhaiteraient s’exprimer au nom de la marque et répondre aux critiques le WE. C’est également au cours de cette étape que seront définis et mis en place les indicateurs de suivi qui seront en rapport avec les objectifs choisis (cf. 3 approches différentes des social media analytics).
  6. Initier le dialogue. Après vous être “invité” chez les autres (forums, blogs…), l’ultime étape consiste à motiver / stimuler la communauté pour qu’elle s’exprime sur des plateformes dont vous aurez la responsabilité. La première chose à faire sera donc de publier des contributions ouvertes (“Que pensez-vous de…“) afin de stimuler les réactions, puis de systématiser la voie retour dans vos campagnes et actions de communication afin de canaliser les feed-backs. Le plus efficace reste de monter une opération de suggestions collaboratives comme peut le proposer Feedback 2.0 dont je suis le plus ardent supporter. La dernière chose à faire sera ensuite de sensibiliser la population interne et surtout de les impliquer dans cette dynamique pour enrichir les échanges.

Toutes les situations sont différentes (ou pas)

Bien évidemment vous pourriez me dire que pour votre marque la situation est différente pour telle ou telle raison historique / politique / commerciale… mais dans les grandes lignes, l’approche que je préconise correspond à un très grand nombre de marque et offre surtout une grande liberté dans l’appropriation des médias sociaux et des outils qui vont avec.

Rien de très révolutionnaire mais un minimum d’organisation et de planification pour défricher et conquérir un territoire encore vierge. Non pas que les marques ne se l’ont pas déjà appropriées, mais plutôt que rien n’est figé et que vous n’aurez d’autres choix que d’apprendre en cours de route car les médias sociaux sont loin d’avoir le niveau de maturité des médias traditionnels, aussi bien dans les canaux (qui avait vu venir Chatroulette ?) que dans les outils et méthodes. Bref, tout reste à faire.

Encore une fois il n’y a rien de très compliqué dans cette démarche, par contre il faut impérativement vous assurez que vous faites les choses dans le bon ordre et que vous n’oubliez personne en cours de route. Comprenez par là qu’il est essentiel d’impliquer l’ensemble des acteurs d’une société / organisation pour que cette présence dans les médias sociaux soit une réussite.

Vous avez le droit d’échouer

Pour conclure, j’insisterais sur le fait que l’important n’est pas de récupérer le plus de fans sur Facbeook ou le plus de followers sur Twitter, mais plutôt de récolter le plus d’expérience possible sur un (des ?) média encore très instable. Il se peut que votre première campagne soit un échec (ignorance ou tôlé), et alors ? Vous ferez mieux la prochaine fois, car on apprend plus de la défaite que de la victoire et parce que de toute façon une présence sur les médias sociaux ne s’envisage que dans la durée.

Dans un prochain billet je m’intéresserais aux mythes des médias sociaux.