Social Media Landscape 2015

Si vous cherchez la version française de cet article, elle est ici : Panorama des médias sociaux 2015.

Seven years ago, I created a small diagram to illustrate the variety of existing social platforms, the Social Media Landscape was born! From the moment I published it, I began to witness connections from across the globe and started receiving messages from an incredibly broad crowd (journalists, authors, teachers…). Since then I published a new version of this landscape (nearly) every year: 2009, 2011, 2012, 2013 and 2014.

We are now in the middle of 2015, and it is time to unveil the latest version of this diagram. Does this landscape deserve a new version every year? Absolutely! The average internet user won’t probably notice it, but online social media is an ever evolving field, with tons of evolutions, new features, ins and outs. This is what this landscape is about: providing you with the most accurate vision on a yearly basis.

Out: Google+

Google’s social platform has been in the center of my diagram for several years, but despite tremendous efforts, Google+ never really caught-up. There are numerous reasons for this failure, one of the most obvious one is that they launched their social platform years after Facebook, Twitter… As everyone will tell you: “why changing when it is not broken?“. Google made the announcement three months ago (Google+ officially splits into Photos and Streams) and we begin to see the result with the launch of Google Photos and the disappearance of profile links.

In: Periscope, Imgur and Slack

Live video streaming services made a lot of noise during the SXSW festival, Meerkat was the first one, but Twitter decided to bet on Periscope. In order not to drown into a sterile debate, I added booth.

Unless you’ve decided to follow a digital detox program, you probably have noticed how GIF has became a huge part of the social web. There are countless GIF hosting services, but Imgur is probably, by far, the most popular one.

Another category which gain enormous traction is professional communication / collaboration social platform. Microsoft, IBM, SalesForce… all tried to prevail this category, but Slack seems to be THE ultimate enterprise social tool. So it is, I also added the aforementioned one because they are legitimate contenders.

1 large ecosystem and 4 major usages

Last year’s landscape was semi-circular, but I decided to use a circular diagram anew in order to fit more logos. Here is the resulting 2015 Social Media Landscape:

Social-media-landscape-2015

As you can see, social media is a vast ecosystem of online services structured around four main usages: publishing, sharing, discussing and networking. These four usages are not exclusive, since services like Tumblr allow members to fulfill various objectives (publish, share, discuss…).

At the center of this ecosystem, we find Facebook and Twitter. Not that this two social platforms are better than the others, but they managed to sit at the far end of the chain and gather all social interactions occurring inside this ecosystem. To be more accurate, Facebook and Twitter allow users to fulfill each of the four main social usages, but they also stand as relay.

At the center of the diagram, we will also find mobile applications. Applications like WeChat, Line, Messenger, Hangouts, WhatsApp, Viber, TangoKik, Kakao Talk and Snapchat where “simple” communication tools when they started, but they have evolved into much more sophisticated social objects adding more and more functionalities. Today, they stand for one-stopping-shopping apps, trying to be the digital Swiss knife in your pocket, allowing users to do various tasks from ordering a taxi, to playing games, to reading entire articles, to exchanging money with friends, to shopping online goods (Facebook’s Messenger Platform Must Go Beyond Apps And Embrace The Web).

We then find a vast array of online services and mobile apps split into four main usages :

I acknowledge this is a complicated diagram with a lot of logos, but it illustrate the variety and density of the social media ecosystem, and it’s far from being exhaustive! If you are looking for alternative diagrams, I shall recommend the Conversation Prism, the World Map of Social Network, the Guide to the Social Landscape, the Social Media Map or the China Social Media Landscape.

I hope you will find this diagram helpful, feel free to use and share it (by respecting the Creative Commons terms. If you have any remarks, or like to raise the attention on a particular unmentioned social platform, do so in the comments or email me.

Panorama des médias sociaux 2015

If you are looking for the english version of this article, you will find it here: Social Media Landscape 2015.

Comme tous les ans, je vous propose une nouvelle version de mon panorama des médias sociaux, une habitude démarrée en 2008 et qui se prolonge depuis tous les ans : 2009, 2011, 2012, 2013 et 2014. Pour certain(e)s d’entre vous, les médias sociaux sont la pierre angulaire de votre vie professionnelle, pour d’autres, c’est simplement un “terme marketing” pour désigner les réseaux sociaux. J’entends encore énormément de personnes dans mon entourage qui confondent encore ces deux termes. Pour mémoire, j’avais donné une définition en 2009 : “Les médias sociaux désignent un ensemble de services permettant de développer des conversations et des interactions sociales sur internet ou en situation de mobilité“. J’avais également listé les différents types de médias sociaux afin de lever l’ambigüité. En synthèse : les réseaux sociaux ne sont qu’un sous-ensemble des médias sociaux (ex : Twitter ou Facebook ne sont pas des réseaux sociaux).

Les différents types de médias sociaux
Les différents types de médias sociaux

Bref, nous sommes en 2015 et les médias sociaux dominent le web de façon incontestable. Je dirais même plus : les médias sociaux sont le web, et le web est les médias sociaux, car il est devenu impossible de les différencier. Si vous avez l’impression que les médias sociaux sont omniprésents, rassurez-vous, vous n’êtes pas tout seul(e) : Facebook, Twitter ou YouTube font maintenant partie de notre quotidien. Mais ils ne sont que la partie visible de l’iceberg. Un iceberg qui évolue, mais qui contrairement à notre calotte glaciaire ne fond pas au fil des ans, bien au contraire ! J’avais adopté pour le panorama de l’année dernière une forme en demi-cercle, mais j’ai dû y renoncer, car j’avais trop de logos et pas assez de place. Du coup, nous retrouvons le schéma en cercle qui était utilisé les années précédentes.

Évolution du panorama au fil des ans
Évolution du panorama au fil des ans

Je ne suis pas le seul à essayer de recenser les différentes plateformes sociales, d’autres schémas sont ainsi disponibles dont le Conversation Prism, la World Map of Social Network, le Guide to the Social Landscape, la Social Media Map ainsi que le China Social Media Landscape. Tous ces schémas offrent des représentations différentes, mais illustrent bien le paradoxe des médias sociaux : une infinité de services, mais une poignée de plateformes dominantes. Voilà pourquoi je reste fidèle à ma représentation en cercle, car cela me permet de placer au centre les plateformes les plus importantes. D’ailleurs à ce sujet…

Les sorties : Google+

J’ai toujours considéré que Google+ était une plateforme sociale de premier ordre, dans l’ombre de Facebook ou Twitter, mais jamais très loin. S’il y a bien une chose que l’on peut reprocher à Google, c’est d’avoir été ambiguë au sujet de sa plateforme sociale. La situation est maintenant clarifiée puisque la plateforme va être démantelée (cf. Google suit la tendance en morcelant Google+), ce qui me permet de retirer Google+ du centre du schéma et de la remplacer par Google Photos (qui vient juste d’être lancé), Google Communities (dont on attend toujours la mue) et Hangouts (une application de messagerie instantanée / vidéo largement sous-considérée).

Les entrées : Periscope, Ghost et Slack

Concernant les nouveautés, le schéma accueille trois nouvelles catégories : les applications de streaming mobile comme Periscope qui appartient à Twitter (cf. La mode des vidéos live relancée par Meerkat et Periscope), les services de blog minimaliste comme Ghost (ou Medium avant lui, mais qui était déjà sur le schéma), et les applications de communication professionnelles comme Slack (cf. Encore un service qui ambitionne de remplacer l’email).

Sinon je n’ai pas noté beaucoup de changements pour les services de publication ou de réseautage. L’essentiel des nouveautés est concentré autour des applications de discussion ou de partage. Je vous livre donc la nouvelle version du panorama :

Social-media-landscape-2015

Un écosystème de services pour quatre usages majeurs

Comme vous pouvez le constater, l’écosystème des médias sociaux s’organise autour de quatre grands usages : la publication, le partage, la discussion et le réseautage. À chacun de ces usages correspondent des services, certains étant dédiés à une fonction bien particulière (ex : Instagram qui ne sert qu’à publier des photos depuis son smartphone), tandis que d’autres sont plus versatiles (Tumblr qui est une plateforme difficile à caser).

Au centre de cet écosystème, nous retrouvons Facebook et Twitter, non pas que ces deux services soient mieux que les autres, ils sont simplement en bout de chaine et concentrent / relayent toutes les interactions sociales qui sont faites sur les autres plateformes. Ces deux-là ne seraient pas aussi puissants sans les contenus publiés et partagés au sein de cet écosystème. Deux plateformes emblématiques des médias sociaux, mais qui ont chacune des spécificités : Facebook est un portail, Twitter est un média.

Au centre, nous allons également trouver toute une série d’applications mobiles qui deviennent de véritables “hub sociaux” à l’image de WeChat, un service de messagerie mobile chinois qui a connu un développement exponentiel en seulement 2 à 3 ans. Un succès qui fait des envieux, car toutes ces applications convergent vers ce modèle d’intégration de services : Messenger, Hangouts, WhatsApp, Viber, Tango, Kik, Kakao Talk et bien sur Snapchat. Des applications mobiles qui s’émancipent et servent maintenant à faire tout un tas de choses : discuter, partager des photos et vidéos, consulter des contenus, s’échanger de l’argent, acheter des produits, commander un taxi… autant d’usages qui ne sont plus faits sur Facebook ou Twitter. Au cas où vous vous poseriez la question : oui, ces applications rentrent donc en concurrence avec Facebook et Twitter et favorise la montée en puissance du dark social.

Revenons à notre schéma : j’attire votre attention sur le fait que les quatre grands usages me servent à trier les services, mais qu’ils sont complémentaires : les utilisateurs publient des contenus, en partagent d’autres, cela génère des conversations qui leur permet de développer leur réseau de contacts. Nous sommes donc dans une expérience continue et non fragmentée. Ceci étant dit, les services sont classés selon les quatre grands usages suivants :

Cette liste n’est pas exhaustive (heureusement !), mais elle vous donne une vision globale de la diversité des médias sociaux, en mettant notamment en évidence les services “locaux”, notamment asiatiques. La seule chose qui manque à ce schéma est les forums, mais ce créneau est trop atomisé pour que je l’intègre de façon élégante.

Une prédominance des applications mobiles et des environnements dangereusement fermés

Le détail qui ne saute pas forcément aux yeux à la première lecture de ce schéma est la prédominance des applications mobiles. En à peine deux ans, les smartphones se sont imposés comme les premiers supports de consultation (et d’exploitation) des médias sociaux. Certaines plateformes sociales de premier ordre ne vivent d’ailleurs que sur les smartphones (Instagram, WeChat et même Twitter qui est consulté à 80% sur terminaux mobiles).

Connectés en permanence, puissants, géolocalisables… les smartphones sont des supports idéaux, aussi bien pour les éditeurs de contenus / services que pour les annonceurs, mais ces applications mobiles natives sont en train de morceler le web et de le transformer en un agrégat d’environnements clos (les fameux “walled garden“). WeChat est un très bel exemple de cloisonnement du web, ce service chinois me fait d’ailleurs beaucoup penser à l’iMode du début des années 2000 : un gigantesque portail propriétaire. C’est la volonté de vouloir conserver les internautes au sein de ces environnements fermés qui poussent d’ailleurs des plateformes comme Facebook et Snapchat à internaliser des contenus (cf. How Facebook is Killing the Open Web).

La situation est-elle grave ? Oui tout à fait. Vous ne vous en rendez peut-être pas compte, mais nous sommes en train de vivre un véritable tournant dans l’histoire du web : le basculement d’un meta-réseau ouvert reposant sur des technologies et protocoles standardisés à un oligopole où une poignée d’acteurs tentent de s’accaparer les utilisateurs pour pouvoir exercer une pression toujours plus forte sur les producteurs de contenus et les annonceurs. Je constate que la domination de cette poignée d’acteurs augmente tous les ans.

Comme à chaque fois, vous êtes libre d’utiliser ce schéma en respectant les règles de la licence Creative Commons. Si vous repérez des erreurs sur ce schéma, n’hésitez pas également à les mentionner dans les commentaires.

Où sont les succès numériques français ?

Quand on évoque la transformation digitale, certains grands noms de l’économie française viennent naturellement en tête : SNCF, Axa, Renault… Certes, les entreprises françaises ne bénéficient pas de l’aura des stratups américaines, mais notre économie affiche de beaux succès numériques. Ceci étant dit, qu’entend-on par “beaux succès” : Free ? Criteo ? Whithings ? Oui, effectivement, il y a toutes ces belles startups ainsi que les initiatives affiliées à la French Tech. Et puis il y a les autres, les TPE et PME qui vivent du numérique ou les commerces qui se sont réinventés grâce au web. Ce sont de ces entrepreneurs bien moins médiatisés dont il sera question dans cet article.

C’est dans ce contexte que j’ai été contacté récemment par Google pour faire parti du jury du concours Moteur de Réussites Françaises. Il s’agit d’un concours dont l’objectif est de récompenser les entrepreneurs, professionnels et associations ayant fait le pari du numérique. L’idée est de collecter des dossiers pour les soumettre à un jury qui va élire les meilleures initiatives et récompenser ainsi des PME, TPE ou commerces incarnant la réussite numérique à la française.

De nombreuses histoires ont déjà été publiées
De nombreuses histoires ont déjà été publiées

Google est le parrain de ce concours et offre au vainqueur l’équivalent de 150 K€ de plan média pour incarner cette réussite du numérique français. Le formulaire dépôt de candidature est très simple (5 questions), les dossiers seront évalués selon les critères suivants :

  • Contribution du web (et du numérique en général) à la réussite ;
  • Pertinence du succès d’un point de vue économique (développement de l’activité) ;
  • Pertinence du succès d’un point de vue humain (nombre d’embauches) ;
  • Pertinence de l’utilisation des outils Google pour contribuer à la réussite ;
  • Qualité de l’histoire racontée (et de son potentiel de mise en avant dans la campagne).

Les candidatures peuvent être déposées jusqu’au 09 juin prochain, donc ne soyez pas timide, lancez-vous, ça ne vous prendra que 5 minutes : Racontez votre histoire.

Les commentaires sont fermés

Les applications mobiles de marque sont une utopie

J’ai comme l’impression que mon dernier article sur l’obsolescence des applications mobiles a suscité plus de perplexité que d’adhésion. Après relecture, je me rends compte que la formulation peut prêter à interprétation. Je ressors donc mon clavier pour clarifier mon propos, et j’en profite même pour durcir ma prise de position.

“1 contenu / service = 1 application mobile” est une aberration

Si les applications mobiles existaient déjà au siècle dernier (les fameuses applis java), c’est avec la sortie d’iOS 2 en juillet 2008 qu’elles ont connu leur âge d’or. À cette époque, l’iPhone régnait en maître sur le créneau des smartphones et Apple avait une position suffisamment dominante pour imposer son point de vue : une application pour chaque fournisseur de contenus ou services. Sept ans plus tard, les choses ont bien changé : Android est maintenant le système d’exploitation dominant (près de 75% de parts de marché dans le monde), les app stores sont complètement saturés (plus de 1,3 M d’applications mobiles référencées sur iTunes et Google Play), et les navigateurs mobiles ont fait des progrès spectaculaires (aussi bien les navigateurs officiels que ceux proposés par Mozilla, Opera ou Dolphin). Il est donc plus que temps de réévaluer la viabilité des applications mobiles natives et surtout de se poser les bonnes questions.

Ces dernières années, les annonceurs se sont tous précipités sur ce créneau en espérant gagner une place dans le quotidien des mobinautes. Sauf qu’il devient de plus ne plus compliqué et couteux pour un annonceur d’exister à travers une ou plusieurs applications mobiles. Si les applications natives restent la référence pour les jeux, les applications de productivité et les applications sociales, la très grande majorité des applications mobiles proposées dans l’app store se contente de distribuer un contenu ou de reproduire un service qui est disponible sur le web, donc sans aucune valeur ajoutée. Ceci explique le manque d’engouement des mobinautes pour les applications de marque (App users regularly use 7-8 apps on mobile devices, social networking apps most popular).

Malgré ces chiffres édifiants, les annonceurs ne renoncent pas pour autant et s’entêtent à vouloir rentrer en compétition avec Facebook Messenger et Candy Crush…

“C’est quand même mieux d’être sur l’écran d’accueil des clients, non ?”

Dans l’absolu, oui, c’est effectivement mieux si un annonceur parvient à placer son application mobile sur l’écran d’accueil des smartphones de ses clients. Sauf que dans la réalité, les clients en question ne savent plus quelles applications ils ont installées ni où. De toute façon, ils n’exploitent qu’un nombre très limités d’applications (email, SMS, calendrier, carte, Facebook, Twitter…). La dure réalité, est que seule une poignée d’annonceurs parviennent à justifier leur place sur l’écran d’accueil : Vente privée, SNCF, Air France… les autres applications d’annonceurs sont noyées dans la masse des applications disponibles dans les app stores et n’ont que très peu de chance d’être installées et ouvertes régulièrement.

Pour vous en convaincre, posez-vous la question suivante : si votre marque proposait un logiciel à télécharger, combien de clients l’installeraient sur leur ordinateur ? Sous cet angle, l’intérêt d’investir du temps et de l’argent dans une application est bien plus faible. À ma connaissance, le seul annonceur français ayant tenté l’expérience est la Fnac, en 2007.

La vérité à laquelle les annonceurs ont du mal à se confronter est que la valeur d’usage de leur application mobile est bien plus faible que la somme des efforts demandés aux clients pour effectivement installer, paramétrer et utiliser l’application en question. Et là, nous parlons des clients, pour les prospects c’est encore pire (cf. Les applications mobiles sont des outils de fidélisation, pas de conquête).

“Oui, mais avec une application native, nous pouvons envoyer des notifications push”

Oui effectivement, avec une application native vous avez la possibilité d’envoyer des notifications aux mobinautes, et alors ? Est-ce parce que vous pouvez le faire qu’il faut le faire ? Ne perdez pas de vue que les mobinautes en question sont déjà inondés de notifications : SMS, email, rappels de RDV, demande de connexion, nouveau message, nouveau bonus pour tel ou tel jeu…

Là encore, je vous invite à vous poser cette question : Vos clients sont-ils enclins à recevoir un coup de fil de votre part à chaque fois que vous sortez un nouveau produit ? Là encore, l’intérêt des notifications est à relativiser, car vous aurez toutes les chances de provoquer une réaction très négative : à force de vouloir se faire remarquer, on finit par se faire détester.

Loin de moi l’idée l’enfoncer des portes ouvertes, mais je vous rappelle que l’on ne peut pas forcer une relation marque-client, elle doit reposer sur la confiance et se construire dans la durée. Souvenez-vous qu’un smartphone est comme un espace d’intimité, ne violez pas cet espace au risque de vous faire définitivement exclure et classer dans la catégorie “spam”.

Les annonceurs n’ont pas réellement besoin d’une application mobile

Au final, quand on y réfléchi bien, on se rend compte que les applications mobiles éditées par des marques demandent beaucoup d’énergie et d’argent, mais génèrent finalement très peu s’usages réels. Je le dis et je le répète : les applications natives ne sont légitimes que pour des usages bien particuliers : jeux, outils de communication, outils de productivité et applications sociales. Autant il y a un vrai intérêt à installer une application mobile pour exploiter des services comme Sunrise ou Slack, autant s’il s’agit de lire des contenus HTML ou d’accéder à des services en ligne, autant rendre compatible votre site web avec les smartphones. Le ROI de cette opération sera bien meilleur que si vous vous lancez dans la création d’une application mobile.

Généralement, c’est à ce stade de la discussion que l’on me répond “oui, mais les utilisateurs préfèrent les applications mobiles, car elles proposent une meilleure expérience“. Et là je réponds invariablement : “forcer un prospect ou un client à installer et paramétrer une application (ave création de compte, email de vérification et tout et tout) n’est pas réellement une expérience satisfaisante, surtout pour récupérer une malheureuse information“.

En un mot comme en cent : privilégiez toujours la compatibilité de votre site web avec les smartphones. Dans un second temps, vous pourrez réfléchir à la mise à disposition d’une application mobile proposant un service à valeur ajoutée, un VRAI service à valeur ajoutée. L’application McDonald’s ne se contente pas de présenter les menus et de lister les restaurants, elle permet en plus de commander un repas et de la récupérer sans faire la queue. L’application Starbucks ne se contente pas de lister les derniers arômes de café, elle permet de commander et de payer ses boissons. En ce sens, elle fournit un service de paiement dématérialisé, elle facilite le quotidien des clients et justifie le fait que ces derniers s’embêtent à l’installer et à paramétrer leur compte. Est-ce le cas pour votre application mobile ? Réellement ?

Encore une fois, mon objectif n’est pas de dénigrer les applications mobiles, mais plutôt de vous démontrer qu’elles ne sont pas une priorité. L’urgence pour un annonceur est avant tout de s’assurer qu’il est capable de fournir une information ou de délivrer un service le plus rapidement possible en demandant le moins d’effort aux utilisateurs. Dans cette optique, je vois mal comment une application native peut rivaliser avec un site web, sauf dans les cas précédemment cités (jeux, outils de communication, outils de productivité et applications sociales). CQFD.

Moralité : les applications mobiles ne sont qu’un moyen d’exploiter les smartphones, un moyen de plus en plus contraignant, d’où l’urgence d’étudier d’autres solutions : site mobile dédié, application tierce (ex : Google Maps ou Yelp), assistants personnels, application de messagerie “ouvertes”…

Les applications mobiles sont-elles obsolètes ?

Nous vivons dans un monde mobile, ça, vous le saviez déjà, du moins j’espère que vous en aviez conscience (sinon, achetez mon livre pour vous en convaincre). J’ai déjà eu de nombreuses occasions de vous expliquer que les applications mobiles ne sont qu’un moyen d’être présent sur les smartphones, et pas forcément le plus intéressant, car :

Bref, tout ça pour dire que les applications mobiles sont un levier de fidélisation très puissant pour les marques, mais qui doit être manié avec précaution. À la question “Devons-nous proposer une application mobile ?“, je paraphraserais Benedict Evans : “Do people want to put your icon on their home screen?“. Le problème est qu’une fois cette question posée, les annonceurs n’ont généralement pas le recul et l’humilité nécessaire pour étudier des solutions alternatives : ils se jettent tête baissée dans la mêlée en espérant que tout va bien se passer. Sauf que généralement, ça ne se passe pas bien du tout, car les mobinautes ont d’autres priorités que de télécharger, installer et paramétrer votre application : App users regularly use 7-8 apps on mobile devices, social networking apps most popular.

Mobile-App-Usage

Pour bien comprendre toute la difficulté de l’exercice, mettez-vous dans la peau d’un consommateur lambda :

  1. Il est en train de se promener dans une rue commerçante et tombe sur un fringue sympa ;
  2. Il prend en photo la fringue (pour s’en souvenir et/ou pour la montrer à ses proches) et lance une recherche sur son smartphone ;
  3. Il tombe sur le site web de la marque ou du distributeur (avec une mise en page non optimisée et un énorme bandeau qui l’invite à télécharger l’application officielle) ;
  4. Il est redirigé vers l’app store où il peut lancer le téléchargement (et exploser son forfait mensuel) ;
  5. L’icône de l’application est installée là où il y a de la place (donc pas du tout sur l’écran principal) ;
  6. Quand il lance l’application, elle a 50% de chance de crasher, et de toute façon on lui demande de s’identifier ou de créer un compte (un lien qui le ramène sur le site web non optimisé avec un formulaire de 10km de long).

En terme d’expérience, c’est une catastrophe, et ce n’est pas mieux pour les éditeurs de contenus :

mobile.app

S’il n’y a qu’une information que vous devez retenir, c’est celle-là : la mobilité n’est qu’une question de contexte, si vous n’êtes pas capable de satisfaire le besoin d’un mobinaute en 5 secondes, alors vous n’existez pas. Le problème des applications mobiles est qu’elles ne délivrent que les contenus et services que les annonceurs veulent bien fournir, et qu’il faut une très forte motivation pour les exploiter, car les distractions sont nombreuses (App Usage Report Q1 2015: How Mobile Users Interact With Their Apps). À partie de ce constat, il est plus qu’urgent d’étudier des solutions alternatives (Exceeding Mobile Expectations: You Need More Than An App).

La première alternative viable est de proposer un site web adapté aux terminaux mobiles, à défaut de proposer un site web dédié aux terminaux mobiles. La deuxième alternative est de s’intéresser de près aux assistants personnels. Siri, Google Now et Cortana sont en effet des points d’entrée tout à fait viables pour accéder à vos contenus et services.

Siri-Google-Now-Cortana

Le plus intéressant avec les assistants personnels proposés par les smartphones, est qu’ils fournissent des réponses, qu’ils s’efforcent de répondre directement au besoin à travers une interface naturelle : How to Use Siri, Google Now and Cortana Voice Commands. C’est historiquement Apple qui a lancé le premier son assistant personnel, mais nos trois protagonistes proposent maintenant des fonctionnalités plus ou moins similaires : Here’s the real difference between Google Now, Siri, and Cortana. Siri semble avoir une longueur d’avance sur les langues étrangères (Siri crushes Cortana, Google Now when it comes to foreign languages), mais Google Now offre définitivement l’expérience la plus riche avec de très nombreuses commandes vocales (110+ Google Now Voice Commands You Can Use) et surtout le très astucieux principe de “cards” qui s’intègre parfaitement dans la nouvelle version du système d’exploitation : Google Turns On Google Now Cards For 70 New Apps.

Exemples de cards dans Google Now
Exemples de cards dans Google Now

Je pense ne pas me tromper en disant que Google Now est le principal argument en faveur d’Android, car ce système est terriblement efficace, d’autant plus qu’il peut être étendu à d’autres supports (Why cards are the future of the web). Plutôt que de dépenser de l’énergie et de l’argent à faire développer, faire référencer et promouvoir une application mobile, les éditeurs de contenus, fournisseurs de services et annonceurs devraient en priorité concentrer leurs efforts sur les assistants personnels, car ils proposent une expérience bien plus rapide et naturelle. Je suis même persuadé qu’à terme, ils pourraient remplacer les app stores.

Certes, vous pourriez me répondre que Siri est assez limitée, surtout dans sa version française, et je vous rappellerais que l’iPhone représente moins de 20% des parts de marché des smartphones. Ne cherchez pas du côté d’Apple, mais plutôt de l’omniprésent Google qui oeuvre pour faciliter encore plus la présence des annonceurs sur les smartphones : Google now lets you order food delivery right from its search results pages et Google Now’s Open API Plans Could Spell Trouble for Siri And Cortana.

Pour le moment, le “marché ” des assistants personnels se limite aux trois principaux fournisseurs d’OS mobiles, mais d’autres sont sur les rangs, notamment Amazon (avec Alexa que l’on peut solliciter sur les smartphones de la marque ou grâce au Echo) et Yahoo qui devrait lancer un service similaire dans les prochains mois (Yahoo wants to compete with Siri, Google Now, and Cortana).

Autre point d’entrée tout à fait intéressant : les applications de messagerie. WeChat, Line et Kakao Talk en Asie nous ont montré que les applications mobiles sociales sont les nouveaux portails. Ces dernières autorisent en effet tout un tas de services (transfert d’argent, réservation de taxis ou chambres d’hôtel, achat…). Suivant ce modèle, Facebook a décidé d’ouvrir son application aux développeurs tiers (Facebook officially unveils Messenger as a platform with new API), un positionnement qui va très certainement bénéficier aux applications de messagerie de “second rang” comme Viber ou Tango. Pour le moment cette ouverture est toute relative (il n’est pas encore possible de greffer vos contenus et services), mais le potentiel est gigantesque.

Conclusion : si les applications mobiles ont grandement participé au succès des smartphones, mais elles ne sont aujourd’hui plus pertinentes pour les annonceurs. Si elles restent la référence pour les jeux ou les applications sociales, elles ne sont plus réellement viables pour un annonceur souhaitant apporter dans de bonnes conditions une information ou un service à des mobinautes devenus extrêmement exigeants et volatiles. Il convient d’aborder la mobilité dans sa globalité, voire d’élargir la réflexion à l’ensemble des terminaux alternatifs (Why Mobile First may already be outdated).