Je tweet donc je suis (heu… je suis quoi déjà ?)

Twitter… c’est fou comme un seul service a la capacité à générer autant d’articles et d’attention au sein de la profession. Je sais qu’il existe des sujets bien plus graves à traiter en ce moment mais je suis intimement persuadé qu’il reste un énorme travail d’évangélisation et de pédagogie sur cet outil si singulier.

Tweeter c’est exister

Reprenons depuis le début : Twitter est un service de microblogging qui permet de publier des messages courts (pas plus de 140 caractères). C’est donc un média de communication partagé (à mi-chemin entre tchat et forum) mais en même temps privé (comme les systèmes de messagerie instantanée). J’avais comparé dans un précédent billet Twitter à la CB du web et je trouve que cette métaphore tient toujours la route (cf. Twitter au cœur de la révolution des médias sociaux ?). Tout comme la CB, les messages sont envoyés dans la nature (ils peuvent être lus par tout le monde) mais dans les faits les utilisateurs ont tendance à se regrouper en grappes de conversations. Pour en savoir plus je vous invite à lire cette très bonne interview de Jean-Luc Raymond : Le privé révélé dans un mode public, l’oversharing comme mode de partage.

Mais Twitter n’est pas qu’un outil de communication, c’est également une plateforme sociale très riche qui tire sa force de l’écosystème d’applications et de services qui gravitent autour. Et c’est là où Twitter surprend (et déroute) : c’est à la fois un outil très simple et très complexe. Vous pouvez donc l’utilisez pour sa fonction de base (publier des tweets) ou vous investir dans la communauté en ayant recours aux # ainsi qu’en adoptant les coutumes  » locales » (ReTweet, FollowFriday…) ou encore utiliser des services complémentaires de plus haut niveau (comme StockTwits pour les boursicoteurs ou Boarding pour les grands voyageurs).

Twitter est enfin une plateforme sociale qui se distingue des autres réseaux sociaux par sa volatilité : il n’y a pas de relations formelles fondées sur les friends (demande d’amitié, liste d’amis…) mais des rapports plus informels et asynchrones fondés sur le principe des followers (cf. Qu’est-ce qu’un ami ?). Les « réseaux » se forment ainsi de façon plus spontanée et surtout plus volatile.

Contrairement aux idées reçues, il est tout à fait possible de rédiger un blog et un tweet en même temps dans la mesure où ces deux activités correspondent à des motivations et des objectifs différents et complémentaires. De nombreux blogueurs pro ou semi-pro pratiquent ainsi les deux (dont votre serviteur ici : @FredCavazza). Le microblogging permet ainsi de toucher votre coeur de cible, de lui donner encore plus et surtout de créer une proximité presque palpable. J’aime beaucoup la définition de Jean Luc Raymond qui considère Twitter comme un média des annexes : vous publiez dessus les liens et réflexions que vous n’avez pas le temps / courage de traiter sur votre blog.

Pour résumer une longue histoire, disons que Twitter est aujourd’hui le service à la mode où il faut être (du moins si vous voulez avoir une longueur d’avance). Un certain nombre de stars y sont déjà présentes (Britney Spears, Demi Moore, Coldplay, Tony Hawk…) de même que des personnalités politiques (NKM…). Je n’irais pas jusqu’à dire que celui qui n’est pas sur Twitter est has been mais il faut bien reconnaître que le raz-de-marée médiatique autour de Twitter a atteint une ampleur telle que l’on peut difficilement y résister.

Bien évidement vous pourriez me dire que le nombre d’utilisateurs en France est ancore anecdotique (à peine plus de 100.000 selon mes estimations) mais il en était de même il y a deux ans avec les univers virtuels : une cible ultra restreinte mais une exposition médiatique au top. Rendez-vous compte, même l’industrie du porno s’y met (c’est bon signe) : Naughty Tweet and Immoral Productions Team for Porn Star Tweet Movie.

« I’m nobody, who are you ?« 

Intéressons-nous maintenant à la dynamique sociale de Twitter et aux interactions complexes qui lient les membres. Je m’appuie pour cela sur cet article très enrichissant : Une psychologie de Twitter. D’après la (très bonne) analyse de l’auteur, Twitter est un exercice de narcissisme inconditionnel où les utilisateurs publient sans trop se soucier de qui va lire (« je tweet pour que l’on s’intéresse à moi« ).

Tweeter répond également au besoin d’être et de se sentir connecté en permanence aux autres. On parle alors de « conscience collective » ou d' »ambient awareness » : un outil formidable pour conserver un lien social permanent. L’auteur y décrit également Twitter comme un espace de dépôt à la fois pour évacuer un trop plein de sentiments que l’on ne pourrait pas exprimer en public (voir à ce sujet la très bonne vidéo Twitter in Real Life) mais également un endroit où l’on pourrait laisser des traces pour le futur (« En train de rédiger un article« , « Une très bonne nouvelle à annoncer demain« …).

L’auteur met enfin en garde contre un phénomène d’addiction proche de celle provoquer par les machines à sous car on ne sait pas ce que l’on a manqué et parce que la récompense est intermittente (vous pouvez y passer des heures sans vous lassez car il y a toujours un petit lien sympa ou une réflexion amusante, lire à ce sujet : Is Twitter TOO good?).

Twitter c’est pour les pauvres !

Non ce n’est pas moi qui le dit mais Bruce Sterling, un auteur de SF très respecté dans les milieux geek, qui a récemment fait un speech très remarqué à la dernière édition du SXSW : Let Them Eat Tweets. En substance l’auteur expose la théorie suivante : En cette période de crise, tout ce qui reste aux américains qui se sont fait saisir leur maison et leur voiture, c’est leurs relations sociales (précisons que dans la culture américaine le networking est une religion). Ils valorisent d’autant les plateformes sociales qui permettent d’industrialiser ces relations. Twitter est donc un service de prédilection pour les « populations défavorisées » car il est très simple d’utilisation et ne demande pas de grosse bande passante / ressources systèmes. À contrario, les « riches » n’ont pas besoin de faire d’efforts de sociabilisation car ils seront toujours entourés / courtisés par des gens plus ou moins intéressés.

Un point de vue extrême que je ne partage pas complètement mais amène une réflexion tout à fait intéressante qui peut être résumée comme ceci : « We can’t afford privacy« . S’exposer au travers de ses tweets c’est avoir plus de chance sortir du lot et de trouver du travail (pour ceux qui ont perdu le leur) ou des missions (pour les freelances et prestataires qui y sont surreprésentés).

On en vient à se demander si s’exclure des plateformes sociales peut-être vu comme une forme de privilège ou du moins comme un engagement vis à vis d’un phénomène de société (au même titre que ceux qui mettent un point d’honneur à ne pas posséder de téléphone portable). Encore une fois, souvenez-vous que l’auteur est américain et que Twitter est bien plus utilisé là-bas qu’en France.

Il n’est pas trop tard (bien au contraire)

Résumons :

  • Twitter est un authentique phénomène culturel en puissance (au même titre que les blogs l’ont été il y a quelques années) ;
  • Les motivations et usages y sont très différents des autres plateformes sociales (blog, forum…) ;
  • L’exposition médiatique est en pleine croissance (attendez-vous à une couverture par les grands médias dans les semaines à venir) ;
  • De nombreuses marques s’y sont déjà implantées ;
  • En France nous ne comptons que quelques dizaines de milliers d’utilisateurs.

Oups !

Comment expliquer un tel écart entre le (faible) nombre d’utilisateurs et le ramdam médiatique ? Réponse : le potentiel de croissance. Pour faire simple disons que Twitter est un territoire médiatique encore quasi vierge où de nombreuses places sont encore à prendre.

Il y a bien évidement plusieurs conditions nécessaires au déferlement de la « vague Twitter  » en France : une version française de l’interface, des utilisateurs médiatiques et une appropriation de l’outil par les médias traditionnels qui s’en serviraient comme relais (nous parlerons alors de microjournalisme).

Bref, tout ça pour dire que si le point de bascule a visiblement été atteint aux États-Unis, il est encore largement le temps de profiter de la Twitermania, pas nécessairement pour faire exploser votre C.A. mais plutôt pour vous positionner sur un micro-média à très fort potentiel et pour acquérir de l’expérience sur des usages / pratiques en plein développement.

Dernier conseil : venez me lire sur http://twitter.com/FredCavazza.

Compte-rendu des États Généraux de l’identité numérique

J’ai participé hier aux premiers États Généraux de l’identité numérique organisés par PRODOPER (un groupe de travail initié par le CNRS), l’AFCDF et l’université Paris Ouest. Ce colloque avait pour objectif d’ouvrir un débat public autour de l’identité numérique (comment protéger sans gêner le développement de l’économie numérique, comment accompagner les changements dans les usages, comment réguler et jusqu’où…) et d’élaborer un livret blanc collectif.

Je n’ai pas pu assister à la journée complète mais j’ai été heureux de pouvoir participer à une table ronde sur les multiples identités numériques. Différents intervenants ont ainsi présenté leurs travaux et réflexions.

Daniel Kaplan de la FING :

  • Un groupe de travail en cours à la FING sur l’identité active ;
  • La multiplicité des identités numériques peu être vu comme un jeu mais peu également caché une pathologie (schizophrénie ?) ;
  • Les transgressions ont toujours existées (ex. paiement en cash dans un sex shop) ;
  • Internet nous offre des outils facilitant la diffusion de traces (les médias sociaux), leur recherche (Google) et leur exploitation (Facebook ?) ;
  • Différentes raisons poussent un individu à vouloir être visible sur internet : la protection (en cherchant à noyer les traces dans du bruit), la personnalisation (je veux être reconnu), l’aspiration / l’émancipation (cf. l’étude Sociogeek) ;
  • Le sujet commence à devenir sérieux avec les e-portfolios (exposition de nos compétences professionnelles et gestion de notre réputation) ;
  • Les questions de l’interopérabilité des réseaux sociaux et de la portabilité des données reste entière (cf. Despite New Openness, Facebook Remains Fundamentally Closed) ;
  • Il y a encore de l’ambigüité chez certains utilisateurs qui publient à destination d’un cercle restreint mais avec une diffusion libre (notion d’identité clair-obscure).

Yves Deswarte qui est chercheur au LAAS-CNRS en sécurité informatique :

  • Ne pas confondre identité et authentification (qui permet de donner des autorisations d’accès / d’édition et surtout permet de tracer les actions) ;
  • Travaux de réflexion en cours sur un projet de carte d’identité blanche (les données ne sont délivrées qu’unitairement au travers d’un lecteur dédié) ;
  • Un projet très intéressant initié par IBM Zurich sur de la location de voiture anonymisée.

Michel Arnaud qui officie à l’université Paris Ouest Nanterre La Défense :

  • Il préconise une approche à 3 niveaux (banque centrale de données / tiers de confiance / Correspondant informatique et Libertés) ;
  • Des travaux en cours sur des pseudonymes certifiés ;
  • Tout comme la banque centrale lutte contre la fausse monnaie, il devrait y avoir un organisme pour lutter contre les fausses identités ;
  • Il existe une application concrète à grande échelle avec le Dossier Médical Partagé Informatisé Personnel (où le N° de sécu est votre identifiant anonyme et où la Caisse des Dépôts joue le rôle de tiers de confiance) ;
  • Problème récurrent = comment mettre en place le droit à l’oubli ?

J’ai pour ma part présenter un support sur la fragmentation de l’identité numérique ainsi que sur le rôle clé que vont jouer les terminaux mobiles :

Ces présentations ont ensuite été suivies d’un débat qui a rapidement dégénéré sur les thèmes de la liberté individuelle et des dérives sécuritaires (caméras de surveillance). Je retiens néanmoins trois réflexions très intéressantes :

  • La centralisation des données personnelles sous un seul compte n’est pas la même chose que l’indexation centralisée (sur Google Profile par exemple) ;
  • Il est important de ne pas se reposer entièrement sur du numérique et de conserver des supports analogiques pour ne pas sombrer dans le chaos en cas de catastrophe naturelle (plus d’internet, de téléphonie mobile ni d’électricité) ;
  • Le droit à l’oubli peut parfois entrer en contradiction avec le devoir de mémoire (notamment pour ceux qui ont publiés des contenus négationnistes).

J’attends maintenant avec impatience la suite des travaux et notamment ce fameux livret blanc collectif.

Compte-rendu du second dîner avec NKM

J’ai eu l’honneur d’être invité cette semaine à une nouvelle rencontre entre blogueurs et l’équipe de Nathalie Kosciusko-Morizet au Secrétariat d’Etat à l’Economie Numérique. Visiblement cette pratique se généralise puisque depuis la première édition il y a eu une soirée spéciale blogs féminins (cf. Histoires de femmes, histoires de web).

Le prétexte de cette rencontre était pour NKM de partager avec nous son voyage récent aux États-Unis.

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Plusieurs points ressortent de ce voyage d’étude :

  • Il règne dans la Silicon Valey un sentiment d’optimisme très fort même s’ils sont durement touchés par la crise (qu’ils voient plus comme un changement d’époque  ouvrant de nouvelles opportunités) ;
  • De nombreux acteurs (dont certaines start-ups très connues) sont encore incapables de trouver un modèle économique viable, et ça n’a pas l’air de les soucier tant que ça (de toute façon nous savions que les américains vivent à crédit) ;
  • L’utilisation des données privées dans un cadre commercial qui ne semble pas trop poser de cas de conscience aux internautes américains ;
  • Il y a un problème de pénurie de bande passante à San-Francisco (un comble !) que les autorités locales cherchent à régler depuis longtemps ;
  • Plusieurs camps s’affrontent : les No Profits avec des acteurs emblématiques (comme Wikipedia, Internet Archive ou Mozilla), les For Profits avec un modèle ouvert (comme Google ou Facebook) et les For Big Profits avec un modèle fermé (où Apple est montré du doigt mais ils assument leur position) ;
  • Nous rentrons dans une troisième ère de l’internet : la première était la bataille du hardware avec IBM comme cible, la seconde était la bataille du software avec Microsoft comme cible, la troisième est celle de la bataille des services avec Google comme Nemesis ultime ;
  • La vague des Green Techs est perçue comme une authentique solution de sortie de crise ou au moins comme un moteur de l’innovation (qui a 90% de chance de se transformer en bulle spéculative dans les années à venir) ;
  • Le débat politique semble avoir été définitivement porté sur le web pour que les élus gardent le contact avec les citoyens (et qu’ils ne  » subissent » pas le web comme les industriels du disque) ;
  • L’adminstration US travaille sur un projet de libéralisation des données publiques sur le site Data.gov en fournissant une multitude d’API pour que chacun puisse retravailler et interpréter ces chiffres (une sorte de crowdsourcing de l’analyse des données socio-démographiques, l’équivalent d’un Gap Minder mais beaucoup plus volumineux).

Ce petit discours d’introduction a été suivi par le dîner, avec des échanges très ouverts avec NKM (non je n’ai pas abordé son futur bébé mais j’ai bien remarqué qu’elle ne buvait pas de vin). J’ai notamment pu aborder avec elle la question des netbooks (un sujet qui me tient à coeur) et les changements qu’ils apportent dans notre façon de consommer l’outil informatique et les services en ligne (cf. Les netbooks vont-ils amorcer la révolution du web 3.0 ?). La ministre avait d’ailleurs pensé à prendre dans ses valises le prototype du tout dernier netbook 100% français (le eCafé de chez Hercule) pour le montrer à ses homologues américains :

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Même si je n’ai pas eu le loisir de pouvoir discuter toute la soirée avec la ministre j’ai pu profiter de discussions très enrichissantes sur divers sujets et notamment l’avenir des readers à encre électronique avec Pierre Xavier (et notamment du tout dernier reader couleur de chez Fujitsu) ou encore le monde impitoyable de la production audiovisuelle avec les DarkPlanneurs.

Bref, je n’ai pas perdu ma soirée. Autre compte-rendu disponible chez Olivier Ezratty : NKM d’Est en Ouest.

Google lance O3D, un plug-in pour faire de la 3D dans le navigateur

Grosse surprise hier soir avec le lancement par Google de O3D, un plug-in permettant de faire de la 3D dans votre navigateur : Introducing O3D. Cerise sur le gâteau, ce plug-in (et les technologies qui vont derrière) sont publié en open source sous licence BSD : Toward an open web standard for 3D graphics.

Voici une démonstration de ce que le plug-in est capable de faire :

De la 3D dans mon navigateur ?

Oui tout a fait, de la vraie 3D qui utilise la technique du shading pour représenter des objets ou scènes 3D importés depuis des éditeurs comme Google Sketchup, 3ds Max ou Maya.

Mais pour cela il vous faut installer un plug-in (5,3 Mo) qui est disponible sur différents navigateurs et systèmes d’exploitation :

  • Windows XP SP2 ou Vista SP1 avec Firefox 2 et +, Internet Explorer 7 et +, Google Chrome
  • Mac OS X 10.5 (Leopard) avec Firefox 2 et +, Safari 3 et + ou Camino
  • Linux (instructions de compilation fournies)

Pour renter dans les détails techniques, ce plug-in permet de mettre à contribution votre carte graphique via DirectX9 ou OpenGL. Le rendu 3D est généré à partir d’un nouveau langage (le O3D Shading Language) ainsi que le moteur javascript « maison » V8 (le même qui propulse Chrome) :

o3dsoftwarestack

Et le rendu est impressionnant, je vous invite pour cela à découvrir la galerie d’exemples avec la fameuse Beach Scene :

Exemple de scene 3D avec O3D
Exemple de scene 3D avec O3D

Mais il y a également de belles démonstrations du moteur physique dont Box2DJS in 3D :

Le moteur physique en action de O3D
Le moteur physique en action de O3D

De même qu’un configurateur d’intérieur (Home Configurator) :

Le configurateur d'intérieur de O3D
Le configurateur d'intérieur de O3D

Et il y a même des petits jeux concocté par les équipes de Google (Checkers et Prince IO: The SketchUp Knight) :

Le jeu en 3D de O3D
Le jeu en 3D de O3D

Chose intéressante, comme c’est du javascript, les applications 3D peuvent être utilisées en mode hors-ligne avec Google Gears.

D’après le chef de projet (Henry Bridge) et le directeur technique (Matt Papakipos), l’objectif de O3D est de rendre les informations plus accessibles (par le biais de représentations 3D) et d’intégrer dans le navigateur du contenu 3D à la manière de Google Earth. Pour en savoir plus c’est ici : Google joins effort for 3D Web standard with new plugin.

Avons-nous besoin d’un nouveau standard 3D ?

Voilà la question de fond que l’on est en droit de se poser car :

Donc sur ce coup là, c’est bein Google contre le reste de l’industrie (ATI, AMD, Nvidia, Intel, IBM, Sun, Apple, Sony… et tout une tripotée d’industriels qui ont rejoint l’initiative Khronos afin de capitaliser sur OpenGL – cf. About the Khronos Group). Ce qui est vraiment très étrange dans cette histoire c’est que Google a pourtant rejoint le groupe Khronos… mais développe ses propres spécifications qui du coup vont rentrer en concurrence avec la futur extension Canvas:3D de Firefox 3.5 (cf. Bringing accelerated 3D to the web). Ils auraient visiblement l’intention de faire converger les deux (O3D et Canvas:3D) mais pour le moment ils préfèrent avoir une plus grande marge de manoeuvre et faire tranquillement évoluer leur technologie.

Tout ceci est donc conforme à la « culture Google » de jouer sur l’ambigüité avec des technologies dont le code source est publié mais qu’ils se chargent eux-mêmes de faire évoluer comme c’est le cas pour Android, Chrome ou Native Client. Il y a donc fort à parier que Google va tenter d’imposer son standard en s’appuyant sur sa force de frappe technique. Réussiront-ils à convaincre les industriels du secteur ? Difficile à dire pour le moment tant ils évoluent dans deux mondes différents (hardware pour les uns et services en ligne pour Google).

Premières réflexions sur O3D

Passé les premiers tests, il est maintenant temps d’analyser à chaud cette annonce :

  1. Avant toute chose, ne nous emballons pas, O3D n’est pour le moment qu’un prototype technologique uniquement destiné aux développeurs (donc dans un contexte similaire à Native Client – lire à ce sujet : Native Client, la technologie RIA de Google qui risque de faire long feu) ;
  2. Ma préférence va  à Unity3D qui propose un rendu plus fluide pour un plug-in qui s’installe « à chaud » (contrairement à O3D qui nécessite un redémarrage) ;
  3. Si Google ambitionne de révolutionner les jeux en ligne en apportant la 3D dans le navigateur c’est raté car il existe de nombreux acteurs de niche qui sont bien mieux positionnés dont Unity qui propose un environnement d’édition très performant (lire à ce sujet : Après les Rich Internet Applications, les Rich Internet Games ? et Et on reparle des Rich Internet Games) ;
  4. Ça commence à faire beaucoup de plug-in entre O3D, Gears et NaCl ! Ne serait-ce pas une honteuse stratégie pour nous faire comprendre que le plus simple est d’utiliser Chrome ? ;
  5. Va-t-on assister à une résurrection de Lively dans la mesure où Google sait donner une seconde chance à ses produits (notamment Jaiku qui a été racheté puis abandonné puis publié en open source) et où Google voulait en faire une plateforme de jeux (cf. Lively deviendra-t-il une plateforme de jeux ?) ;
  6. Au final, cette histoire de plug-in 3D pour des jeux en ligne ne serait-elle pas un moyen de booster un secteur qui va lui rapporter de l’argent via son programmes In-Game Advertising et concurrencer ainsi Microsoft avec Massive ?

Bref, j’ai comme l’impression qu’il y a une histoire de gros sous et que ce n’est pas juste un prototype technique.

Twitter a-t-il atteint le point de bascule ?

Le moins que l’on puisse dire, c’est que la Tweetosphere (ou plus élégamment appelée Statusphere) était en ébullition la semaine dernière. Avouez que pas un seul jour ne passe sans que nous soyons abreuvés de billets faisant référence à Twitter. Je fais donc suite à un précédent article publié sur le sujet (Vers une overdose de Twitter ?) pour vous faire part de mon appréhension.

Que va donc devenir Twitter quand il sera un service mainstream ?

Twitter ne serait plus réservé aux geeks et autres égo-blogueurs ? Mais non enfin, Twitter est maintenant devenu la plateforme sociale de référence, celle où il faut être vu, celle qui est au centre de toutes les attentions (du moins aux États-Unis). Hé oui, il va falloir vous y faire, Twitter est maintenant largement rentré dans les moeurs puisque ce service dispose de son hymne officiel (TwitterTronic), de son rap parodique (Let me Twitter dat) et même de ses virus (mikeyy: Another Twitter Worm on the Loose). Pire : on y croise votre boulanger (BarkerTweet : Le twitter du boulanger), votre chat (Twittering Cat Flap, So you know whether your pet is in or out), votre foetus (Precocious Baby Starts Twittering from the Womb) et même Ulysse (If Homer’s Odyssey Was Written On Twitter).

homertwitter

Certains pourront dire que l’adoption de Twitter par les stars a tout changé : de Shaq O’Neil (It’s Shaq’s Fault Twitter Has Exploded) à Hugh Jackman (Hugh Jackman Giving $100K to Charity via Twitter) Oprah Winfrey (Will Twitter See an « Oprah Effect »?) en passant par Ashton Kutcher (How Oprah and Ashton have forever changed Twitter).

ashtontwitterbillboard

Le phénomène Twitter a pris tellement d’ampleur que l’on commence à lui trouver des vertus incroyables comme celle de sauver des vies (Demi Moore helps stop suicide on Twitter), des industries (Can the Statusphere Save Journalism?), d’aider à la révolution populaire en Moldavie (Moldova’s Twitter Revolution) ou même de changer le monde (The Twitter Platform: 3 Years Old and Ready to Change the World).

Young people shout during a rally in Chisinau on April 6, 2009. About 10,000 demonstrators gathered in the Moldovan capital Chisinau to protest against the results of a parliamentary election which the ruling Communist Party won. AFP PHOTO / VADIM DENISOV (Photo credit should read VADIM DENISOV/AFP/Getty Images)
Young people shout during a rally in Chisinau on April 6, 2009. About 10,000 demonstrators gathered in the Moldovan capital Chisinau to protest against the results of a parliamentary election which the ruling Communist Party won. AFP PHOTO / VADIM DENISOV (Photo credit should read VADIM DENISOV/AFP/Getty Images)

Mais malheureusement les premières applications douteuses commencent à voir le jour comme ce journal des arrestations au Texas (Police in Denton Texas will make you Twitter famous) ou cet appareil de télé-tweeting (Twitter Telepathy: Researchers Turn Thoughts Into Tweets). Même si ce sont des cas isolés, le problème de la pollution reste entier : Le top 10 des relous sur Twitter.

twittertelepathy

Toujours est-il que Twitter attise les convoitises, surtout depuis que le commerce des comptes est ouvert (CNN Acquires CNNBrk Twitter Account) et que la confrontation avec Google (Google Search: When You Can’t Find it on Twitter) et Facebook (Are Twitter and Facebook Competing for the Next Social OS?) est annoncée.

Faut-il passer à autre chose ?

Bref, tout ça pour dire que j’ai un mauvais pressentiment pour ce service que j’affectionne particulièrement : Comment tout ceci va-t-il finir ? Vont-ils savoir gérer cette surexposition médiatique ? Comment concilier geeks, peoples et adopteurs tardifs sur une même plateforme ? L’équation est difficile à résoudre et le scénario le plus probable semble être une défection de la première vague d’utilisateurs comme le présent Jeremiah Owyang : What Happens When Twitter Gets Mainstream Attention.

Il y a en effet fort à parier que les stars, médias et marques vont se jetter sur ce nouvel eldorado sans réellement chercher à comprendre et reproduire le schéma traditionnel du matraquage top-down comme ils savent si bien le faire. Oui mais attention, Twitter est un outil à manier avec précautions. Le retour de bâton risque d’être sévère (ou pas).

Donc oui, si vous tenez absolument à être en avance de phase, passez à autre chose. Tentez votre chance avec identi.ca, les réseaux sociaux micro-localisés, le social gaming ou les sites augmentés.

Tout ça pour 14 millions d’utilisateurs

« 14 millions d’utilisateurs… est-ce une blague ? » Non pas du tout, c’est la réalité. Tout ce ramdam pour seulement 14 millions d’utilisateurs. Comme quoi la capacité de résonnance de la blogo/statusphère est quasiment illimitée !

Tout ceci n’est pas sans me rappeler le barouf médiatique autour de Second Life ! Quoi que… cette mésaventure ne leur a pas été fatale : Second Life Starts To Grow Again. Tiens d’ailleurs il paraît qu’il est possible de tweeter depuis SL, il faut que je tente ça…