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Bitcoin : la première étape d’une révolution monétaire et économique

Quand le sage montre la lune, le sot regarde le doigt“, ce proverbe chinois illustre parfaitement le débat en cours sur les bitcoins. La presse généraliste et la blogosphère n’en finissent plus de sortir des gros titres racoleurs au sujet de la célèbre monnaie numérique. Au-delà de la cacophonie ambiante, je vous propose de faire le point sur ce sujet délicat et de vous ouvrir les yeux sur le réel potentiel disruptif que les monnaies décentralisées représentent.

Qu’est-ce que Bitcoin et les crypto-monnaies ?

Selon Wikipedia, une crypto-monnaie est “une monnaie électronique pair à pair et décentralisée dont l’implémentation se base sur les principes de la cryptographie pour valider les transactions et la génération de la monnaie elle-même“. En d’autres termes : c’est une monnaie numérique que n’importe qui peut créer (dans une certaine limite) et utiliser pour faire des transactions (qui sont validées par un système de cryptage), mais qui n’est pas règlementée par une banque centrale. Cette décentralisation fait à la fois la force et la faiblesse de Bitcoin et de toutes les monnaies numériques qui en sont dérivées.

Lancé en 2009, Bitcoin désigne “un système de paiement à travers le réseau Internet et une unité de compte utilisée par ce système de paiement” (source : Wikipedia). Bitcoin est donc à la fois une monnaie numérique décentralisée, ainsi que tous les mécanismes d’authentification, d’échange et de transaction qui gravitent autour (cf. Bitcoin As Protocol). Pour des explications plus détaillées, je vous invite à consulter les articles suivants : Avec Bitcoin, payer et vendre sans les banques et Le point sur Bitcoin en dix questions et réponses.

Infographie sur Bitcoin
Infographie sur Bitcoin

Certains qualifient les crypto-monnaies de monnaies virtuelles, mais elles ne sont pas moins virtuelles que les euros ou les dollars, qui ne sont que des bouts de papier ou des lignes dans une base de données. Les promoteurs de Bitcoin se donnent beaucoup de mal pour expliquer son fonctionnement (cf. WeUseCoins), mais j’ai l’impression que seuls les geeks s’y intéressent réellement. J’ai personnellement un coup de coeur pour cette vidéo explicative avec cet inimitable et adorable accent québécois :

Le gros problème de Bitcoin est que tout le monde en parle et donne son avis, mais sans réellement maîtriser le sujet (cf. 50 Insane Facts About Bitcoin You Didn’t Know). Je pense ne pas me tromper en disant que le grand public réserve le même traitement aux monnaies numériques qu’aux livres numériques : on critique et on rejette sans avoir essayé et sans réellement reconnaitre les faiblesses du modèle de référence. J’imagine que vous avez dû voir de nombreux articles décrivant les adeptes de Bitcoin comme des anarchistes révolutionnaires et/ou des terroristes en puissance. Ce qui m’amuse beaucoup, car jusqu’à preuve du contraire, le dollar est la monnaie de référence utilisée par tous les trafiquants d’armes et de drogue !

Ce n’est pas parce que Bitcoin est une monnaie numérique que l’on peut la comparer à d’autres systèmes de paiement électronique comme Moneo ou Paypal. Il est possible de faire tout un tas de choses avec Bitcoin, mais nous n’en sommes qu’au tout début et nous sommes très loin de pouvoir l’utiliser comme système de paiement au quotidien. Il existe bien des distributeurs automatiques, mais dans les faits, les bitcoins sont plus utilisés comme une valeur d’investissement, au même titre que l’or : on en achète, mais on ne les conserve pas avec soit, ils sont stockés quelque part à l’abri. Dans le cas de l’or, les lingots sont généralement stockés dans un coffre à la banque. Dans le cas de Bitcoin, ils sont consignés dans un registre électronique partagé par l’ensemble des utilisateurs (en mode peer to peer).

Exemples de distributeurs automatiques de bitcoin
Exemples de distributeurs automatiques de bitcoin

Grandeur et décadence de Bitcoin

Je ne vais pas refaire l’histoire, mais disons que Bitcoin a eu une année… mouvementée. Les 6 derniers mois ont ainsi été marqués par quatre événements :

  • Une incroyable frénésie spéculative en fin d’année dernière qui a fait passer son cours de 200$ à 1.200$ (il est aujourd’hui stabilisé autour des 600$) ;
  • Le démantèlement de Silk Road, une place de marché underground où l’on pouvait trouver de la drogue et engager des tueurs à gages, qui utilisait les bitcoins pour faire des transactions anonymes ;
  • La fermeture de Mt. Gox, une place de marché japonaise qui opérait près de 70% des échanges en bitcoin, suite à l’attaque par des hackers et le vol de près de 750.000 bitcoins ;
  •  La très forte exposition médiatique de Dorian Nakamoto, un californien injustement “dénoncé” comme étant le créateur de Bitcoin (le journaliste à l’origine de l’article s’est d’ailleurs fait démonter : The Newsweek Credibility Matrix).

Tous ces évènements ont participé à la forte volatilité du cours des bitcoins.

Évolution du cours bitcoin / dollar au cours des 6 derniers mois
Évolution du cours bitcoin / dollar au cours des 6 derniers mois

Malgré tout ça, il y a toujours autant d’engouement pour les bitcoins, malgré un environnement très instable. Pour citer Pierre-Olivier Carles : “Si on ramène l’échelle de temps du bitcoin à celle du dollar, c’est comme si elle avait été créée aux alentours du XVIe siècle.  Pourquoi fais-je ce parallèle temporel stupide ? Tout simplement pour essayer de mettre en perspective ce qu’il s’est passé. Imaginez le fonctionnement des banques à cette époque, on était dans le bricolage, le rudimentaire.” (cf. L’avenir du Bitcoin après la crise MtGox).

Face à un tel engouement, de nombreuses autres monnaies électroniques décentralisées ont été lancées ces derniers mois : Better Than Bitcoin? 3 Crypto-Currencies That Aren’t Just Copycats et 6 Alternative Cryptocurrencies Compared Against Bitcoin. Même si nous ne savons toujours pas qui est l’inventeur de Bitcoin, le système de crypto-monnaie a été validé à grande échelle, c’est ce que vous devez retenir.

Les domaines d’application des crypto-monnaies

Là, nous entrons dans la partie la plus délicate de l’explication, car il faut faire preuve d’une grande ouverture d’esprit. Les bitcoins peuvent être utilisés pour tout et n’importe quoi : acheter de la drogue et des armes (c’est dit, n’en parlons plus), tout comme des produits du quotidien (Overstock.com Exceeds $1M In Bitcoin Transactions In Two Months).

Payez vos achats sur Oerstock en bitcoins
Payez vos achats sur Oerstock en bitcoins

Comme précisé plus haut, le jeune âge de Bitcoin en fait un piètre moyen de paiement au quotidien. De même, c’est un produit d’investissement très risqué, et plutôt compliqué d’accès (vous ne pouvez pas en acheter auprès de votre banque, il faut passer par des intermédiaires spécialisés). Le principal intérêt des monnaies numériques décentralisées est de fournir une alternative aux systèmes de paiement traditionnels, contrôlés par des banques qui imposent leurs règles, et plus généralement aux systèmes monétaires fortement influencés par les gouvernements.

Les bitcoins, et les autres monnaies numériques décentralisées, peuvent ainsi être une alternative pour lutter contre la fraude aux cartes bancaires (un authentique problème pour tous les e-commerçants) ou pour contourner le système de commissionnement des banques. Les taux de commission imposés par les banques et organismes de cartes bancaires compliquent fortement les micro-paiements, mais avec une monnaie électronique décentralisée, vous pouvez tout à fait envisager des nano-transactions de l’ordre de 0,0001 $.

De même, les habitants d’un pays à la situation très instable, ou avec gouvernement très malhonnête, peuvent mettre à l’abri leurs avoirs en les convertissant en bitcoins, neutralisant ainsi le risque de saisie ou de dévaluation, comme cela s’est déjà produit à de nombreuses reprises par le passé. À partir du moment où vous vous extrayez du cadre de pensée habituel, il existe une infinité de domaines d’application (Why Bitcoin Matters), et ça ne plait pas du tout aux acteurs traditionnels qui militent activement pour éviter que l’on déstabilise l’oligopole qu’ils ont mis des décennies à construire : Pourquoi les banques entrent en guerre contre le Bitcoin.

Deux exemples intéressants me viennent à l’esprit :

Souvenez-vous que Bitcoin n’est pas qu’une monnaie, c’est un ensemble de protocoles et un écosystème (Bitcoin: It’s the platform, not the currency, stupid!). Ne vous arrêtez pas à l’analogie de la monnaie électronique, la valeur d’usage de Bitcoin et de ses dérivés est encore largement sous-évaluée, car tout reste à faire.

Bitcoin est bien plus qu'une monnaie numérique
Bitcoin est bien plus qu’une monnaie numérique

En fait Bitcoin se retrouve dans la même situation que le MP3 il y a 15 ans : une technologie compliquée dont on ne voyait pas l’utilité (“pourquoi changer quelque chose qui fonctionne ?“) et que l’on associe à des rebelles / pirates / truands. Mais la situation est en train de changer…

L’initiative du gouvernement canadien avec MintChip

Donc, Bitcoin est une monnaie virtuelle de drogués, terroristes et pédophiles, personne n’y croit. Et pourtant… une jurisprudence est en train de se développer : Norway rejects Bitcoin as a legitimate currency, will treat savings as taxable assets et “Bitcoin is money” — judge says SEC can target alleged Ponzi schemer. La volonté du gouvernement US de légiférer et du gouvernement norvégien de taxer prouvent que les usages autour des bitcoins sont à prendre au sérieux.

S’il y en a bien un qui peut se vanter d’y avoir cru bien avant les autres, c’est bien le gouvernement canadien qui, dès 2012, a lancé un concours pour développer les usages autour de MintChip, sa propre monnaie numérique : Royal Canadian Mint readies its version of Bitcoin: MintChip.

Le MintChip Callenge lancé par le gouvernement canadien
Le MintChip Callenge lancé par le gouvernement canadien

Pendant que les gouvernements se creusent la tête pour savoir comment limiter et/ou taxer les usages de Bitcoin, le gouvernement canadien a créé sa propre monnaie numérique décentralisée et lancé un concours pour stimuler l’innovation et amorcer un écosystème de développeurs. La grande différence avec Bitcoin est que MintChip est un système qui exige une authentification forte pour valider les transactions (avec une carte SD). La contrepartie est que le cours des MintChips est adossé à celui des dollars canadiens. Non vous ne rêvez pas : une monnaie numérique décentralisée cautionnée par le gouvernement d’un pays du G8.

Les cartes SD et clés USB servant à sécuriser les transactions avec les MintChip
Les cartes SD et clés USB servant à sécuriser les transactions avec les MintChip

Après plus d’un an et demi de concours, les MintChips sont quasiment prêts à être introduits sur le marché. J’imagine que l’on devrait en entendre parler très prochainement.

La révolution est en marche

Si les Canadiens ont la chance d’avoir un gouvernement novateur en la matière, d’autres pays ont décidé de rejoindre ce mouvement avec des initiatives privées ou solidaires :

Vous remarquerez que dans ces trois cas, il y a une forte volonté de ne plus subir les limitations du système monétaire. À l’image de Galléco, la monnaie locale lancée par le conseil général d’Ille-et-Vilaine, ne pourrions-nous pas envisager une monnaie numérique décentralisée solidaire à l’échelle nationale (Le galléco, première monnaie solidaire de France) ? Loin de moi l’idée de jouer les entrepreneurs sociaux, mais je me dis que ces deux notions sont parfaitement complémentaires. Nous pourrions même envisager un système de dépréciation programmé pour que cette monnaie numérique disparaisse d’elle-même au bout de 10 ou 15 ans (quand la situation économique sera meilleure). Après ça, tout est question de volonté de s’extraire d’un système que l’on pense, à tort, immuable.

Conclusion : Bitcoin n’est pas une technologie, c’est un concept, une philosophie, un moyen d’expression… Peu importe qui est le créateur de Bitcoin ou l’usage que peuvent en faire les trafiquants, l’important est d’avoir réussi à démontrer la viabilité d’un système monétaire alternatif. La boîte de Pandore est maintenant ouverte, il ne reste plus qu’à calmer les esprits (What bitcoin needs next: education and an ecosystem) et à stimuler l’innovation pour développer les usages.

Quel avenir pour la télévision à l’heure du P2P et du SoLoMo ?

Il y a 5 ans, je m’interrogeais sur les synergies naissantes entre le secteur télévisuel et le web : La télévision est-elle l’avenir de l’internet ? En partie. Dans cet article, je m’étonnais du fait que la télévision n’avait pratiquement pas évolué en plusieurs décennies. Nous sommes maintenant en 2014 et la TV n’a toujours pas évolué : toujours le même principe d’écran de consultation passif. Certes, les écrans sont plus fins, il y a plus de pixels (les premiers écrans UltraHD sont à peine en vente que l’on nous parle déjà de la 8K), éventuellement de la 3D, mais pour la grande majorité des foyers français, usages et technologies n’ont quasiment pas évolué depuis l’arrivée de la TNT qui n’a fait “que” rajouter quelques chaînes.

J’ai été très récemment interviewé par les équipes de France TV sur ce sujet : Frédéric Cavazza s’exprime sur l’évolution de la télévision. Cette interview a été l’occasion pour moi de réfléchir à l’évolution du marché et surtout de constater l’avancée inexorable des acteurs de l’internet et la situation plutôt inconfortable dans laquelle les chaînes se retrouvent.

Disclaimer : Je ne suis pas un professionnel du secteur, bien au contraire. Cet article n’a pas pour but de critiquer, mais de présenter ma vision des choses depuis mon point de vue d’observateur averti.

Où sont les innovations ?

Comme annoncé dans l’introduction, je constate que la télévision en tant que terminal ou en tant que média n’a quasiment pas évolué depuis plusieurs décennies, et pourtant, elle reste le support de prédilection des annonceurs : TV remains the 10,000 pound gorilla in the advertising market. Comme précisé également plus haut, il y a effectivement eu de nombreuses petites améliorations techniques (notamment sur l’affichage), mais le rythme d’innovation est sans commune mesure avec d’autres types de terminaux comme les smartphones ou les ordinateurs portables. La seule technologie réellement novatrice que j’ai pu observer est le HbbTV, mais malheureusement uniquement disponible sur les TV compatibles (une infime minorité) : La TV augmentée enfin libérée de toutes contraintes avec le standard HbbTV.

La majeure partie des nouveaux usages et services vient des box des fournisseurs d’accès (Replay, PiP, applications, cloud gaming…). Depuis la sortie de la Freebox Revolution, c’est à une véritable course à la surenchère que se sont livrés les fournisseurs : Comparatif box internet. Si vous cherchez à savoir si le marché de la TV connectée est une réalité, ne cherchez plus : Médiamétrie estimait l’année dernière que plus de 25 M de français regardaient la TV via l’ADSL. La TV connectée est donc un marché d’envergure, reste encore à motiver les téléspectateurs à sortir de la passivité et à être plus actifs dans leurs usages.

Aux États-Unis la situation est différente, car les set-top-boxes ont été introduites bien plus tôt. Roku avait pris une longueur d’avance sur ce créneau, mais ils sont en train de se faire rattraper par Google qui a marqué un grand coup avec son Chromecast et sa plateforme d’applications : Get ready for tons of new Chromecast apps: Google releases Cast SDK.

L'adaptateur Chromecast de Google
L’adaptateur Chromecast de Google

Comme quoi, les solutions les plus simples sont celles qui ont la préférence du grand public. Du coup, les autres fabricants se ruent dans la brèche : Roku tackles Chromecast with a new Streaming Stick, will let you stream content from your PC in futureNetgear announces NeoMediacast to compete with Chromecast et Baidu’s Chromecast clone goes on sale in China for $32. Décidément, les équipes de Google se montrent particulièrement motivées pour partir à l’assaut du petit écran, que ce soit avec Chrome ou Android, malgré un faux départ avec la Google TV  (Pourquoi Google a quasiment déjà gagné la bataille du salon avec Google TV). Et cette tendance n’est pas près de se tarir : Les micro-consoles vont-elles devancer les TV connectées ?.

Comme vous pouvez le constater, les fabricants de boitiers et de “dongle” se plient en quatre pour proposer des innovations technologiques. Le problème est que toutes ces nouvelles fonctionnalités se heurtent encore au problème de la télécommande : comment parvenir à proposer une expérience simple et intuitive ? Certains comme Roku tentent de simplifier au maximum la télécommande et l’interface, mais la recherche reste très compliquée. D’autres sont plus pragmatiques à l’image de UCWeb qui s’appuie tout simplement sur le smartphone des téléspectateurs : China’s UCWeb launches UC Browser for TV, moving beyond smartphones to target multiple screens.

L'interface de Roku
L’interface de Roku

Outre les problèmes d’ergonomie, ces nouvelles technologies apportent les mêmes interrogations en matière de confidentialité que les smartphones : les téléspectateurs sont-ils conscients de l’utilisation des données collectées ? Car ne nous leurrons pas : l’analyse comportementale des téléspectateurs est un marché gigantesque (cf. Quand les TV connectées espionnent leurs utilisateurs). Encore un sujet épineux à ne pas négliger…

Quand le téléchargement bouleverse la grille des programmes

Pour vous résumer une longue histoire, le modèle économique des chaines de télévision est de financer ou d’acheter des contenus en gros (à des sociétés de production) et de les diffuser à l’unité en y insérant des espaces publicitaires. Les chaînes assument donc plusieurs fonctions :

  • La fabrication de contenus récurrents (journaux, émissions…) ;
  • La rediffusion d’évènements sportifs (J.O., championnat de foot et rugby…) ;
  • Le financement de fictions de façon directe (téléfilms) ou indirecte (achat de films ou de séries TV) ;
  • La conception d’une grille de programme.

Ce dernier point est particulièrement important, car tout l’art d’une bonne chaine de TV est d’orchestrer de façon judicieuse la rencontre entre des programmes et des téléspectateurs et de créer des habitudes, donc de l’attente. Jusqu’à présent, tout se passait pour le mieux avec un nombre limité de chaines et de programmes. Mais avec l’arrivée de la TNT puis la généralisation des boitiers ADSL, l’attention des téléspectateurs a commencé à se disperser, et leur intérêt a décru à mesure qu’ils découvraient l’existence de programmes de meilleure qualité ailleurs (principalement des séries TV : Barely Keeping Up in TV’s New Golden Age).

Je pense ne rien vous apprendre en vous écrivant que la France est un des marchés où l’on télécharge le plus de façon illégale. Les gouvernements successifs ont bien essayé de trouver des solutions, notamment la riposte graduée, mais rien n’y fait : une fois que la boîte de Pandore a été ouverte, il y quasiment impossible d’arriver à faire revenir les téléspectateurs dans le droit chemin. Traduction : une fois que vous avez “goûté” à Games of Throne, Arrested Development ou True Detective, il est dur que de se contenter de Joséphine ange gardien. Je ne pense pas me tromper en disant qu’il ne peut y avoir des millions de gens malhonnêtes en France, simplement ils aspirent à des contenus de meilleure qualité… qui se trouvent être disponibles en quelques clics. Loin de moi l’idée de vouloir relancer le débat sur le P2P, mais force est de constater que les offres de téléchargement légales ne donnent pas le change (comment je fais pour voir la deuxième saison de King of the Nerds ?).

Le plus gênant dans cette histoire de téléchargement est la disparition de la grille de programme : une fois téléchargés, les contenus (films, séries, émissions…) peuvent être regardés n’importe quand, sans aucune contrainte, ni pub. Ce n’est pas tant la volonté de nuire qui je pense motive les adeptes du téléchargement, mais plutôt leur rejet de la logique de grille de programme et tout ce qui va avec (choix limité, coupures pub…). Ceci est d’autant plus vrai avec la généralisation des terminaux mobiles qui permettent de visionner ces contenus n’importe où (tablettes, smartphones…).

À partir du moment où l’internet permet de contourner les grilles de programme et d’assurer la diffusion des contenus (de façon asynchrone avec du téléchargement P2P ou de façon synchrone avec de l’adaptative streaming), que reste-t-il aux chaines ? C’est justement là où les terminaux mobiles et les médias sociaux peuvent aider.

Le SoLoMo pour augmenter l’audience des contenus alternatifs

Non, je ne vais pas vous annoncer la disparition de la télévision. Jusqu’à preuve du contraire, c’est un média qui fonctionne encore très bien. Ceci étant dit, je constate qu’il existe des alternatives très crédibles à ce que peut nous offrir le paysage audiovisuel :

  • Les portails d’informations proposent un contenu bien plus riche et “frais” que les journaux de 13h et 20h ;
  • Les podcasts disponibles sur Youtube ou Dailymotion offrent un choix bien plus large de sujets (où sont les émissions TV pour les hardcore gamers ou sur le longskate ?) et de nombreux animateurs “vedette” (ex : Norman, Cyprien…) ;
  • Les web series proposent également plus de diversité (ex : Man vs. Dead) ;
  • Les web documentaires proposent une expérience bien plus enrichissante que les reportages ;
  • Les lifecast et autres pratiques de sur-publication sur les médias sociaux pourraient remplacer les émissions de TV réalité…
La chaîne YouTube de Man vs. Dead
La chaîne YouTube de Man vs. Dead

Comme vous l’aurez compris, tout est question de quantité vs. qualité, si l’intérêt des téléspectateurs diminue, c’est que les contenus proposés sont de plus en plus conformistes, ils préfèrent se tourner vers le web où ils trouvent des contenus plus “frais” et surtout plus proches (nous parlons ici de proximité géographique, mais aussi thématique, émotionnelle…). Certes, pour le moment les contenus publiés sur le web au travers de YouTube ou Dailymotion souffrent de budgets très limités, mais quand on voit les revenus des chaines les plus populaires, on se dit que cela pourrait changer : We Ranked YouTube’s Biggest Stars By How Much Money They Make.

Entendons-nous bien : le but de cet article n’est pas de vous convaincre que la télévision est morte, mais de vous démontrer qu’il existe des contenus alternatifs tout à fait viables qui peuvent potentiellement détourner l’attention de nombreux téléspectateurs. À choisir, je préfère largement Spi0n ou Magic of Rahat à Video Gags ou la Caméra Cachée. Heureusement, les grandes chaînes de télévision ont anticipé cette tendance et investi de grosses sommes pour développer le contenu et l’audience de portails thématiques : MyTF1News, Plurielles ou TFou pour TF1 ; FranceTVSport, Géopolis, CultureBox ou MonLudo pour FTV. Ces derniers ont même un site dédié aux web documentaires : Nouvelles écritures. Je doute que tous ces sites soient rentables, mais l’important pour ces chaînes est de commencer à capitaliser sur un savoir-faire et acquérir de l’expérience.

Le portail Géopolis de FranceTV
Le portail Géopolis de FranceTV

Créer des contenus réguliers pour du prime time est un exercice résolument très différent de créer des contenus de niche ou de l’information en temps réel. C’est justement là où le SoLoMo entre en scène, car ces trois dimensions permettent à un média très classique comme la télévision de basculer dans le XXIème siècle, dans l’ère numérique : Les médias sociaux servent à la fois à amplifier la visibilité et la décharge émotionnelle de programmes de grande écoute (cf. Etat des lieux de la SocialTV : entre ralentissement et opportunités), mais également à développer l’audience de contenus de proximité (géographique, thématique ou émotionnel), faisant ainsi la transition avec le local. Dernier point, et pas des moindres, les terminaux mobiles qui permettent à la fois d’interagir avec les émissions en temps réel et de consulter les contenus en toute liberté (BBC Rolls Out New iPlayer ‘Rebuilt For The Multiscreen World’, Plans Online Only Channel For BBC3). Bref, Social, Local et Mobile ne peuvent être abordés de façon individuelle, ils forment un tout qui ouvre d’immenses opportunités. L’important étant d’avoir la capacité à produire des contenus pertinents.

Au final, on se dit que le meilleur moyen pour les chaînes de télévision d’aborder la transformation des usages en matière de divertissement et d’information est de se transformer en des meta-producteurs de contenus dont l’objectif serait de financer la création de différentes formes de contenu (textuels, visuels, interactifs…) qui seraient ensuite distribués sur une multitude de canaux (TNT, web, applications mobiles…). Sous cet angle, je comprends un peu mieux pourquoi le gouvernement a bloqué la vente de Dailymotion à Yahoo : pour pouvoir sécuriser un canal de diffusion alternatif (ou alors il y a d’autres raisons que je ne maitrise pas). Selon ce scénario d’évolution, les chaînes de TV ont du soucis à se faire en ce qui concerne leurs nouveaux concurrents, notamment Netflix qui dispose de son propre réseau de distribution (en streaming) et de très bons succès (la série House of Cards a triomphé lors des derniers Emmy Awards).

La conclusion de cet article est quasiment la même qu’il y a 5 ans : l’internet est l’avenir de la télévision, et inversement. Sauf que… en ce qui concerne le temps passé devant le grand écran du salon, l’attention des utilisateurs ne se répartit pas qu’ente les contenus télévisuels “classiques” et les contenus alternatifs, il faut aussi compter avec les jeux vidéo. J’ai déjà eu l’occasion de m’exprimer sur la place que les jeux vidéo ont dans notre culture et notre société (Le XXIème siècle sera vidéo-ludique), aussi je suis persuadé que pour aborder de façon sereine la transition entre l’analogique et le numérique, les jeux vidéo sont une composante essentielle des contenus alternatifs. La courbe d’apprentissage en ce domaine étant très importante, il est primordial de s’y mettre au plus vite.

Voici donc comment j’envisage l’avenir de la télévision : portails thématiques, podcats, web séries / documentaires et jeux vidéo. Et vous ?

L’avenir du commerce en ligne est au commerce, et inversement

Là je n’ai plus le produit en stock, mais je vais être livré samedi matin“. J’imagine que vous avez déjà dû entendre cette phrase des dizaines de fois dans divers magasins. Je ne sais pas pour vous, mais à chaque fois je me retiens de dire “Mais bien sûr… vous me prenez pour un pigeon ?“. La dure réalité du commerce de distribution est que ce modèle ne fonctionne plus. Du moins il ne fonctionne beaucoup moins bien au XXIe siècle. Certes, il y aura toujours des inconditionnels du commerce de proximité, mais force est de constater qu’il y a une fracture entre des clients et produits qui sont passés à l’ère numérique et des boutiques et vendeurs qui sont encore coincés à l’ère analogique :

  • D’un côté nous avons des consommateurs qui sont équipés de smartphones, comparent les prix et achètent en ligne depuis des années ; des produits qui sont distribués par tous les grands sites de vente en ligne grâce aux marketplaces, dont les caractéristiques sont parfaitement détaillées, avec des tonnes de photos et avis…
  • De l’autre nous avons des boutiques avec un stock très limité, des cabines d’essayage pas forcément pratiques, ou à défaut des conditions de manipulation du produit quasi inexistantes (souvent derrière une vitrine) et des vendeurs sous-payés et débordés, donc pas forcément motivés, compétents ou disponibles.

Il en résulte des tensions dans le processus d’achat et des producteurs / distributeurs qui s’efforcent de trouver le bon modèle. Et si nous faisions fausse route depuis toutes ces années ? Je pense qu’il est urgent de remettre en cause ce que nous tenions pour acquis (cf. The Case for Continuous Commerce).

Il n’y a plus de e / mobile / social commerce, simplement du commerce

Pendant des années, on nous a expliqué que le commerce en ligne était un modèle plus performant que le commerce traditionnel. On nous a ensuite dit que le social commerce était mieux. Puis finalement que le mobile commerce était vraiment mieux. J’entends les arguments des uns et des autres, mais qui a raison dans cette histoire ? N’est-il pas plus simple de se dire que toutes ces pratiques appartiennent à la grande famille du commerce et que le reste n’est qu’une question de compromis ?

Personne e peut aujourd’hui affirmer qu’il détient la formule magique. Ce dont nous sommes certains, c’est que les habitudes et attentes des clients ont changé : Enjeux et opportunités du web-to-store, Les cyberacheteurs veulent du web-to-store à Noël. ROPO, showrooming… sont des termes complexes qui servent à décrire l’évolution du comportement des acheteurs. Si le commerce en ligne connaît une croissance spectaculaire sur les dix dernières années, je doute que ce modèle de distribution soit LA solution universelle. L’acte d’achat est un processus psychologique qui ne peut se résumer à la mise au manier d’une image et la saisie d’un N° de carte bancaire.

Nous sommes maintenant dans une configuration de marché bien plus complexe qu’aux débuts de l’internet :

Que ce soit dans les prédictions (What’s Next in Commerce, Five Global Retail Trends That Will Shape 2014) ou dans les statistiques (70% des visiteurs du site de Boulanger se rendent en magasin), tout le monde s’accorde à dire que le cross-canal n’est plus un levier compétitif, mais un prérequis : Le Cross canal, une évidence pour les marques.

Il est donc grand temps de mettre à jour notre discours et de gommer le “e” de “e-commerce“. Et tant qu’on y est, autant gommer également le “m” et le “social“. Après tout, il n’y a pas de “TV-commerce” et pourtant personne ne remet en question les émissions de TV achat.

Bref, tout ça pour dire que le marché évolue (clients, prospects…) et qu’il faut maintenant envisager une activité commerciale comme ou tout : une boutique en ligne avec livraison gratuite, une boutique physique avec des vendeurs compétents, une présence diversifiée sur les médias sociaux et les terminaux mobiles… Dans cette optique, je suis particulièrement séduit par des projets comme iShoes.

iShoes

Le renouveau du point de vente

Il n’aura fallu qu’une pomme pour que Newton échafaude la théorie de la gravité. De même, il aura fallu que la célèbre marque à la pomme triomphe avec ses Apple Stores pour que l’on s’intéresse à nouveau aux points de vente. Au final, la recette était connue de tous (bon emplacement, belle boutique, beaux produits, vendeurs agréables…), mais elle s’était perdue en route.

Boardriders

Le point de vente peur donc être à la fois rentable et générateur de valeur pour une marque ou un distributeur. Soit, mais toutes les enseignes ne peuvent implanter des showrooms de la même qualité que ceux d’Apple, Nespresso ou Quiksilver (je suis fan de leur nouvelle boutique Boardriders à Bercy Village). Certains ont donc tenté d’expérimenter de nouveaux concepts : Tesco transforme la grande surface en centre-villeHarry’s Is Opening A Barbershop, Or, A Bridge For Online And Offline Customer Behavior.

Sans aller dans ces exemples particulièrement ambitieux, je constate ces derniers mois une tendance très forte autour du magasin connecté et du concept de commerce “phygital (physique + digital). Nous avons tous en tête l’exemple de ce supermarché “virtuel” dans le métro de Séoul, une belle arnaque, car c’était une opération éphémère uniquement destinée à rafler des Lions d’Or au festival de la publicité de Cannes. Il existe cependant des exemples beaucoup plus proches de magasins mariant parfaitement commerce physique et commerce en ligne (à l’image de Woodbrass ou Hawaii Surf) sans en faire des tonnes sur la “révolution” du commerce de distribution.

En fait tout est question de bon sens :

  • Être présent là où sont les prospects (sur les médias sociaux, sur les terminaux mobiles) ;
  • Proposer des scénarios de vente en fonction de l’humeur des clients (pas le temps + pas cher = commerce en ligne, découverte + manipulation des produits = magasin) ;
  • Assurer le même niveau de service, quel que soit le canal (magasin, site web, téléphone…).

Comme précisé en début d’article, je suis convaincu qu’il y aura toujours un noyau dur de techno-réfractaires, mais je suis persuadé que nous entrons maintenant dans l’ère du “client savant” : celui qui compare les prix (sur son ordinateur et son smartphone), celui qui s’informe sur les produits et services avant d’acheter (caractéristiques, comparaisons et avis), celui qui sollicite et contribue à la communauté (questions / réponses, conseils…), celui qui ne se satisfait plus des réponses laconiques de vendeurs rendus amorphes par des conditions de travail dégradées. J’ai bien conscience de jouer les démagogues, mais pourquoi s’acharner à ouvrir et maintenir des points de vente si cela se fait dans de mauvaises conditions ?

Le triptyque du commerce du XXIe siècle

Nous sommes dans une situation économique tendue. L’heure n’est plus aux économies, mais aux paradigmes : il est grand temps de passer à autre chose et refermer la page de modèles de distribution qui montrent leurs limites, aussi hors qu’en ligne. Pour être déjà intervenu auprès de grands acteurs de la distribution, j’ai élaboré en toute modestie un modèle de distribution moderne qui repose sur trois piliers : le magasin connecté, le vendeur augmenté et l’expérience d’achat enrichie.

J’ai déjà évoqué la tendance du magasin connecté. Il existe quantité d’exemples que vous pouvez trouver sur des blogs comme Connected-Stores. Sachez néanmoins que les technologies permettant de numériser un point de vente ne sons pas neuves et évoluent à très grande vitesse :

  • Vitrines et bornes interactives (ex : King Jouet) ;
  • Tables tactiles (ex : Empreinte) ;
  • Murs interactifs (ex : Carrefour) ;
  • Cabines sensorielles (ex : Gomus) ;
  • Cintres et mobiliers intelligents (ex : C&A et Kiabi)
  • Réalité augmentée (ex : IBM) ;
  • Capteurs de micro-géolocalisation (ex : Macy’s) ;
  • Vitrines à écran transparent (ex : Sublimeeze)…

Le deuxième élément crucial de ce triptyque est le vendeur. Véritables interfaces entre les clients et les produits, les vendeurs peuvent faciliter ou ruiner une vente. Voilà pourquoi je suis intimement convaincu que le personnel visible en point de vente (ceux que l’on peut solliciter dans les rayons) doit être équipé d’outil leur permettant de sublimer leur fonction, de les transformer en vendeurs augmentés qui seraient omniscients et omnipotents : qu’ils puissent être en mesure de répondre à toutes les questions (sur les produits, la disponibilité…) et de pouvoir satisfaire tous les besoins des clients (personnaliser un produit, résoudre un problème…). Là encore il existe de nombreux exemples de magasins mettant à disposition des bornes ou des tablettes pour faciliter le travail des vendeurs (ex : Milonga ou Mango) ou de véritables outils de configuration comme c’est le cas chez Biretco avec les Bike Specialists.

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Le dernier pilier de mon triptyque concerne l’expérience d’achat. Certes, les enseignes de distribution ont accès maintenant à d’innombrables gadgets technologiques pour créer de l’animation en point de vente (et attirer les curieux), mais je pense que la principale évolution doit se faire au niveau de la relation entre le client et le vendeur : ne pas se contenter d’aider le client à trouver un produit en rayon et à l’encaisser, mais l’impliquer dans une relation différente et proposer une expérience d’achat enrichie. C’est notamment ce que proposent des enseignes comme Apple avec les Genius Bar ou Jc Penney avec les Mini-Stores : le personnel n’est pas là pour vous refourguer le maximum de produits, mais pour vous conseiller et optimiser votre expérience avec la marque.

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Dernier exemple tout à fait représentatif de cette nouvelle façon d’aborder la relation client-vendeur : l’enseigne de produits cosmétiques Kiehl’s où il n’y a pas de vendeurs, mais des customer representatives qui travaillent POUR le client.

Les clients ont changé, les pratiques commerciales doivent évoluer

J’espère vous avoir convaincu que les habitudes, attentes et pratiques autour de l’acte commercial ont beaucoup évolué ces dernières années. Si vous en êtes encore à hésiter pour savoir si vous devez lancer une boutique en ligne, alors les prochaines années vont être très douloureuses…

Pour les autres, ceux qui ont déjà mené des premières expérimentations de magasin connecté, sachez néanmoins que l’évolution des pratiques de commerce de distribution ne repose pas toujours sur les nouvelles technologies. Il est ainsi possible d’identifier un certain nombre de tendances et expériences non-technophiles :

Bref, tout n’est pas aussi simple que d’installer une vitrine interactive. Comme je l’ai déjà mentionné, l’acte d’achat est complexe : le parcours client se densifie, les prospects sont exigeants et se lassent très vite. Il faut donc redoubler d’efforts pour rester compétitifs. Et ne vous y trompez pas : baisser vos prix pour attirer du monde n’a jamais été une tactique rentable. Pour pouvoir durablement augmenter vos résultats et vos marges, il va falloir innover sur plusieurs fronts et ne pas se laisser enfermer dans des dogmes du XXe siècle.

Mes prédictions pour 2014

Comme à chaque approche de la nouvelle année, je vous propose mes prédictions (cf. mes précédentes prédictions pour 2006200720082009201020112012 et 2013). Autant vous prévenir tout de suite : il n’y aura rien de révolutionnaire pour ces prédictions dans la mesure où nous sommes déjà noyés sous un déluge d’innovations et autres disruptions. Du coup l’exercice consiste plus à identifier les tendances les plus prometteuses plutôt qu’à faire en une liste exhaustive. Par exemple, vous ne trouverez pas de robots ou de drones dans mes prédictions, car tout ceci est encore un peu trop avant-gardiste, et surtout pas réellement en phase avec les attentes du grand public.

Bref, tout ça pour dire que la cuvée 2014 sera placée sous le signe de la rationalisation.

L’inexorable ascension des applications sociales mobiles

Saviez-vous qu’il y a plus d’utilisateurs de WhatsApp que de Twitter ou TumblR ? Saviez-vous que WeChat et Line approchaient du seuil des 300 M de membres ? Ces chiffres peuvent surprendre, mais ils sont le reflet de la formidable progression d’une nouvelle génération d’applications mobiles (Our List Of The World’s Largest Social Networks). En à peine deux ans, des applications comme SnapChat, WhatsApp, Kik ou Viber ont conquis des centaines de millions d’Occidentaux, pendant que WeChat, Line, Kakao ou Nimbuzz partaient à la conquête de l’Asie (L’avènement des applications sociales mobiles). Certains pourraient me demander “Pourquoi un tel succès ?” et je leur répondrais “Pourquoi pas plus tôt ?“. Il est ainsi surprenant qu’avec la généralisation des smartphones et des forfaits (quasi) illimités ce type d’application n’ait pas remplacé les SMS / MMS plus tôt. Je pense ne pas me tromper en disant que ces applications profitent de l’héritage de iMessage ou de BBM. Et le rythme d’adoption ne va pas fléchir puisque ces applications proposent des fonctionnalités bien plus sophistiquées que de la messagerie de groupe : géolocalisation, publications scénarisées, push-to-talk, jeux…

La grande inconnue reste de savoir comment les éditeurs vont monétiser leur audience. Si les applications asiatiques ont trouvé des leviers de monétisation intéressants (Snapchat Could Learn From The Explosive Growth In This Messaging App’s Sticker And Ad Revenue), je ne sais pas trop où vont les éditeurs US (cf. Why we don’t sell ads). Il serait d’ailleurs urgent qu’ils se décident à lancer leurs offres publicitaires.

Action à prévoir : Commencez à vous approprier ces applications mobiles et à voir dans quelle mesure vous pourriez les utiliser à des fins de branding ou de marketing.

Les publicités natives dépassent les 20% des budgets média

Encore une tendance qui a explosé en cours d’année. Un succès qui est parfaitement justifié, car les publicités natives sont l’alternative la plus élégante aux bannières et un moyen très efficace de contourner les bloqueurs de publicités. L’essor des publicités natives est tel que l’IAB s’est empressé de publier son référentiel de bonnes pratiques : IAB Native Advertising Playbook.

La grande force des publicités natives est qu’elles apportent une solution idéale pour les terminaux mobiles, et qu’il est possible de les coupler avec des techniques de programmatic buying. J’anticipe donc un basculement rapide des budgets d’achat d’espaces traditionnels vers de la publicité native. Le problème est que ces publicités sont spécifiques à chaque support et que l’inventaire est limité. Du coup, il n’est pas non plus envisageable d’abandonner complètement les bannières. L’idéal est d’avoir une approche hybride des campagnes : bannières pour la visibilité, natives pour l’engagement et ciblage démographique / comportemental pour la performance.

Action à prévoir : Passez un peu de temps sur les supports générant le plus d’audience (Facebook, Twitter, BuzzFeed…) pour comprendre comment les annonceurs les plus performants se servent des publicités natives.

Le retour de la narration et de la scénarisation des contenus multimédia

J’ai déjà eu de nombreuses occasions de vous venter les mérites d’HTML5 et de CSS3 pour donner de la profondeur à vos contenus, faire de belles transitions et doper votre narration. Vous pourriez à juste titre que c’est le retour des contenus scénarisés comme à la grande époque des CD-Rom, et vous n’auriez pas tort ! Après tout, qui s’en plaindra ? Quand je vois des réalisations comme le livret blanc Au-delà du cloud de SFR, je me dis que nous n’en sommes qu’au tout début d’une nouvelle ère de réappropriation des techniques de mise en page avancée. Certes, il faut un minimum de travail, mais imaginez ce que ça pourrait donner sur des sites institutionnels comme celui de Coca-Cola (justement très riches en contenu).

Avec de telles techniques d’animation et de scénarisation des contenus, le storytelling serait sublimé, l’internaute ré-enchanté et les intégrateurs front-office sortiraient enfin de l’ombre pour récupérer les gallons qu’ils méritent.

Action à prévoir : Délectez-vous des articles de fond de The Verge ou de Polygon pour bien comprendre l’intérêt d’une narration enrichie.

Les magasins connectés deviennent la norme

Au cas où vous ne vous en étiez pas rendu compte, nous sommes au XXIème siècle, donc il est grand temps d’arrêter de s’extasier devant des bornes interactives installées dans un magasin. Je veux bien croire qu’il est compliqué de déployer des frontaux web en point de vente, mais là ça commence à être un peu long cette histoire. J’ai beaucoup de mal à comprendre comment il est encore possible de tolérer qu’un vendeur vous dise “Ha non je n’ai pas ce produit en stock, mais je me fais livrer la semaine prochaine. La semaine prochaine ? Sérieusement ? Pour mémoire je vous rappelle qu’Amazon envisage de faire travailler les postiers le dimanche et de livrer ses clients avec des drones ! Et je ne vois pas au nom de quoi nous devrions “ralentir un peu les choses” (dixit notre ministre de… de quoi déjà ?) comme ça a été le cas pour les magasins But.

Tout ça pour dire que pour survivre les enseignes nationales devront impérativement pratiquer le commerce hybride où les activités autour de la vente en ligne et hors ligne ne seront pas cloisonnées (ex : le vendeur vous aide à commander un produit en ligne s’il n’est pas disponible en magasin). De même, les points de vente devront pouvoir servir de relais logistique (pour s’y faire livrer un produit ou pour faire la reprise d’un article acheté en ligne), j’estime que ça rentre dans le cadre du service apporté aux clients.

Attendez-vous également à des choses particulièrement novatrices en matière de microlocalisation, notamment avec le tout nouveau iBeacon d’Apple (With iBeacon, Apple is going to dump on NFC and embrace the internet of things).

Action à prévoir : Allez donc vous acheter une guitare chez Woodbrass ou un skate chez Hawai Surf pour voir à quoi ressemble une implémentation pragmatique et décomplexée du commerce hybride.

L’Afrique devient le nouvel eldorado du web

Si vous pensez qu’il y a de belles opportunités avec la montée en puissance du web en Asie, vous avez une sacrée longueur de retard. Avec des géants comme Rakuten, Alibaba ou Tencent, l’économie digitale asiatique est en pleine vitesse de pointe. Comprenez par là qu’ils n’ont plus besoin des capitaux ou des compétences occidentales, pire, ils passent maintenant à l’offensive ! Même des pays comme les Philippines ou l’Indonésie sont en pleine ébullition (17 food apps and startups in Indonesia).

À partir de ce constat, il ne reste plus qu’un continent offrant de très belles perspectives de croissance : l’Afrique. Les pays du Maghreb et d’Afrique de l’Ouest  (principalement anglophones) connaissent en ce moment une authentique révolution avec la démocratisation des équipements. À partir du moment où les moyens d’accès s’améliorent de mois en mois (bande passante plus importante, forfaits moins chers) et que le prix des équipements est en baisse (grâce aux constructeurs chinois), les usages grimpent forcément en flèche. Si l’on se pose encore des questions en Europe, là-bas la situation est par contre très claire : la digitalisation de la population passera forcément par les smartphones.

Mais ne vous leurrez pas : si les perspectives de croissance sont bien réelles (tout reste à faire), la compétition est acharnée et les premiers gros acteurs sont déjà en place comme Kalahari en Afrique du Sud (Le géant du commerce en ligne kalahari.com accélère son expansion avec hybris), Jumia en Afrique francophone (financé par l’incontournable Rocket Internet), ou Konga en Afrique anglophone (Konga.com opens Africa’s biggest e-commerce fulfillment centre, appoints new COO).

Certes, tous ces usages en ligne sont embryonnaires, mais l’écosystème est à construire : opérateurs alternatifs, hébergeurs, référenceurs, agences… Tout le monde aura sa chance !

Action à prévoir : Arrêtez donc de fantasmer sur la Silicon Valley et allez donc faire un tour au Tabletcafé de Dakar.

Je vous donne rendez-vous en fin d’année 2014 pour une rétrospective de ces prédictions.

Rétrospective sur mes prédictions 2013

La fin de l’année approche, il est donc grand temps pour moi de faire le bilan de mes 13 prédictions 2013. Avant de me lancer dans une analyse critique de mes prédictions, je précise que l’exercice est quand même très périlleux, mais que j’y prends tout de même beaucoup de plaisir. La preuve, je me livre au jeu des prédictions / rétrospective depuis 8 ans (cf. les précédentes éditions en 200620072008200920102011 et 2012).

1/ Des coups sous la ceinture pour dominer le web

Je m’attendais à une véritable bataille rangée pour la domination du web à laquelle se seraient livrés les grands acteurs et industriels. Au final, à part le traditionnel conflit juridique entre Apple et Samsung, l’année a été plutôt calme (tout se règle entre avocats). On a même vu un rapprochement historique entre Oracle et SalesForce, deux ennemis héréditaires.

Pertinence : Nulle.

Action à prévoir : Pas grand-chose, l’envie de voir l’économie digitale redémarrer l’économie traditionnelle semble être plus forte que les conflits du passé. Peut-être sommes-nous entrés dans une nouvelle ère de la coopétition… peut-être est-ce un effet de bord de l’économie du partage…

2/ Un retour gagnant pour Microsoft

Malgré une nouvelle mouture plutôt réussie pour la tablette du géant de Redmond (la Surface 2) ainsi qu’une évolution non-négligeable pour son système d’exploitation (Windows 8.1), Microsoft semble ne pas parvenir à sortir de sa léthargie. Il y a bien eu la fracassante annonce du rachat de Nokia, mais il y a bien longtemps que le géant finlandais ne fait plus rêver personne (Microsoft + Nokia: the marriage of two broken business models). Nous pourrions également saluer les efforts titanesques pour unifier les deux branches historiques Windows et Windows Mobile, mais là encore, la tâche semble être plus complexe que prévue (Why Microsoft needs three—or more—operating systems). Heureusement la Xbox One est là pour égayer le bilan des années Balmer. Tiens au fait, on ne sait toujours pas qui va lui succéder…

Pertinence : Faible.

Action à prévoir : Pas grand-chose dans l’attente de savoir qui va remplacer Steve Balmer au poste de CEO.

3/ Un retour gagnant pour Yahoo

Marissa Meyer était censée réveiller le géant endormi. Il faut croire que le sommeil était plus profond que prévu… Certes, beaucoup de choses ont été annoncées cette année (un nouveau logo, un nouveau design, le rachat de Tumblr et de nombreuses autres startups), mais la sauce ne prend toujours pas, les internautes tournent le dos aux portails et préfèrent reporter leurs usages sur les applications mobiles. Pourtant les efforts en ce sens sont considérables (Yahoo Now Has 400 Million Monthly Mobile Users and 400 Mobile Developpers), mais il leur faudra encore du temps avant de faire prendre un nouveau cap au paquebot.

Pertinence : Très moyenne.

Action à prévoir : Commencez à vous renseigner sur leurs futures offres de publicité natives.

4/ Grosse pression asiatique

Avez-vous été impressionné par les résultats du cyber monday chinois (Chinese consumers splurge a record $5.7 billion in a single day of online shopping) ou par la spectaculaire progression d’applications mobiles comme WeChat ou Line ? Ce n’est rien comparé à ce qui va arriver en 2014 : le raz-de-marée des fabricants de smartphones chinois (Xiaomi, LTE, Oppo, Huawei, Yulong, CoolpadMeizu…), la revanche des géants du commerce en ligne comme Rakuten ou Alibaba, l’émergence de nouveaux hubs d’innovations comme l’Indonésie ou la Thaïlande… 2014 sera l’année de la consécration pour les NTIC asiatiques.

Pertinence : Très bonne.

Action à prévoir : Intéressez-vous de toute urgence à vos concurrents asiatiques (directs ou indirects), et ne vous limitez pas à la Chine !

5/ Le PC devient un produit de niche

C’est normalement l’année prochaine que va se faire la bascule entre ordinateurs et terminaux alternatifs : Half Of All PCs Shipped in 2014 Will Be Tablets; Android 65%, Apple 30%. Cette inexorable montée en puissance des tablettes face aux PC n’est pas très surprenante, car tout le monde en veut une (ou deux, ou trois). Pour le moment nous sommes encore en phase transitoire, mais les habitudes vont s’ancrer de façon plus profonde lorsque chaque membre de la famille aura sa tablette (During Q3 2013, 1 in 4 E-Commerce Website Visits Came From A Smartphone or Tablet).

Pertinence : Bonne.

Action à prévoir : Internalisez au plus vite des compétences en conception et développement pour les terminaux alternatifs (smartphones et tablettes), car non, sous-traiter les développements ne vous fera pas gagner du temps, au contraire !

6/ Android devient le standard de la mobilité

La prise de risque sur cette prédiction était très faible. Ceci étant dit, je pense que nous mesurons encore assez mal l’ampleur de la victoire de Google sur le monde de la mobilité : More Than 7 Out Of 10 Smartphones In People’s Hands Globally Are Android Devices et IDC estimates 221m tablets shipped in 2013; Android top with 61%, then iOS 35% and Windows 3%. Vous pourriez me dire que la situation est différente pour les marchés occidentaux, mais je vous répondrais qu’en fait non : Si les Américains sont encore très attachés à leur iPhone / iPad (patriotisme oblige), certains marchés européens n’ont pas ce luxe : Apple’s iPhone Market Share Has Been All But Wiped Out In Spain.

Pertinence : Très bonne.

Action à prévoir : Rangez donc votre iPhone 5S doré, car le marché s’est retourné (il faut maintenant pêcher là où sont les poissons).

7/ Le web mobile supplante les applications mobiles

Ça doit bien faire 3 ans d’affilés que je la tente celle-là… et je me ramasse une nouvelle fois ! Malgré de gros progrès, les applications HTML5 ne parviennent toujours pas à s’imposer face aux applications mobiles (How do developers prioritise platforms? iOS vs Android vs HTML5). Mais les choses risquent de changer avec la domination d’Android et de gros changements à prévoir sous le capot (Google prépare la révolution des interfaces Android).

Pertinence : Faible.

Action à prévoir : Commencez à monter en compétence sur HTML5, ne serait-ce que pour votre site web (ça vous servira par la suite pour vos développements mobiles).

8/ Les premiers pas d’agents intelligents

Suite au lancement des assistants personnels embarqués dans les smartphones (Siri, Google Now), je pensais que de nombreux services allaient venir compléter l’offre embryonnaire. Mais en fait non, ça progresse lentement (mais sûrement).

Pertinence : Faible.

Action à prévoir : Pas grand chose, perfectionnez-vous plutôt sur HTML5.

9/ Arrivée sur le marché d’une nouvelle génération de terminaux connectés

Thermomètre, alarme, verrou, lunettes, fourchette… tous les objets du quotidien semblent maintenant avoir un équivalent connecté. C’est amusant, mais ça reste des gadgets de riches. Comme j’ai déjà eu l’occasion de le dire, l’internet des objets n’offre pour le moment de réelles opportunités que dans l’industrie.

Pertinence : Bonne.

Action à prévoir : Surveiller ces innovations de loin, sauf si vous êtes dans l’industrie. Auquel cas il vous faut un plan de toute urgence.

10/ Le rôle central de l’expérience utilisateur

Il ne se passe pas une semaine sans qu’un entrepreneur ambitieux tente de réinventer un service ou une application du quotidien (dernier en date : Tydlig). Je pense ne pas me tromper en disant que n’importe quel type de service ou application mérite une refonte en profondeur plaçant le confort d’utilisation et les besoins des utilisateurs au centre des préoccupations. Et en plus, ça peut rapporter gros (L’utilisabilité est un modèle économique viable).

Pertinence : Bonne.

Action à prévoir : Montez un groupe de travail pour faire de la re-conception de vos offres à partir d’une feuille blanche.

11/ De nouveaux leviers de monétisation de la musique

Dur dur de gagner de l’argent dans la musique. Spotify et Deezer n’en finissent plus de grossir, mais il est quand même compliqué de bousculer les monopoles établis (Beyoncé’s surprise new release is the fastest-selling album on iTunes ever).

Pertinence : Faible.

Action à prévoir : Heu…

12/ Le scandale du taux d’engagement

Ce n’est pas faute de vous avoir prévenu : Facebook Admits Organic Reach Is Falling Short, Urges Marketers to Buy Ads et Facebook Slightly Tweaked How The Site Works, And It Screwed An Entire Profession. Facebook n’est plus une plateforme sociale, c’est un média. Tous les changements implémentés au cours de l’année et ceux à venir ne correspondent qu’à un seul objectif : monétiser l’audience en saucissonnant les annonceurs.

Pertinence : Très bonne.

Action à prévoir : Diversifiez votre présence sur les médias sociaux et investissez dans la production de contenus originaux.

13/ La donnée devient la matière première des marketeurs

Là encore ma prise de risque était minime, mais j’ai maintenant les idées beaucoup plus claires : Le marketing est redevenu une science exacte.

Pertinence : Très bonne.

Action à prévoir : Réorganisez vos équipes web pour attribuer les bonnes responsabilités aux bonnes personnes (la connaissance client pour les marketeux et l’image / le trafic pour les communicants).

Voilà, ainsi s’achève la rétrospective de mes prédictions 2013. Une année en demi-teinte donc. J’essayerais de faire mieux l’année prochaine !

De la pénurie des métiers du web

J’étais le mois dernier à La Roche-sur-Yon pour parler des métiers du web. Une soirée organisée par l’association Vendée Réseaux Sociaux à laquelle j’ai été convié par l’intermédiaire d’Olivier Ertzscheid, un blogueur que je lis depuis de nombreuses années. Pour la petite histoire, ce déplacement était également l’occasion pour moi de rencontrer les élèves de la licence Technologies de l’information et de la communication pour l’animation de réseaux et de communautés de l’université de Nantes, dont je parraine la première promotion (j’aurais l’occasion d’en reparler).

Donc, le thème de la soirée était l’évolution des métiers du web, ça tombait bien, car j’avais plein de choses à dire. Aujourd’hui, personne ne peut contester l’importance qu’a prise l’internet dans notre quotidien. Et pourtant, les formations et postes proposés en entreprise sont en décalage complet avec la réalité du marché : on continue de former et de recruter des développeurs et des experts en commerce en ligne. Génial… comme si “commerçant en ligne” était un métier, comme s’il n’y avait qu’un type de développeur. La dure réalité est que notre système éducatif et nos pratiques en matière de ressources humaines n’évoluent pas assez vite.

Internet est devenu un média protéiforme qui nous sert à communiquer, à nous divertir, à nous exprimer, à apprendre, à collaborer… c’est également un canal de vente, de distribution (pour les produits dématérialisés), d’exécution (pour les logiciels et services en ligne)… Bref, internet est devenu une plateforme bien plus complexe qu’un simple moyen d’afficher des pages HTML. De plus, cette complexité est amplifiée par le fait que les pratiques évoluent à une vitesse folle :

  • Les métiers du référencement ont été complètement bouleversés en 2 ans par les mises à jour de Google (Penguin, Panda…) ;
  • L’achat média a été entièrement transformé avec l’arrivée du RTB et du retargeting ;
  • Les développements web ont également été fortement impactés par des évolutions technologiques comme HTML5 ou de Node.js.

En résumé : les métiers et disciplines liés à l’internet ne sont pas stables, ils évoluent rapidement en fonction de tendances de fond comme l’avènement des médias sociaux, de la mobilité, du cloud computing, des big data… Dans ce contexte, recruter un community manager ou un développeur iOS paraît bien dérisoire. Pour faire une analogie, c’est un peu comme si un restaurateur se rendait compte qu’1/4 de sa clientèle était composé de touristes chinois et qu’il recrutait un serveur parlant chinois. Qu’est-ce qu’un malheureux serveur va pouvoir changer à sa situation ? Ce qu’il devrait plutôt faire est de revoir complètement son équipe de salle et sa brigade en cuisine pour adapter son menu.

Pour les entreprises, c’est la même chose : elles devraient prendre un peu plus au sérieux les transformations sociétales que nous sommes en train de vivre avec internet (habitudes de consommation, modèles économiques, chaînes d’approvisionnement…) et envisager une reconfiguration de ses équipes et de son organisation (processus, responsabilités, objectifs…).

Pour les écoles, facultés et organismes de formation c’est la même chose : plutôt que de rajouter des modules à droite et à gauche, il faudrait entièrement revoir les modèles éducatifs pour mieux coller aux réalités du marché. J’espère ne rien vous apprendre en disant qu’il y a des milliers de postes non couverts et que les écoles “spécialisées” n’ont pas des promotions assez grandes pour espérer combler ce manque. Il y a bien des plateformes d’auto-apprentissage comme Codecademy ou Treehouse, mais les entreprises n’ont pas nécessairement besoin de codeurs. Bon en fait si, elles en ont besoin, mais il y a également une infinité d’autres besoins à couvrir, ceux liés aux développements front office (HTML5, CSS3, aux médias sociaux (social planning, social analytics…), aux contenus (de la curation aux infographies aux micro-vidéos), aux données (collecte, structuration, consolidation, interprétation)… Ces besoins sont à couvrir immédiatement, le marché n’a pas le temps d’attendre que le Ministère de l’Éducation daigne s’y intéresser.

Même les pratiques de formation continue devront également être revues, car de nombreuses fonctions transverses sont en train d’émerger (Chief Social Officer, Chief Mobile Officer, Chief Data Officer, Chief Conversion Officer, Chief Experience Officer…). Il n’existe pas d’école ou de formation pour ces fonctions transverses, il va donc falloir accompagner sur le long terme les cadres exécutifs pour qu’ils soient les fers de lance d’une transformation culturelle.

Encore une fois, ce n’est pas en prenant un stagiaire pour s’occuper du community management que vous allez aider votre organisation à mieux appréhender les médias sociaux. Au contraire, vous ne faites qu’isoler les pratiques, vous cloisonnez la connaissance et le savoir-faire. Voilà pourquoi je suis persuadé que la qualité première à rechercher pour ces “nouveaux métiers du numérique” est la pédagogie : pour que les savoirs soient transmis aux autres employés et que la culture numérique irrigue les différents services (et pas seulement l’IT ou le marketing).

Ce sujet est complexe et je n’ai pas la prétention de détenir la vérité vraie. Par contre, j’essaye d’apporter ma pierre à l’édifice, notamment avec cette présentation que j’ai donnée le mois dernier.

Il y a également une captation vidéo :

Merci encore à l’association et à Olivier pour son accueil. Comme le dit le Terminator : “I’ll be back“.

Le marketing est redevenu une science exacte

Suite à deux conférences très intéressantes auxquelles j’ai pu participer sur ces deux dernières semaines (Digital Marketing Journey d’Adobe et Dreamforce de Salesforce), je vous propose ma traditionnelle réflexion sur l’évolution des métiers du marketing. L’année dernière, j’en étais arrivé à la conclusion que le marketing devait se recentrer sur la connaissance client et la compréhension du marché. Mes convictions n’ont pas évolué, mais j’ai maintenant des éléments de réponse qui me permettent d’étoffer cette affirmation. Je précise que cette réflexion est le fruit de mon expérience professionnelle, de nombreuses discussions avec des collègues et homologues, et de ce que j’ai pu entendre ou constater lors des deux manifestations précitées.

Marketing et communication sont deux disciplines distinctes, mais parfaitement complémentaires

L’année dernière, je m’étais insurgé de la définition du marketing digital fournie par Wikipedia (“Améliorer la visibilité et le trafic d’un site web en utilisant internet comme canal de prospection, et développer une relation durable de fidélisation avec les internautes utilisateurs ou clients“). Ce qui me chagrine avec cette définition est qu’elle mélange des activités (acquisition de trafic, fidélisation) qui sont à mon sens bien trop éloignées de ce qu’est le marketing à la base (“L’ensemble des actions ayant pour objectif de prévoir, de constater, de stimuler, susciter ou renouveler les besoins du consommateur, et d’adapter en conséquence l’appareil productif et l’appareil commercial“). Le meilleur moyen de réparer cette injustice est de réintroduire la fonction Communication. Au fil des années, ne me demandez pas pourquoi, la communication digitale s’est ainsi petit à petit fait évincer par le marketing. Au point qu’aujourd’hui, tout est considéré comme “marketing”, une hérésie ! La preuve avec cette improbable infographie : Online advertising, the present and the future of marketing (WTF?).

Je pense ne pas me tromper en disant que les choses se compliquent à partir du moment où l’on essaye de faire rentrer des activités trop diversifiées sous une seule banderole. Pour lever l’ambiguïté et mettre tout le monde d’accord, je propose donc de regrouper les différentes activités digitales au sein de deux grandes fonctions :

  • le marketing avec des activités liées à la connaissance client (profilage, segmentation…), à la compréhension de son comportement et ses besoins / contraintes (analyse d’audience, plateforme de suggestions d’améliorations collaboratives), et à l’appréhension de la dynamique du marché (écoute des conversations, sondage en ligne…) ;
  • la communication avec des activités liées à la visibilité (référencement, bannières, publicités natives…) et à la création de trafic (affiliation, newsletters, notifications contextuelles…).

Vous noterez que dans ce schéma, le marketing ne vient pas avant la communication et inversement, ces deux fonctions vivent en symbiose : le marketing fournit à la communication les enseignements et données de marché nécessaires à l’établissement de campagnes, la communication fournit au marketing sa matière première (données et conversations) en stimulant les cibles au travers de campagnes. Ces deux fonctions divergent par contre dans leur finalité : compréhension pour le marketing et recrutement pour la communication.

En conservant ce diptyque marketing / communication, il est beaucoup plus simple de répartir les activités liées à l’internet. Quoi que, cela ne se limite pas  l’internet.

Il n’y a plus de marketing digital, simplement du marketing pour des clients en et hors ligne

L’année dernière, ma réflexion portait sur le marketing digital, mais il m’apparaît maintenant comme évident qu’il n’y a plus de marketing digital, surtout à l’heure du cross-media et du cross-canal : les campagnes de communication sont maintenant pensées comme des histoires que l’on raconte différemment sur plusieurs médias et en fonction des spécificités des formats de terminaux, les parcours client sont également conçus pour être déroulés sur différents canaux.

Sur cette base, est-il encore logique d’attribuer la majeure partie d’un budget sur du marketing “traditionnel” (lié à des supports ou activités hors-ligne) au détriment du marketing en ligne (lié à l’internet) ? Pas réellement dans la mesure où la part de consommateurs et cibles potentielles connectée est largement représentative de la population totale, et où il est bien plus efficace d’aller chercher des réponses et des données en ligne plutôt que de les collecter hors-ligne. Vous pourriez me dire qu’il est toujours indispensable de faire une enquête de terrain s’il est question du choix de l’implantation d’une boutique dans une zone de chalandise donnée, et je vous répondrais que là vous y mettez de la mauvaise volonté. Mon propos n’est pas de dire que le e-marketing va remplacer le marketing “à l’ancienne”, mais plutôt que pour un budget moindre et des délais beaucoup plus courts, il est possible de récolter en ligne des enseignements et données tout à fait significatifs. Certes, il faudra toujours cumuler des données hors-ligne et en ligne pour avoir une vision complète, mais dans la mesure où les comportements évoluent beaucoup plus vites chez les internautes, il me semble légitime d’attribuer une part du budget toujours plus importante aux activités en ligne.

Dans tous les cas de figure, vous vous adressez et vous cherchez à mieux comprendre les mêmes cibles. Simplement elles sont plus faciles à cerner en ligne qu’en les pistant dans la rue pour les harceler avec des sondages (j’en ai fait des tonnes dans ma jeunesse, et les réponses étaient bien souvent biaisées).

Moralité : continuer à scinder le marketing et le marketing en ligne est un anachronisme, surtout à une époque où la connexion résidentielle en haut débit est une norme et où l’on dépasse les 50% de taux de pénétration des smartphones. Et je ne fais même pas référence à la dizaine de millions de tablettes déjà en circulation ainsi qu’aux millions de foyers avec des TV connectées au travers des box d’accès à internet.

L’intuition fait place à la science

Autre point important à aborder : la technicité des pratiques. Autant il n’y a pas si longtemps (une dizaine d’années), le succès d’une campagne reposait sur le choix de tel ou tel fichier d’emails, ou sur la créativité de celui qui faisait les bannières, autant maintenant plus rien n’est laissé au hasard :

  • des pratiques comme le référencement ou la community management sont devenues extrêmement normées (il faut utiliser la bonne densité de mots-clés et la bonne syntaxe, il faut publier à la bonne heure avec le bon nombre de mots dans le titre et la bonne taille d’image) ;
  • des disciplines comme l’analyse d’audience ou l’analyse comportementale reposent sur une exploitation de grandes masses de données (plutôt smart data que big data) ;
  • des algorithmes décident maintenant si un résultat est positionné en tête de liste (page rank), si un message est affiché (edge rank), si une bannière est achetée (programmatic buying, retargeting…).

Bref, de nos jours, un bon marketeur n’a pas recours à son intuition, il fonde ses recommandations sur des données et sur des observations (ex : test A/B ou multivariables). Pour être plus performant, un marketeur ne doit pas être plus créatif, mais plus rigoureux. Nous parlons bien ici d’une rigueur scientifique, pas d’alignement de pixels.

Au final, voilà à quoi ressemble le marketing du XXIe siècle : une discipline centrée sur la connaissance client, en ligne et hors ligne, basée sur des observations rigoureuses et de grandes quantités de données. En tout cas c’est ma conviction, et je vous incite à la confronter à votre propre ressenti.

Quels enjeux et évolutions pour le marketing digital ?

Suite à une première édition très réussie, je réitère cette année ma participation à la Digital Marketing Journey d’Adobe qui se tiendra le 14 novembre prochain à Paris. Cet évènement est l’occasion de faire le point sur les pratiques du marketing digital et plus généralement de s’intéresser aux dernières évolutions en matière de branding, performance ou fidélisation.

L’édition précédente avait été l’occasion pour moi de mener un petit travail d’introspection sur la définition même du marketing. Une réflexion qui m’avait permis de conclure que la fonction marketing au sein d’une entreprise avait fortement évolué au cours des années et que l’on devait recentrer la mission d’un département marketing sur l’amélioration de la compréhension du marché  et de la connaissance client. La genèse de cette conclusion est assez simple : « faire du marketing » est un terme qui ne signifie plus rien tant il est devenu fourre-tout, surtout à l’air du digital. D’où la nécessité d’extraire la composante digitale pour la répartir dans tous les départements / business units, et répartir les responsabilités de façon plus logique : le taux de transformation au département commercial, la satisfaction / fidélisation au département CRM, la gestion de l’image de marque au département communication…

En préambule de la seconde édition des Digital Marketing Journey, j’ai eu l’occasion de discuter avec deux hauts responsables d’Adobe qui m’ont tous les deux donné des visions très intéressantes de l’état actuel du marché et de son évolution. Je vous propose donc de partager avec vous un compte-rendu de ces entretiens pour lancer le débat.

Marketing is the best partner to sales and business

La première personne avec laquelle j’ai pu discuter est Ann Lewnes, la Chief Marketing Officer d’Adobe. Elle est logiquement aux premières loges pour observer l’évolution des pratiques et du métier :

  • Nous sommes actuellement dans une période réellement intéressante, car les marques et organisations sont en pleine transition vers une économie digitale.
  • Le marketing peut se définir comme une discipline qui vise à connecter une marque avec ses clients, mesurer et analyser l’impact des échanges, et améliorer l’efficacité des actions commerciales ou de communication. Cette définition fonctionne aussi pour le marketing digital, qui au lieu de brider permet d’être beaucoup plus créatif.
  • Il y a eu des changements plus importants au cours des deux dernières années qu’en 50 ans. Les principaux facteurs d’évolution sont le fait d’avoir une relation directe et transparente avec les clients au travers des médias sociaux, de pouvoir mesurer de façon beaucoup plus efficace et précise l’impact des actions et de modéliser le parcours des clients sur différents canaux (avec une réconciliation sur un tableau de bord unique pour pouvoir faire des arbitrages en quasi-temps réel), et la possibilité de personnaliser l’offre et la relation.
  • Les responsables marketing ont une vision bien plus précise des clients, du marché et de l’activité de l’entreprise, plus encore que le DAF (CFO en anglais). Son importance est renforcée par le fait qu’il apporte une réelle valeur ajoutée au business (contribution directe à la performance). Enfin, il a les outils pour prouver que telles ou telles actions / campagnes fonctionnent bien.
  • Les enseignements et données collectées sur le web permettent de valider des intuitions ou des idées. La fonction marketing contribue de façon directe à la marque (avec les citations), à l’offre (avec les retours clients) et à l’activité (avec les chiffres sont la concurrence, les intentions d’achat…).
  • Le site web d’une marque ou organisation reste le canal digital de référence, celui qui permet de sécuriser de l’information. À condition de le rendre accessible aux smartphones et tablettes. Par contre, la TV hyper-segmentée sera un canal très intéressant à travailler, surtout si ça se fait en parallèle d’actions de communication plus traditionnelles sur les grandes chaînes.
  • Avec l’acquisition récente de Neolane, Adobe complète la boucle initiée par les rachats de Macromedia et d’Omniture (Création > Mesure > Déploiement).

L’entretien a été court, mais je reste très agréablement surpris par la pertinence de la vision de Ann Lewnes. Le mot de la fin : “Marketing brings science to creativity“.

Context is king

Deuxième interview avec Bryan Lamkin, le Senior VP Technology & Corporate Development d’Adobe, qui possède une vision plus globale du marché et des outils à disposition des marques :

  • Le web peut se définir comme une plateforme d’interaction et d’engagement, le réel challenge est de pouvoir fournir une expérience satisfaisante pour les clients et prospects en toutes occasions. Il existe plusieurs web, en fonction du contexte d’usage et des besoins immédiats (le web à la maison, le web au travail, le web en vacances ou en déplacement…).
  • Les pays occidentaux sont passés par différents stades d’évolution de l’information et des divertissements numériques (analogique, numérique, mobile), les pays émergents ont la capacité à progresser plus vite, car ils ont sauté des étapes et n’ont pas d’héritage à gérer (par exemple un réseau de téléphonie mobile vieillissant à amortir). Le véritable défi pour les entreprises souhaitant conquérir ses marchés est de concevoir des offres simples et souples pour pouvoir s’adapter facilement à des besoins beaucoup plus immédiats, donc des outils de conception et de développement modulaires et performants.
  • Les trois facteurs d’évolution de ses dernières années sont la généralisation de la connexion haut-débit, l’avènement des terminaux alternatifs (smartphones, tablettes, phablettes…) et le déploiement de services beaucoup plus personnalisés avec une valeur d’usage liée au contexte.
  • Concernant l’offre d’Adobe, ils mobilisent en ce moment beaucoup de ressources pour améliorer les solutions d’analyse prédictive et d’intelligence sémantique (notamment pour tout ce qui touche au sentiment analysis). Ils s’efforcent également d’améliorer l’offre créative, articulée autour d’un processus de création multi-plateformes.
  • Au sujet des rachats récents, il explique que l’acquisition de Neolane complète une longue série initiée avec Omniture pour pouvoir proposer aux annonceurs une offre complète allant de l’idée, à la création, à la mesure et à la livraison. Pour la partie créative, ils ont investi beaucoup d’énergie pour migrer les solutions vers le cloud pour aligner les outils de conception / développement sur les usages des internautes (mobilité, médias sociaux…). Concernant la partie “commerce“, il confirme qu’il n’y a pas d’acquisition en vue et que l’important pour eux est de faire la jonction entre les points de vente hors ligne et les différents canaux digitaux.

Voici une vision beaucoup plus centrée sur les produits, ce qui est normal, puisque c’est son domaine de responsabilité.

C’est deux visions complémentaires nous fournissent donc une excellente base pour réfléchir à ce qu’est l’internet, à la place qu’il occupe dans le comportement d’achat des clients, et à la façon dont les annonceurs doivent l’intégrer à leur offre et leur organisation interne. J’espère que la conférence de la semaine prochaine nous donnera des éléments de réponse intéressants.

Quel avenir pour la publication (en ligne) à l’heure du web SoMoDa ?

Tout autant que la musique, le cinéma ou les jeux vidéo, l’industrie de la presse a été fortement bousculée par le web (euphémisme). Un lent processus de transformation qui a amené les titres les plus réputés à proposer du tout gratuit (The evolution of newspapers and the internet through the years). Je n’ai pas la prétention de dire aux patrons de presse ce qu’ils doivent faire, car je n’ai malheureusement pas la formule magique. Par contre, je me place dans la position de l’observateur averti, et je me propose de partager avec vous quelques réflexions et trouvailles pour essayer d’y voir plus clair dans le paysage de l’industrie de l’information et surtout d’essayer de comprendre l’impact des médias sociaux, de la mobilité et des données sur les métiers de l’édition.

Un panorama écartelé entre agrégation, LOLcats et long form journalism

Social + Mobile + Data (SoMoDa), semble donc être la formule qui permet à une nouvelle génération d’éditeurs d’émerger et de capter une part d’audience toujours plus importante. Cette formule est-elle le reflet des usages de la génération Y ? Je ne suis pas certain, ça serait prendre un raccourci grossier. Je pense qu’il s’agit plus d’une évolution globale des comportements et des attentes en matière d’information et de divertissement. Hé oui, car si tout va plus vite, tout va plus mal également. D’où ce besoin de micro-consommation de “contenus légers” pour se détendre à toute heure de la journée. Je ne serais dire si les LOLcats sont un remède efficace à la crise, mais je constate que les médias d’information qui fonctionnent le mieux sont celles qui parviennent à faire un savant mélange d’informations sérieuses et de contenus divertissants plus ou moins recyclés.

Ces dernières années, nous avons ainsi pu constater l’avènement de sites d’information très sérieux comme le Huffington Post qui a décroché le Saint Graal l’année dernière (Huffington Post Awarded Pulitzer Prize) ou Mediapart qui a remis au goût du jour le journalisme d’investigation. Certes, les publications historiques comme Le Monde ou le New York Times sont encore des titres qui font référence, mais ils n’ont plus le monopole du long form journalism. Et ce n’est qu’un début, car de nouveaux entrants débordant d’ambitions comme Quartz grignotent des parts de marché.

La page d'accueil de Quatrz
La page d’accueil de Quatrz

Dans un autre style, je suis un grand fan de Vox Media, l’éditeur des digital natives comme ils aiment à se présenter. Toujours est-il que les trois sites qu’ils éditent (The Verge, Polygon et SB Nation) sont des modèles en matière de qualité éditoriale et de mise en page.

À l’autre bout du spectre éditorial, nous avons toute une série de sites à la ligne éditoriale beaucoup moins légère qui se sont fait une spécialité des LOLcats et autre vidéos de fail, dont Cheezburger Network est très certainement le plus digne représentant. Si vous aimez les GIFs animés, les chutes, les gens mal habillés, les bricolos du dimanche et autres phénomènes viraux, vous trouverez forcément votre bonheur là-bas. Vous pourriez me dire que ce sont plus des sites de partage de photos et vidéos, mais bon… ils drainent une audience colossale et ont même fait l’objet d’une émission de télé-réalité (LOLWork dont la saison 2 a été annulée).

La page d'accueil du Cheesburger Network
La page d’accueil du Fail blog

Dans un style pas très éloigné, nous avons également les nouveaux champions des gossips et autres articles racoleurs : Gawker, TMZ, PerezHilton ou encore Dlisted. Je n’ai pas grand-chose à dire sur ces sites, si ce n’est qu’ils ont une incroyable faculté à générer du contenu à partir de pas grand-chose.

La page d'accueil de TMZ
La page d’accueil de TMZ

Le seul point commun de ces nouveaux entrants est qu’ils cassent les codes et ne respectent aucune règle. Visiblement cette recette fait succès, car ils ont tous enregistré des croissances d’audience spectaculaire.

Et nous avons enfin les rois de l’agrégation, Yahoo! News et Google News, dont on ne sait plus trop s’ils génèrent ou s’ils captent le trafic des sites dont ils indexent les contenus…

Des modèles hybrides qui combinent le meilleur des deux approches éditoriales

Nous avons donc d’un côté les publications sérieuses qui soignent leurs articles et leur mise en page, et de l’autre les mercenaires du ragot qui privilégie la quantité à la qualité. Et entre les deux, on trouve des modèles hybrides tout à fait intéressants.

Le premier exemple que je citerais est Business Insider, une publication initialement tournée autour de l’économie numérique, mais qui depuis s’est diversifiée sur des thèmes liés à la finance, à la politique, à la vie quotidienne… Une stratégie de diversification et surtout une très grande liberté éditoriale qui leur ont permis de se constituer une très belle audience. Visiblement il n’y a pas réellement de secret de fabrication, simplement la volonté de réussir et surtout de bouleverser les codes éditoriaux : Business Insider Secrets Revealed: An Inside Look At Our Readership And Financial Performance.

La page d'accueil de Business Insider
La page d’accueil de Business Insider

Lecteur de longue date de BI, je ne serais pas trop vous dire si j’apprécie encore ce site. Le fait est que ce site ne vous “nourrit” pas réellement : on y lit beaucoup de chose, sans rien retenir de spécial. C’est un peu comme de manger un menu maxi bigMac, mais de ressortir en ayant encore faim. Ceci étant dit, je ne suis pas là pour juger leur stratégie éditoriale. De plus, ils semblent parfaitement assumer les astuces qu’ils mettent en oeuvre pour augmenter artificiellement le nombre de pages vues, comme les diaporamas. Mais encore une fois, je ne suis pas là pour critiquer et je dois bien avouer être un fan inconditionnel des visites de maison des stars et patrons de la Silicon Valley (House of the Day).

Autre modèle hybride très intéressant, celui de Upworthy, un site de curation qui donne la part belle au partage sur les médias sociaux. Aussi surprenant que cela puisse paraître, ça fonctionne puisque l’on partage plus la page qui contient la vidéo que la vidéo en elle-même : 6 leçons à tirer d’Upworthy, le média phénomène que tout journaliste devrait connaître.

La page d'accueil de Upworthy
La page d’accueil de Upworthy

Là encore, je ne sais pas trop quoi penser d’un site comme celui-ci : Gé,ère-t-il plus de trafic qu’il n’en détruit ? Difficile à évaluer…

Dernier exemple avec BuzzFeed, LE site d’information hybride par excellence qui parvient à faire un incroyable grand écart éditorial entre des articles très racoleurs (Rihanna Spilled Popcorn At The VMAs And Blamed It On Someone Else) et des authentiques perles journalistiques (Exclusive: How Ukraine Wooed Conservative Websites).

La page d'accueil de BuzzFeed
La page d’accueil de BuzzFeed

Le cas de BuzzFeed est unique, car ils ont su développer une stratégie publicitaire très rentable qui repose sur les formats natifs (du publi-rédactionnel). Le résultat est bluffant, car on ne distingue pas les “vrais” articles des “faux” et, car il n’y a pas de bannière sur ce site. Le résultat est plaisant pour les lecteurs et très lucratif : BuzzFeed is the media industry’s worst nightmare : profitable, growing and investing in news. Rien ne semble pouvoir arrêter la progression de la nouvelle coqueluche des médias digitaux, d’autant plus que le fondateur affiche une ambition débordante : Memo To The BuzzFeed Team.

Comme précisé au début de l’article, il est difficile d’extraire de ces sites une formule magique. Nous savons par contre avec certitude qu’ils ont en commun une exploitation maline des médias sociaux (pour augmenter la portée de publications), des terminaux mobiles (pour fidéliser les lecteurs nomades) et des données (pour optimiser la ligne éditoriale). Vous noterez à ce sujet que ces ingrédients sont également à l’origine du succès de Melty, grande réussite nationale dont j’avais déjà parlé en 2010 : Melty capitalise sur le contenu pour fidéliser sa communauté.

Au final, ces nouveaux acteurs de la publication en ligne vont-ils remplacer les dinosaures de la publication ? La réponse n’est pas évidente tant la situation est complexe en France (la presse française est fortement subventionnée par l’État français et les compagnies aériennes). Toujours est-il que ces nouveaux entrants sont la preuve éclatante que les lecteurs ont évolué dans leurs attentes et leurs usages.

La presse traditionnelle succombera-t-elle à la génération MP3 ? Je ne pense pas. Par contre, j’ai la certitude que les grands médias d’hier deviendront les médias de niche de demain. Non, le journal papier ne va pas disparaître, mais il sera destiné à une minorité d’irréductibles qui devront payer le prix fort pour ne pas changer d’habitudes. Je serais bien incapable de prédire la date de basculement où il y aura plus de lecteurs digitaux que de lecteurs papier, mais quand je regarde la chute des revenus publicitaires des titres publiés sur le papier, je me dis qu’ils ont intérêt à accélérer leur transformation !

La révolution des interfaces est en cours

Voilà près de 30 ans que l’outil informatique est disponible auprès du grand public, et nous utilisons toujours les mêmes interfaces : écran avec fenêtres et icônes, clavier, souris. Comment se fait-il qu’en 30 ans les industriels n’ont pas cherché à améliorer ce triptyque ? Peut-être est-ce parce qu’il a toujours apporté de la satisfaction aux utilisateurs et parce que la souris et le clavier nous permettent d’être très productifs. Oui, mais voilà de nombreuses années que l’outil informatique sort du cadre de la productivité pour prendre une place toujours plus importante dans nos loisirs.

L’avènement des interfaces tactiles avec l’iPhone et la mode des interfaces fictionnelles font naître des besoins et poussent les entrepreneurs à explorer de nouvelles voies. Non seulement les utilisateurs sont en quête de nouvelles expériences, mais les dernières avancées technologiques permettent de sortir rapidement des produits tout à fait viables. En résumé : le marché est prêt pour révolutionner les interfaces.

 

Quand la réalité rattrape la fiction
Quand la réalité rattrape la fiction

Les interfaces gestuelles popularisées grâce à Leap Motion

Même si elles existaient avant les interfaces graphiques, les interfaces gestuelles commencent à faire parler d’elles. D’autant plus avec la sortie officielle cette semaine du Leap Motion, le boîtier de reconnaissance gestuelle.

Contrôlez vos applications avec des gestes grâce à Leap Motion
Contrôlez vos applications avec des gestes grâce à Leap Motion

Même si la prise en main n’est pas évidente (je confirme), les premiers tests sont unanimes sur le caractère très disruptif de cette technologie : Leap Motion, un avant-goût du futur. Ce petit boîtier n’est sorti que depuis une semaine, et l’on voit déjà apparaître des applications dans tous les sens : The New York Times Will Release A Gesture-Controlled News App For Leap Motion. Et avec l’ouverture d’une app store dédiée, nous n’en sommes qu’au début de la phase d’apprentissage des possibilités : Leap Motion expands its beta for developers, plans to open its dev portal to the public.

Outre les jeux, nous commençons déjà à voir arriver des applications plus complexes comme le redoutable clavier gestuel de Dextype : DexType’s Virtual Keyboard Software Lets Leap Motion Owners Type In Mid Air.

Vous noterez d’ailleurs que Leap Motion n’a pas le monopole du domaine, puisque Microsoft était déjà positionné sur ce créneau avec le Kinect. De nombreuses expérimentations existent, mais je suis particulièrement impressionné par celle-ci : Chinese Researchers Team Up With Microsoft to Teach Kinect How to Understand Sign Language.

Plus intéressants, les premiers ordinateurs équipés de capteurs gestuels et de pavé tactile 3D devraient sortir prochainement : Tobii and Synaptics Unveil Concept Laptop That Integrates Eye Tracking and Touchpad User Interface Controls. Ces laptops ne différeraient pas beaucoup de ceux que l’on connaît, si ce n’est l’intégration des technologies Tobii Gaze et ForcePad. Certes, ces ordinateurs conserveraient le clavier et le pavé tactile, mais proposeraient néanmoins des modalités d’interaction tout à fait novatrices.

Les interfaces en réalité augmentée viabilisées par Google Glass et Oculus Rift

L’autre gros domaine d’expérimentation est bien évidemment celui des interfaces en réalité augmentée avec des produits comme les Google Glass. Là encore, il existe d’innombrables possibilités et de nombreuses expérimentations en cours, mais celle de High Fidelity me semble particulièrement intéressante : Using Google Glass to Move Avatar Head.

Bon en fait ce n’est pas tant de la réalité augmentée que de la virtualité diminuée, mais ça reste tout de même très impressionnant. Est-ce là l’avenir des interfaces : un avatar contrôlé par des lunettes intelligentes ? Non, bien sûr que non. Par contre, toutes ces expérimentations vont permettre de trouver de nouvelles formes d’interactions, celles auxquelles le constructeur n’avait pas forcément pensé.

Le second grand promoteur de ces nouvelles interfaces est Oculus Rift, le fabricant du fameux masque de réalité virtuelle.

Le masque de réalité augmentée d'Oculus Rift
Le masque de réalité virtuelle d’Oculus Rift

Là encore, ils proposent le matériel, mais également un kit de développement complet pour laisser la communauté des développeurs s’approprier le produit : Everything You Want To Know About The Oculus Rift Dev-Kit. Et les premiers projets sont particulièrement encourageants : 5 Oculus Rift Demos That Will Blow Your Mind et Using Oculus Rift To Control A Drone.

Ce masque de réalité virtuelle est un très beau produit, mais le fait de rester assis à un bureau est très limitatif. Voilà pourquoi d’autres comme la société Omni proposent de le coupler avec un tapis spécialement conçu pour vous libérer dans vos mouvements : This Virtual Reality Treadmill Could Be The Holy Grail Of Video Game Controllers. Le Virtuix est une sorte de tapis concave qui détecte les mouvements de l’utilisateur. Utilisés de façon synchronisée, le masque Oculus et le tapis Vitruix permettent de plonger l’utilisateur dans un environnement virtuel ultra-réaliste.

Utilisation d'un masque à réalité augmentée avec un jeu
Utilisation d’un masque de réalité virtuelle et d’un tapis tactile avec un jeu FPS

Encore une fois, si ces expérimentations autour de jeux peuvent vous paraître triviales, elles ouvrent la voie à d’innombrables innovations. Je vous rappelle pour mémoire que le secteur des jeux vidéo a joué un rôle primordial dans le développement et l’évolution des NTIC. La première étape dans le processus d’innovation est donc de mettre en place une ou plusieurs démonstrations techniques pour prouver la faisabilité. Puis, vous passez ensuite à des applications plus concrètes et surtout plus éloignées des jeux vidéo. Mais bon… ça donne quand même envie, surtout cette démonstration de Minecraft :

Et comme si ça ne suffisait pas, les premiers prototypes de combinaison multisensorielle commencent à voir le jour : Multisensory Bodysuit Brings Video Game Action To Life. Cette combinaison, développée par ARAIG (As Real As It Gets), propose ainsi un son spatialisé et des senseurs thermiques et haptiques sur le torse, le dos et les bras. Ultraréalisme garanti !

Le costume multi-sensoriel de ARAIG
La combinaison multisensorielle de ARAIG

Toutes ces innovations donnent le vertige, et surtout l’impression qu’elles ne sont destinées qu’à des grands gamins très friqués en quête de nouveautés. Mais comme précisé plus haut, les différentes innovations liées aux jeux vidéo trouvent également des applications dans d’autres secteurs. Les technologies d’écrans 3D et de surfaces haptiques sont ainsi mises en oeuvre dans ce très beau projet : Microsoft develops 3D touchscreen with tactile feedback.

Exemple d'écran 3D à retours tactiles chez Microsoft
Exemple d’écran 3D à retours tactiles chez Microsoft

Et après ? Vaste question… Il faudra encore 1 ou 2 ans avant de voir les offres de produits intégrant des interfaces gestuelles et de la réalité augmentée  se diversifier (condition indispensable pour une adoption massive). Puis nous passerons à l’étape suivante avec les interfaces tangibles : Les interfaces tangibles de demain seront-elles des feuilles vivantes et interactives ?. Et là encore, si le concept vous semble intéressant, mais complètement farfelu, c’est du côté des jeux vidéo qu’il faut chercher pour trouver des applications grand public : Découvrez des interfaces tangibles ludiques avec Sphero et Sifteo.

Conclusion : les interfaces de demain (gestuelles, à réalité augmentée / virtuelle, tangibles…) sont déjà là, mais vous ne vous en étiez pas rendu compte. J’ai la certitude qu’il ne faudra pas longtemps aux marques les plus novatrices pour les exploiter dans leurs boutiques et showrooms afin de proposer des expériences différenciantes à leurs clients. Peut-être est-ce là l’avenir de ces nouvelles interfaces : les applications marchandes servant à influencer les comportements d’achat. À quoi d’autre pouviez-vous vous attendre ?