Le mobile n’est pas un nouveau média, mais un nouveau canal

J’ai eu la semaine dernière un échange sur Twitter à propos de l’assertion selon laquelle le mobile est média. Le mobile est-il réellement un média ? Non je ne pense pas. D’une part, car « mobile » ne veut pas dire grand-chose, d’autre part, car il faut que l’on se mette d’accord sur ce qu’est un média. Oui je sais, je suis en train de pinailler sur les termes, c’est une manie dont je ne parviens pas à me débarrasser. Bref, ça fait longtemps que j’ai envie de clarifier ce point, et comme visiblement plus personne n’a le droit de relancer le débat sur l’utilisation de « digital » ou « numérique », je me reporte sur cette histoire de « média mobile ».

Il n’y a pas de « mobiles », mais des smartphones, tablettes, phablettes…

Commençons par le commencement et évacuons d’emblée le terme « mobile ». À une époque lointaine, on parlait de téléphones mobiles, mais ça, c’était avant (au siècle dernier). Aujourd’hui, le marché des terminaux mobiles est parfaitement mûr et se décompose même en segments : flip phones, smartphones, tablettes, phablettes… (cf. Panorama des terminaux alternatifs 2015).

Parler de « mobile » fait référence à un ensemble de terminaux qui sont trop disparates en termes de caractéristiques et d’usages pour que cela soit pertinent. C’est un peu comme de parler de « véhicules » : les voitures, motos, camions… ne partagent pas du tout les mêmes caractéristiques et ne correspondent pas du tout au mêmes usages.

Si nous procédons par substitution, nous obtenons : « le smartphone est un nouveau média« . Et là aussi je tique, car c’est un raccourci dangereux.

Un média permet de diffuser de l’information à travers un canal jusqu’à un support

Il existe plusieurs définitions du mot « média », mais une revient plus souvent que les autres : « Un média est un moyen impersonnel permettant une diffusion large et collective d’informations ou d’opinions, quel qu’en soit le support« . Malheureusement, cette définition ne correspond pas réellement à la réalité, car les smartphones sont des terminaux très personnels (qui ne se partagent pas) et ne se limitent pas à la réception collective d’informations. Je me rabats donc sur la définition fournit par Wikipedia : « Le terme média désigne tout moyen de diffusion directe (comme le langage, l’écriture, l’affiche) ou par un dispositif technique (comme la radio, la télévision, le cinéma, Internet), permettant la communication, soit de façon unilatérale (transmission d’un message), soit de façon multi-latérale par un échange d’informations« . Là nous avons une définition beaucoup plus pertinente, sauf qu’elle désigne plus internet que les smartphones.

Comme expliqué plus haut, ça fait longtemps que je médite cette assertion, et j’en suis arrivé à la conclusion que le smartphone est un canal qui utilise le média internet. Je m’explique : on distingue six grands types de médias : la télévision, la radio, le cinéma, la presse, l’affichage et internet. Lorsque vous utilisez un smartphone (ou une tablette), vous consultez des contenus et exploitez des services en ligne, les mêmes que l’on trouve sur le web, la seule chose qui diffère, c’est le canal. Par définition, un canal est « l’ensemble des moyens et des lieux de distribution« . D’un côté, nous avons votre ordinateur et son navigateur, de l’autre, nous avons un smartphone et une application mobile (ou un navigateur mobile). Se sont deux canaux distincts de distribution des contenus et services.

Certes, les caractéristiques et contraintes techniques des smartphones sont très différentes des ordinateurs, mais les deux utilisent le même média : internet. Nous pourrions même aller plus loin et introduire la notion de « support » : internet est un média que l’on consulte à travers différents canaux (ordinateur, smartphone, tablette…) pour accéder à différents supports (Yahoo, Facebook, LeGorafi…).

Là où ça se complique, c’est quand on commence à brouiller les pistes : regarder une émission sur le site web d’une chaîne TV avec une tablette. Dans ce cas, le média reste internet (plus précisément il s’agit d’un service OTT, « Over the Top »), la tablette étant le canal, le site web de la chaine étant le support, celui sur lequel il est possible de faire de la publicité.

Ceci étant dit, il convient de préciser que si ordinateurs et smartphones exploitent le même média, les contraintes et usages sont très différents.

Le smartphone est un canal de communication / diffusion utilisé dans un contexte spécifique

Si sur certains marchés la notion de « mobinaute » est pertinente (ex : la Chine ou l’Afrique où il y a très peu d’ordinateurs et de connexion haut débit dans les foyers), en Europe, ça ne veut plus dire grand-chose. Les consommateurs français et européens utilisent indifféremment un ordinateur, une tablette ou un smartphone pour accéder à des contenus et services en ligne. Il est donc très dangereux d’opposer internautes et mobinautes (et dans la foulée tablonautes), et préférable de parler de contextes d’usage. S’ils ont un ordinateur à portée de main, les utilisateurs préfèreront l’utiliser, car il offre plus de confort (visuel) et de performance (rapidité d’accès à l’information). En revanche, la journée de cet utilisateur va être jalonnée de courtes séquences où les smartphones se révèleront plus efficaces pour répondre à des besoins très ponctuels (les fameux micro-moments de Google). Pour résumer une longue explication (j’ai rédigé un livre sur ce sujet) : les smartphones possèdent des caractéristiques et répondent à des contraintes très différentes des ordinateurs, mais c’est le contexte d’usage qui est l’élément le plus structurant / différenciant.

Outre ce fameux contexte d’usages (les « moments mobiles »), il faut également prendre en compte l’audience. Nous avons maintenant le recul et les données qui nous prouvent que les plus jeunes (moins de 25 ans) boudent les médias traditionnels (TV linéaire, presse écrite…) et concentrent leur consommation sur les smartphones. J’ai moi-même pu vérifier ça à la maison où mes garçons préfèrent regarder des vidéos YouTube sur un smartphone dans l’intimité de leur chambre plutôt que sur l’ordinateur familial. Il est donc tout à fait envisageable d’avoir une approche mono-canal si l’on s’adresse aux jeunes. C’est très certainement de là que viennent la confusion et la fausse assertion (ex : « le mobile est un nouveau média permettant de toucher les jeunes »).

Internet est devenu un meta-média

En relisant les paragraphes au-dessus, je me rends compte que mon propos est ambigu : ordinateurs et smartphones exploitent le même média (internet), mais répondent à des logiques différentes (en fonction du contexte d’usage). On ne peut pas distinguer internautes et mobinautes, sauf dans le cas des jeunes qui utilisent essentiellement des smartphones. Au final, le plus simple est de dire qu’internet est devenu un meta-média au sein duquel les utilisateurs se sont approprié différents canaux (ordinateurs, smartphone, tablette…).  Il convient de ne pas aborder ces utilisateurs comme un groupe homogène (les internautes d’un côté, les mobinautes de l’autre), mais comme des individus ayant un comportement complexe (ils passent d’un terminal à l’autre tout au long de la journée).

Si l’appréhension de la customer journey dans son intégralité est un exercice de haute voltige, il est par contre plus simple de tenter de s’imposer sur un créneau correspondant à un moment mobile, c’est la fameuse approche « mobile-first » (ou « mobile only »). Proposer un service comme EasyBeachBooking via un site web classique me semble complètement inadéquat. En revanche, le même service proposé avec une interface 100% mobile, une mécanique de recrutement n’utilisant que de la communication locale saisonnière et un système de paiement simplifié présenterait un potentiel d’affaires bien supérieur. En d’autres termes, une stratégie centrée sur le canal (mobile).

Conclusion : j’ai bine conscience de pinailler, mais le quotidien numérique dans lequel nous vivons et l’environnement concurrentiel dans lequel les annonceurs essayent de survivre est devenu tellement complexe, qu’il est important de clarifier les choses de tant en tant. Vous ne pensez pas ?

L’avènement des applications mobiles « in-store »

En ce moment j’ai vraiment l’impression de faire une fixation sur les smartphones et les applications mobiles. Il faut dire à ma décharge que le sujet est hyper chaud et qu’il n’est pas forcément bien traité ailleurs, comme si l’on considérait la mobilité comme un sujet annexe, un « problème » que l’on règle en sous-traitant le développement d’une application iPhone. Pourtant tous les indicateurs nous prouvent le contraire : It’s Official: Mobile Dusts DesktopStudy finds smartphones dominate UK internet access, For the first time ever, Alibaba’s revenue is mostly mobile et The surprising way smartphones are changing the way we shop. En synthèse : si les chiffres du m-commerce restent décevants, les smartphones occupent néanmoins une place prépondérante dans notre quotidien et impactent de façon significative nos comportements d’achat (Understanding smartphones as an influencing device).

Je vous propose d’aborder aujourd’hui un aspect particulier de la mobilité : celui des fonctionnalités marchande « in-store« . J’ai déjà eu l’occasion de m’exprimer sur la pertinence pour un annonceur de proposer son application (Les applications mobiles sont-elles obsolètes ? et Les applications mobiles de marque sont une utopie). Un point de vue très tranché confirmé par une étude récente : Do Shoppers Prefer Native Apps or Mobile Websites?.

Préférence des consommateurs vis à vis des applications mobiles
Préférence des consommateurs vis-à-vis des applications mobiles

Les consommateurs sont unanimes : ils préfèrent les sites mobiles plutôt que les applications mobiles, sauf dans un seul cas : les fonctionnalités « in-store ». Un certain nombre de grands distributeurs proposent dans cette optique des contenus et fonctionnalités qui ne sont pertinents qu’à une échelle ultra-locale, celle du magasin : The Future of Retail: ‘In-Store Mode’ and In-Aisle Payments. L’astuce est la suivante : quand les consommateurs entrent dans un point de vente, l’application mobile bascule en mode « in-store » et se transforme en assistant d’achat en leur donnant accès à leur liste de courses, leurs bons de réduction…

L'activation du mode "magasin" des applications de Home Depot et Walmart
L’activation du mode « magasin » des applications de Home Depot et Walmart

Si les mobinautes sont assez peu réceptifs aux contenus et offres nationales, quand celles-ci s’appliquent au magasin dans lequel ils sont en train de faire leurs courses, la valeur d’usage est tout autre. Les grandes enseignes de distribution US proposent ainsi de nombreux contenus et fonctionnalités : liste des promotions du jour, liste des animations (ex : ateliers bricolage), scan d’un code à barres, commande d’un produit non stocké…

Le mode "boutique" de l'application Wallgreens
Le mode « boutique » de l’application Wallgreens

Certains proposent même une recherche locale permettant de localiser un produit dans les rayons :

La recherche locale sur l'application mobile de Target
La recherche locale sur l’application mobile de Target (source : GPShopper)

Vous conviendrez que ce mode « in-store » apporte une solution pragmatique pour ne présenter que les contenus et fonctionnalités les plus pertinentes aux mobinautes (en masquant les contenus « nationaux ») et augmenter ainsi la valeur d’usage. Certes, ce type d’applications mobiles « à géométrie variable » ne concerne que les grandes enseignes de distribution, mais elles nous prouvent que les smartphones sont des outils d’aide à la vente parfaitement viables s’ils sont exploités de façon intelligente. Conclusion : le m-commerce est une réalité (Niemann Foods’ beacon rollout sees 20% shopper engagement growth), mais cette réalité correspond à des usages et des solutions qui sont très différentes du e-commerce.

Récapitulatif des annonces de l’été 2015

Nous sommes jeudi, il pleut, et ça sent la rentrée à plein nez. Tous les éléments sont donc réunis pour publier un récapitulatif des annonces et haut faits de l’été.

SPAIN-FESTIVAL-TOURISM-PAMPLONA

Facebook est le nouveau roi du web, Twitter inquiète, Snapchat déçoit

Suite à la publication de ses résultats trimestriels (Facebook Beats In Q2 With $4.04B Revenue, User Growth Slows To 3.47% QOQ To Hit 1.49B et Facebook: Now More Mobile Than Ever), Facebook est officiellement le nouveau poids lourd du web, notamment grâce à sa suprématie sur les smartphones (Facebook is the undisputed king of the tech industry now et Facebook is now more important than Google for online publishers). Du coup, ils continuent sur leur stratégie de diversification avec des vidéos live (Facebook takes a jab at streaming apps Periscope and Meerkat with its own live video for celebrities), une nouvelle interface de publication (Facebook wants you to blog) et de fortes ambitions sur la recherche (Mark Zuckerberg dropped a hint about another multibillion-dollar opportunity Facebook hasn’t even started to tap yet).

Twitter a également publié ses résultats avec une croissance plutôt faible (Twitter Monthly Active Users Crawl To 316M), malgré de très bons résultats publicitaires (Twitter’s MoPub Sees Big Growth In Native Ads) et d’autres signaux plutôt encourageants (Native Videos Beat Out Every Other Video Format on Twitter et Twitter Will Offer ‘Buy’ Buttons to as Many as 100,000 Merchants With New Shopify Deal).

Dans le même temps, la désinvolture de Snapchat commence à inquiéter les marchés (Here’s what people are saying about what it’s like to work with Snapchat right now), surtout avec des résultats financiers aussi décevants (Snapchat Lost a Ton of Money Last Year et Snapchat Revenue Could Hit $50 Million This Year). Certains commencent même à remettre en question la pertinence de Snapchat pour les annonceurs (Vine is a sleeping giant, while everyone is focused on Snapchat).

Amazon dans la tourmente à cause de ses méthodes de management

Nous savions déjà à quel point le travail dans les entrepôts d’Amazon état dur (See what it’s like inside Amazon’s massive warehouses), Le New York times enfonce le clou en publiant la semaine dernière un article édifiant sur les conditions de travail des cadres (Inside Amazon: Wrestling Big
Ideas in a Bruising Workplace). Le fondateur s’en défend (Amazon CEO Jeff Bezos on NYT Exposé: ‘I don’t recognize this Amazon »), je pense néanmoins qu’il y a une grosse part de vérité dans l’article. Amazon est sur un secteur ultra-concurrentiel où les marges sont ridiculement petites et les volumes incroyablement élevés, il faut être extrêmement naïf pour penser que la productivité et la compétition interne ne sont pas les piliers de leur culture interne (tout comme dans la grande distribution). Visiblement ce n’est pas forcément mieux ailleurs (Amazon employee who wrote a rebuttal to The New York Times worked 100-hour weeks at a different tech company).

Microsoft s’offre un nouvel élan avec Windows 10

Les premiers tests de la dernière version du système d’exploitation de Microsoft sont plutôt bons (Windows 10 Review: Microsoft Takes a Step Back to Move ForwardMicrosoft Edge review: Windows finally has a good browser et Microsoft Drops New Windows 10 Mobile Build, Promises Faster Release Cadence).

Le nouveau CEO prend ses marques et continue de stimuler ses équipes pour maintenir le rythme d’innovation (With Sway, Microsoft Reimagines Presentations for the Post-Powerpoint Generation et Microsoft Introduces Send, A Short-Form Email App That Works More Like Instant Messaging).

La sécurité reste un sujet très porteur

À mesure que le grand public prend conscience de sa dépendance à l’outil informatique, les articles alarmistes continuent de pleuvoir (950 million Android phones can be hijacked by malicious text messagesMeet RollJam, the $30 device that jimmies car and garage doorsGoogle’s humanoid robot walking in the woods is terribly creepy). Le point culminant semble avoir été atteint avec cette histoire de voiture piratée à distance (Hackers Remotely Kill a Jeep on the Highway – With me in it => Chrysler recalls 1.4 million cars at risk of being remotely hijacked).

Je ne sais pas trop quoi penser de ces articles un peu trop racoleurs à mon goût… Certes, les règles essentielles de sécurité ne sont pas toujours suivies par le grand public (notamment en ce qui concerne les mots de passe et les mises à jour), mais je reste un indécrottable optimiste : les nouvelles technologies résolvent plus de problèmes qu’elles n’en causent.

Les vidéos verticales sont à la mode

Contre toute attente, les vidéos mobiles tournées en position verticale sont en train de s’installer durablement (Snapchat drives trend toward vertical videos). Du coup, tout le monde y va de son repenti (Maybe Vertical video Isn’t That Evil After All? et Vertical Video on the Small Screen? Not a Crime) ou de son analyse (Why vertical video is having the last laugh). J’ai longtemps lutté contre cette pratique, mais si même Google s’y met (YouTube On Android Now Shows Vertical Videos Properly In Full Screen), alors la lutte est finie…

Infos en vrac

Voilà, bonne reprise !

Application mobile : tout est à revoir

Si vous lisez régulièrement ce blog, alors vous connaissez déjà l’importance des smartphones dans le quotidien des consommateurs. Pour définitivement convaincre les dernier(e)s sceptiques, je vous propose au cas où quelques liens : Mobile is eating the world (updated), Le mobile, un device omniprésent et 6.1B Smartphone Users Globally By 2020. Et si jamais vous vous posez la question : Mobile Isn’t Killing the Desktop Internet. J’enfonce le clou en apportant des chiffres spectaculaires sur l’utilisation des smartphones dans un contexte d’achat : Soldes d’été 2015 : 26% des requêtes à partir d’un smartphone et L’absence de Stratégie mobile coûte 6,6 milliards d’euros aux marchands en France.

Prévisions des ventes sur smartphones par pays
Prévisions des ventes sur smartphones par pays

En synthèse : ne pas concentrer ses efforts sur les smartphones est une faute professionnelle grave. Ceci étant dit, « être présent sur les smartphones » est une notion subjective, un peu comme « être présent sur le web ». Il y a en effet différents niveaux d’implications d’un annonceur sur les terminaux mobiles. Le problème est que les marques pensent généralement être équipées en sous-traitant le développement d’une application mobile qui est, dans le meilleur des cas, proposée en deux versions (iPhone et Android). J’ai déjà eu de multiples occasions de m’exprimer sur le sujet, et je pense avoir épuisé tous mes arguments dans mes deux derniers articles : Les applications mobiles sont-elles obsolètes ? et Les applications mobiles de marque sont une utopie.

Pour vous la faire simple :  une, ou deux applications mobiles ne sont pas suffisantes, car elles coûtent cher à développer et ne couvrent qu’une partie des besoins. Il convient dans un premier temps de vous assurer que vous êtes en mesure d’offrir vos contenus et services de la façon la plus simple et rapide possible : à travers la fenêtre d’un navigateur. Au-delà de cette première étape, il convient également de s’intéresser aux autres moyens de diffusion de vos contenus et services sur les smartphones, notamment avec la montée en puissance des assistants personnels et des applications de messagerie : Invisible Apps, le service sera conversationnel.

Les progressive apps pour améliorer l’engagement et la fidélisation

Je suis tombé récemment sur un article très intéressant : Escaping Tabs Without Losing Our Soul. Le principe des progressive apps est de mettre en ligne un site (ou service en ligne) très simple dédié aux smartphones pour que les mobinautes puissent l’utiliser directement sans avoir à la télécharger depuis une app store. Puis de proposer plus de fonctionnalités lors de la seconde visite. Puis de proposer aux utilisateurs d’en télécharger une version locale lors de la troisième visite. Les visiteurs « de passage » se contentent de la version web mobile, alors que les utilisateurs réguliers bénéficient d’une pseudo-application mobile.

En découvrant ce principe de progressive apps, j’ai vraiment eu l’impression que nous tenions enfin le meilleur compromis possible.

Mais ça reste quand même un compromis. Nous en étions donc restés là dans la recherche de la meilleure approche possible pour optimiser sa présence sur les terminaux mobiles quand le dernier rapport de Criteo est venu semer le trouble : Apps and cross device are retailers’ new best friends. En substance : le taux de transformation des applications natives est bien meilleur que celui des sites mobiles. Pire : les transactions à partir d’un navigateur ne représentent que 10% des transactions sur smartphone.

Comparaison des taux de transformation selon le support
Comparaison des taux de transformation selon le support

L’écart de performance entre un site mobile et une application mobile est spectaculaire, mais il y a un biais : les mobinautes ayant fait l’effort de télécharger l’application mobile sont forcément déjà en affinité avec la marque. Du coup, les ventes sont beaucoup plus fluides. Ceci étant dit, les chiffres nous fournissent une indication précieuse : les applications mobiles sont nécessaires pour pouvoir satisfaire le coeur de cible.

Des applications hybrides plus performantes avec ionic

Du coup, cela nous force à réfléchir à une autre approche : celle des applications hybrides. L’idée est de proposer un environnement de développement où un code unique va pouvoir être utilisé pour générer des applications natives. Cette approche n’a jamais vraiment réussi à convaincre, car la courbe d’apprentissage était non-négligeable, et les performances plutôt décevantes (les applications hybrides étaient plus lentes que des applications natives). Mais ça, c’était avant…

Il existe un certain nombre de frameworks pour développer des applications hybrides (une comparaison rapide est disponible ici : PropertyCross), mais il y en a un qui sort très clairement du lot : ionic. Lancée il y a moins de deux ans, cette bibliothèque de composants s’appuie sur deux autres frameworks très à la mode (Node.js et AngularJS) et a rapidement su fédérer de nombreux fans : Building Mobile Apps with AngularJS and Ionic, Switching from native iOS to Ionic: Why Hybrid doesn’t suck anymore et Why Ionic is Reigniting the Native vs HTML5 Debate. Pour des explications plus techniques, c’est ici : Présentation de Ionic Framework et Creating a hybrid mobile Application with Ionic, Cordova and AngularJS. Nous avons donc avec ionic une très excellente solution pour développer des applications hybrides, sauf que… ionic s’appuie en grande partie sur le framework javascript de Google qui est en train d’être entièrement refondu (AngularJS 2.0 changements notables). Une nouvelle version qui laisse la communauté très partagée : AngularJS, les développeurs dans le trouble au sujet de la version 2.0. Les équipes de ionic ont beau essayer de rassurer la communauté, le doute plane : Ionic and Angular 2.

Vous pouvez sans doute penser que toutes ces considérations techniques ne vous concernent pas (après tout c’est le problème des développeurs), mais les dernières évolutions des technologies de développement d’applications sont pourtant extrêmement structurantes sur les choix que vous pouvez faire. Toute mon argumentation sur le débat « application mobile vs. site mobile » repose sur le postulat que les applications natives sont trop chères à développer et à maintenir, mais ces frameworks permettent d’abaisser les coûts de développement et de raccourcir la courbe d’apprentissage… il faut donc entièrement revoir votre road map mobile.

Facebook change la donne avec ReactNative

D’autant plus que Facebook vient de frapper un grand coup avec la mise à disposition de sa librairie ReactNative lors de la conférence ReactJS à Paris. En résumé, ReactNative est un framework révolutionnaire qui permet de développer en javascript et de compiler en code natif : Bringing modern web techniques to mobile et How Facebook’s React Native Will Change Mobile Apps. La révolution vient du fait que contrairement aux autres frameworks d’applications hybrides, ReactNative permet de générer des applications natives, 100% natives.

La promesse de ReactNative est de transformer des développeurs web en développeurs d’applications mobiles natives,ce qui représente un énorme gain de temps (de développement et d’apprentissage). Les premiers utilisateurs sont dithyrambiques au sujet de ce nouveau framework : Diary of Building an iOS App with React Native et Retrospective on developing an application with React Native. ReactNative est-elle LA solution ultime que tout le monde cherche ? Oui, mais pas tout à fait, car pour le moment ce framework ne génère que des applications iPhone, les utilisateurs Android, qui représentent 75% des mobinautes, sont donc laissés de côté. L’équipe de développement en charge de ce projet chez Facebook promet une compatibilité Android d’ici à quelque mois (React v0.14 Beta 1), mais de nombreux doutes subsistent.

Conclusion

J’ai bien conscience de vous avoir embrouillé avec toutes ces explications techniques, et s’il y a bien une chose que vous devez retenir, c’est la suivante : les arguments utilisés l’année dernière pour trancher en faveur de telle ou telle approche (native, hybride, web) ne sont plus valables.

Le plus perturbant dans cette histoire, c’est que si les solutions évoquées dans cet article (notamment ionic et ReactNative) changent réellement la donne, il est pour le moment très compliqué de se projeter dans 1 ou 2 ans, car elles vont fortement évoluer d’ici à la fin de l’année.

Au cas où vous ne l’auriez pas compris, la mobilité est un domaine ultra-concurrentiel où les géants du web s’affrontent (Google vs. Facebook, avec Apple en embuscade). Dans cet environnement en perpétuelle évolution, il convient de faire preuve d’une grande agilité et de remettre régulièrement en question les choix précédents.

Panorama des terminaux alternatifs 2015

Comme tous les ans, je vous propose de faire le point sur les différents types de terminaux mobiles. C’est déjà la cinquième version de mon panorama (cf. les éditions 2011, 2012, 2013 et 2014) et la notion de mobilité perd de plus en plus de son sens. Si les smartphones sont les appareils les plus visibles, de nombreux autres types de terminaux permettent de consulter des contenus et d’exploiter des services en ligne. Voilà pourquoi je préfère parler de terminaux « alternatifs » et non de terminaux « mobiles » : car ce sont des alternatives aux ordinateurs et qu’ils ne sont pas tous mobiles. À ce sujet, la grande famille des terminaux alternatifs a connu quelques changements…

9 catégories de terminaux alternatifs

Nous trouvons aujourd’hui sur le marché 9 types de terminaux capables d’accéder à des contenus et services en ligne : les smartphones, les tablettes, les cloudbooks, les nano-ordinateurs, les wearables (« habitroniques » en québécois), ainsi que les TV, voitures, montres et objets connectés.

Panorama-TA-2015

Par rapport au panorama de l’année dernière, trois catégories ont disparu :

  • les phablettes, qui sont maintenant associées à la catégorie des smartphones (dont les écrans sont de plus en plus grands) ;
  • les liseuses, qui correspondent à un usage bien particulier (les livres électroniques) et n’en sortiront pas ;
  • les micro-consoles, qui ont quasiment disparu et sont maintenant supplantées par les box plus généralistes, mais néanmoins capables de faire tourner des jeux et qui sont livrées avec une manette.

Il nous reste donc 9 catégories qui couvrent quasiment l’ensemble des types de terminaux disponibles. Il y a bien sûr un certain nombre de formats hybrides ou exotiques, mais nous nous concentrerons sur les plus répandus.

Des capacités  et des usages très différents

Comme vous pouvez le constater en un simple coup d’oeil, ces 9 catégories de terminaux présentent des caractéristiques physiques très différentes. Et pour cause, ils n’ont pas été conçus pour répondre aux mêmes besoins et surtout pour correspondre aux mêmes contextes d’usage. Pour vous y retrouver, je vous propose ce tableau qui synthétise leurs points forts et faibles :

Panorma-TA-2015-b

En survolant ce tableau, on constate ainsi que les smartphones sont les terminaux les plus polyvalents, mais qu’ils se font supplanter sur des usages bien précis comme la captation de données où les wearables excellent.

Je vous propose de passer en revue les différentes catégories pour mieux appréhender leurs domaines de prédilection et contraintes :

  • Smartphones. Rien ne semble arrêter la popularité des smartphones qui ont été adoptés par plus de la moitié des Français en âge d’avoir un téléphone (cf. le baromètre trimestriel de la MMAF). Ce succès est notamment dû à la grande polyvalence de ces terminaux qui sont devenus la télécommande de notre quotidien numérique et à la pression sur les prix exercée par les fabricants chinois (Xiaomi Sold 34.7M Smartphones In First Half Of 2015, Up 33% Year-On-Year). Avec l’agrandissement des tailles d’écran, les smartphones perdent (légèrement) en portabilité et en autonomie, mais ils restent LE terminal mobile de référence.
  • Tablettes. Extrêmement populaire à la sotie de l’iPad en 2010, le segment des tablettes connait maintenant une crise de croissance due à une saturation du marché (Tablettes en France : le désamour ?). Principalement adaptées à un contexte de détente (surf, vidéo, jeux…), les tablettes sont surtout utilisées dans un environnement intérieur, le salon, et sont en train de révolutionner les usages autour des contenus télévisuels.
  • Cloudbooks. Dignes successeurs des netbooks, dont nous n’entendons plus du tout parler, les ordinateurs simplifiés façon Google sont petit à petit en train de redéfinir le segment des ordinateurs individuels grand public (Over 7 Million Chromebooks Will Be Sold This Year). Très populaires auprès des étudiants et internautes occasionnels qui ne veulent pas subir les contraintes d’un ordinateur classique (paramétrage, mises à jour…), les cloudbooks progressent chaque année et proposent toujours plus de fonctionnalités à travers la fenêtre d’un navigateur.
  • Nano-ordinateurs. Popularisés par le Raspeberry Pi, les nano-ordinateurs sont rapidement devenus la coqueluche des makers à la recherche de solutions informatiques ultra-simplifiées et très modulaires (Les nano-ordinateurs révolutionnent les objets connectés). Par extension, nous incluons également dans cette catégorie les PC-sticks qui commencent à émerger et à trouver leur place auprès d’utilisateurs ultra-mobiles.
  • Smart TVs. À une époque pas si lointaine, les industriels du secteur ambitionnaient d’imposer leur système, calqué sur celui de l’App Store, il semblerait que le marché s’oriente doucement vers un duopole Google / Apple. Certes, les TV interactives sont très rares, mais il suffit des relier à une box ou d’y brancher un stick comme le Chromecast pour les ouvrir à d’innombrables contenus et services en ligne (Une nouvelle victoire pour Google avec Chromecast).
  • Smart Autos. Les voitures équipées d’un tableau de bord intelligent ne sont pas légion, mais la situation pourrait rapidement changer avec la généralisation des écrans interactifs sur la majorité des véhicules qui seront produits en 2017 (ex : General Motors Brings Apple CarPlay, Android Auto to Chevy Cars). Là encore, nous nous dirigeons sans surprise vers un duopole Google / Apple qui permettra aux utilisateurs de retrouver leurs contenus, services et préférences en quelques secondes (très pratique par exemple sur une voiture de location). Et là encore, inutile de change de voiture, il suffit de placer votre smartphone sur un dock pour connecter son tableau de bord.
  • Smartwatches. Ouvert il y a deux ans par Peeble (Quel avenir pour les montres connectées ?), le segment des montres connectées connait cette année un vrai départ avec la sortie récente de l’Apple Watch. Adulée et décriée en même temps, la smartwatche d’Apple ne laisse personne indifférent. L’essentiel des usages tourne aujourd’hui autour des notifications, mais nous ne faisons qu’explorer les contours des possibilités offertes par ces montres.
  • Wearables. De façon surprenante, les bracelets connectés ont su se trouver leur public en un temps record (3 millions de wearables ont été vendus en Europe). Essentiellement dédiés à la captation de données personnelles, les wearables peuvent compter sur leur coeur de cible (les sportifs et adeptes du fitness) pour viabiliser le segment et leur permettre de développer d’innombrables déclinaisons selon les disciplines (trekking, foot, tennis, golf, deltaplane…).
  • Objets connectésDernière catégorie, et pas des moindres, la grande famille des objets connectés n’en finit pas de s’agrandir à mesure que les industriels, startups et annonceurs s’approprient les différentes technologies disponibles et projettent de nouveaux usages. Même si certains misent beaucoup sur la domotique (Google dévoile ses ambitions sur l’internet des objets), c’est très certainement dans des secteurs d’activité comme la santé, l’agriculture ou la logistique que les objets connectés présentent le plus gros potentiel (optimisation des dépenses et de la consommation, anticipation des besoins de maintenance et réparation).

Encore une fois, le but de ce panorama n’est pas de faire un inventaire le plus précis possible de l’ensemble des terminaux mobiles, mais plutôt de vous fournir une vision d’ensemble du marché et de vous aider à mieux comprendre les subtilités de ces terminaux et leurs caractéristiques (un smartphone n’est pas mieux qu’une tablette, tout comme une Apple Watch n’est forcément mieux qu’un bracelet connecté, tout dépend de vos besoins et de ce que vous en faite).

Votre application iPhone ne sert à rien

Nous en venons au principal enseignement de ce panorama : face à l’atomisation des types de terminaux et à la diversification des usages, pourquoi s’acharner à vouloir développer des applications natives ? Je conçois tout à fait que les jeux iPhone correspondent à une réalité économique (c’est un business très lucratif), mais les annonceurs devraient impérativement revoir leurs priorités, car les applications mobiles coûtent trop cher, elles ne sont plus rentables dans un quotidien où les mobinautes utilisent moins d’une dizaine d’applications (Facebook and Google are winning the app war). Entendons-nous bien : je ne suis pas en train de vous expliquer que les applications mobiles sont inutiles, simplement qu’elles ne sont pas le meilleur moyen pour un annonceur de toucher les consommateurs (Les applications mobiles sont des outils de fidélisation, pas de conquête), d’autant plus avec les récents progrès technologiques : How Facebook’s React Native Will Change Mobile Apps.

Le but de mon panorama est d’illustrer la diversité du marché et de démontrer l’intérêt d’adopter un raisonnement plus large. Nous sommes maintenant dans la seconde moitié de l’année 2015 et il est urgent pour les annonceurs de définir leur écosystème mobile, un écosystème au sein duquel tous les moyens disponibles sont exploités pour saisir les nombreuses opportunités offertes par les terminaux mobiles (et alternatifs). Ces opportunités correspondent à des instants très courts où les consommateurs sont dans un certain contexte qui les rend disponibles ou vulnérables. Ces instants mobiles ont déjà été théorisés par Forrester (Win In Your Customer’s Mobile Moment) et par Google (Micro-Moments), et représentent très clairement l’avenir de la consommation.

Les micro-moments de Google
Les micro-moments de Google

Conclusion :  la mobilité ne se limite pas aux smartphones, ni même aux terminaux mobiles, il faut envisager l’accès et la distribution de vos contenus, campagnes et services en ligne au sein d’un écosystème cohérent pour pouvoir bénéficier pleinement des opportunités de l’ère post-PC dans laquelle nous sommes entrés.

Snapchat sera-t-il le MTV du XXIe siècle ?

Les médias sociaux sont un écosystème décidément extrêmement riche et surtout incroyablement volatile. Il y a quelques années, MySpace régnait en maître sur le web, puis vient le tour de Facebook, et nous commençons maintenant à assister à l’irrésistible ascension de Snapchat. Pour celles et ceux qui ne connaissent pas, Snapchat est une application mobile qui permet de publier et d’envoyer des messages / photos / vidéos de façon éphémères (ils appellent ça un « Temporary Social Media« ). Autant Facebook se fait une mission de « protéger vos souvenirs » en mémorisant scrupuleusement le poindre de vos publications et likes, autant le succès de snapchat repose sur ce côté éphémère : les contenus publiés ne sont disponibles que 24h et sont supprimés une fois visionnés. Il existe d’autres applications mobiles proposant ce type de fonctionnalité, mais c’est sur ce principe de publications éphémères que Snapchat a bâti son succès auprès des jeunes, car ces derniers y voient un moyen très efficace de se lâcher sans avoir besoin d’en assumer les conséquences.

Capture d'écran de Snapchat
Captures d’écran de Snapchat

Si vous trouvez que cette application est difficile à prendre en main, le créateur propose une explication spartiate, mais limpide :

Le fait que les adultes ne comprennent pas le fonctionnement de cette application, et surtout n’y voient aucun intérêt, a beaucoup participé à son succès (même leur site web est limite incompréhensible). Si l’ouverture d’un compte Facebook est aujourd’hui considéré comme un rite de passage à l’adolescence, les jeunes s’en désintéressent très rapidement car ils y croisent leurs profs, parents et mêmes grands parents ! Du coup, les ados et pré-ados se tournent vers des plateformes sociales moins « grand public » pour pouvoir y faire des trucs de jeunes. Nous en serions resté là si cette application n’avait pas rencontré un succès phénoménal :

Taux de pénétration de Snapchat par pays
Taux de pénétration de Snapchat par pays

Comme vous pouvez le constater, Snapchat est assurément l’étoile montante des médias sociaux, celle dont tout le monde parle en ce moment. Ce qui fascine le plus chez Snapchat est sa popularité auprès d’un segment de population réputé très volatile. Cette application mobile affiche ainsi une insolente domination sur le segment des moins de 25 ans.

Répartition des âges des utilisateurs de plateformes sociales
Répartition des âges des utilisateurs de plateformes sociales

Fort de son audience très homogène, les équipes de Snapchat ont petit à petit procédés à une stratégie de diversification avec le déploiement de nombreux services et fonctionnalités : conversation vidéo, publications ouvertes, publications géolocalisées, échange d’argent, intégration de contenus tiers… Le fait que Snapchat soit la seule plateforme sociale a avoir fait plier des éditeurs de contenus de renommée mondiale comme CNN, cosmopolitan ou le National Geographics n’est as anodin, c’est une authentique démonstration de force. Ils se payent même le luxe d’intégrer les contenus de MTV, comme quoi, la roue tourne !

La question de la monétisation n’a jamais été réellement abordée, si ce n’est à travers des snaps sponsorisés hors de prix (le ticket d’entrée est à 750.000$) : Snapchat’s Newest Money Maker Is A Sponsored Our Story For Samsung And The AMAs. Ils ont ensuite trouvé d’autres leviers de monétisation plutôt malins comme les évènements live sponsorisés (Snapchat Is Making Some Pretty Serious Money From Live Stories) et les filtres locaux sponsorisés (Snapchat turns geofilter digital stickers into revenue source).

Le filtres locaux dans Snapchat
Le filtres locaux dans Snapchat

Les choses se sont accélérées dernièrement avec un road show parfaitement orchestré du fondateur pour promouvoir les solutions publicitaires natives auprès des marques : How Snapchat’s CEO Plans to Conquer the Advertising World. Cette tournée promotionnelle a atteint son apogée cette semaine avec les annonces faites au Festival de la publicité à Cannes : Snapchat’s Evan Spiegel Goes to France, Asks for Ad Money and Makes a Video.

Les « Vertical Video Views » sont donc le nouveau format publicitaire de référence sur Snapchat avec une belle mécanique de ciblage dont on ne sait pas encore grand chose.

Les publicités vidéos verticales de Snapchat
Les publicités vidéos verticales de Snapchat

Et comme si ce n’était pas assez, ils poursuivent leur diversification avec la création d’une société de production de contenus : Snapchat, WPP and DailyMail Launch Content Marketing Agency.

C’est donc un quasi-sans faute pour cette startup californienne à laquelle tout réussi et dont personne n’arrive à endiguer la croissance, notamment Facebook qui a lancé plusieurs applications mobiles directement concurrentes sans succès. Snapchat est-il le futur Facebook ? Non, aucune chance. D’une part, car Facebook est 15 fois plus gros (leur audience approche les 1,5 MM d’utilisateurs), d’autres part, car ils n’ont pas le même positionnement : Facebook veut connecter tous les êtres humains entre-eux (c’est donc une sorte d’hypermarché des médias sociaux), alors que Snapchat s’adresse aux jeunes avec une proposition de valeur plutôt faible (faire des grimasse devant une caméra). Dans tous les cas de figure, n’oubliez pas que Facebook possèdent accessoirement Instagram, l’autre application mobile de référence auprès des jeunes.

Au final, comparer Snapchat à Facebook n’est pas réellement pertinent. Facebook est et restera une plateforme sociale, c’est dans ses gènes, tandis que Snapchat essaye de se transformer en média. Pour le moment, ce positionnement se passe plutôt bien, mais dans la mesure où ils n’ont qu’une expérience très limitée en matière de production de contenu, ils devront d’abord faire leurs preuves face à des mastodontes comme BuzzFeed ou Vice.

La guerre des boutons

Le social commerce est un sujet complexe. J’ai déjà eu l’occasion de publier de nombreux articles sur cette pratique, qui jusqu’à preuve du contraire, n’avait pas réellement fait ses preuves (Tout reste à faire en social commerce). La situation vient cependant de changer d’un coup avec les annonces successives de Instagram et Pinterest d’inclure des boutons d’achat , des annonces qui font écho à celles précédemment faites par Facebook et Twitter. Facebook s’est notoirement illustré pour avoir essayé différentes approches du social commerce, avec le succès qu’on leur connait. Je ne reviendrais pas sur ces échecs, car la situation a bel et bien changé : les habitudes sont maintenant prises et les usages autour des smartphones se sont largement développées. En résumé : le timing est le bon.

Maintenant que (quasiment) tout le monde s’est lancé dans la course, il convient de prendre un peu de recul et de se poser les bonnes questions : Why ‘Buy’ Buttons Will Pose Big Challenges for Google, Facebook, Pinterest and Twitter. Insérer un bouton d’achat dans une publication n’est effectivement pas très compliqué. Le problème vient de la logistique que l’on va devoir mettre en oeuvre avant l’affichage des boutons et après le clic : vérifier la disponibilité du produit, proposer les différentes variantes (couleur, taille…), valider un paiement, déclencher une commande, orchestrer une livraison… le tout à travers un smartphone !

Certes, le potentiel est gigantesque, mais il y a de nombreux défis techniques et logistiques à relever, et tous les participants à cette course à l’armement n’en sont pas au même niveau. Instagram semble être le plus loin, car ils ne proposent pas de tunnel de commande intégré : Instagram Beefs Up Ads With App Install And Buy Buttons, Interest Targeting, API.

Les boutons d'action sur Instagram
Les boutons d’action sur Instagram

Tumblr a opté pour une approche similaire avec des boutons qui se déclinent en différentes actions : Tumblr Now Has ‘Buy,’ ‘Pledge,’ And ‘Get Involved’ Buttons From Etsy, Kickstarter, Artsy + Do Something.

Le bouton d'achat de Tumblr
Le bouton d’achat de Tumblr

En ce qui concerne Pinterest, l’expérience d’achat proposée est bien plus fluide avec un parcours de recherche / sélection / commande parfaitement intégré : Coming soon: Buyable Pins!. En revanche, Pinterest s’est associé avec des prestataires techniques (Demandware et Shopify), ce qui limite les possibilités et les rend dépendants…

Le parcours d'achat intégré de Pinterest
Le parcours d’achat intégré de Pinterest

De son côté, Twitter a annoncé un partenariat avec Stripe pour l’encaissement, ce qui les place dans une situation intermédiaire : Twitter Is Working With Payments Startup Stripe on Its Commerce Initiative.

Le processus d'achat intégré de Twitter
Le processus d’achat intégré de Twitter

Nous sommes toujours dans l’expectative de ce que va proposer Facebook, puisque son annonce remonte à l’année dernière : Testing a New Way for People to Discover and Buy Products on Facebook. La logique voudrait que les équipes de Facebook développent tout de A à Z, après tout ils avaient déjà de l’avance avec « Gifts », mais le moins que l’on puisse dire est qu’ils se font très discrets. Une annonce a été faite la semaine dernière, mais pas directement par Facebook : Shopify and Facebook Announce Expanded Beta Test For « Buy » Call-To-Action Button.

Exemple de boutons d'achat dans Facebook
Exemple de boutons d’achat dans Facebook

Tous ces compromis réalisés par les uns et les autres nous prouvent à quel point la vente en ligne est un métier complexe. Au final, ce sont les spécialistes du commerce en ligne qui sont à priori les mieux placés, à l’image d’Amazon qui dispose déjà d’une logistique ultra-performante et de la confiance de centaines de millions de clients. Sauf que… les internautes vont acheter sur Amazon quand ils ont une idée en tête, mais n’ont pas le réflexe de s’y rendre pour flâner et y trouver l’inspiration. Certes, le géant de Seattle fiat des efforts (Say hello to Amazon Stream, a Pinterest-like endless shopping experience), mais la sauce ne prend pas.

Dans cette grande course, il nous reste encore à aborder le cas de Google qui n’a pas manqué de faire parler de lui avec des rumeurs de l’intégration d’un bouton d’achat à ses annonces : Can Google Outsell Amazon and eBay?. Certains d’entre vous pourraient me dire que Google est complètement largué sur le sujet du social commerce, et je serais bien d’accord avec vous. En revanche, Google dispose d’atouts qui font trembler toute la profession :

  • un moteur de recherche et de comparaison de produits (Google Shopping) ;
  • plusieurs systèmes de paiement (Google Wallet, Android Pay) ;
  • un mécanisme de vérification de l’inventaire des boutiques en ligne (Trusted Stores) et locales (Inventory Ad).

Au final, Google n’est peut-être pas très bien positionné en amont du parcours d’achat (la phase d’inspiration et de découverte), mais ils sont parfaitement outillés pour tout le reste du cycle de sélection et de passage de commande. Si l’on assemble toutes les pièces du puzzle, Google peut potentiellement ouvrir une marketplace. Cette éventualité ne serait pas si effrayante s’il n’y avait pas des rumeurs d’un partenariat d’envergure avec Macy’s : Google “Buy Buttons” Could Start Showing On Mobile Shopping Ads In A Matter Of Weeks.

Le bouton d'achat de Google
Le bouton d’achat de Google

La situation est-elle préoccupante ? Pas réellement dans la mesure où les clients pourraient apprécier le fait d’avoir accès à un mécanisme de paiement mobile performant, et où les marchants pourraient également en bénéficier. Après tout, pourquoi proposer soit même un moyen défaillant alors que l’on peut s’appuyer sur celui d’un prestataire qui accessoirement à un accès direct à 2 milliards de smartphones ?

Vous noterez au passage que tout ceci s’inscrit dans la tendance actuelle de balkanisation du web, c’est à dire son morcèlement au sein d’applications mobiles propriétaires comme WeChat, Facebook ou Snapchat. Les prochaines semaines vont donc être décisives pour savoir si les géants du web vont accroitre encore plus leur domination ou si… heu… ha bah non en fait, il n’y a pas d’alternatives. Autant être attentif pour savoir à quelle sauce vous allez être mangés !

Google dévoile ses ambitions sur l’internet des objets

L’internet des objets est un domaine qui fait beaucoup fantasmer en ce moment (cf. Mythes et réalités de l’internet des objets), un emballement généralisé que l’on n’avait pas vu depuis de nombreuses années. Si ma mémoire est bonne, le dernier élan d’enthousiasme à grande échelle de ce type remonte aux années 2000 avec l’euphorie autour du CRM. Bref, tout ça pour dire que l’internet des objets est en feu, dans le bon sens du terme. Et comme tout domaine à croissance ultrarapide, un acteur emblématique finit toujours par naturellement sortir du lot pour occuper le devant de la scène (à l’époque du CRM, c’était Siebel). Sauf que… ça fait plusieurs années que la pression monte autour de l’IoT (« Internet of Things« ), mais qu’aucun leader ne se profile à l’horizon (cf. cet article publié en 2013 : La bataille des standards nuit-elle à l’adoption de l’internet des objets).

Microsoft étant tombé dans un état léthargique depuis de nombreuses années (décennies ?), le seul acteur d’envergure capable de relever ce défi est logiquement Google. Mais les choses ne sont pas si simples, car ils ont déjà fait plusieurs tentatives, comme le projet Android@Home lancé en 2011 : Google announces Android@Home framework for home automation. Nous en étions restés là jusqu’à ce que les choses prennent une autre tournure avec le rachat surprise de Nest en 2014 : Google se lance dans la course à l’Internet des objets avec le rachat de Nest. Puis il y a eu le lancement d’Android Wear quelques mois plus tard : Google à l’assaut des objets connectés avec Android WearNous sommes maintenant au milieu de l’année 2015 et Android est maintenant une plateforme, à l’instar de Windows, qui se décompose en plusieurs versions : Android, Android Wear, Android TV et Android Auto.

Les différentes déclinaisons d'Android
Les différentes déclinaisons d’Android

Tout ceci est très intéressant, mais les terminaux alternatifs correspondent à d’autres usages que les objets connectés, et doivent faire face à d’autres contraintes. En d’autres termes : la famille s’agrandit, mais elle ne résout toujours pas le problème d’absence d’acteur dominant dans le domaine de l’internet des objets. C’est là où les annonces faites la semaine dernière à Google I/O rentrent en scène et nous permettent d’apercevoir les contours du plan d’ensemble : Avec Weave et Brillo, Google veut être au centre de l’internet des objetsLes grosses nouveautés présentées lors de cette conférence annuelle relancent Google dans la course à la domination de l’internet des objets :

  • Brillo, est donc une version épurée au maximum d’Android, soit un système d’exploitation dédié aux objets connectés, au même titre que AllJoyn de Qualcomm, mBed du consortium ARM ou les projets open source comme Contiki, TinyOS ou ROIT ;
  • Weave est un protocole de communication permettant aux objets de communiquer entre eux et d’exécuter un certain nombre de tâches.

Mais ce n’est pas tout, car d’autres annonces viennent compléter le tableau :

À partir de ce qui a été annoncé et des produits et services déjà existants, on se rend compte que Google maitrise maintenant la chaîne de bout à bout : la partie matérielle avec Nest et le Project Jacquard, la partie logicielle avec Android et Brillo, la sécurisation avec Project Vault, la communication avec Weave, le traitement des données avec Google Cloud Platform et la restitution avec des applications grand public comme Fit. Au final, ça nous fiat une très belle chaine :

Les différents produits et services de Google liés à l'internet des objets
Les différents produits et services de Google liés à l’internet des objets

À ma connaissance, il n’existe pas d’autre acteur industriel proposant une palette aussi large de produits et services. Certes, les géants de l’informatique comme IBM, Oracle ou Amazon sont très bien implantés sur le créneau des plateformes de traitement de données (« IoT PaaS » comme disent les spécialistes), mais ils sont absents des deux extrémités de la chaine. Idem pour Apple qui s’illustre avec HomeKit, mais brille par son absence sur les autres créneaux.

En quelques années, et après de nombreuses acquisitions, Google est donc parvenu à effectuer une intégration horizontale, au même titre qu’Apple avec les smartphones. Le but de la manoeuvre étant de capter un maximum de valeur à chacun des maillons de la chaine, et d’élever des barrières à l’entrée en faisant jouer la complémentarité de ces différents produits et services.

Il est encore trop tôt pour dire si Google mérite bien son titre de nouveau roi de l’internet des objets, mais les choses semblent bien parties, car Google a su avancer dans l’ombre et petit à petit placer ses pions aux endroits stratégiques de l’échiquier. La dernière pierre à cet édifice serait de mettre en ligne un site qui expliquerait au grand public cette vision d’ensemble.

Social Media Landscape 2015

Si vous cherchez la version française de cet article, elle est ici : Panorama des médias sociaux 2015.

Seven years ago, I created a small diagram to illustrate the variety of existing social platforms, the Social Media Landscape was born! From the moment I published it, I began to witness connections from across the globe and started receiving messages from an incredibly broad crowd (journalists, authors, teachers…). Since then I published a new version of this landscape (nearly) every year: 2009, 2011, 2012, 2013 and 2014.

We are now in the middle of 2015, and it is time to unveil the latest version of this diagram. Does this landscape deserve a new version every year? Absolutely! The average internet user won’t probably notice it, but online social media is an ever evolving field, with tons of evolutions, new features, ins and outs. This is what this landscape is about: providing you with the most accurate vision on a yearly basis.

Out: Google+

Google’s social platform has been in the center of my diagram for several years, but despite tremendous efforts, Google+ never really caught-up. There are numerous reasons for this failure, one of the most obvious one is that they launched their social platform years after Facebook, Twitter… As everyone will tell you: « why changing when it is not broken?« . Google made the announcement three months ago (Google+ officially splits into Photos and Streams) and we begin to see the result with the launch of Google Photos and the disappearance of profile links.

In: Periscope, Imgur and Slack

Live video streaming services made a lot of noise during the SXSW festival, Meerkat was the first one, but Twitter decided to bet on Periscope. In order not to drown into a sterile debate, I added booth.

Unless you’ve decided to follow a digital detox program, you probably have noticed how GIF has became a huge part of the social web. There are countless GIF hosting services, but Imgur is probably, by far, the most popular one.

Another category which gain enormous traction is professional communication / collaboration social platform. Microsoft, IBM, SalesForce… all tried to prevail this category, but Slack seems to be THE ultimate enterprise social tool. So it is, I also added the aforementioned one because they are legitimate contenders.

1 large ecosystem and 4 major usages

Last year’s landscape was semi-circular, but I decided to use a circular diagram anew in order to fit more logos. Here is the resulting 2015 Social Media Landscape:

Social-media-landscape-2015

As you can see, social media is a vast ecosystem of online services structured around four main usages: publishing, sharing, discussing and networking. These four usages are not exclusive, since services like Tumblr allow members to fulfill various objectives (publish, share, discuss…).

At the center of this ecosystem, we find Facebook and Twitter. Not that this two social platforms are better than the others, but they managed to sit at the far end of the chain and gather all social interactions occurring inside this ecosystem. To be more accurate, Facebook and Twitter allow users to fulfill each of the four main social usages, but they also stand as relay.

At the center of the diagram, we will also find mobile applications. Applications like WeChat, Line, Messenger, Hangouts, WhatsApp, Viber, TangoKik, Kakao Talk and Snapchat where « simple » communication tools when they started, but they have evolved into much more sophisticated social objects adding more and more functionalities. Today, they stand for one-stopping-shopping apps, trying to be the digital Swiss knife in your pocket, allowing users to do various tasks from ordering a taxi, to playing games, to reading entire articles, to exchanging money with friends, to shopping online goods (Facebook’s Messenger Platform Must Go Beyond Apps And Embrace The Web).

We then find a vast array of online services and mobile apps split into four main usages :

I acknowledge this is a complicated diagram with a lot of logos, but it illustrate the variety and density of the social media ecosystem, and it’s far from being exhaustive! If you are looking for alternative diagrams, I shall recommend the Conversation Prism, the World Map of Social Network, the Guide to the Social Landscape, the Social Media Map or the China Social Media Landscape.

I hope you will find this diagram helpful, feel free to use and share it (by respecting the Creative Commons terms. If you have any remarks, or like to raise the attention on a particular unmentioned social platform, do so in the comments or email me.

Panorama des médias sociaux 2015

If you are looking for the english version of this article, you will find it here: Social Media Landscape 2015.

Comme tous les ans, je vous propose une nouvelle version de mon panorama des médias sociaux, une habitude démarrée en 2008 et qui se prolonge depuis tous les ans : 2009, 2011, 2012, 2013 et 2014. Pour certain(e)s d’entre vous, les médias sociaux sont la pierre angulaire de votre vie professionnelle, pour d’autres, c’est simplement un « terme marketing » pour désigner les réseaux sociaux. J’entends encore énormément de personnes dans mon entourage qui confondent encore ces deux termes. Pour mémoire, j’avais donné une définition en 2009 : « Les médias sociaux désignent un ensemble de services permettant de développer des conversations et des interactions sociales sur internet ou en situation de mobilité« . J’avais également listé les différents types de médias sociaux afin de lever l’ambigüité. En synthèse : les réseaux sociaux ne sont qu’un sous-ensemble des médias sociaux (ex : Twitter ou Facebook ne sont pas des réseaux sociaux).

Les différents types de médias sociaux
Les différents types de médias sociaux

Bref, nous sommes en 2015 et les médias sociaux dominent le web de façon incontestable. Je dirais même plus : les médias sociaux sont le web, et le web est les médias sociaux, car il est devenu impossible de les différencier. Si vous avez l’impression que les médias sociaux sont omniprésents, rassurez-vous, vous n’êtes pas tout seul(e) : Facebook, Twitter ou YouTube font maintenant partie de notre quotidien. Mais ils ne sont que la partie visible de l’iceberg. Un iceberg qui évolue, mais qui contrairement à notre calotte glaciaire ne fond pas au fil des ans, bien au contraire ! J’avais adopté pour le panorama de l’année dernière une forme en demi-cercle, mais j’ai dû y renoncer, car j’avais trop de logos et pas assez de place. Du coup, nous retrouvons le schéma en cercle qui était utilisé les années précédentes.

Évolution du panorama au fil des ans
Évolution du panorama au fil des ans

Je ne suis pas le seul à essayer de recenser les différentes plateformes sociales, d’autres schémas sont ainsi disponibles dont le Conversation Prism, la World Map of Social Network, le Guide to the Social Landscape, la Social Media Map ainsi que le China Social Media Landscape. Tous ces schémas offrent des représentations différentes, mais illustrent bien le paradoxe des médias sociaux : une infinité de services, mais une poignée de plateformes dominantes. Voilà pourquoi je reste fidèle à ma représentation en cercle, car cela me permet de placer au centre les plateformes les plus importantes. D’ailleurs à ce sujet…

Les sorties : Google+

J’ai toujours considéré que Google+ était une plateforme sociale de premier ordre, dans l’ombre de Facebook ou Twitter, mais jamais très loin. S’il y a bien une chose que l’on peut reprocher à Google, c’est d’avoir été ambiguë au sujet de sa plateforme sociale. La situation est maintenant clarifiée puisque la plateforme va être démantelée (cf. Google suit la tendance en morcelant Google+), ce qui me permet de retirer Google+ du centre du schéma et de la remplacer par Google Photos (qui vient juste d’être lancé), Google Communities (dont on attend toujours la mue) et Hangouts (une application de messagerie instantanée / vidéo largement sous-considérée).

Les entrées : Periscope, Ghost et Slack

Concernant les nouveautés, le schéma accueille trois nouvelles catégories : les applications de streaming mobile comme Periscope qui appartient à Twitter (cf. La mode des vidéos live relancée par Meerkat et Periscope), les services de blog minimaliste comme Ghost (ou Medium avant lui, mais qui était déjà sur le schéma), et les applications de communication professionnelles comme Slack (cf. Encore un service qui ambitionne de remplacer l’email).

Sinon je n’ai pas noté beaucoup de changements pour les services de publication ou de réseautage. L’essentiel des nouveautés est concentré autour des applications de discussion ou de partage. Je vous livre donc la nouvelle version du panorama :

Social-media-landscape-2015

Un écosystème de services pour quatre usages majeurs

Comme vous pouvez le constater, l’écosystème des médias sociaux s’organise autour de quatre grands usages : la publication, le partage, la discussion et le réseautage. À chacun de ces usages correspondent des services, certains étant dédiés à une fonction bien particulière (ex : Instagram qui ne sert qu’à publier des photos depuis son smartphone), tandis que d’autres sont plus versatiles (Tumblr qui est une plateforme difficile à caser).

Au centre de cet écosystème, nous retrouvons Facebook et Twitter, non pas que ces deux services soient mieux que les autres, ils sont simplement en bout de chaine et concentrent / relayent toutes les interactions sociales qui sont faites sur les autres plateformes. Ces deux-là ne seraient pas aussi puissants sans les contenus publiés et partagés au sein de cet écosystème. Deux plateformes emblématiques des médias sociaux, mais qui ont chacune des spécificités : Facebook est un portail, Twitter est un média.

Au centre, nous allons également trouver toute une série d’applications mobiles qui deviennent de véritables « hub sociaux » à l’image de WeChat, un service de messagerie mobile chinois qui a connu un développement exponentiel en seulement 2 à 3 ans. Un succès qui fait des envieux, car toutes ces applications convergent vers ce modèle d’intégration de services : Messenger, Hangouts, WhatsApp, Viber, Tango, Kik, Kakao Talk et bien sur Snapchat. Des applications mobiles qui s’émancipent et servent maintenant à faire tout un tas de choses : discuter, partager des photos et vidéos, consulter des contenus, s’échanger de l’argent, acheter des produits, commander un taxi… autant d’usages qui ne sont plus faits sur Facebook ou Twitter. Au cas où vous vous poseriez la question : oui, ces applications rentrent donc en concurrence avec Facebook et Twitter et favorise la montée en puissance du dark social.

Revenons à notre schéma : j’attire votre attention sur le fait que les quatre grands usages me servent à trier les services, mais qu’ils sont complémentaires : les utilisateurs publient des contenus, en partagent d’autres, cela génère des conversations qui leur permet de développer leur réseau de contacts. Nous sommes donc dans une expérience continue et non fragmentée. Ceci étant dit, les services sont classés selon les quatre grands usages suivants :

Cette liste n’est pas exhaustive (heureusement !), mais elle vous donne une vision globale de la diversité des médias sociaux, en mettant notamment en évidence les services « locaux », notamment asiatiques. La seule chose qui manque à ce schéma est les forums, mais ce créneau est trop atomisé pour que je l’intègre de façon élégante.

Une prédominance des applications mobiles et des environnements dangereusement fermés

Le détail qui ne saute pas forcément aux yeux à la première lecture de ce schéma est la prédominance des applications mobiles. En à peine deux ans, les smartphones se sont imposés comme les premiers supports de consultation (et d’exploitation) des médias sociaux. Certaines plateformes sociales de premier ordre ne vivent d’ailleurs que sur les smartphones (Instagram, WeChat et même Twitter qui est consulté à 80% sur terminaux mobiles).

Connectés en permanence, puissants, géolocalisables… les smartphones sont des supports idéaux, aussi bien pour les éditeurs de contenus / services que pour les annonceurs, mais ces applications mobiles natives sont en train de morceler le web et de le transformer en un agrégat d’environnements clos (les fameux « walled garden« ). WeChat est un très bel exemple de cloisonnement du web, ce service chinois me fait d’ailleurs beaucoup penser à l’iMode du début des années 2000 : un gigantesque portail propriétaire. C’est la volonté de vouloir conserver les internautes au sein de ces environnements fermés qui poussent d’ailleurs des plateformes comme Facebook et Snapchat à internaliser des contenus (cf. How Facebook is Killing the Open Web).

La situation est-elle grave ? Oui tout à fait. Vous ne vous en rendez peut-être pas compte, mais nous sommes en train de vivre un véritable tournant dans l’histoire du web : le basculement d’un meta-réseau ouvert reposant sur des technologies et protocoles standardisés à un oligopole où une poignée d’acteurs tentent de s’accaparer les utilisateurs pour pouvoir exercer une pression toujours plus forte sur les producteurs de contenus et les annonceurs. Je constate que la domination de cette poignée d’acteurs augmente tous les ans.

Comme à chaque fois, vous êtes libre d’utiliser ce schéma en respectant les règles de la licence Creative Commons. Si vous repérez des erreurs sur ce schéma, n’hésitez pas également à les mentionner dans les commentaires.