Mes trois sites coup de coeur (janvier 2012)

C’est avec un peu de retard que je vous livre ma sélection de sites beaux et originaux.

Commençons avec le très sombre Blissfully Aware, le bloc-note en ligne d’un indépendant :

BlissfullyAware

Le site est sobre, TRÈS sobre, mais la grille de lecture et la lisibilité de cette page sont exemplaires. Précisions que le noir est une couleur particulièrement complexe à exploiter, et dans le cas présent, ça fonctionne très bien. D’autant plus avec l’utilisation d’un très beau motif en fond de page et d’une typo originale. Vous apprécierez également la position centrale du logo, de même que la très large zone de réserve. Donc un très bel exemple de sobriété et de minimalisme.

Pour compenser cette sobriété, je vous propose de découvrir le très alléchant site de la Chessecake Factory, une chaîne de restaurants US :

CheesecakeFactory

Rien de très original dans la mise en page de ce site, par contre un très beau travail sur les textures, le choix des typos et les ornementations (frise colorée, boutons…). J’apprécie également beaucoup les très belles photos en pleine largeur qui donne carrément l’eau à la bouche. Ça fait presque 15 ans que je travaille dans le monde du web, et je n’ai pas honte de dire que je peux encore être émerveillé par le site d’un « simple » restaurant. Tout est affaire de goût (sans mauvais jeux de mots).

Terminons avec Onepager, un service de création de sites web :

Onepager

Un beau site bien simple et parfaitement lisible comme je les aime. J’adore l’effort particulier pour réduire au minimum le nombre de phrases affichées sur cette page d’accueil : c’est minimaliste, percutant et très simple à comprendre. J’apprécie grandement le gros bouton « Get Started » dont la couleur résonne avec celle du fond de page. Je suis également conquis par la partie basse de la page et ces unités d’information verticale parfaitement découpée. Bref, c’est sobre, carré et parfaitement efficace, du pur bonheur !

La suite le mois prochain.

Interview de Yves Caseau à propos de collaboration et de lean management

Toujours en préambule du E2.0 Summit qui va se tenir à Paris les 7 et 8 février prochain, je vous propose une nouvelle interview d’un des intervenants principaux : Yves Caseau, le DGA de Bouygues Telecom en charge des technologies et de l’innovation dont je vous avais déjà parlé du livre (Un livre pour tout savoir sur la collaboration et le lean management).

Je vous livre ici une traduction de l’interview menée par l’organisateur de la conférence.

Quel rôle jouent les initiatives d’E2.0 dans votre stratégie d’innovation ?

L’objectif des initiatives d’Entreprise 2.0 vis à accélérer le processus de décision (pour faire face aux exigences de notre environnement compétitif), ceux-ci reposent sur une propagation rapide de l’information et sur la capacité à passer la bonne information à la bonne personne. Les pratiques « 2.0 » sont donc employées pour optimiser l’attention des collaborateurs et pour maximiser l’utilisation des talents.

Diriez-vous que la collaboration réduit la complexité ou que, comme le critiquent certains, les pratiques de collaboration non-structurées l’augmentent ?

C’est une préoccupation légitime que j’ai également entendue de la part des spécialistes du lean management. Le réponse peut être trouvée dans le livre de Andree McAffee : L’entreprise 2.0 ne veut pas dire que tout le monde parle à tout le monde. La modularité est nécessaire au sein d’une organisation, 2.0 ou non. Je suis partisan d’une approche « fractale » où les pratiques de collaboration s(organisent autour de communautés de toute taille. Idéalement, on ne devrait pas abuser d’usages communautaires à l’échelle de l’entreprise. Il y a également un défi à éviter la sur-utilisation des outils de communication « 2.0 », à trouver la bonne culture de collaboration et définir les bonnes pratiques.

Vous recommandez donc une approche structurée pour les processus-clés et des modes de collaboration plus ouverts pour les autres ?

La coopération et la collaboration sont toutes les deux requises. La coopération formelle est précisément prise en charge par les processus. Je ne considère pas comme un objectif valable le fait de vouloir réduire au minimum la collaboration informelle, car elle engendre surtout de la frustration. Il n’y a pas d’approche binaire dans la mesure où toutes les entreprises sont différentes et où certaines parties de l’activité sont naturellement bien définie / structurée et d’autres non. Mon parti-pris est de dire que les activités les plus complexes devraient utiliser des modèles d’auto-organisation reposant sur la collaboration.

Les processus ont-ils un effet bénéfique sur la collaboration ou inversement ?

Processus et Entreprise 2.0 sont les deux faces d’une même pièce. D’un côté, les pratiques de collaboration améliorent les organisations centrées sur les processus (la collaboration complète la coopération) ; mais d’un autre côté, les processus ont un effet bénéfique sur la collaboration, principalement en réduisant le risque d’infobésité. Cela ne veut pas dire que l’on doivent nécessairement combiner collaboration et processus. Ce sont deux approches qui fonctionnent de façon indépendante, mais pas incompatible.

Dans la mesure où la hiérarchie est souvent à l’origine de la complexité des organisations, seriez-vous d’accord pour dire que l’un des enjeux est de changer l’image des managers ?

C’est effectivement un des enjeux-clés. Ce n’est pas tant une question d’image que de culture et la façon dont les managers envisagent leur rôle dans la structure. Les managers jouent un rôle crucial dans la conduite du changement et évoluer vers une culture d’innovation continue est un très gros changement. La solution à ce problème de complexité et de rigidité est de faire évoluer la perception qu’ont les manageurs d’eux-mêmes et l’autre part serait de faire évoluer les habitudes de travail.

Quelle pourrait être l’impulsion de ce changement ? Les entreprises ont-elles besoin de la hiérarchie pour endosser ce rôle ?

L’urgence et la volonté doit venir du haut : du CEO et de l’encadrement supérieur. Le changement que l’on constate actuellement vient d’en bas, où l’autonomie est de rigueur et où l’auto-promotion donne les meilleurs résultats. Ce qui laisse à la direction l’opportunité de travailler sur la communication et l’animation. Nous avons un dicton chez BT : « Laissez-les essayer et faites-le savoir« .

Pour résumer, l’entreprise du futur est caractérisée par la réduction des processus métier structurés et la montée en puissance d’une infrastructure sociale qui autoriserait l’émergence de modèles de collaboration spontanés, même dans un environnement décentralisé ?

Réduire les processus métier structurés est un terme trop fort. Cela dépend réellement du contexte de l’entreprise et de son historique. Très clairement, il convient de ne pas trop modéliser les processus métier et laisser de la marge pour qu’émerge de l’auto-organisation et de la collaboration informelle. D’un autre côté, viser l’excellence requiert généralement plus et non moins de formalisme sur les processus métier. La caractéristique de l’entreprise du futur est que les acteurs des processus métier fassent ce travail de formalisation / structuration et non les experts ou les managers.

Vous allez aborder tous ces aspects lors de votre intervention à la conférence, quoi d’autre ?

Une vision plus fraiche de l’Entreprise 2.0 issue de la réflexion et de l’observation. Une vision globale sur l’intérêt de combiner collaboration et coopération pour gagner en souplesse et en potentiel d’innovation. Un focus sur la gestion de l’information (de l’organisation des systèmes de communication jusqu’à la gestion de l’infobésité).

Encore une fois, j’espère avoir traduit au mieux les paroles de Yves Caseau et suis plus qu’impatient d’entendre son intervention.

Du SoLoMo au ToDaClo, quelles tendances pour 2012 ?

Si l’on devait résumer l’année 2011, je pense que l’acronyme SoLoMo serait le plus populaire. Même s’il est indéniable que les médias sociaux et les terminaux mobiles ont complètement modifié les habitudes, l’internet d’aujourd’hui ne peut se résumer à ces trois notions. D’une part, car toutes les disciplines du web forment un grand ensemble et parce que l’avenir de l’internet est aux contenus, pas au SoLoMo.

Toujours est-il que le web de 2012 est très différent de celui que l’on connaissait il y a à peine 5 ans (cf. À quoi ressemble l’internet en 2012). Pour vous en convaincre, je vous propose ce petit graphique qui illustre bien la montée en puissance des terminaux mobiles et la perte de suprématie du PC (cf. La fin de l’ordinateur individuel est programmée) :

Units_Shipped_1975-2011

Nous sommes en 2012 et les pratiques sociales et mobiles sont définitivement ancrées dans le quotidien des internautes. Des réflexes et habitudes qui vont être consolidés en 2012 au vu de la progression des ventes de terminaux mobiles (France : désormais autant de smartphones que de mobiles classiques, 1,55 million de tablettes vendues en France en 2011) et des plateformes sociales (Facebook to Hit a Billion Users in the Summer, 500 Millions d’utilisateurs de Twitter en mars ?Google+ Service May Have 400 Million Users by End of 2012YouTube hits 4 billion daily video viewsTumblr now serving 120m people…).

Vous ne surprendrez plus personne avec le SoLoMo

Le SoLoMo est un acronyme bien pratique, mais si vous limitez votre champ d’innovation à Facebook, Groupon et l’iPhone, vous avez très clairement déjà un train de retard. Pour être plus précis : Vous n’avez que très peu de chance de vous différencier si vous ne misez que sur les médias sociaux et les smartphones, au mieux, vous faites aussi bien que les autres, TOUS les autres. Il va de soi que les marques et éditeurs qui ne se sont pas encore lancés sur ces deux créneaux sont condamnés à moyen terme.

 

boring_meeting

Le web de 2012 est plus complexe et sophistiqué que jamais. Le maintien ou la prise de part de marché est directement lié à votre capacité à comprendre les facteurs de transformation, à appréhender leur impact sur votre écosystème et à anticiper l’évolution des besoins et envies des utilisateurs. Ceci étant dit, intéressons-nous maintenant aux facteurs de différenciations encore sous exploités. Je me suis déjà exprimé sur les leviers d’innovation du web pour les cinq prochaines années et sur mes prédictions pour 2012. Je vous propose donc de recentrer le débat sur les trois créneaux d’innovation les plus porteurs pour les prochains trimestres.

ToDaClo = Touch + Data + Cloud

Loin de moi l’idée de jouer les vieux briscards, mais à mon époque, l’internet c’était pas pareil. Il faut bien reconnaitre que les internautes de 2012 ont une sacrée chance, car ils ont à leur disposition des sources illimitées de contenus, des espaces de discussion gigantesque, des terminaux ultra-perfectionnés qui tiennent dans la poche et même des lapins électroniques qui bougent les oreilles quand on leur envoie un email. Bref, l’internaute d’aujourd’hui est un internaute sacrément comblé, donc particulièrement dur à impressionner, émouvoir, interpeller… Il faut ainsi dépenser une énergie considérable ou avoir un sacré talent pour l’enchanter, comme dit Guy Kawasaki.

En matière d’innovation web, trois leviers me semblent particulièrement intéressants à exploiter (les interfaces tactiles, les données et le cloud computing) que je résume en ToDaClo (Touch / Data / Cloud). Pourquoi maintenant ? Parce que d’énormes progrès ont été faits récemment dans ces trois domaines. Ils offrent maintenant d’innombrables opportunités qui peuvent être saisies avec un minimum d’efforts et d’investissement.

cloud-tablet

Les interfaces tactiles pour réenchanter vos prospects et clients

Déjà très populaires l’année dernière, je suis fermement convaincu que 2012 sera l’année des tablettes. D’une part, car l’efficacité des interfaces tactiles n’est plus à prouver, d’autre part, car nous allons commencer à voir débarquer des tablettes subventionnées qui vont passer sous la barre des 200 €. Ne pensez pas avoir tout vu avec les tablettes, car elles sont très loin d’avoir délivré tout leur potentiel :

Tous ces exemples concernent les tablettes, mais vous avez également de nombreuses choses à faire avec les surfaces tactiles, notamment en point de vente avec des dispositifs complets de boutiques connectées comme cette Connected Retail Experience Platform :

Les données au service de la performance et de l’anticipation

Autre domaine à exploiter : les données. Entre les données générées par les internautes et celles mises à disposition par les collectivités (Open Data), il existe une masse colossale de données non-exploitées. Il y a potentiellement d’énormes gains de compétitivité pour ceux qui sauront collecter et exploiter toutes ces données.

GOOD_IBM_Personal_Data_8

Mettre en oeuvre le Big Data n’est pas une mince affaire, j’en conviens. Il y a ainsi plusieurs étapes à franchir pour acquérir de la maturité sur le sujet, identifier  /collecter des données à valeur ajourée et en tirer des enseignements :

En matière de Data Intelligence, il n’y a qu’une seule règle : More Data. Plus vous aurez de données à votre disposition et mieux vous pourrez comprendre les besoins et contraintes de vos prospects / clients, développer des leviers de compétitivité vis-à-vis de vos concurrents et anticiper les évolutions du marché.

Le cloud pour vous libérer des contraintes

Je pense ne pas me tromper en disant que le cloud computing est maintenant une discipline mûre qui a définitivement conquis les DSI, mais quand est-il des autres ? C’est là où la maturité des offres de cloud prennent tout leur sens, car elles s’adressent maintenant à de nouveaux interlocuteurs : les directions marketing, les équipes de la relation-client, les collectivités, les individuels… Il existe ainsi des services de plus en plus sophistiqués et omniprésents dans notre environnement personnel et professionnel : Cloud Computing Taxonomy Map.

Cloud_Taxonomy

Au-delà de nous libérer des contraintes de stockage, d’archivage et de disponibilité, les nouvelles offres reposant sur le cloud ouvrent de nouvelles possibilités :

J’imagine que vous connaissiez déjà ces services. L’important n’est pas de proposer votre propre offre de cloud, mais de concevoir les offres qui vont exploiter ces services. À ce titre, la plateforme d’applications de Spotify me semble être une authentique mine d’or pour cibler les internautes en fonction de leurs playlists ou de leur humeur.

SoLoMo et ToDaClo sont donc des moyens mnémotechniques bien pratiques pour expliquer simplement les facteurs de transformation de l’internet d’aujourd’hui et de demain. Ce sont des leviers d’innovation puissants, dont la portée et la valeur augmentent en les combinant. Mais ces leviers ne se suffisent pas à eux-mêmes, leur mise en oeuvre doit s’accompagner de démarches d’accompagnement au changement et de mesure / ajustement (veillez bien à définir les bons objectifs et les KPIs qui vont avec).

Entendons-nous bien : nous parlons bien ici de vulgariser l’innovation web, car il existe de nombreux autres leviers qu’il était trop laborieux de lister ici. Je vous invite néanmoins à citer ceux qui vous semblent les plus pertinents dans les commentaires.

Les sites d’actualité ont encore des progrès à faire

Afficher une grande quantité d’information à l’écran est un sacré challenge, mais ce n’est pas une raison pour faire n’importe quoi ! Illustration avec la version française du HuffingtonPost qui a été lancée hier matin à grand coup de ramdam médiatique. Il n’y a pourtant pas de quoi être fier tant le site est… (je préfère m’abstenir de le qualifier pour ne pas verser dans la vulgarité et je me range derrière l’avis de Geoffrey : Y’a-t-il un designer pour sauver le Huffington Post ?).

La catastrophique site du Huffington Post en français

Même si je ne souhaite pas prendre la défense des personnes responsables de cette infamie, je constate qu’en règle générale le secteur ne brille pas par son originalité. En témoignent des sites d’actualité français qui se ressemblent tous : Le Monde, Libération, Le Parisien et Le Figaro… Mais ce ne sont pas les pires, car d’autres s’illustrent par leur mise en page complètement déstructurée (20 Minutes) ou très tassée (L’équipe).

Ceci étant dit, les grands titres US souffrent également d’une très forte densité d’information. Ils sont, certes, très sobres (une qualité que j’apprécie), mais pas non plus très inspirés comme le NY Times, Washington Post, le LA Times ou le Boston Globe.

La page d'accueil du NY Times

Vous noterez que certains titres ont fait des efforts comme USA Today ou NPR. Les concurrents outre-Atlantique proposent, eux, une mise en page plus aérée et surtout plus de couleurs comme le site du Guardian ou celui de la BBC.

La page d'accueil du site de la BBC

Dans la même lancée, les sites de magazines américains comme NewsweekSalon ou encore The New Yorker proposent plus d’espace et d’originalité (une typographie spécifique et même un petit papillon qui virevolte au-dessus du logo).

La page d'accueil de The New Yorker

Bref, tout ça pour dire que la solution miracle n’existe pas… ou qu’ils ne l’ont pas trouvé ! Un constat affligeant également partagé par d’autres : Designing a big news site is about more than beauty. Le designer Andy Rutledge propose d’ailleurs un nettoyage très réussi du site du NY Times :

Proposition minimaliste pour le site du NY Times

Vous pourriez me dire qu’une mise en page aussi épurée relève du fantasme tant les contraintes que l’éditeur doit prendre sont nombreuses (bannières, offres de partenaires, confits éditoriaux…), mais pourtant d’autres ont fait ce choix de clarté et de minimalisme avec brio comme le très bon site de Inc.

La très belle page d'accueil du magazine Inc.

Je ne peux pas terminer ce passage en revue des sites d’information sans mentionner la très réussie maquette du site d’Owni qui tranche avec tout ce que l’on connait :

Le haut de la page d'accueil de Owni

La page d’accueil est ainsi coupée en deux par la frise de photos et propose une imbrication de bloc-articles dans sa moitié basse :

La partie basse du site de Owni

Au final, nous sommes bien d’accord pour dire que l’important est la qualité du contenu et non la présentation. Ceci étant dit, je ne me risquerais pas à dire que le site d’Owni est mieux que celui du Huffington Post dans la mesure où tout est affaire de goût. Mais bon… j’ai quand même une forte préférence !

Normalement une nouvelle version du site de L’Express (auquel j’avais contribué il y a quelques années) devrait sortir la semaine prochaine, peut-être apporteront-ils des solutions en terme de lisibilité / densité…

Pottermore pourra-til réconcilier le grand public et les annonceurs avec les environnements virtuels ?

J’ai déjà eu de nombreuses occasions de me lamenter sur la mauvaise presse que subissent les univers virtuels, pourtant des milliards d’internautes s’amusent tous les jours dans des pseudo-univers virtuels au travers des plateformes sociales pour enfants ou des social games (Quel est l’héritage de Second Life ?). Bref, la grande question est : quand le grand public va-t-il comprendre que les environnements virtuels ne sont pas réservés aux excentriques ? Une fois que le grand public aura levé les inhibitions relatives aux univers virtuels (suite au traumatisme causé par Second Life), les annonceurs s’y intéresseront également, donc les investissements vont augmenter, donc les éditeurs pourront produire des environnements beaucoup plus sophistiqués qui attireront plus de monde…

Plus je réfléchis à ce paradoxe (il n’y a jamais eu autant de détracteurs et d’utilisateurs des univers virtuels) et plus je me dis qu’un environnement virtuel massivement grand public et fédérateur comme Pottermore pourrait débloquer la situation. Pottermore est en effet un site web construit autour de l’univers de Harry Potter. Dans les faits, il s’agit d’une plateforme sociale à mi-chemin entre univers virtuel et communauté qui permet d’assurer la transition entre les livres en fin de vie et leur future version numérique. Pour le moment le service est en beta restreinte avec un petit million de testeurs, et nous ne savons toujours pas quelle sera la date d’ouverture officielle.

Les premiers retours sur l’univers sont globalement positifs, même si ce dernier peine à trouver sa place en terme de positionnement. L’univers se veut ainsi accessible à tous (enfants comme adulte) et proposer un gameplay universel qui repose sur de l’exploration et des phases de jeu très faciles à prendre en mainPottermore, les premiers pas sur le site de J K Rowling.

Concrètement, Pottermore est donc un site web où il vous faut créer un profil pour vous mettre dans la peau d’un étudiant de l’école des sorciers. Les joueurs sont ainsi amenés à revivre l’histoire dès le début :  réception de la convocation, voyage dans le Hogward Express, arrivée à l’école et attribution d’une maison, achat de fournitures…

Pottermore_Hogwarts-Express

L’univers en lui-même est assez directif puisque les joueurs devront suivre à la lettre le cheminement du héros au travers de différentes scènes interactives où il leur faudra cliquer sur l’écran pour obtenir des informations et récolter des objets à la manière d’un point&click :

Pottermore_Kitchen

Les différentes scènes reprennent les passages du livre et sont agrémentées de notes de l’auteur, un peu comme les bonus d’un DVD :

pottermore_Thoughts

Des mini-jeux sont proposés pour pouvoir gagner des points d’expérience comme la préparation d’une potion qui nécessite la collecte de nombreux ingrédients :

pottermore_potion

Les joueurs seront bien évidemment amenés à s’entraîner à lancer des sorts et à affronter d’autres apprentis-sorciers :

Pottermore_Spell

L’univers n’est qu’en phase beta, donc il est loin d’être achevé, mais l’on devine déjà quelle sera sa tonalité et surtout sa proximité avec les livres : Pottermore, textes inédits de J.K. Rowling, duels, potions et sortilèges. Il y aura visiblement des mini-jeux ajoutés au fur et à mesure, mais l’essentiel de la richesse se situe dans les scènes et les contenus additionnels proposés.

Pottermore_Christmas

La dynamique communautaire repose elle aussi sur la narration. Chaque joueur possède un profil public où l’on peut consulter leur progression dans l’univers, les objets qu’ils ont collectés, leurs points… Les joueurs peuvent envoyer des invitations à des amis ou en trouver des nouveaux au sein de leur maison ou en fonction de leur progression dans l’aventure.

Pottermore_Gateway

Pour le moment il n’y a pas vraiment d’espaces de discussion, mais on se doute que les salles communes des quatre maisons seront exploitées pour favoriser les interactions sociales. Il y a également une sorte de compétition naturelle entre les maisons qui va nécessairement s’intensifier avec les épreuves sportives (pas encore disponibles).

pottermore_hall

Comme vous l’avez compris, Pottermore est un environnement virtuel assez riche, mais qui n’est pas un produit fini en lui-même. Comprenez par là que l’environnement virtuel est le socle qui sert à relier entre eux les différents produits de la franchise (livres, films, jeux, ebooks…). La communauté est ainsi là pour vous inciter à passer plus de temps dans cet environnement et à vous plonger encore plus dans l’univers. Pour en savoir plus, je vous recommande le blog officiel ou la section dédiée de la Gazette du Sorcier.

Pottermore n’est donc pas un environnement isolé, mais la dernière pierre d’un plan d’ensemble très vaste. Il y a de très fortes spéculations sur ce que proposeront els versions électroniques des livres, mais connaissant les capacités limitées des liseuses (malgré le format ePub 3) et le coût de production d’applications éditorialiées, il y a toutes les chances pour que les ebooks se contentent de délivrer des incitations à vous rendre sur Pottermore ou pour acheter les différents produits dérivés. Le problème est que les liseuses électroniques sont des environnements très fermés que même une franchise comme Harry Potter ne pourra pas déverrouiller (Harry Potter And Pottermore Could Force Amazon To Open Up The Kindle). Au final, l’univers aura plus d’importance que les ebooks qui seront des produits d’appel pour convertir les lecteurs en apprentis sorciers et les inciter à acheter le reste des produits dérivés.

L’univers de Harry Potter n’est pas compatible avec le placement de produits, mais des franchises plus modernes pourraient s’appuyer sur le succès probable de Pottermore pour populariser le concept de produits culturels transmédia et permettre à l’industrie du livre de sortir de son impasse : Pottermore, Future of publishing or Club Penguin for Potter fans?.

Une fois que des centaines de millions de fans auront rejoint la plateforme, les annonceurs cesseront de regarder les univers virtuels avec condescendance (« Second Life était une connerie, maintenant c’est Facebook« ) et se rendront compte de leur réel potentiel en termes d’immersion, de rétention et de transformation. Vivement la sortie officielle !