Le retour de la revanche du contenu

Avec l’avènement des médias sociaux, on a voulu nous faire croire que le contenu était mort et que la communauté allait générer ses propres contenus et s’auto-alimenter. J’ai déjà eu l’occasion de m’exprimer sur cette vision très restrictive (De la qualité des contenus sur Facebook) et l’actualité récente semble me donner raison.

Vague d’acquisitions pour les blogs et usines à contenu

Première preuve de la valeur du contenu, les récentes acquisitions de blogs par AOL : Techcrunch.com pour 25 M$ (Why We Sold TechCrunch To AOL, And Where We Go From Here) et HuffingtonPost.com pour 315 M$ (AOL Agrees to Acquire The Huffington Post). Avec ces deux acquisitions, AOL complète donc son impressionnante collection de blogs à gros volume (Engadget, Autoblog…).

La galaxie de blogs d'AOL

Pourquoi un géant des médias montre-t-il un si grand intérêt pour des blogs ? Tout simplement parce qu’AOL valorise le contenu de qualité et sait évaluer le potentiel d’affaires que cela représente.

Autre signe de l’intérêt du marché pour le contenu, la récente introduction en bourse de DemandMedia. Pour ceux qui ne connaissent, DemandMedia est ce que les détracteurs appellent une “usine à contenu”, ils produisent du contenu au kilomètre pour pouvoir nourrir des portails et squatter les pages de résultats des moteurs de recherche. Un modèle intéressant qui a su séduire de nombreux clients, mais laisse quand même dubitatif : Content Farms 2.0, Can Robots Help Write the News?. Toujours est-il que les moteurs en question ne sont pas dupes et travaillent activement à réduire la visibilité des “sites de basse qualité” : Google Search and search engine spam.

iPad = nouveau chouchou des éditeurs

Autre fait marquant de ces dernières mois : la ruée vers l’iPad qui est vu par les éditeurs comme la nouvelle plateforme de distribution et monétisation de leurs contenus. Certains grands éditeurs US et suédois ont été pionniers (à l’image de Condé Nast ou Bonnier), d’autres ont préféré attendre et lancer des projets plus ambitieux comme le magazine Project de Virgin ou TheDaily de NewsCorp.

L'écran d'accueil de The Daily sur iPad

Pour le moment tout le monde est en train de chercher le bon modèle économique (prix, système d’abonnement et de fidélisation…), mais le potentiel est bien réel. De plus, la distribution de magazines d’information sur l’iPad n’est qu’un début puisqu’il existe de nombreuses autres configurations de marché en fonction des types de contenu (Une seconde vie pour les contenus digitaux grâce à l’iPad ?) et des supports (notamment les e-readers).

L’iPad est donc un canal de distribution / monétisation viable. Vous voulez une preuve de plus ? Apple nous en fournit une belle avec son système d’abonnement pour les éditeurs de contenu. En résumé : iTunes va proposer aux utilisateurs d’iPad un système d’abonnement à des contenus moyennant une commission de 30%. Les éditeurs ont toujours la possibilité de vendre des abonnements grâce à leur site web, mais les transactions qui passent par iTunes seront ponctionnées de la marge d’Apple. Inutile de vous offusquer quand à cette posture très dirigiste de la firme de Cupertino, Amazon en fait de même avec le Kindle (Apple’s Big Subscription Bet: Brilliant, Brazen, Or Batsh*t Crazy?).

Là encore, nous avons la preuve que le contenu représente une réelle valeur que les industriels se disputent. Cette situation peut vous sembler malsaine dans la mesure où les éditeurs sont coincés entre le marteau et l’enclume (respectivement Apple et Amazon), mais la situation va se débloquer grâce à la progressive diversification du marché et la montée en puissance de machines concurrentes à l’iPad et au Kindle. D’ailleurs Adobe anticipe déjà ce phénomène avec la mise à disposition d’outils permettant de publier du contenu numérique sous forme d’applications mobiles pour iOS et Android : Adobe’s Digital Publishing Suite is Coming to Android.

Et on reparle des micro-transactions

Nous venons donc de voir que le contenu recommence à être apprécié à sa juste valeur et que les industriels se chamaillent pour verrouiller la chaine de distribution et capter un maximum de revenus sur les tablettes. Mais quid du web “traditionnel” ? Heureusement Google est là pour proposer une solution de monétisation des contenus (Google One Pass) qui va simplifier la vie des éditeurs : Powered By Google Checkout, One Pass Is A Payment System For Content Publishers.

Le principe est de proposer un système d’authentification unique (pour accéder à votre contenu depuis différentes machines) associé à un mécanisme de paiement universel (Google Checkout). Est-ce une bonne chose pour un éditeur d’esquiver Apple et Amazon pour se marier avec Google ? La question mérite d’être posée, car la dépendance entre les éditeurs et le moteur de recherche est déjà très forte (trop ?).

Au final, je pense que le grand gagnant de cette histoire sera le client car il aura à sa disposition des moyens simples pour découvrir, acheter et consommer des contenus numériques. Même si les différents canaux sont verrouillés par une poignée d’industriels, c’est un mal nécessaire pour favoriser le développement des usages et l’installation de nouvelles habitudes de consommation (et notamment les microtransactions). Il a fallu presque 10 ans à Apple pour rééduquer les clients vis-à-vis de la musique en ligne (et les faire accepter de payer plutôt que de télécharger illégalement), j’espère qu’il en faudra moins pour les contenus textuels (actualités, magazines, livres…).

Dans tous les cas de figure, je suis persuadé que le contenu aura sa revanche et sera monétisé à sa juste valeur. Après ça, tout est une question de maitrise des coûts de production (en intégrant la commission des intermédiaires de distribution) pour que l’opération reste rentable.

Bien évidemment nous sommes d’accord sur le fait que les dynamiques sociales et communautaires ne s’opposent pas à la monétisation / distribution du contenu. Au contraire : c’est un levier, pas un frein.

13 commentaires pour: “Le retour de la revanche du contenu”

  1. Merci pour cet article très intéressant.

    Je suis d’accord, même s’il reste du travail ( de l’apprentissage à faire ?) notamment du coté des tablettes ou du micro-paiement, le contenu est plus que jamais important sur Internet (enfin pour moi déjà ;) ).

    Merci encore .

  2. Non, tu as raison, le contenu n’est pas mort, il es même indispensable. Seulement, il va falloir peut-être aller un peu plus loin maintenant et proposer une grille de lecture du contenu.

    Il y a en effet une immense différence entre un lolcat, un billet publi-redac de blogueur, un article rapide de journaliste pressé et une analyse poussée de journaliste sérieux, sans compter des infographies d’origines multiples, des sites experientiels de marques, et des vidéos à gogo. Et pourtant tout ça rentre dans la case “contenu”.
    Non le contenu de Cheezburger (la boite) n’est pas celui de Nike. Et pourtant, il ne génère pas moins de valeur même si ce n’est pas la même.

    Généraliser tout ça dans la case “contenu” ne fera que rendre confus leurs usages. Il est donc temps de classer, d’organiser ces différents types de contenus utiles pour les marques pour pouvoir enfin établir des règles d’usage.
    Qui s’y colle ?

  3. Petite erreur d’importance, c’est 315 millions pour le HuffPo, pas 135 ;)

  4. Article très intéressant comme toujours !

    Hors-sujet, j’en ai conscience mais : on a le droit de s’offusquer !
    Justifier une marge de 10 à 30% pour un service de facturation à travers un médium, si novateur soit-il, (tablet, compte google, compte facebook) est un peu abusif. Paypal ne réclame pas autant. Quels sont les services supplémentaires fournit par Apple ou Google avec One Pass :

    – l’hébergement ? : le contenu n’est pas hébergé par Google ou Apple mais par l’éditeur (peut-être est-ce différent pour Amazon ? je ne sais pas)

    – un valorisation du contenu (appâter le chaland) ? : aucun portail n’est réellement prévu par ces deux sociétés pour valoriser le contenu payant (ce sont les éditeurs qui s’en chargent) (à la rigueur Google avec son moteur de recherche et Adwords)

    Il ne s’agit ni plus ni moins que d’un marge excessive sur un nouveau mode de payement.

    Je ne connais pas suffisamment Facebook pour m’étendre sur leur cas, mais eux au moins participent à la valorisation/mise en avant du contenu payant (indirectement par les utilisateurs eux même)

  5. @ Cyroul > Oui tout à fiat, il y a “contenu” et “contenu”. A quand une classification ?

    @ Cédric > Merci pour la précision, c’était une faute de frappe.

    @ lecucurbitacee > 30% de marge correspond à la prime empochée par le premier à se lancer sur le marché avec une offre cohérente et séduisante.

  6. Excellent article, à force de lire à tout va, dès que je pose ma souris ici c’est zen et y’a du fond. Bravo. et je rejoins @Cyroul sur ce qu’il évoque. Le contenu est là and so what ? What’s next step ? Je connais la réponse :) mais pas sur qu’elle est sa place ici (veille, tri etc…)

  7. Bonjour Frédéric,
    Merci de ce mise au point !
    Y a-t’il quelqu’un qui a cru bon de penser un jour que le contenu ne servait à rien ou qu’il n’avait aucune valeur !!!!!!!!
    C’est un actif à évaluer, classer (voir la taxinomie proposée et les efforts de standardisation des normes), à gérer, à expurger, à détruire, à conserver, à pérenniser,…, selon les cas.
    Et au fait, il est où le “curator” ?????? mais c’est un autre débat !
    Loin de cette dernière petite provocation, encore merci et en ce qui me concerne j’ai toujours porté plus d’intérêt aux contenus qu’aux contenants ! ;D

  8. Article intéressant en effet. Je rejoins également Cyroul pour ce qui est de l’importance de la classification. Internet est une usine à gaz en terme de contenu et on se doit d’en faire une bibliothèque propre et accessible via ces nouveaux supports. La question est : le budget sera-t-il gage de qualité du contenu ? C’est loin d’être sûr…

    http://www.facebook.com/home.php#!/creationdln

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