Archives pour le mois février 2011

Etat de l’art des interfaces riches

Voilà plus de 6 ans que je parle des interfaces riches sur ce blog (en fait depuis la première année). Au cours de cette période, il s’est passé beaucoup de choses et les usages se sont fortement diversifiés et intensifiés. Je souhaiterais aujourd’hui faire un tour d’horizon des interfaces riches pour plusieurs raisons :

  1. Parce que les interfaces riches existent depuis plus de 10 ans et sont indissociables de l’internet ;
  2. Parce qu’il y a toujours ce très désagréable débat de fond sur HTML5 qui va remplacer Flash (une belle ineptie : Pourquoi HTML5 et Flash ne peuvent être comparés) ;
  3. Parce que l’on en parle trop peu et que le sujet est néanmoins délicat à traiter ;
  4. Parce que je suis en train de finaliser une formation sur ce sujet : Interfaces riches, quelles opportunités pour votre marque ou votre activité.

Bref, j’ai envie de mettre les interfaces riches à l’honneur. Mais commençons par le commencement…

Définition et historique

Lancé en 1996 par Macromedia, Flash est la technologie la plus emblématique des interfaces riches. Cela fait donc 15 ans que les interfaces riches existent. Le terme « Rich Internet Application » est par contre plus jeune puisqu’il a été introduit pour la première fois en mars 2002 (on utilisait également les termes « client riche« , « client léger« , « client web« …).

Pour bien comprendre ce que sont les interfaces riches, intéressons-nous d’abord à ce qu’elles ne sont pas. Les interfaces pauvres désignent ainsi les pages web statiques composées de textes ou d’images. N’y voyez pas un quelconque jugement de valeur, des sociétés comme Amazon ou Ebay ont gagné des milliards de dollars avec des pages web composées exclusivement de textes, images, tableaux et formulaires.

Il est également important de ne pas opposer interfaces riches et pages HTML : les interfaces riches sont un complément du HTML, pas un substitut. Les interfaces riches sont ainsi des modules encapsulés dans des pages HTML. Donc dans tous les cas de figure, les interfaces riches ne remplacent pas le HTML, elles le complètent, l’enrichissent.

La définition communément admise est que ce sont des interfaces web qui proposent les mêmes fonctionnalités et la même expérience qu’une application traditionnelle, mais je trouve cette vision trop restrictive, car elle se limite à l’aspect applicatif. Nous en venons donc à ma définition : Les interfaces riches sont des interfaces web offrant plus de possibilités d’affichage et de manipulation que les pages web traditionnelles. Cette définition englobe donc des usages plus vastes dont le rich media. Mais cela n’empêche pas les éditeurs de solutions de présenter les interfaces riches comme une alternative très intéressante aux applications classiques.

Vous noterez également que ma définition ne mentionne pas explicitement les navigateurs web. Et pour cause, les interfaces riches se scindent en deux grandes familles :

  • Les Rich Internet Applications (RIA) qui sont exécutées dans le navigateur ;
  • Les Rich Desktop Application (RDA) qui sont lancées depuis le bureau.

Autant les RIAs restent confinées dans votre navigateur, autant les RDAs sont indépendantes de ce dernier et sont lancées depuis le menu « Démarrer » ou un raccourci. Elles se comportent donc comme des applications natives et ne sont pas installées sur le système d’exploitation mais sur une couche intermédiaire (la machine virtuelle). Cette différence entre RIA et RDA est subtile, mais peut parfois être confusante à l’image de logiciels qui peuvent être exécutés indifféremment dans votre navigateur ou sur votre bureau comme Balsamiq ou le Project Rome.

Il y a quelques années j’avais rédigé un article pour expliquer ces différences types d’interfaces riches: 10 ans d’évolution des interfaces web au service de l’expérience utilisateur. Même si certaines technologies ont disparu ou évolué, le schéma d’ensemble est toujours valide :

Comparaison des différents types d'interfaces riches

Nous en venons donc à la grande question : les interfaces riches sont-elles mieux que les interfaces pauvres ?

Pourquoi utiliser les interfaces riches ?

En fait la question de la supériorité des interfaces riches est subjective : mieux par rapport à quoi ? Comme avec toute technologie informatique, tout est une question de contexte et de contraintes. Les interfaces riches sont plus sophistiquées, mais plus lourdes qu’une page HTML. Elles sont plus puissantes, mais plus complexes. Elles sont plus performantes, mais plus risquées.

Il existe de nombreux avantages et inconvénients à utiliser les interfaces riches, mais nous pouvons néanmoins isoler 3 motivations principales :

  • Afficher des contenus multimédia (vidéos, musiques, animations…) ;
  • Offrir une expérience utilisateur plus sophistiquée ;
  • Proposer un outil de travail plus performant.

Autant il ya quelques années la question avait son importance, autant maintenant les interfaces riches sont partout, sous la forme de modules enrichis exploitant différentes technologies (javascript, Flash…). Les sites de commerce en ligne font ainsi un usage quasi-systématique des interfaces riches : Différentes interfaces riches pour différentes fonctions.

Les interfaces riches appliquées au commerce en ligne

La question à laquelle vous devez donc répondre est plus de savoir si telle interface ou tel module mérite un enrichissement en fonction du contexte (vos cibles, vos contraintes…). Il n’existe pas de méthode universelle pour savoir quand une interface riche est plus appropriée qu’une page HTML classique, encore une fois tout est question de contexte, il n’y a pas de bon ou mauvais choix.

Nous pouvons cependant isoler quatre grandes familles d’usages où les interfaces riches sont particulièrement bien adaptées :

Les quatre grandes familles d'usages des RIAs

Ce panorama des usages n’est pas forcément exhaustif, mais il dresse un tableau assez complet de ce pour quoi les interfaces riches sont conçues. Il vous est toujours possible de faire ce que vous voulez avec les RIAs (pourquoi pas un site textuel en Flash) mais il est toujours préférable de choisir la bonne technologie pour le bon usage. Ce qui me fait une parfaite transition avec la suite…

Quelles technologies pour quels usages ?

Le moins que l’on puisse dire est que les gros éditeurs sont particulièrement actifs pour promouvoir leurs technologies. Les grands acteurs ainsi présent sont les suivants :

  • Adobe avec Flash/Flex mais aussi AIR et l’OpenScreen Project ;
  • Microsoft avec Silverlight et WindowsClient (WPF et Windows Forms) ;
  • Google avec GWTNaClO3D et différents sites d’évangélisation de javascript comme Chrome Experiments ou 20ThingsILearned ;
  • Sun, Oracle et IBM qui sont les grands promoteurs de Java et des technologies qui vont avec ;
  • Apple qui se fait très discret mais exploite son format Quicktime ainsi qu’un framework javascript (Gianduia) ;
  • Le W3C qui oeuvre à standardiser tout ça et à faire évoluer les spécifications au travers des ses groupes de travail.

Je ne rentrerais pas dans une explication laborieuse sur les intérêts croisés de ces différents éditeurs, mais je pense ne pas me tromper en disant que les enjeux sont de taille et qu’aucun des acteurs cités plus haut ne sont à considérer comme bienfaiteur ou néfaste (la réalité est plus contrastée).

Toujours est-il qu’il existe un sacré nombre de technologies et qu’il est parfois difficile de s’y retrouver. Je vous propose donc cette classification des différentes familles technologiques liées aux interfaces riches :

Les familles technologiques des interfaces riches

Deux précisions importantes : ce panorama n’est pas exhaustif ; il existe des subtilités qui empêchent le rattachement de certaines technologies à telle ou telle famille (notamment XUL, OpenLaszlo, NativeClient, XForms) mais j’ai fait le choix de la simplification pour ne pas compliquer le travail d’évangélisation. Si vous avez une meilleure classification, n’hésitez pas à la mentionner dans les commentaires.

Le choix d’une technologie par rapport à une autre est encore une fois question de contexte : en fonction des ressources disponibles, de l’historique du projet et de son héritage, des contraintes, du budget et des délais… Il existe une infinité de critères, mais souvenez-vous qu’il n’y a pas de mauvais choix, juste des compromis.

Les nouveaux facteurs à prendre en compte

Autant il y a trois ans le choix se résumait à choisir entre Flash et Ajax, autant la situation est nettement plus compliquée aujourd’hui. Et ceci pour plusieurs raisons :

  • Les navigateurs récents sont de plus en plus performants (Chrome, Opera et Firefox se battent à coup de benchmarks) et permettent aux interfaces riches et applications réalisées en javascript de rivaliser avec les RIAs plus « lourdes » (réalisées en Flash, Silverlight…) en terme de stabilité et de rapidité d’exécution. De même, le W3C et les industriels du web (Google, Apple…) ont fait de gros efforts pour promouvoir HTML5 ainsi que CSS3 et inciter les éditeurs à mieux exploiter les opportunités offertes (cf. CSS3 et javascript seront-elles les technologies RIA du future ?). Les technologies standards du web rentrent maintenant en concurrence avec les technologies propriétaires pour la réalisation d’enrichissements de premier niveau (transitions, petites animations, effets graphiques…). Et ne pensez pas qu’Internet Explorer va se laisser facilement distancer par ses concurrents, car Microsoft s’apprête à lancer IE9 qui devrait leur permettre de rattraper une bonne partie de leur retard (avec notamment un bien meilleur support de HTML5 et CSS3).
  • Les smartphones et terminaux alternatifs prennent une place toujours plus importante dans nos usages quotidiens et notre consommation des services et contenus en ligne (cf. 2011, l’année du point de bascule). Il convient donc d’intégrer cette contrainte dans votre choix dès le départ et de réfléchir aux meilleurs moyens d’exploiter les opportunités offertes par ces terminaux.
  • Une très grosse bataille est en cours sur les codecs utilisés pour diffuser de la vidéo avec HTML5. Ce point rejoint les deux précédents, ou plutôt cristallise les tensions liées à l’exploitation de la vidéo en ligne (énorme marché) sur les terminaux alternatifs (smartphones, tablettes, TV connectées…). En fait, les enjeux de cet affrontement sont tellement importants que ce sujet mérite d’être isolé.

Rajouter à cela les contraintes d’accessibilité, de référencement, d’utilisabilité, de ROI, de performances, de disponibilité des ressources… et vous aurez un contexte extrêmement complexe à maitriser. Est-ce une mauvaise nouvelle ? Non pas du tout, car si ce sujet est aussi complexe, c’est qu’il est au coeur de l’internet et du quotidien des utilisateurs. En d’autres termes : Bien appréhender les enjeux liés aux interfaces riches conditionne le succès de votre présence sur le web.

Le retour de la revanche du contenu

Avec l’avènement des médias sociaux, on a voulu nous faire croire que le contenu était mort et que la communauté allait générer ses propres contenus et s’auto-alimenter. J’ai déjà eu l’occasion de m’exprimer sur cette vision très restrictive (De la qualité des contenus sur Facebook) et l’actualité récente semble me donner raison.

Vague d’acquisitions pour les blogs et usines à contenu

Première preuve de la valeur du contenu, les récentes acquisitions de blogs par AOL : Techcrunch.com pour 25 M$ (Why We Sold TechCrunch To AOL, And Where We Go From Here) et HuffingtonPost.com pour 315 M$ (AOL Agrees to Acquire The Huffington Post). Avec ces deux acquisitions, AOL complète donc son impressionnante collection de blogs à gros volume (Engadget, Autoblog…).

La galaxie de blogs d'AOL

Pourquoi un géant des médias montre-t-il un si grand intérêt pour des blogs ? Tout simplement parce qu’AOL valorise le contenu de qualité et sait évaluer le potentiel d’affaires que cela représente.

Autre signe de l’intérêt du marché pour le contenu, la récente introduction en bourse de DemandMedia. Pour ceux qui ne connaissent, DemandMedia est ce que les détracteurs appellent une « usine à contenu », ils produisent du contenu au kilomètre pour pouvoir nourrir des portails et squatter les pages de résultats des moteurs de recherche. Un modèle intéressant qui a su séduire de nombreux clients, mais laisse quand même dubitatif : Content Farms 2.0, Can Robots Help Write the News?. Toujours est-il que les moteurs en question ne sont pas dupes et travaillent activement à réduire la visibilité des « sites de basse qualité » : Google Search and search engine spam.

iPad = nouveau chouchou des éditeurs

Autre fait marquant de ces dernières mois : la ruée vers l’iPad qui est vu par les éditeurs comme la nouvelle plateforme de distribution et monétisation de leurs contenus. Certains grands éditeurs US et suédois ont été pionniers (à l’image de Condé Nast ou Bonnier), d’autres ont préféré attendre et lancer des projets plus ambitieux comme le magazine Project de Virgin ou TheDaily de NewsCorp.

L'écran d'accueil de The Daily sur iPad

Pour le moment tout le monde est en train de chercher le bon modèle économique (prix, système d’abonnement et de fidélisation…), mais le potentiel est bien réel. De plus, la distribution de magazines d’information sur l’iPad n’est qu’un début puisqu’il existe de nombreuses autres configurations de marché en fonction des types de contenu (Une seconde vie pour les contenus digitaux grâce à l’iPad ?) et des supports (notamment les e-readers).

L’iPad est donc un canal de distribution / monétisation viable. Vous voulez une preuve de plus ? Apple nous en fournit une belle avec son système d’abonnement pour les éditeurs de contenu. En résumé : iTunes va proposer aux utilisateurs d’iPad un système d’abonnement à des contenus moyennant une commission de 30%. Les éditeurs ont toujours la possibilité de vendre des abonnements grâce à leur site web, mais les transactions qui passent par iTunes seront ponctionnées de la marge d’Apple. Inutile de vous offusquer quand à cette posture très dirigiste de la firme de Cupertino, Amazon en fait de même avec le Kindle (Apple’s Big Subscription Bet: Brilliant, Brazen, Or Batsh*t Crazy?).

Là encore, nous avons la preuve que le contenu représente une réelle valeur que les industriels se disputent. Cette situation peut vous sembler malsaine dans la mesure où les éditeurs sont coincés entre le marteau et l’enclume (respectivement Apple et Amazon), mais la situation va se débloquer grâce à la progressive diversification du marché et la montée en puissance de machines concurrentes à l’iPad et au Kindle. D’ailleurs Adobe anticipe déjà ce phénomène avec la mise à disposition d’outils permettant de publier du contenu numérique sous forme d’applications mobiles pour iOS et Android : Adobe’s Digital Publishing Suite is Coming to Android.

Et on reparle des micro-transactions

Nous venons donc de voir que le contenu recommence à être apprécié à sa juste valeur et que les industriels se chamaillent pour verrouiller la chaine de distribution et capter un maximum de revenus sur les tablettes. Mais quid du web « traditionnel » ? Heureusement Google est là pour proposer une solution de monétisation des contenus (Google One Pass) qui va simplifier la vie des éditeurs : Powered By Google Checkout, One Pass Is A Payment System For Content Publishers.

Le principe est de proposer un système d’authentification unique (pour accéder à votre contenu depuis différentes machines) associé à un mécanisme de paiement universel (Google Checkout). Est-ce une bonne chose pour un éditeur d’esquiver Apple et Amazon pour se marier avec Google ? La question mérite d’être posée, car la dépendance entre les éditeurs et le moteur de recherche est déjà très forte (trop ?).

Au final, je pense que le grand gagnant de cette histoire sera le client car il aura à sa disposition des moyens simples pour découvrir, acheter et consommer des contenus numériques. Même si les différents canaux sont verrouillés par une poignée d’industriels, c’est un mal nécessaire pour favoriser le développement des usages et l’installation de nouvelles habitudes de consommation (et notamment les microtransactions). Il a fallu presque 10 ans à Apple pour rééduquer les clients vis-à-vis de la musique en ligne (et les faire accepter de payer plutôt que de télécharger illégalement), j’espère qu’il en faudra moins pour les contenus textuels (actualités, magazines, livres…).

Dans tous les cas de figure, je suis persuadé que le contenu aura sa revanche et sera monétisé à sa juste valeur. Après ça, tout est une question de maitrise des coûts de production (en intégrant la commission des intermédiaires de distribution) pour que l’opération reste rentable.

Bien évidemment nous sommes d’accord sur le fait que les dynamiques sociales et communautaires ne s’opposent pas à la monétisation / distribution du contenu. Au contraire : c’est un levier, pas un frein.

Mes 3 sites coup de coeur (février 2011)

Voici une nouvelle sélection de sites qui ont retenu mon attention ce moi-ci.

Commençons avec Pentagram, une agence de design US :

Le site de l'agence Pentagram

Une approche minimaliste très engagée pour cette page d’accueil qui met en valeur le travail de l’agence. La grille de lecture est parfaitement proportionnée et le choix des couleurs restreint au strict minimum (noire et rouge). La large barre de défilement horizontale (en haut d’écran) posée sur son « rail » donne une indication claire sur le fonctionnement de la page.

Poursuivons avec Heartbreaker Fashion, une boutique vintage :

La page d'accueil de la boutique Heartbreaker Fashion

J’adore les proportions de cette page d’accueil avec un header qui respire bien, une très large zone centrale et une sélection de produits en dessous de la limite de visibilité. J’apprécie également la position centrale du logo ainsi que du moteur de recherche. Je ne ferais pas de commentaires sur le choix des couleurs (très rose), mais vous noterez le très bon travail réalisé sur les textures et embellissements divers.

Terminons avec RentJuice, une marketplace de propriétaires :

La page d'accueil de RentJuice

Oui je sais, vous avez l’impression d’avoir déjà vu ce type de page des dizaines de fois, mais ce n’est pas grave, car j’apprécie toujours autant la promesse et sa baseline, les zones de respiration, les trois niveaux bien contrastés, la position idéale du formulaire et l’arrondi des onglets. Vous noterez également des petits détails sympas comme le double carrousel de la section « What we do » et le ruban torsadé de la capture d’écran.

La suite le mois prochain.

2011, l’année de la désillusion ?

2010 aura été une année riche en nouveautés et en expérimentations. J’ai déjà eu l’occasion de partager avec vous mon enthousiasme quant à cette nouvelle année 2011 où les tendances vont se concrétiser et les marchés émergents vont croitre significativement. La contre-partie de cette maturation va par contre se traduire par une désillusion généralisée sur de nombreux domaines. La raison est toute simple : tout changement ou innovation s’accompagne forcément de fausses promesses ou d’attentes exagérées, ceci est valable pour un certain nombre de domaines comme les médias sociaux, l’entreprise 2.0, le commerce en ligne, les terminaux mobiles…

J’anticipe donc une année 2011 plus réaliste avec des projets moins opportunistes et plus à même de créer de la valeur plutôt que de jouer sur l’effet d’annonce (« regardez ma nouvelle application HTML5 de curation pour l’iPad« ).

Médias sociaux, une inévitable bulle des attentes

J’ai déjà évoqué la bulle des médias sociaux dans mes prédictions 2011 : non pas une bulle spéculative, mais plutôt une bulle des attentes vis-à-vis de ce que le social marketing peut apporter à une marque. Les médias sociaux sont en effet un formidable terrain d’expression et d’échange pour les marques souhaitant entrer en conversation avec leurs clients / prospects dans le but de développer des interactions sociales de proximité et d’améliorer l’offre. Le problème est que l’on voit encore beaucoup trop d’opérations et campagnes dont l’unique but semble être de générer du buzz (ou de faire croire qu’il y a eu un buzz) : Trop de buzz et pas assez de dialogues.

2011 va, selon moi, être l’année du « Et après ?« . De nombreuses marques ont créé leur page Facebook, ouvert des comptes Twitter et diffusé des vidéos virales. OK, et après ? Rassurez-vous, il y a un après, mais il n’existe pas de formule magique : la maturation de la présence d’une marque sur les médias sociaux passera par un douloureux processus menant à une remise en question, plus de transparence, l’acquisition d’une plus grande souplesse dans les processus et offres, l’amélioration de la qualité du service…

Dans le cas des médias sociaux, plusieurs facteurs sont à l’origine de la désillusion :

  • Un grand nombre de prestataires peu scrupuleux prêts à faire n’importe quelle promesse pour remporter des budgets ;
  • Des médias classiques (TV, radio, presse) très maladroits dans leur façon d’aborder les médias sociaux et de les présenter au public ;
  • Des annonceurs un peu désemparés (face à un phénomène à la croissance spectaculaire) qui doivent monter des actions « commando » sous la pression d’actionnaires ou de DG trop impatients de prendre leurs concurrents directs de vitesse.

Attendez-vous donc à définir des objectifs plus réalistes et à surtout mettre en place une feuille de route précise pour structurer votre présence sur les médias sociaux et vous y installer de façon durable. En résumé : moins de buzz et plus de conversations.

Entreprise 2.0, où sont les bénéfices tangibles à la collaboration ?

Les pratiques et outils associés à l’Entreprise 2.0 ont également été générateurs de moults promesses et attentes concernant la circulation de l’information, la productivité et la créativité des équipes. J’avais été parfaitement explicite dans mon article fondateur rédigé en 2007 (Qu’est-ce que l’Entreprise 2.0 ?) : il ne suffit pas d’installer les outils, toute dynamique de collaboration doit s’accompagner d’un changement de mentalités / habitudes de travail ainsi que des référentiels d’évaluation et leviers de stimulation des collaborateurs.

J’entends autour de moi beaucoup trop de projets de réseau social interne qui ne prennent pas, car les collaborateurs n’y trouvent pas leur intérêt. Et pour cause : la collaboration se fait au détriment de la performance individuelle. Tant que les collaborateurs seront évalués et rémunérés en fonction d’objectifs quantitatifs individuels, les projets de plateformes collaboratives ou de capitalisation sont voués à l’échec.

Là encore il n’y a pas de mystère : la conduite du changement est un facteur décisif dans la mise en place de pratiques collaboratives. Les outils sont une composante nécessaire, mais pas suffisante.

E-commerce, pas si simple de se démarquer

L’année 2010 aura été une année record pour le commerce en ligne : Bilan du E-commerce 2010. Mais ne vous laissez pas berner par ces chiffres, car la vie n’est pas rose pour les marchands en ligne. Leur quotidien est en effet une lutte incessante contre des marges toujours plus serrées et un coût d’acquisition de trafic toujours plus élevé. La réalité du terrain est la suivante : il est plus compliqué d’ouvrir une boutique en ligne qu’une boutique physique. Quels que soient les produits que vous vendez ou la niche que vous ciblez, la compétition est acharnée et les parts de marché sont très dures à acquérir et conserver. Il existe bien quelques succes stories sur des petits marchands qui ont vu leurs ventes exploser grâce aux médias sociaux et au bouche à oreille, mais ne rêvez pas : ça ne fonctionnera pas pour vous. Ou du moins, la construction d’une communauté avec une composante marchande se fera sur la durée et ne vous permettra pas d’atteindre rapidement un volume de ventes conséquent.

Vous pourriez également me citer le cas des local deals et du succès phénoménal de Groupon. OK et alors ? Il existe des dizaines de clones de Groupon qui dépensent des sommes colossales pour se partager ce petit marché. Non seulement Groupon est devenu un mastodonte, mais le géant Amazon est également rentré dans la danse avec le rachat de LivingSocial.

Moralité : Là encore il n’y a pas de mystère, il faut ramer pour exister. Et ce n’est pas parce que vous avez une page Facebook ou un beau carrousel en Flash sur votre page d’accueil que ça va être plus simple.

Smartphones, un marché encore restreint qui va souffrir de la fragmentation

Voilà plus de 10 ans que l’on nous parle de l’internet mobile. Après des débuts chaotiques au début des années 2000, le marché des services mobiles est enfin en voie de maturation. « En voie de maturation » veut dire que nous n’en sommes encore qu’au tout début. La réalité du marché est la suivante : sur les 55 millions de téléphones mobiles en circulation, seule une petite quantité est réellement capable de consommer des contenus et services en ligne. Les parts de marché des OS mobiles sont en effet très significatives : les possesseurs de smartphones ne représentent qu’une toute petite partie de la population.

Il y a certes eu près de 4 millions d’iPhone vendus en France, mais le renouvellement participe beaucoup à la surévaluation de ce créneau (on parle d’à peine 1,5 M d’utilisateurs actifs d’iPhone). De même, on nous parle beaucoup d’Android, mais les smartphones équipés de l’OS de Google ne sont pas tous égaux et ne sont donc pas à traiter comme un sous-ensemble homogène.

Vous avez lancé une application iPhone l’année dernière ? OK très bien, et après ? Toutes les grandes marques nationales sont déjà présentes sur iTunes, il va donc falloir trouver d’autres leviers de différentiation pour vous démarquer de la concurrence. Une application Android ? Oui pourquoi pas, mais pour quelle version d’Android ? La réalité du marché fait que le « marché » des possesseurs de smartphone est petit à petit en train de se fragmenter entre différents OS (Symbian, iOS, Android, Blackberry OS, Meego, WebOS, Bada…) et différentes versions d’OS.

Là encore, il n’y a pas de mystère : sous-traiter le développement d’une application iPhone à un prestataire spécialisé ne va pas vous aider à aborder sereinement le sujet de la mobilité. Vous devrez mener une réflexion plus profonde sur les véritables besoins des utilisateurs en situation de mobilité (une conversion de votre site web ou boutique en ligne n’est pas forcément pertinente) ainsi que sur la meilleure façon de toucher le plus de monde possible (les applications mobiles en HTLM5 sont une bonne piste).

Touchbooks, la presse en ligne n’est pas encore sauvée

Dans un registre similaire, le lancement en grande pompe de l’iPad en début d’année dernière a suscité les espérances les plus folles concernant la monétisation des contenus. Les touchbooks étaient alors considérés comme la solution ultime à la gratuité des sites web. Producteurs de contenus et éditeurs de presse se sont alors emballés (euphémisme) sur l’appétence du grand public vis-à-vis des applications payantes. Il existe bien des exemples intéressants comme l’application du magazine Wired (qui se vend à 25.000 exemplaires par mois en moyenne), mais il ne suffit pas de proposer une version numérique en téléchargement pour combler la baisse des ventes du papier.

Il y a moins de 500.000 iPad en circulation en France, et tous les possesseurs ne sont pas prêts à payer plusieurs abonnements par mois. Nous verrons bien ce que News Corp va réussir à faire avec le tout nouveau The Daily, mais il n’y a pas de mystère : les utilisateurs ne payeront que pour des contenus de qualité apportant une proposition de valeur différenciante (cf. Une seconde vie pour les contenus digitaux grâce à l’iPad ?).

HTML5 ne remplacera pas Flash (ni HTML)

Dernière nouveauté qui a également engendré beaucoup d’emballement : HTML5. Présenté à tort comme le pourfendeur des technologies propriétaires (avec Flash en ligne de mire), HTML5 est censé être la réponse à tout : vidéo HD, 3D en temps réel, performance des applications en ligne… Mais ce n’est pas parce que nous avons attendu 10 ans cette incrémentation (en passant de la version 4 à la version 5) que le HTML va spontanément régler tous les problèmes de compatibilité, accessibilité, distribution… J’ai déjà eu l’occasion de m’exprimer sur ce débat (Pourquoi HTML5 et Flash ne peuvent être comparés) et je réitère mes propos : l’adoption d’HTML5 comme standard de conception des pages et interfaces web va se faire sur de nombreuses années, années pendant lesquelles la technologie Flash va continuer de progresser.

Il y a également eu le buzz autour de la balise <video> d’HTML5 qui permet de lire nativement des vidéos HD sans passer par un player en Flash. La promesse est belle (se libérer de la dépendance à la chaine de production / distribution d’Adobe), mais la réalité est plus nuancée : Vidéo HTML5, la guerre des codecs est déclarée.

De même, le W3C a récemment dévoilé le logo officiel d’HTML5 (qu’il faut maintenant appeler HTML), signe que cette nouvelle itération de ce langage vient de passer un cap de maturation. La réalité est que c’est avant tout la technologie qui est maintenant mûre (les spécifications) mais pas forcément le marché. Une très grosse partie des utilisateurs utilise encore Internet Explorer qui ne reconnait pas le HTML5. Non seulement cette tranche des internautes est majoritaire, mais elle va mettre des années avant de s’équiper en navigateur de nouvelle génération (Firefox, Chrome ou IE9).

Le grand public se moque pas mal de ce débat d’expert, il a également beaucoup de réticences à changer ses habitudes (et se remettre ainsi en question). J’ai récemment entamé un vaste chantier de refonte graphique de l’ensemble de mes blogs. Cette refonte graphique s’accompagne d’un travail d’optimisation et de remise à niveau du code-source des pages (en HTML5 et CSS3, visible sur FredCavazza.net, MediasSociaux.fr et MarketingVirtuel.fr). J’ai ainsi reçu un grand nombre de messages me disant « votre site ne fonctionne pas« . Si, mes sites fonctionnent, c’est votre navigateur qui n’est pas à jour. Le problème est qu’il est beaucoup plus simple de critiquer le changement plutôt que de l’accepter (« pourquoi devrais-je changer de navigateur alors que le mien fonctionne bien ?« ).

Bref, tout ça pour vous dire que malgré tout le bien que je pense d’HTML5 et des technologies qui vont avec, le marché va mettre plusieurs années avant de se renouveler et de pouvoir en profiter. Donc pas de mystère : il va falloir encore composer avec HTML4 et Flash pendant de nombreuses années.

Pas de mystère, il faut bien travailler

En conclusion, je ne ferai que répéter ce qui est écrit plus haut : suite à l’émergence de nombreuses nouvelles pratiques et technologies, une bulle des attentes s’est formée autour des opportunités promises par des prestataires peu scrupuleux. Cette bulle va fatalement s’effondrer dans un futur proche (probablement cette année) et ramener le marché à la réalité. Au final ce n’est pas une si mauvaise chose, car cela va permettre de faire le ménage dans cette horde d’opportunistes qui entrainent les annonceurs sur des terrains glissants.

J’insiste cependant sur le fait qu’il ne faut pas jeter le bébé avec l’eau du bain. Si nous allons devoir passer par une phase de débisounoursisation (l’abandon d’une vision « bisounours »), les opportunités offertes par les nouveautés / évolutions décrites plus haut sont bien réelles. Elles seront par contre plus complexes à saisir que ce que l’on veut bien admettre. Au travail !

L’actualité des mes autres blogs (janvier 2011)

Premier récapitulatif de l’année pour les articles publiés sur mes autres blogs.

L’actualité du commerce en ligne et des interfaces marchandes sur RichCommerce.fr :

L’actualité du social marketing et des plateformes sociales sur MediasSociaux.fr :

L’actualité des univers virtuels et du v-business sur MarketingVirtuel.fr :

L’actualité des interfaces riches sur InterfacesRiches.fr :

L’actualité de l’entreprise 2.0 et du cloud computing sur Entreprise20.fr :

L’actualité de l’utilisabilité sur SimpleWeb.fr :

L’actualité de la mobilité et des objets communicants sur TerminauxAlternatifs.fr :

La suite le mois prochain.

Calendrier des prochaines formations

La semaine dernière s’est déroulée ma première formation de l’année 2011. Un contenu très dense pour une session qui s’est terminée à près de 19H ! Il faut encore que j’optimise le temps de parole ainsi que ma tonalité mais ça c’est plutôt bien passé. En tout cas je suis plus que motivé pour poursuivre dans cette lancée avec les prochaines sessions :

Je suis également en train de monter le programme d’une formation autour du Marketing virtuel qui se déroulera vraisemblablement le 12 ou 19 mai 2011 à Paris (le programme détaillé sera publié prochainement). En fait ce sont tous les thèmes abordés sur mes différents blogs qui feront l’objet d’une formation au cours de l’année (plus d’infos sur ma page Formations).

Entre la refonte graphique de mes blogs et la mise en place d’une nouvelle organisation autour de ces formations j’ai un peu de mal à gérer mon temps, voilà pourquoi il y a peu d’articles publiés ces derniers temps sur ce blog. Mais tout devrait rentrer dans l’ordre dès la semaine prochaine…