Archives pour le mois avril 2010

Facebook va-t-il révolutionner le web ?

Jeudi dernier a eu lieu la grande conférence annuelle des développeurs Facebook. L’occasion pour Mark Zuckerberg de faire le point sur l’évolution de sa plateforme sociale et de dévoiler ses ambitions pour les prochains mois (à mettre en parallèle avec les annonces récentes de Twitter : Les nouvelles ambitions de Facebook et Twitter). Le moins que l’on puisse dire c’est que les annonces ont été spectaculaires et que l’ambition affichée par Facebook est à la hauteur des géants du web. Peut-on en déduire que Facebook a rejoint les Google, Yahoo!, Amazon dans la cour des Grands du Web ? Oui, en quelque sorte.

À l’ouest, rien de nouveau

Commençons par décortiquer les annonces faites :

  • Implémentation d’OAuth, un standard d’authentification plus robuste que celui précédemment utilisé ;
  • Nouvelle Graph API, pour simplifier la liaison entre un site et les profils/graphs sociaux des visiteurs ;
  • Assouplissement des règles de conservation des données personnelles (les éditeurs de sites pourront maintenant conserver indéfiniment les données en provenance des profils des visiteurs authentifiés) ;
  • Lancement de Open Graph Protocol, un standard ouvert d’enrichissement des profils à travers une fonction « Like » universelle et sémantisée ;
  • Mise à disposition de nombreux social plugins, des widgets pour injecter du Facebook dans votre site (et inversement) ;
  • Montée en puissance de Insights, l’outil de social analytics dont vont pouvoir bénéficier les éditeurs de sites qui vont implémenter les social plugins ;
  • Lancement des Facebook Credits (enfin !) ;
  • Lancement d’une social bar à intégrer dans votre site ;
  • Lancement de Docs.com, une plateforme de collaboration en partenariat avec Microsoft ;
  • Lancement d’une fonction d’Instant Personalization pour faire du SSO sur votre site (nous y reviendrons).

La liste est dense et je vous laisse le soin d’étudier les détails sur le très bon billet de R/WW Fr : Le nouveau Facebook, un guide complet pour les éditeurs, les annonceurs, les utilisateurs et la concurrence.

Oui, ces annonces ont fait sensation. Non, nous n’avons (quasiment) rien découvert car tout ceci avait été plus ou moins annoncé avant et surtout existait déjà chez des concurrents :

Donc non, à l’Ouest il n’y a rien de nouveau, mais tous ces services à l’échelle de Facebook risquent de faire grand bruit…

Facebook a remporté la bataille du web social, mais il y aura un prix à payer

Avec largement plus de 400 millions de membres, 500 millions de V.U. mensuels et plus de 100 millions d’utilisateurs de Connect, Facebook est assurément le poids lourd incontesté des médias sociaux. Pire : L’écart se creuse avec ses concurrents. Si je devais faire une analogie, je dirais que Facebook est en train de devenir pour les réseaux sociaux ce que YouTube et Twitter sont pour le partage de vidéos et le microbloging : des ultra-leaders.

On imagine difficilement comment Facebook pourrait perdre sa position dominante tant les chiffres d’audience parlent en sa faveur. Donc pour le moment, Facebook est le roi sur son créneau : Il fait la pluie et le beau temps en rachetant / copiant les services qui fonctionnent bien et tout le monde applaudit. Très bien, mais si Facebook a remporté la bataille du web social, il est très loin d’avoir remporté celle du web communautaire : Jusqu’à preuve du contraire, la montée en puissance de Facebook n’a pas réellement impacté les plateformes communautaires traditionnelles (forums, messagerie instantanée…) où les échanges sont beaucoup moins superficiels (cf. Ne confondez plus communautaire et social) et où les données de profilage sont bien plus facilement exploitables.

Des lacunes toujours pas comblées

Malgré l’audience colossale dont Facebook dispose et malgré des perspectives de revenus très confortables, Facebook ne parvient toujours pas à apporter une réponse à certains problèmes récurrents :

  • Viabilité / Pérennité. Même si Facebook anticipe 1 milliard de $ de C.A. en 2010, ils ne communiquent toujours pas sur leur rentabilité réelle. En fait ils n’ont aucune raison de le faire puisque c’est une société privée (dont les comptes ne sont pas audités). À partir de là, il n’est pas très compliqué de faire miroiter une rentabilité instantanée (par le biais d’écritures comptables) mais nous ne connaissons toujours pas l’état réel de sa trésorerie ni de sa dette, deux éléments clés pour savoir si ce service est viable dans la durée. C’est un peu comme si j’ouvrais un restaurant gratuit dans une zone commerçante et que je disais « comment puis-je faire faillite avec autant de clients ?« . La stratégie du tout gratuit n’est en effet pas à la portée de tous et les revenus par utilisateur de Facebook sont largement en dessous des autres géants du web (cf. Here’s How Much A Unique Visitor Is Worth) :

    Comparaison des revenus par utilisateurs
    Comparaison des revenus par utilisateurs
  • Fiabilité du ciblage comportemental. La possibilité d’accéder au graph social des utilisateurs de Facebook est très alléchante, mais est-ce une source fiable sur laquelle pourrait reposer un mécanisme de ciblage comportemental ? Je ne suis pas sûr dans la mesure où la visibilité publique des profils affecte le comportement des utilisateurs et où les nouveaux social plugins ne vont faire qu’empirer ce phénomène (cf. Comment les nouvelles règles de Facebook vont modifier le comportement des utilisateurs). Des mécanismes de ciblage plus traditionnels comme ceux proposés par Wunderloop me semblent plus robustes. Comment cela va-t-il se passer par exemple pour les utilisateurs qui ont plusieurs profils ? ;
  • Respect de la confidentialité. Avec la nouvelle Graph API et la fonction d’Instant Personalization, nous nageons en plein cauchemar d’éparpillement des données personnelles. Je veux bien croire que cela ouvre de nombreuses opportunités pour les annonceurs et éditeurs de sites, mais je doute que les utilisateurs vont y trouver leur compte (cf. Facebook Further Reduces Your Control Over Personal Information et Senators Call Out Facebook On Instant Personalization).

Vous devez certainement penser que je m’acharne contre Facebook, et pourtant je ne fais que répéter des arguments déjà avancés en 2007 (cf. Pourquoi je ne crois plus en Facebook). Donc je reformule : Facebook a fait main basse sur les médias sociaux en hypothéquant vos données personnelles. Depuis cette date, Facebook s’est lancé dans une fuite en avant et ne semble visiblement pas prêt de s’arrêter. C’est bien dommage car il faudra bien un jour éponger la dette.

Le mirage de la personnalisation

Revenons sur une annonce majeure faite au cours de cette conférence : La nouvelle Open Graph API et la fonction d’Instant Personalization. Sur le papier ça semble révolutionnaire : le contenu des sites qui s’adapte automatiquement aux attentes des visiteurs en fonction de leur profil Facebook et cela sans qu’ils aient besoin de s’authentifier. Facebook devient en quelque sorte un cookie social universel. OK, mais nous avons déjà vu que les attentes des visiteurs reposant sur leur profil Facebook et leur graph social ne sont pas leurs attentes réelles.

De plus, celles et ceux qui travaillaient dans le web il y a 10 ans se souviennent de l’engouement autour du 1to1 marketing et des outils de personnalisation. Nous savons aujourd’hui ce qu’il en est : La personnalisation automatisée des contenus en fonction du profil des utilisateurs est un mythe. D’une part il faut une masse considérable de contenu ou une offre très large pour que cela fonctionne réellement (sinon le ciblage n’est pas assez précis). Soyons sérieux : Même Amazon ne sait pas correctement cibler mes besoins alors que je suis client depuis 10 ans (il suffit que j’achète un cadeau pour un ami ou un membre de ma famille et le mécanisme de personnalisation s’enraye).

Vous doutez encore ? Essayez donc de m’expliquer comment cibler un utilisateur qui a plusieurs profils… La personnalisation 1to1 est un casse tête que la dynamique sociale ne peut pas solutionner (entre autre à cause du comportement biaisé des utilisateurs). Le meilleur moyen de cibler une tranche de la population est de définir une ligne éditoriale stricte et de produire du contenu de qualité. Ces derniers temps j’entends de plus en plus parler du rôle de « Content Strategist » pour des marques qui souhaitent construire une image solide en misant sur du contenu cohérent avec leur positionnement. C’est là que se trouve la solution, pas des solutions techniques fumeuses.

Une révolution à la sauce Facebook

Il nous reste les autres annonces de la « révolution Facebook » sur lesquelles je ne vais pas m’attarder :

  • Docs.com, une initiative risible car Facebook et monde professionnel ne font pas bon ménage. Par contre l’équivalent avec LinkedIn ou LotusLive me semble bien plus prometteur.
  • Facebook Credits, nous nous doutions qu’ils finiraient par arriver mais je me demande bien comment ils vont faire pour imposer cette monnaie virtuelle à des éditeurs qui gagnent plus d’argent que eux et qui sont financés par le même investisseur (cf. Zynga’s Revenues Reach $600 Million).
  • Users Insights. Des statistiques démographiques sur vos visiteurs, une bonne idée sauf que celles-ci ne concerneront que celles des utilisateurs de Facebook ayant cliqué sur le bouton « Like » (et n’ayant pas décoché l’option). Ces données sont intéressantes, mais ne leur donnez en aucun cas plus d’importance que les données issues de votre solution d’analyse d’audience (celle qui concerne VOS utilisateurs, pas ceux de Facebook sur lesquels vous n’aurez jamais complètement la main).

Par contre je veux passer un peu plus de temps sur l’initiative sémantique lancée par Facebook. L’idée est la suivante :

  1. Vous insérez dans votre code-source des marqueurs sémantiques reposant sur RDF pour décrire le contenu de vos pages (chanson, film, produit, personnalité…) ;
  2. Vous insérez le fameux bouton « Like » ;
  3. Lorsqu’un visiteur clique sur ce bouton « Like« , son profil est enrichi grâce aux marqueurs sémantiques (il aime cette page qui parle de Madonna, donc il aime Madonna) ;
  4. Vous avez accès aux profils des visiteurs pour pouvoir personnaliser votre contenu/offre en fonction de leurs centres d’intérêt (ceux qu’ils ont déclarés lors de la création de leur compte et ceux qui ont été rajoutés chaque fois qu’ils ont cliqué sur un bouton « Like » d’une page avec des marqueurs sémantiques.

OK très bien, je ne peux qu’approuver le procédé car la sémantisation du web est un chantier titanesque et qu’il n’y a pas réellement de bonne ou de mauvaise manière de s’y prendre, juste des méthodes différentes. Et la méthode proposée par Facebook repose sur le standard RDF donc là dessus rien à redire, dans l’absolu mieux vaut un web sémantisé par Facebook que pas sémantisé du tout. Je rappelle pour mémoire que les technologies sémantiques existent depuis des dizaines d’année mais qu’il est très compliqué de mettre tout le monde d’accord et de s’atteler à la tâche.

Par contre cette méthode présente des failles :

  • Quid des pages où plusieurs sujets se côtoient ? Faut-il insérer autant de marqueurs sémantiques qu’il y a de sujets ? Donc un visiteur qui aime cette page va forcément avoir un profil associé à l’ensemble de ces marqueurs/sujets ?
  • Quid des pages où l’on critique un sujet (ex. : la corrida), si un visiteur apprécie un article qui critique la corrida et propose un loi pour l’interdire, son profil sera enrichi avec le sujet « corrida » alors qu’il n’apprécie pas ?

Bref, tout n’est pas parfait et l’approche sémantique de Facebook semble bien naïve, surtout comparativement à des initiatives comme les Linked Data et les Data Sets (cf. Web Squared, transition vers le web 3.0 ou nouveau paradigme ?).

Évolution mais pas révolution (mais ça vous vous en doutiez)

Donc au final toutes les annonces de Facebook sont une bonne nouvelle, car elles vont permettre d’améliorer la plateforme et de rendre un meilleur service. Un meilleur service à qui ? Aux utilisateurs dont le quotidien de Facebookien sera encore plus riche, mais qui seront également encore plus dépendants d’un service contrôlé par un fond d’investissement russe. Le fait que vous appréciez Facebook en tant qu’utilisateur (moi aussi je l’apprécie) ne doit pas obscurcir votre jugement quant au danger qui nous guette : Celui de confier son identité numérique à une société américaine privée. Non ce n’est pas la même chose pour Google, Microsoft ou Apple, car ces sociétés sont côtées en bourse donc elles ne peuvent pas faire n’importe quoi sous peine de sanctions immédiates.

Je m’amuse bien sur Facebook mais je suis très content d’avoir le contrôle total de mon identité numérique et de mon graph social (qui repose principalement sur mes blogs). Posez-vous la question suivante : Que se passerait-il si l’on vous supprimait votre compte Facebook demain ? Hé oui, ça serait bien embêtant… et c’est précisément là-dessus qu’ils comptent pour résorber leur dette : Accumuler une maximum de données personnelles tout en capitalisant sur des profils dont ils auront le contrôle ainsi que sur des micro-communautés (les groupes et community pages). Maintenant qu’ils approchent de la barre symbolique des 500 millions d’utilisateurs, et donc que leur croissance va mécaniquement s’infléchir, ils vont passer à la seconde phase de leur plan de croissance : La monétisation. Et c’est là où nous risquons d’avoir de mauvaises surprises car encore une fois, l’argent est un tabou sur Facebook (contrairement à d’autres plateformes comme Hi5 ou Xanga qui ont intégrées les micro-transactions dès le départ).

Mais je m’égare… Facebook va-t-il révolutionner le web ? Pas réellement. En fait Facebook va devenir incontournable pour ceux qui pratiquent la course à l’audience dans la mesure où ce service concentre l’audience. Ce sont donc les portails, les e-commerçants généralistes et autres sites à grosse audience qui vont devenir les plus dépendants de ce nouveau Facebook. Pour les autres rien ne va changer : Si vous avez une ligne éditoriale solide ou une offre cohérente et viable alors vous avez la capacité à constituer une audience durable. Par contre, si vous comptez sur Facebook pour injecter du social dans du contenu « neutre » (qui s’adresse à tout le monde donc à personne) ou pour relancer l’intérêt sur une offre banalisée alors vous vous rendez dépendant d’un autre acteur (en plus de Google). Si vous y trouvez votre compte alors ne vous posez pas de question et foncez (après tout vous achetez déjà plein de mots-clés, non ?), par contre ne misez pas tout là-dessus car cette situation ne durera pas.

Sur internet le contenu est roi, il l’a toujours été et le sera toujours. Nous avons cru à une époque que la communauté était reine et que les utilisateurs allaient produire eux-même le contenu qu’ils consommeraient, mais nous sommes en train de nous rendre compte qu’au final tout ceci est éphémère. Qui se souvient des années 90 où les chansons avaient été remplacées par les discussions sur les radios FM ? Ce phénomène a été aussi brutal qu’éphémère, petit à petit les auditeurs se sont lassés et les chansons ont repris leur place. Aujourd’hui on peut toujours entendre des discussions sur les ondes, mais ce que veulent les auditeurs c’est avant tout de la bonne musique.

Je ne suis pas devin mais j’ai comme l’impression que nous arrivons à la fin d’un cycle et que les producteurs de contenus vont reprendre leur place et surtout ré-équilibrer le rapport de force entre contenus et communautés. L’arrivée à maturité de terminaux alternatifs surtout dédiés à la consultation (touchbooks, ebooks…) ne va faire qu’accélérer ce phénomène : Les internautes seront avant tout à la recherche de bons contenus et les producteurs vont vite apprendre à se méfier d’un Facebook qui modifie les règles du jeu tous les mois. Encore une fois, ce sont avant tout les médias de masse et ceux qui sont à la recherche de la masse critique qui vont devoir intégrer Facebook au coeur de leur stratégie, mais, pour les acteurs de niche, la situation sera différente.

Conclusion

Facebook est-il une étape obligatoire pour tout acteur du web ? Oui, bien sûr que oui, surtout avec 500 millions de membres. Par contre il y a différentes façons d’exploiter Facebook et je vous recommande fortement de ne pas mettre tous vos oeufs dans le même panier (j’ai l’affreuse impression de me répéter au fil des mois). Souvenez-vous qu’à une époque pas si éloignée, Spray était l’acteur incontournable du web car c’était la destination à la mode (sa force reposait sur sa communauté). Aujourd’hui nous savons ce que Spray est devenu, il faut donc savoir en tirer les enseignements. Je suis intimement persuadé que Facebook sera le Spray des années 2010 : Une plateforme à la croissance fulgurante qui va exploser comme une supernova faute de fondamentaux viables.

Mais nous n’en sommes pas encore là. Pour le moment Facebook est l’étoile la plus brillante du web et il faut en profiter tant que ça dure. La grande difficulté est de profiter des opportunités offertes par Facebook sans en devenir dépendant.

Mes 3 sites coup de coeur (avril 2010)

Come chaque mois voici ma sélection de sites avec de jolis designs.

Commençons par Ready Made Designs, une agence anglaise :

La page d'accueil du site Ready Made Designs
La page d'accueil du site Ready Made Designs

Une approche graphique originale avec des typos rétro (surtout les titres des blocs en bas de page) et des illustrations crayonnées. L’ensemble est très harmonieux mais les liens ne sont pas assez visibles.

Continuons avec i-Avion, un comparateur de prix de billets d’avion :

La page d'accueil du site i-Avion
La page d'accueil du site i-Avion

Le fond de page vintage et la palette de couleurs acidulées donne à ce site une ambiance rafraichissante (un peu comme les petites lingettes que l’on distribue dans les avions). Je ne peux que saluer la prise de risque par rapport aux autres comparateurs.

Terminons avec Sifter, une application en ligne de suivie de problèmes :

La page d'accueil du site Sifter
La page d'accueil du site Sifter

Beaucoup de sobriété dans cette page, beaucoup de textes également mais une très bonne lisibilité (lignes courtes, interlignage important) et des blocs d’informations bien découpés. Je regrette juste la multiplication des typos : Pourquoi utiliser une police différente dans le gros boutons d’action ?).

La suite le mois prochain…

L’avenir de l’informatique est-il au mobile ou au tactile ? Les deux (en partie)

L’avez-vous senti ? Le vent du changement ? Tout a commencé avec la sortie de l’iPhone, puis les netbooks et maintenant l’iPad. L’outil informatique est en train de réaliser sa mue. Une mutation qui a été mise en sommeil pendant deux décennies car la capacité d’innovation de l’industrie informatique était entièrement dédiée à la course à la puissance. Cette période est maintenant plus ou moins révolue dans la mesure où les utilisateurs (re)découvrent le plaisir d’usage des outils informatiques. Mais sommes-nous bien certain qu’il s’agit encore d’outils informatiques ? C’est là où les choses se compliquent…

Si l’on regarde bien les deux dernières décennies, l’ordinateur est passé d’une optique de productivité (dans le cadre de l’entreprise) à une logique de puissance (pour les jeux en ligne) à une logique d’esthétisme (en réintroduisant l’ordinateur dans le salon). Mais plus nous cherchons à intégrer les ordinateurs dans notre quotidien personnel (hors entreprise) et plus nous nous éloignons de l’ordinateur tel que nous le connaissons (écran + clavier + souris).

Même si tout le monde est d’accord pour dire que la souris est le périphérique le plus précis pour pointer quelque chose à l’écran et le clavier le périphérique le plus efficace pour saisir du texte, a-t-on réellement besoin d’une souris et d’un clavier dans le bus ou dans son salon ? Voilà pourquoi nous commençons à voir des objets communicants faire leur apparition (Lapin Nabaztag, Chumby…). Voilà pourquoi, fort du succès de l’iPhone, Apple a décidé de lancer l’iPad en le positionnant comme le terminal de référence dans votre salon.

ipad

J’entends d’ici les critiques dire qu’Apple n’a rien inventé, que les tablettes existent depuis longtemps, que les machines de dernière génération comme le Slate d’HP sont bien moins limitées et proposent des fonctionnalités dignes d’un véritable ordinateur. Ce à quoi je répondrais : l’iPad doit-il être considéré comme un ordinateur ?

Cette question n’est pas anodine et mérite que l’on s’y attarde. Même si les composants qui le font tourner en sont très proches, un Chumby n’est pas un ordinateur (en tout cas il ne peut pas être vendu en tant que tel). Posons-nous maintenant la même question pour un smartphone… Eux non plus ne peuvent être (et ne sont pas) vendus comme des ordinateurs.

chumby

Poursuivons avec les smartbooks : Avec un positionnement à mi-chemin entre smartphones et netbooks, eux non plus ne seront pas vendus comme des ordinateurs. En fait ils seront vendus comme… autre chose. Autre chose que quoi ? Autre chose que l’ordinateur de papa et maman. Hé oui, car c’est bien de cela dont il est question : Créer un nouveau segment pour toucher une nouvelle cible, ou plutôt pour toucher une cible bien particulière qui est prête à sacrifier de la puissance et du confort (large clavier) pour de l’autonomie et de la mobilité (on l’emporte partout avec nous). Cette prise de position n’engage que moi, mais je suis fermement convaincu qu’il y a un potentiel gigantesque dans les smartbooks, auprès des jeunes, qui seraient la pierre angulaire de leur vie sociale (comme l’est le mobile).

smartbook

Passons maintenant à l’exemple des ebooks : beaucoup trop limités pour être associés à un ordinateur (je ne m’attarde pas sur ce point).

kindle2

Nous revenons donc aux touchbooks et à l’iPad, dont les usages sont diamétralement opposés aux ordinateurs professionnels. En fait l’iPad se positionne comme le terminal de tous les loisirs numériques : Musique, jeux, vidéos, livres, magazines et web. Web ? Oui tout à fait, car qui a dit que le web était la chasse gardée des ordinateurs ? L’iPhone nous a ainsi prouvé qu’il était tout à fait possible de consommer du contenu et des services en ligne au travers de mini-applications (en fait des widgets) et se passer du navigateur / clavier / souris.

Est-ce ça alors l’avenir de l’informatique ? Non je ne pense pas. L’outil informatique tel que nous le connaissons (écran + clavier + souris) n’évoluera pas beaucoup dans la prochaine décennie car il va progressivement se spécialiser dans ce qu’il sait faire de mieux : La productivité. Il restera le roi dans le contexte de l’entreprise ou dans celui d’un bureau à la maison. Par contre, dans un autre contexte d’usage (salon + détente, bus + mobilité), il est condamné à évoluer car pas forcément adapté. En fait cette évolution a commencé il y a bien longtemps avec les terminaux dédiés qui équipent les livreurs ou les collaborateurs nomades : Ils sont passés au PDA depuis bien longtemps, car ces terminaux leur permettent d’être plus productifs sur le terrain.

UPS_handled

Mais alors, est-ce que l’iPad ne serait pas un gros PDA ayant évolué pour s’adapter à un contexte d’usage bien particulier (la détente dans votre salon) ? J’ai encore beaucoup de chose à reprocher à l’iPad, mais il est ce que nous avons de plus proche pour illustrer ce paradigme de l’outil informatique (avec le Litl). Il y a d’autres scénarios d’évolution (interfaces projetées, tables tactiles comme la Surface…) mais ils ne sont pas encore commercialisés.

J’envisage donc un avenir où les utilisateurs vont partager leur temps entre des terminaux conçus dans une optique de productivité (ordinateurs), des terminaux nomades (consoles mobiles, smartphone, smartbooks) et des terminaux dédiés au divertissement. Dans cette dernière catégorie vous pouvez d’ailleurs faire rentrer les consoles de salon (qui font aussi office de media center comme la PS3). Entendons-nous bien : Il ne sera pas question de choisir entre l’un ou l’autre, mais plutôt de répartir les usages et d’exploiter le terminal et les modalités d’interaction qui sont les plus appropriés à la situation.

Dans cette course au changement c’est certainement les jeunes générations qui basculeront le plus vite (génération Y et surtout génération Z) car elles n’ont pas encore pris les habitudes de nous autres (les « vieux » de plus de 30 ans). Ces usages mobiles / tactiles / ludiques / sociaux correspondent mieux à leur réalité que la notre car nous avons grandi dans un monde analogique.

Donc au final, l’avenir de l’informatique n’est pas réellement au mobile ou au tactile, il est aux ordinateurs tels que nous les connaissons et qui remplissent parfaitement leur fonction. Par contre les usages purement informatiques vont petit à petit céder du terrain à des usages d’un nouveau genre où vont se mélanger les interfaces tactiles, les terminaux nomades, les TV connectées, les objets communicants… le tout dans une dynamique sociale / ludique où le web sera omniprésent (NDR : Ce postulat n’est valable que si l’on considère que l’internet n’est pas un outil informatique). Illustration avec le tout nouveau concept de smartphone social lancé par Microsoft (le Kin) qui inclut un espace de partage en ligne doublé d’une plateforme sociale (Kin Studio) :

Le concept de smatphone social de Microsoft
Le concept de smatphone social de Microsoft

À partir de là, la grande question est de savoir où se situe votre marque dans ce tableau. Cette réflexion est valable à la fois pour l’externe (la façon dont votre offre est marketée / distribuée, les points de contact entre vos promesses de marque et les cibles) et pour l’interne (les outils et moyens qui sont mis à disposition des collaborateurs et la façon dont sont partagés / enrichis les savoirs).

L’iPad est enfin sorti, n’en parlons plus

Après plusieurs (interminables) semaines de spéculations, l’iPad d’Apple est enfin commercialisé. Pour le moment les avis convergent tous vers la même conclusion : Un très bel appareil qui recèle un formidable potentiel… pas encore pleinement exploité. Au dernière nouvelles il y aurait presque 500.000 unités vendues en 1 week-end (MàJ : Visiblement les chiffres diffèrent d’une source à l’autre), belle performance.

Je ne retiendrais que trois choses pour la sortie du touchbook d’Apple :

  • La disponibilité de l’application Kindle d’Amazon (qui cherche à assurer ses arrières) ;
  • La disponibilité de l’application Pandora (un service de découverte musicale qui risque bien d’exploser les compteurs car le contexte d’usage de l’iPad – dans le salon – est tout à fait propice à cette activité) ;
  • La publication par Apple d’une liste de sites compatibles avec l’iPad (ils sont donc conscients qu’il y a un problème à ce niveau).

Voilà, sinon je peux vous renvoyer aux différents articles que j’ai rédigé sur le sujet (inutile de répéter les mêmes choses) :

J’attends donc avec impatience la V2 (ou la V3).

L’actualité de mes autres blogs (mars 2010)

Petite production pour le moi de mars 2010 pour cause de vacances et de déplacement à l’étranger.

L’actualité des interfaces riches appliquées au e-commerce sur RichCommerce.fr :

L’actualité des plateformes sociales sur MediasSociaux.com :

L’actualité des univers virtuels et du v-business sur marketingvirtuel.fr :

L’actualité des interfaces riches sur InterfacesRiches.fr :

L’actualité de l’entreprise 2.0 sur Entreprise20.fr :

L’actualité de l’utilisabilité sur SimpleWeb.fr :

La suite le mois prochain.

Compte-rendu de la conférence Transmedia Storytelling 3.0

Comme chaque année, le gratin du web marketing se retrouve à Brie-comte-Robert pour une journée de conférences et débats sur les meilleures pratiques du marketing en ligne. L’édition 2010 était l’occasion d’inaugurer le tout nouveau convention center (chez Ginette) :

Le centre de conventions
Le centre de conventions

Entre le lancement imminent de l’iPad, les rumeurs autour des annonces de nouveaux services pour Facebook et le passage à l’heure d’été, l’ambiance était survoltée pour la keynote d’ouverture.

Keynote

Jeffrey porter au micro lors de la Keynote
Jeffrey porter au micro lors de la Keynote

C’est Jeffrey Porter (dont j’ai déjà parlé sur ce blog) qui a ouvert l’édition 2010 avec une intervention remarquée sur la rugosité des marques sur les applications de réalité diminuée sur touchbook :

  • Vous dites que vous voulez une révolution, mais tu sais nous voulons tous changer le monde ;
  • Vous me dites que c’est l’évolution, mais vous savez nous voulons tous changer le monde ;
  • Mais quand vous parlez de la destruction, ne savez-vous pas que vous pouvez compter sur moi ;
  • Ne savez-vous pas que tout va bien se passer, bien se passer, bien se passer ;
  • Tu dis que tu as une vraie solution, Eh bien vous savez nous aimerions tous voir le plan ;
  • Vous me demandez une contribution, Eh bien, vous savez nous faisons ce que nous pouvons ;
  • Mais quand vous voulez de l’argent pour les gens à l’esprit que la haine ;
  • Tout que je peux dire, c’est un frère que vous devez attendre ;
  • Ne savez-vous pas que tout va bien se passer, bien se passer, bien se passer.

Une vision radicale pour un intervenant d’exception !

Après un détour par la press room j’enchaine sur la première conférence.

How to Manage a Backside 540° Corkscrew Approach in your Media Planning?

Shaun Black à la conférence xx
Shaun Black à la conférence sur les stratégies 540°

Une session quasi-pleine pour écouter Shaun Black de l’agence con-media sur leur approche transmedia :

  • Tout vient à point à qui sait apprendre ;
  • C’est au pied du phare que l’on voit le mieux le phare ;
  • Un pain vaut mieux que deux fraises Tagada ;
  • On ne prend pas une douche avec du vinaigre ;
  • En partant du boulot le soir reboote ton Windows, si tu ne sait pas pourquoi, lui le sait ;
  • Si tu ne veux pas que les choucas t’assiègent de leurs cris, ne sois pas la boule d’un clocher ;
  • La célébrité, c’est l’avantage d’être connu de ceux qui ne vous connaissent pas ;
  • Le plus dur, ce n’est pas de devenir célèbre, C’est de retourner à l’anonymat.

Encore une fois je ne peux qu’approuver l’engagement de cette agence dans leur façon d’aborder les problèmes.

Transmedia Storytelling is the new Chatroulette

Brian Johnson lors de sa session
Brian Johnson lors de sa session

Dernière session de la journée avec Brian Johnson sur l’évolution des pratiques abusives de facturation par les stagiaires séniors des agences :

  • Facile de vivre, une vie sans billets de saison sur une autoroute à sens unique ;
  • Sans rien demander, laissez-moi être ;
  • Prenant tout mon stride dont la raison ont besoin, la rime n’avez pas besoin ;
  • N’est pas rien, je préfère ne pas en descendant, le temps parti ;
  • Mes amis vont trop être là, je suis sur l’autoroute de l’enfer ;
  • Aucun signe d’arrêt, vitesse maximale, personne ne va me ralentir ;
  • Comme une roue, allant le spin, personne ne va déconner avec moi ;
  • Hé Satan, paye donc ma cotisation pour jouer dans un groupe à bascule ;
  • Hé Maman, regarde-moi je suis sur le chemin vers la terre promise ;
  • je suis sur l’autoroute de l’enfer (ne m’arrêtez pas) je vais tout en bas.

Voilà, cette journée s’achève et comme toujours elle ne m’a pas déçue. Vivement la prochaine édition !