Archives pour le mois juin 2009

L’ascenseur numérique comme plateforme sociale ultra-locale

Vous connaissez déjà les réseaux sociaux généralistes (Facebook, Netlog), les réseaux sociaux locaux (Brightkite, Loopt) mais connaissez-vous les réseaux sociaux ultra-locaux ? Le principe est de limiter les interactions sociales à une zone géographique très restreinte (votre quartier ou votre rue). C’est notamment ce que proposent des réseaux sociaux comme Peuplade ou Voisineo. Ma-residence va plus loin en proposant une plateforme sociale entre voisins d’un même immeuble mais également un outil de collaboration entre les propriétaires, le conseil syndical et le syndic (plus d’infos ici ou sur le blog).

Ma-residence est un service intéressant car il permet également aux mairies, associations et commerçants de toucher différemment leurs cibles. Ils ont même tout une réflexion autour des modèles sociaux de proximité rendus possible grâce au web (entre-aide entre voisins, dialogue participatif entre les habitants et la mairie…) : Le Nouveau Vivre ensemble.

Mais ce qui nous intéresse plus particulièrement (nous les geeks), c’est cette expérimentation d’ascenseur numérique présentée la semaine dernière : L’ascenseur numérique : une innovation mondiale.

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Premier prototype d'ascenseur numérique

Lancée à Alfortville  dans la résidence des Bourdarias, cette initiative vise à équiper les ascenseurs d’écrans afin de donner accès au service aux résidents des 163 logements. L’objectif est d’accélérer ainsi l’utilisation du service auprès de voisins qui ne sont pas forcément équipés ou qui ne sont pas utilisateurs d’ordinaire. Les partenaires de ce projet (le bailleur Logial-OPH et le fournisseur Schindler) y voient un formidable terrain d’expérimentation pour transformer les ascenseurs en d’authentiques espaces de sociabilisation (qui se souvient de ce film des années 80 ?).

Le terminal embarqué dans les ascenseurs propose ainsi 4 écrans :

  • Les échanges de services proposés par les voisins ;

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    Les services entre voisins dans l'ascenseur numérique
  • Les informations en provenance du bailleur sur le quotidien de leur immeuble (rénovations, nouveau contrat d’entretien…) ;
  • Les informations en provenance de Schindler (date de la prochaine visite d’entretien, bons usages de l’ascenseur, offres d’emploi…) ;
  • Un espace dédié aux commerçants situés à moins de 500 mètres de l’immeuble qui proposent des promotions exclusives.

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    Les promotions des commerçants du quartier dans l'ascenseur numérique

De cette première phase d’analyse, un projet d’industrialisation est prévu afin d’équiper d’autres résidences. Bien évidemment ce terminal (ni même le service) ne va pas ralentir l’usure des immeubles ou réconcilier les voisins fâchés mais c’est tout de même une très belle expérience sociale pour réduire la fracture numérique. La prochaine étape de cette expérimentation sera j’imagine de déployer non plus des écrans « passifs » mais des écrans tactiles qui permettront d’interagir avec le service (« OMW to the 5th floor » ;-)).

Et là vous me dites « OK mais s’il n’y a pas d’ascenseur dans ma résidence » et je vous réponds « rien n’empêche de mettre ce type de terminaux dans le hall » (ou dans la loge du gardien). Vous pourriez également me dire « Puisque ce terminal est dans l’ascenseur, les habitants du Rez-de-Chaussée sont lésés » et je vous répondrais « Mais merde mais arrêtez de chercher la petite bête, c’est tout de même une belle expérimentation, non ?« . Bref, je trouve cette initiative très intéressante, d’autant plus que le bailleur s’engage à ne pas répercuter ça sur les charges mensuelles.

Est-ce la fin des panneaux d’affichage ? Non pas tout à fait car le déploiement d’un tel dispositif nécessite des fonds conséquents et surtout une approche industrialisée que pour le moment seuls les gros bailleurs sociaux possèdent. Je suis impatient de voir les premiers retours de cette expérimentation.

Social Business Design = Web 2.0 + Médias sociaux + Entreprise 2.0

En ce moment c’est la saison des conférences et l’actualité est particulièrement riche cette semaine avec la 140 Characters Conference à New York et l’Enterprise 2.0 Conference à Boston. Médias sociaux et entreprise 2.0… deux domaines qui suscitent beaucoup de bruit et de créativité mais qui ne se mélangent pas. Une des raisons principale qui fait que ces deux domaines sont jusqu’à présent restés hermétiques est parce qu’ils répondent à des objectifs différents et surtout fonctionnent différemment (notamment dans la motivation et les dynamiques sociales sui régissent les interactions).

C’est dans ce contexte que le Social Business Design fait son apparition avec l’ambition d’unifier ces deux pratiques en une sorte de Théorie du Tout : From Social Media To Social Business Design.

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Vue d'ensemble du Social Business Design

Le Social Business Design est présenté comme une philosophie qui vise à repenser le marketing d’une marque et la collaboration au sein de ses équipes en s’appuyant sur les médias sociaux. Dans ce modèle, tous les acteurs externes et internes sont connectés et capables de contribuer : Taking the leap: Social Business Design.

Pour arriver à ce mode de fonctionnement, les auteurs ont identifiés 4 composantes essentielles :

  • Ecosystem – Un écosystème au sein duquel l’entreprise évolue, sa cartographie permet d’identifier les acteurs-clés (clients, fournisseurs, partenaires, coopétiteurs…) et les interactions qui les relient ;
  • Hivemind – Une intelligence collective au service de la créativité, à la fois du côté des clients (qui pourraient être mobilisés au travers de plateformes de suggestions collaboratives) et du côté des collaborateurs (en mettant en commun leurs connaissances et savoir-faire pour les enrichir / compléter) ;
  • Metafilter – Des mécanismes de filtrage collaboratifs qui permettent de lutter contre l’infobésité (infos froides) et la sur-stimulation (infos chaudes) pour exploiter de façon plus efficace les données internes (des collaborateurs) et externes (des clients) ;
  • Dynamic Signal – Une écoute en temps réel du marché et de l’organisation (l’entreprise, ses filiales, partenaires…).

C’est en mettant en œuvre ces 4 composantes qu’une entreprise est à même de collecter les bonnes données et de détecter les bons signaux pour évoluer rapidement et s’adapter à un marché toujours plus volatile : Social Business Design and the Real Time Enterprise. L’auteur cite ainsi l’industrie musicale qui n’a pas su évoluer suffisamment vite et se retrouve maintenant dans une impasse.

Voici donc un modèle très intéressant car il fait le pont entre les dynamiques liées au web 2.0, aux médias sociaux et à l’entreprise 2.0 :

  • Le web 2.0 dans le sens « the web as a platform«   qui se décline en un écosystème interne (les collaborateurs, filiales…) et externe (les fournisseurs, partenaires…) ;
  • Les médias sociaux comme interface entre les clients / prospects et la marque ;
  • L’entreprise 2.0 comme moteur de la collaboration (fertilisation croisée, circulation dynamique de l’information…).

Bien évidement, tout ceci n’a de sens que si la direction de l’entreprise / marque adhère complètement à ces pratiques et développe les capacités de réaction nécessaires pour bien exploiter ces social insights en adaptant son marketing mix voir son modèle économique (« from conversation to transformation« ).

Ce principe de transformation active (un pendant de la « beta perpétuelle« ) est également abordée dans cet article qui parle de la maturation des bénéfices à l’appropriation des outils collaboratifs : The Social Software Value Matrix.

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Illustration de la Illustration de la Social Software Value Matrix

Pour prolonger cette réflexion, je vous propose également cet article : Companies Should Organize For Social Media in a “Hub and Spoke” model. L’auteur y liste 3 modèles d’organisation interne pour prendre en compte et exploiter les médias sociaux :

  • Distribué, chaque service ou département possède sa cellule de veille et sa propre « stratégie » ;
  • Centralisé, un service est entièrement dédié aux médias sociaux et défini la posture de la marque (généralement cette tâche revient au département marketing) ;
  • Collégial, une équipe est constituée de représentants des différents départements / filiales pour mutualiser les ressources, bien faire circuler l’information et collecter les besoins.
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Répartition des modèles d'organisation vis à vis des médias sociaux

Tout ceci est encore un peu conceptuel mais je suis très sensible à ce modèle de Social Business qui parvient à réunir deux mondes qui ne se cotoyaient pas (les marketeux d’un côté, les pro de l’organisation de l’autre). À suivre…

Un second souffle pour les marketplaces avec les pro-ams

Voilà un petit bout de temps que je n’avais pas parlé de web 2.0. Entendons-nous bien : quand je parle de web 2.0, je parle de services en ligne qui favorisent l’émergence d’écosystèmes ouverts et extensibles, pas de sites avec « juste » un peu d’Ajax dans l’interface pour faire joli. Je ne sais pas s’il faut y voir un signe des temps (les gens s’adpatent et font face à la crise) en tout cas les marketplaces (« place de marché » en français) sont à l’honneur en ce moment, boostées par la vague des pro-ams (les professional-amateurs).

Il y a tout d’abord Book of Cook, une place de marché qui met en relation les passionnés de cuisine qui veulent arrondir leurs fins de mois et ceux qui n’ont pas envie de payer trop cher pour un restaurateur professionnel : Online marketpace for home-cooked meal.

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La page d'accueil de Book of Cooks

Le principe est simple : si vous êtes doué en cuisine, vous créez votre fiche en décrivant vos spécialités, ingrédients préférés et tarifs, les utilisateurs vous passent en suite commande de repas que vous préparez chez vous (pour livraison ultérieure) ou directement chez votre hôte (ils ne parlent pas de clients). L’astuce est de jouer avec la proximité (géographique, culinaire…) et les recommandations de la communauté. La plateforme est bien conçue puisqu’elle prend en charge la mise en relation ainsi que la gestion des disponibilités.

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Le profil d'un cuisinier amateur sur Book of Cooks

Voici donc une excellente initiative pour favoriser le commerce ultra-local et valoriser le talent d’amateurs passionnés.

Autre exemple avec FitOrbit, une place de marché qui relie des coachs personnels avec ceux qui ont besoin de soutien pour faire de l’exercice : FitOrbit Connects You To Real Personal Fitness Trainers Online.

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La page d'accueil de FitOrbit

Là encore le principe est simple : vous remplissez un questionnaire pour déterminer votre profil et vos objectifs, la plateforme vous recommande alors des personnal coachs (mais vous pouvez aussi choisir librement) qui vont établir votre programme de la semaine. La grande différence c’est que tout se passe à distance (par email, téléphone) et en public : vous saisissez les emails de proches qui vont pouvoir suivre vos progrès au travers de récapitulatifs hebdomadaires. Là où le service est intelligent, c’est qu’il vous offre des soupapes de sécurité : vous pouvez déclarer des « irrégularités exceptionnelles » à votre coach (qui essayera de vous responsabiliser sans vous culpabiliser) mais aussi lancer des S.O.S. à vos proches (« j’ai envie d’un kebad !« ) qui seront là pour vous empêcher de commettre trop d’entorses à votre régime.

Cette solution est donc diabolique : elle coûte bien moins cher aux clients et permet aux coachs de suivre beaucoup plus de monde en s’appuyant sur la communauté (les proches) pour assurer le soutien de proximité. En prime il existe même une version iPhone : FitOrbit Brings a Personal Trainer to Your iPhone.

Les marketplaces de pro-ams comme solution anti-crise ?

Vous remarquerez que dans les deux cas, le concept sous-jacent est d’assurer une prestation quasi-professionnelle à des tarifs moindres en ayant recours à du personnel non-diplomé mais compétent (cautionné par la communauté). Nous avons donc à faire à des plateformes d’intermédiation pratiquant le crowdsourcing au niveau pro-am. Une solution qui doit intéresser plus d’un américain souhaitant avoir un complément de revenu (ou un revenu principal) dans une économie en reconstruction.

Traduction : c’est de la débrouille 2.0. En France il existe des concepts proches à l’image de Zilok ou de… de quoi déjà ? (vos suggestions sont les bienvenus dans les commentaires)

Opera 10, Chrome 4, Firefox 4 : Vers des plateformes sociales et applicatives

Cette semaine Opera a fait sensation en lançant la dixième version de son navigateur : Opera Unite. C’est également cette semaine que Mozilla sort enfin la Release Candidate de Firefox 3.5. Ces deux annonces survenant juste après le lancement de Chrome V3. Ouf, un beau tire groupé pour ces navigateurs alternatifs qui n’en sont pourtant qu’au tout début d’une nouvelle ère où l’enjeu ne sera pas de sortir le navigateur le plus rapide, mais le mieux adapté aux attentes des internautes.

Petite précision : par navigateurs alternatifs, j’entends les navigateurs qui ne sont pas nativement installés avec le système d’exploitation (IE pour Windows et Safari pou Mac).

Opera + Apache + BitTorrent = Opera 10

Commençons par Opera 10 qui vient tout juste de sortir : Taking the Web into our own hands, one computer at a time. Outre de meilleures performances, le navigateur qui vient du froid propose une nouveauté de taille : l’intégration d’un serveur web (Opera « Reinvents the Web » with Unite, Makes Every Computer a Server).

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Le partage de photos sur Opera 10

L’avantage de cette solution est de pouvoir héberger et échanger librement du contenu (photos, contenus…) sans passer par des services comme FlickR, Facebook. L’argument utilisé par Opera est de libérer les internautes de l’emprise de ces services (surnommés des « land lords« ) et de leurs CGU douteuses. Le navigateur permet ainsi d’intégrer un certain nombre de fonctions sociales (publication de son site web, partage de photos, hébergement de tchat…).

La stratégie d’Opera va donc être d’augmenter le nombre de services disponibles (avec des extensions pour Facebook, MySpace, Twitter…) et surtout de lorgner du côté des échanges P2P (rappelons qu’Opera intégrait déjà un client BitTorrent dès 2006). Du P2P directement intégré dans un browser ? Mais si c’est possible, et ça deviendra peut-être même légal puisque je vous rappelle que deux députés du Swedish Pirate Party vont siéger au parlement européen.

Chrome + Gears + extensions + NaCl + O3D = Chrome 4

Intéressons-nous maintenant à Chrome, le navigateur de Google qui vient tout juste de sortir sa version 3. Plusieurs nouveautés sont au rendez-vous : de meilleures performances, la possibilité de rajouter des extensions et des versions pour Mac et Linux.

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La dernière version de Chrome sur Mac

Un lancement très discret qui reflète la très faible part de marché du dernier venu des navigateurs. Jusque là rien de très novateur, si ce n’est cette récente annonce où il est mentionné l’intégration prochaine de Native Client dans Chrome, de même que O3D : Google Native Client grows out of research phase. Oui vous avez bien lu : Google est tranquillement en train d’intégrer de façon native ses propres technologies de RIA et de 3D. La stratégie de Google va (théoriquement) être de transformer son navigateur en un véritable environnement d’exécution d’applications hybrides (pouvant tourner en mode connecté ou non à l’aide de Gears) développées en Ajax, en Java (via GWT) ou en C++ (via NaCl).

Plusieurs scénarios sont donc à envisager pour Google : Imposer Chrome au travers de ces services phares (Gmail…) et pourquoi pas devenir la référence pour les jeux en ligne. Chrome, une plateforme de jeux en ligne ? Oui tout à fait, car rappelez-vous qu’ils disposent toujours des équipes de Lively qui était destiné à héberger des jeux (cf. Lively deviendra-t-il une plateforme de jeux ?), qu’ils ont avec O3D un moteur 3D bien plus robuste et qu’ils disposent également de la régie publicitaire (Google In-Game Advertising). Un premier pas vers le Rich Internet Games ?

Firefox + Prism + Weave + Ubiquity = Firefox 4

Alors que Mozilla s’apprête à déployer Firefox 3.5, les équipes sont déjà en train de préparer l’avenir : The Future of Firefox: Interview With Mozilla’s Chief Innovation Officer. L’ambition des équipes est énorme : faire de Firefox le navigateur le plus simple mais également le plus puissant grâce à son formidable écosystème de plus de 8.000 extensions. Un écosystème qui devrait être stimulé par le récent lancement des Add-on Collections. L’idée est de proposer un navigateur très épuré (sans onglet ni menu, cf. The Future of Firefox: No Tabs) mais qui peut être complété grâce à des tonnes d’extensions.

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Une nouvelle interface pour Firefox 4 (sans onglets)

Autres chantiers sur lesquels les équipes travaillent : l’intégration de Prism (pour faire fonctionner les applications en mode déconnecté), de Weave (qui permet de gérer l’authentification : Identity in the Browser + This New Firefox Feature Could Solve the Login and OpenID Problems) et d’Ubiquity (qui transforme la barre d’adresse en un moteur d’analyse syntaxique).

Mozilla semble donc travailler sur deux axes de développement : Une prise en charge plus sophistiquée de l’authentification (avec une synchronisation silencieuse à la sauce data-on-the-cloud) et des extensions toujours plus simples à développer mais plus puissantes grâce notamment à Jetpack (You have the power to put the Jetpacks on Firefox, Extensions 2.0?) qui devrait aller beaucoup plus loin que GreaseMonkey (cf. How to: Start Using Greasemonkey in Under 5 Minutes) dans l’enrichissement et la personnalisation des sites et services en ligne.

Le navigateur comme une plateforme sociale

Au vu de ce que propose les dernières versions de ces navigateurs, il semblerait que nous nous dirigions vers une tendance à la réappropriation des fonctions sociales pour transformer les browsers en plateformes sociales. L’idée est donc de faire évoluer la gestion des mots de passe vers de la gestion de l’identité numérique. Le navigateur serait alors le gestionnaire centralisé de vos profils, de vos statuts et de vos contacts en agrégeant vos données éparpillées sur différents services et en vous donnant accès à différentes briques sociales (tchat, status update…).

Dans ce scénario, le navigateur rentre donc en concurrence avec des applications sociales comme Seesmic Desktop, Tweetdeck ou encore AlertThingy. Mais cela peut aller encore plus loin : nous pouvons ainsi envisager l’intégration de services de start page comme iGoogle (dans Chrome) ou Netvibes (racheté par Mozilla ?).

Le navigateur comme plateforme applicative

Avec l’avènement des Software-as-a-Service et des Data-on-the-Cloud, le navigateur devient le point de convergence des applications. À la fois les applications légères comme la gestion de projet mais aussi des applications bien plus lourdes comme le CRM avec Salesforce. Reste deux défis à relever par les navigateurs : de meilleures performances (plus rapide et plus stable) et plus de confort d’utilisation (mode déconnecté et exécution dans une fenêtre indépendante).

Nous nous dirigeons donc vers un marché où le système d’exploitation sera complètement banalisé puisque la majeure partie des applications tournera dans le navigateur sous forme de services. Les efforts vont donc être concentrés sur les navigateurs et leur capacité à exécuter de plus en plus de choses (traitement vidéo, code C++…)

Deux retardataires : IE 8 et Safari 4

Dans cette course à l’armement il semblerait que les deux acteurs historiques se soient fait larguer :

  • Microsoft avec Internet Explorer qui ne parvient décidément pas à rattraper son retard (prise en charge des CSS 3, rapidité…). Jusque là Microsoft pouvait se reposer sur son monopole mais il semblerait que la situation soit en train de changer (Windows 7 to be shipped in Europe without Internet Explorer). Visiblement les équipes de Microsoft préfèrent se concentrer sur leur cheval de Troie (Silverlight) ainsi que sur de nouveaux services (Mesh, Bing…) ;
  • Apple avec son Safari qui vient de sortir en version 4 et qui ne propose toujours pas de système d’extensions. Même si cette dernière version tient la route au niveau des performances, le « minimum social » n’est pas rempli et on se demande quelle est la stratégie d’Apple sur ce coup là.

Trois ousiders : Facebook, Adobe et Amazon

Maintenant que nous avons fait le tour des acteurs en présence, intéressons-nous aux acteurs potentiels :

  • Facebook tout d’abord qui n’en finit plus de grossir et de proposer une palette toujours plus large d’applications sur sa plateformes. Rappelons que Facebook a des vues expansionnistes avec son Facebook Connect et son application Facebook Desktop. L’idée d’une concurrence entre Facebook et Mozilla sur le concept de social agent n’est pas neuve (cf. Firefox Could Be the Real Facebook Challenger) mais elle prend une dimension particulière quand on sait que Facebook compte toujours dans ses équipes un certain Blake Ross qui est l’un des développeurs phare de Firefox (cf. Facebook se métamorphose en web OS).
  • Adobe qui depuis le rachat de Macromedia est en position de force avec Flash… mais pas seulement ! Car vous ne vous en rendez plus compte mais votre ordinateur est très certainement truffé de produits Adobe : Flash, Shockwave, AIR, Media Player mais aussi (et surtout) Reader. De là à penser qu’Adobe pourrait se lancer dans une intégration verticale pour déployer le dernier maillon de sa Flash Platform… il n’y a qu’un pas (que je viens de franchir).
  • Amazon, le plus gros site marchand du monde (notamment grâce à sa marketplace) qui pourrait bien vouloir proposer un navigateur entièrement dédié au shopping avec un accès direct à son catalogue (intégrant son moteur A9), à ses différentes bases de contenus (IMDB, SoundUnwound…), à ses plateformes sociales (Askville, Shelfari…) et qu’il pourrait porter sur son Kindle. Il y a bien un Ebay Desktop, pourquoi pas un Amazon Desktop ?

Voilà, j’arrête là mes hypothèses car ça fait déjà une belle liste de « suspects ».

Encore une fois, nous n’en sommes qu’au tout début d’une nouvelle ère pour les navigateurs qui, j’en ai la conviction, vont fortement s’émanciper.

Université du S.I. 2009 : Conception de plateformes sociales

Comme chaque année depuis… l’année dernière, Octo Technology organise l’Université du Système d’Information, le rendez-vous des geeks et des boss. Le principe de cette manifestation est de réunir dans un même espace des speakers de profils variés regroupés dans 4 grandes thématiques : Gouvernance, Technologies, Méthodologies et Utilisabilité (cf. le programme). Ça va se passer les 1er et 2 juillet prochain à Paris.

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C’est donc dans la catégorie Utilisabilité que je vais avoir le plaisir d’intervenir aux côtés d’autres visages connus comme Amélie Boucher ou Johan Adda. Mon intervention s’intitule « L’impact du Web 2.0 sur les standards de conception« , ce titre ne me plait pas trop mais le sujet va, je pense, beaucoup vous intéresser. J’y parlerais notamment des changements de comportement et des attentes des internautes à l’heure des médias sociaux ainsi que de l’impact de la dimension sociale sur les standards de conception. Traduction : Comment concevoir une plateforme sociale (standards de facto, bonnes pratiques et pièges à éviter). J’interviens le premier jour, juste après Joël De Rosnay et en même temps que Didier Girard (oups !).

Mais ce n’est pas tout, car il y aura également un Espace Utilisbailité avec des démonstrations de eye-tracking, de tables interactives et de terminaux mobiles next-gen, du speed consulting

Bref, c’est à mon sens l’évènement majeur de ce milieu d’année, à ne pas manquer.

MSPOG + microblog = Micro social RPG

J’ai déjà eu l’occasion de m’exprimer sur la façon dont les plateforme sociales sont en train de révolutionner les plateformes de jeux en ligne (Social Networks + Casual Games = Social Games). J’ai également abordé le succès des jeux portés sur les grands réseaux sociaux (Social Games, une mine d’or pour les plateformes sociales). La prochaine étape dans cette dynamique de transformation semble être déjà atteinte avec l’apparition de nouveaux types de jeux en ligne : les social games qui exploitent Twitter et les mobile social games qui commencent à cartonner sur l’iPhone.

Le paradoxe des jeux en ligne massivement mono-joueurs

Dans mon précédent article traitant des social games, j’avais fait l’impasse sur les alternative games pour ne pas trop vous embrouiller avec des termes jargonnants. Il va malheureusement falloir que je m’y plonge un peu. Vous connaissez déjà les jeux de plateau qui se jouent au tour à tour (Monopoly…), vous connaissez les jeux de rôle massivement multijoueurs (World of Warcraft…) alors vous ne devriez pas avoir de mal à saisir le principe des jeux en ligne massivement mono-joueurs (MSPOG ou MSO pour les intimes) qui se situent à mi-chemin. Le principe est de proposer un jeu en ligne avec une réalisation très sobre (texte + images) qui se joue de façon asynchrone (chacun son tour), à la fois individuelle (vous êtes seul devant votre écran) et collectif (vous intégrez des guildes pour accomplir des quêtes).

Il existe de nombreux termes pour décrire ce type de jeux (« Text-base online RPG« , « alternative games« …) et il se déclinent en de nombreux thèmes (heroic fantasy, anticipation, vampires…). Du fait des mécanismes de jeux et des limitations, le gameplay de ces jeux repose donc beaucoup sur la gestion de l’inventaire et des points d’énergie : faire des missions vous rapporte de l’argent (pour acheter des armes, des potions et de l’équipement) mais vous coûte des points d’énergie (en fonction de la difficulté des missions). Le modèle économique des éditeurs repose sur ces deux variables : ils proposent du micro-paiement pour convertir vos euros en monnaie locale ou acheter des points d’énergie.

Assez peu connus du grand public, les jeux alternatifs en ligne ont cependant connu un grand essor avec leur portage sur les plateformes sociales comme Facebook (lire à ce sujet un précédent article sur Elven Blood). La spécificité du portage de ces jeux est de parfaitement exploiter le levier viral et d’utiliser le public wall pour recruter d’autres joueurs. Les jeux les plus populaires comme Mob Wars ou Mafia Wars comptent plus de 12 millions de joueurs actifs.

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Mafia Wars sur Facebook

Micro Social RPG : les jeux alternatifs à l’heure des microblogs

Dans les exemples précédemment cités, Facebook est utilisé à la fois comme plateforme d’hébergement (vous y jouez au travers de l’interface Facebook) mais également comme canal de diffusion : vos faits d’armes sont relayés sur le public wall, vous recrutez d’autres joueurs directement depuis votre liste d’amis, vous êtes alertés via le système de messagerie interne… Mais rien ne vous empêche d’utiliser une autre plateforme sociale.

C’est là que Spymaster entre en scène avec un gameplay quasi similaire (accomplissement de missions, gestion de l’inventaire et des points d’énergie…) mais reposant sur Twitter. Concrêtement vous vous inscrivez sur le site PlaySpymaster avec vos identifiants Twitter, vous recrutez d’autres joueurs dans votre liste de followers et vous enchaînez les missions. Toutes vos actions sont alors relayées par des tweets. Vous pourriez me dire que cela génère une pollution terrible dans le flux et que la première chose à faire est de désactiver ce système de notification mais c’est sans compter l’ingéniosité des éditeurs du jeux : plus vous relayez vos actions dans votre flux Twitter et plus vous gagnez d’argent ou de points d’énergie. Ce principe est redoutable car un joueur ayant bien accroché au jeu aura besoin de plus d’argent / points donc va relayer le jeu de façon plus intensive.

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Le tableau de bord de Spymaster

Le jeu est également très bien conçu d’un point de vue viral car la puissance d’un joueur est fonction du nombre d’autres joueurs qu’il a réussi à recruter. Description complète ici : Spymaster Twitter Game, The Complete Guide.

Pour le moment il n’est pas possible d’acheter des points ou de l’équipement mais j’imagine bien que c’est la prochaine étape du développement de ce Micro Social RPG. Et il n’est pas le seul puisque d’autres commencent à faire leur apparition comme 140Mafia (cf. The Mob Comes to Twitter), attendez-vous donc à une déferlante de jeux alternatifs sur Twitter dans les prochaines semaines. Les mois d’été seront-ils prétexte à des parties endiablées ? Sûrement.

Vers des adver-micro-social-games ?

Tout ceci est très bien, mais existe-t-il des applications commerciales de ces jeux ? Oui, avec notamment cette campagne réalisée pour la sortie du quatrième volet de Terminator : Resistance 2018. Le principe est assez simple : la résistance s’organise contre les machines et vous incite à la rejoindre en ajoutant le compte @Resistance2018 à votre liste de following pour pouvoir être impliqué dans des opérations. Il y a également un certain nombre d’instructions qui sont diffusées via le blog « officiel » de la résistance.

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Le flux Twitter de Resistance 2018

Tout l’intérêt de cette campagne ne réside pas dans le gameplay assez simple mais plutôt dans l’immersion de l’univers de la franchise Terminator et dans le potentiel viral du dispositif (recrutement viral, système de leaderboard…). Un cas d’école très intéressant qui pourrait tout à fait être réutilisé dans un autre contexte et pour une autre marque (souvenez-vous qu’il s’agit avant tout de jeux textuels). Plus d’infos ici : Terminator Salvation plays « with » Twitter.

Et cela ne risque pas de s’arrêter là puisque ces social games vont bientôt débarquer sur nos consoles de jeux pour compléter un gameplay riche avec une expérience sociale intégrée : XBox 360 to support Twitter and Facebook.

Ne vous laissez pas leurrer par ce côté vidéo-gadgeto-geek, les jeux vidéos représentent un marché colossale et sont surtout durablement ancrés dans les habitudes des consommateurs : Les américains jouent plus qu’ils ne vont au cinéma. Voilà pourquoi ils sont un support de choix pour les annonceurs souhaitant toucher leurs cibles au travers d’un dispositif à engagement plus fort que la TV, la radio ou les bannières.

La ruée vers l’iPhone pour les social games

Autre tendance lourde pour le marché des jeux en ligne : l’explosion du nombre d’iPhone et le portage de ces social games rendu possible avec des technologies comme Facebook Connect for iPhone. Les grands éditeurs se sont ainsi rués sur cette niche avec des versions mobiles de leurs titres phares (Mafia Wars, Vampires BloodLust, AgencyWars…) : SGN Launches Agency Wars & Adds Facebook Connect to iBowl.

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Encore une fois, le côté asynchrone facilite grandement la tâche du portage de ces jeux sur un terminal mobile. Ces derniers deviennent alors un moyen idéal pour une expérience de jeux fragmentée (quelques minutes plusieurs fois dans la journée) mais répétée. Le marché est d’ailleurs en train de se structurer avec des plateformes de mobile social games comme Aurora Feint qui permet d’avoir une gestion centralisée des crédits, du personnage… Tous les détails sont ici : Aurora Feint To Roll Out OpenFeint 2.0, A Social Gaming Platform For The iPhone.

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Là aussi, les applications commerciales ou « marketing » sont évidentes : sponsoring, placement de produits, lancement d’un jeu lié à un univers de marque… Les barrières à l’entrée sont plutôt basses et le public en demande, donc comment y résister ?

Prochaine étape : les alterned reality games à la sauce micro-social ?

Tout ceci nous amène à nous interroger sur la suite, à savoir la prochaine étape. Hé bien figurez-vous que la prochaine étape naturelle semble être toute trouvée avec les jeux en réalité alternée (alterned reality games ou ARG). Pour faire simple, les ARG sont des jeux de fiction qui se jouent dans la vie réelle (au travers des canaux traditionnels) mais exploitant une trame narrative et des informations alternatives. Si mes sources sont exactes, la première expérience commerciale à grande échelle remonte à 2001 avec un ARG pour la promotion du film AI (plus d’infos ici : Retour sur les Alternate Reality Game). Mais les exemples plus récents sont nombreux avec notamment CanYouStopIt lancé par SFR (SFR se lance dans le jeu en réalité alternée) et d’autres exemples aux US (Le créateur de Heroes prépare une expérience immersive mobile).

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Le jeu en réalité alternée de SFR

Mélangez les ARG avec la puissance virale de Facebook, la proximité / instantanéité de Twitter, les capacités de géolocalistation de l’iPhone et vous obtenez un ticket gagnant. En fait c’est plus que ça, c’est le nirvana du story-telling et de l’immersion au service d’une expérience de jeu unique (qui se situe à la frontière des Mobile Multiplayer Trans-Reality Game).

Donc pour faire simple ça donne : Social Games + ARG + MMTRG = Micro-Géo-Social-Mixed-Alterned Reality Games. Simple, non ?

6 ans de blog en 6 billets

Déjà 6 ans que ce blog est ouvert, 6 ans pendant lesquels j’ai pu rédiger plus de 2.000 billets et créer 6 autres blogs. Six années très intenses qui ont à jamais changé ma façon de travailler et peut-être même de réfléchir. Des années au cours desquelles l’internet a été profondément bouleversé. C’est quand je regarde mes statistiques que je me rends bien compte de l’ampleur de ce bouleversement : je suis retombé au même nombre de visiteurs uniques qu’en juin 2006 !

Evolution du nombre de visiteurs uniques par mois sur ce blog
Evolution du nombre de visiteurs uniques par mois sur ce blog

Ce phénomène s’explique (je pense) par un mode de consommation de l’information complètement différent : la majeure partie de mes lecteurs ne vient jamais sur ce site et se « contente » du flux RSS (dont les abonnements sont en progression constante).

Quels enseignements après 6 ans de blog ?

Je ne prétends pas avoir la science infuse ou être en mesure de dicter les règles d’or du bon blogueur, par contre je peux vous livrer les trois points-clés que je retiens de ces 6 années de blog :

  1. Ne pas tricher. Ne sous-estimez jamais la capacité de votre lectorat à démonter une argumentation bancale. Si vous n’êtes pas légitime sur un sujet ou si votre billet ne tient pas la route alors mieux vaut éviter de prendre la parole (d’autres le feront mieux que vous).
  2. Plus vous donnez et plus vous recevez. Il n’y a pas de limite à ce que la communauté peut vous rendre. Je ne vous parle pas de monétisation mais plutôt de rétribution d’estime, de social currency ou de karma (appelez-ça comme vous voulez). En tout cas je suis convaincu du bénéfice de partager un maximum de choses et je compte bien perséverer dans ce sens.
  3. Le contenu est roi. Il n’y a pas d’influence sans un contenu pertinent. Avec l’avènement de plateformes de microblog comme Twitter ou de réseaux sociaux à la Facebook, nous pourrions être tenté de croire que chacun peut avoir son quart d’heure de gloire, mais ce n’est pas si simple. Une forte audience / visibilité n’est pas gage d’influence ou de crédibilité, seuls les articles bien argumentés marquent durablement les esprits et trouvent leur place au haut des pages de résultats de Google.

Six billets qui ont marqué ce blog

Difficile pour moi de faire un choix aussi restreint parmi plus de 2.000 articles rédigés. Mais je me prête volontiers à ce petit jeu pour vous livrer les 6 billets qui ont le plus marqués l’histoire de ce blog.

Le billet qui a généré le plus de trafic : Qu’est-ce que l’Entreprise 2.0 ? Rédigé en juillet 2007, cet article est encore à ce jour le plus consulté tous les mois. Je serais bien incapable de vous dire le nombre de fois où cette page a été vu, mais c’est de loin celui qui a généré le plus de trafic. Pour la petite histoire, il est le résultat de plusieurs mois de réflexion, discussions et de collecte d’informations. Rédigé en deux jours (avec la version anglaise) pendant une période de creuse, je crois ne pas avoir perdu mon temps sur ce coup là !

Le billet dont je suis le plus fier : Vers la règle du clic unique. Un billet publié en 2006 sur lequel je me suis arraché les cheveux (littéralement). Passé quasiment inaperçu à sa publication, je reste très attaché au point de vue que j’y développe et reste persuadé qu’il est encore d’actualité.

Le billet qui a généré la plus grosse polémique : Web 2.0, une première définition ? Le moins que l’on puisse dire c’est que ce Web 2.0 a nourri des débats passionnés (un peu trop des fois). Je ne crois pas être le premier à m’être lancé dans une définition du web 2.0 mais ce premier « gros » article a suscité quelques échanges de noms d’oiseaux dans les commentaires (des réactions très vives que je n’ai pas trouvé ailleurs). Même si aujourd’hui je trouve que ce billet est un peu « pauvre » (je préfère nettement cet article que j’ai rédigé pour le JDnet : La révolution par les usages ou celle-ci : Le web 2.0 selon Fred Cavazza), je suis tout de même très content d’avoir pu participer de façon active à la vulgarisation du concept de web 2.0. Le plus amusant dans cette histoire, c’est que maintenant que le terme est passé de mode (on parle beaucoup plus volontiers de « médias sociaux »), il n’existe toujours pas de définition courte qui mette tout le monde d’accord. Je retiendrais celle-ci : le web en mode lecture/écriture (« The Read/Write Web« ).

Le billet qui est toujours actif : Ces petits objets qui révolutionnent votre quotidien. Publié en 2006, ce billet mentionne un combiné toilettes + lave-mains. Je reçois régulièrement des emails (tous les mois) de personnes cherchant à trouver les coordonnées d’un importateur. (Précision : ce combiné n’est pas distribué en France mais il en existe d’autres).

Le billet qui a été le plus critiqué : Native Client, la technologie RIA de Google qui risque de faire long feu. Publié en fin d’année dernière dans de mauvaises conditions (j’avais décidé de faire une pause d’un mois pour cause de surmenage), je ne pouvais pas passer à côté de cette nouveauté. Un sujet très casse-gueule qui demandait des explications techniques très pointues pour lesquelles je n’ai pas su trouver les bonnes formulations. Conséquence : une très vive réaction de la communauté des développeurs et un débat qui est passé complètement à côté du coeur du sujet de l’article. Rétrospectivement je trouve que mes explications étaient approximatives, le billet est maintenant corrigé et je suis très satisfait du résultat. Est-ce que je garde de l’amertume de cet épisode douloureux ? Non pas du tout : d’une part car c’est à ça que servent les commentaires (échanger des points de vue, contre-argumenter…) et parce que le billet en question a gagné en qualité (explications, argumentation).

Le billet que je n’ai jamais eu le courage d’écrire : Pourquoi Twitter ne remplacera pas les blogs. Je lis ça et là qu’à l’heure du real-time web les blogs ne sont plus pertinents et que les microblogs comme Twitter sont l’avenir de l’information participative et des discussions. Heu… c’est aller un peu vite en besogne car il y a une très grosse différence entre rapidité de diffusion de l’information et pertinence. De plus la limitation de la longueur des tweets (140 caractères) est un sacré frein à la qualité de l’argumentation. Certains disent encore que Twitter remplace les flux RSS. Encore une belle erreur de jugement : les flux RSS sont un outil de diffusion extrêmement puissant mais qui nécessite le recours à un outil de lecture adapté (oubliez Netvibes et adoptez plutôt Google reader). Bon… je sens que je suis bien parti là… peut-être trouverais-je le courage de m’y mettre prochainement…

En route pour une septième saison

Je suis toujours aussi motivé pour poursuivre mon travail de rédaction sur ce blog : Il me demande beaucoup de temps et d’énergie mais il m’apporte tellement ! J’ai trouvé un bon équilibre au niveau de ma ligne éditoriale (des articles de fond sur ce blog et des articles plus courts mais ciblés sur mes blogs de niche) et de mon rythme de publication (entre 8 et 10 billets par semaine).

Merci à celles et ceux qui commentent régulièrement sur ce blog de même qu’à ceux avec qui j’échange par email.

Mes trois sites coup de coeur (juin 2009)

Je continue dans ma série de sites “coup de coeur” avec trois applications en ligne superbement mises en valeur par leur site web.

On commence avec DailyBurn, une application en ligne de fitness tracking :

La page d'accueil de DailyBurn
La page d'accueil de DailyBurn

La grille de lecture est limpide, les visuels attractifs et l’harmonie des couleurs très… harmonieuse. En plus ils ont le bon goût de proposer une visite guidée intégrée à la page d’accueil.

Il y a ensuite Tea Round App, une application pour iPhone qui sert à définir des tours de préparation pour le thé (WTF?) :

La page d'accueil de Tea Round App
La page d'accueil de Tea Round App

Autant je suis très dubitatif quand à l’intérêt réel de cette application, autant je suis immédiatement tombé amoureux de cette ambiance boisée très chaleureuse, des petits coups de crayon, du jeu typographique (en bas de page). Cerise sur le gâteau, la visite guidée en 4 étapes qui utilise un slider façon iPhone (« Step 1« …).

Il y a enfin Ballpark, une application en ligne de facturation :

La page d'accueil de Ballpark
La page d'accueil de Ballpark

Rien de révolutionnaire dans le choix des couleurs mais une construction de la page en strates tout à fait convaincante avec une parfaite lisibilité et un fort contraste permettant de bien guider l’attention sur le bouton d’action. Vous apprécierez au passage les titres qui sont un modèle de concision et d’incitation. Et ne ratez surtout pas la superbe page de comparaison des offres ainsi que le magnifique formulaire de création de compte.

La suite le mois prochain…

Le marché de la recherche relancé avec Bing et Wolfram ?

Alors que nous pensions que le marché de la recherche était définitivement acquis à Google (qui capte plus de 90% des parts de marché en France) voici que deux lancements en deux semaines m’amènent à remettre en question la suprématie de Google : Bing et WolframAlpha. Entendons-nous bien : Google n’est pour le moment pas menacé mais les innovations et le positionnement de ces deux nouveaux services de recherche souffle un vent de fraîcheur dans ce secteur.

Nous sommes ainsi tous à peu près d’accord pour dire que Google a remporté la bataille de la recherche algorithmique pour laquelle les équipes de R&D posséderont toujours une longueur d’avance (du moins c’est ce que je pense). Reste alors aux concurrents à trouver d’autres terrains de bataille pour pouvoir se démarquer. Et c’est là où les deux nouveaux services présentés plus bas rentrent en scène avec la proposition de valeur suivante : ne pas rechercher mieux que Google mais différemment. L’objectif étant de ne pas chercher à se battre sur la pertinence des résultats mais plus sur la modalité de recherche.

Il y a tout d’abord WolframAlpha qui se veut être non pas un moteur de recherche mais un moteur réponses : Là où Google se charge de remonter une liste de résultats correspondants à un ou plusieurs mots-clés, Wolgram préfère afficher une réponse unique à une question.

WolframAlpha en action
Une réponse structurée dans WolframAlpha

Le levier de différenciation de Wolgram est donc de proposer un moteur d’analyse syntaxique très sophistiqué lui permettant d’apporter une réponse unique et fiable à des questions du type « quel est l’âge du capitaine » :

Une réponse unique dans WolframAlpha
Une réponse unique dans WolframAlpha

Vous pourriez me dire (à raison) que Google propose déjà ce type d’approche  mais vous tomberez toujours systématiquement sur une liste de résultats. Bref, Wolgram se veut donc être un moteur de recherche « intelligent » qui comprend vos questions et vous mâche le travail d’interprétation des résultats. Reste encore à régler le problème de la largeur du champ de recherche (à combien de questions peut-il répondre) et la barrière de la langue (ça fonctionne bien en anglais mais quid du français ?). Plus d’infos ici : WolframAlpha, une nouvelle sorte de science pour une nouvelle sorte de moteur de recherche.

Dans un style proche mais différent nous trouvons ensuite Bing de Microsoft qui se positionne comme un outil d’aide à la décision. L’idée est à peu près la même : ne pas confronter les utilisateurs à une liste de résultats qui risque de les dérouter mais leur faciliter la tâche en présentant des résultats structurés. Et c’est dans la recherche de produits que Bing dévoile sa plus forte valeur ajoutée, il se transforme en un assistant d’achat qui se charge de collecter / agréger les avis et de comparer les prix :

Exemple de résultats structurés avec Bing
Exemple de résultats structurés avec Bing

Une approche tout à fait intéressante car c’est sur de la recherche « marchande » que Google réalise 90% de son C.A. avec les adwords. Microsoft a donc choisi de se concentrer sur ce créneau et d’anticiper le clic suivant la liste de résultats en intégrant et en retraitant les données. Peut-on dire que c’est de l’affiliation forcée ? Oui pourquoi pas. Cela nécessite de nouer de nombreux partenariats avec des services externes, mais quand on s’appelle Microsoft ce n’est pas un problème insurmontable, bien au contraire. Autre illustration avec cette recherche d’hotels dans la chaîne Travel (intégration du moteur de Farecast racheté l’année dernière par Microsoft) :

La recherche d'un hotel dans Bing
La recherche d'un hotel dans Bing

Signalons au passage que Microsoft a également prévu un programme de cashback associé à son moteur. Pour le moment Bing est très limité en France donc il vaut mieux tester la version US. Plus d’infos ici : Discover Bing et Bing Opens Up. Is It Good? It’s Too Early To Tell (et sur la version mobile : Microsoft’s Bing is Now Mobile, Too).

Donc au final, j’anticipe un marché de la recherche plus ouvert où les utilisateurs choisiront le moteur en fonction de la nature de leur recherche : Google pour une recherche générique à base de mots-clés, WolframAlpha pour de la recherche en langage naturel (comme Ask le propose dans une certaine mesure) et Bing pour de la recherche pré-achat.

Bien évidement ce ne sont pas les seules initiatives d’alternatives à Google, mais ce sont tout de même deux très bon candidats qui risquent de stimuler les autres :

  • Amazon avec son moteur A9 qui en plus d’avoir un accès direct aux produits et à la marketplace du géant du e-commerce peut également exploiter les précieuses données de sites comme Amapedia, Alexa, IMDB ou encore SoundUnwound ;
  • Yahoo! qui n’en finit pas d’agoniser (une nouvelle version ?) et qui ferait bien de nous sortir un moteur performant car reposant sur le pléthorique Yahoo! Answers mais également sur toutes les chaînes de contenu (News, Sports, Food…), les chaînes marchandes (Shopping, Tech, Travel…) ou encore les services 2.0 « maison » (FlickR, Delicious, MyBlogLog…) ;
  • Wikipédia qui est de très loin la plus grosse base d’informations de la planète et qui pourrait proposer une expérience de recherche tout à fait convaincante en mixant les contenus de l’encyclopédie collaborative, les contenus des autres sources (WikiNews, Wikia Answers…) et pourquoi pas y rajouter une pincée du très attendu Wikia People Search.

Bref, les possibilités sont nombreuses. Cela veut-il dire que les 3 acteurs précédemment cités doivent déréférencer leurs contenus de Google ? Non pas du tout, mais comme ils ont accès aux données sources ils pourraient présenter des résultats bien plus structurés.

Les lecteurs les plus attentifs pourraient me dire que tout ceci est vain dans la mesure où Google propose déjà des outils de recherche verticaux (Products, Knol, Squared…) mais ça vaut quand même le coup d’essayer, non ?

Google Wave = Email + IM + Wiki + Mashup

C’est donc la veille du WE de Pentecôte que Google a décidé de lancer sa nouvelle « bombe » : Google Wave. Le moins que l’on puisse dire, c’est que ce nouveau service est tellement novateur qu’en donner une définition fiable est un excercice de haute voltige : Went Walkabout. Brought back Google Wave.

Pour faire simple :

  • Google Wave est ou outil de collaboration qui se situe à mi-chemin entre l’email, la messagerie instantanée et le wiki ;
  • Une wave est à la fois une discussion et un document, elle peut être exportée et peut encapsuler un certain nombre de social widget (au format Open Social) ;
  • C’est une application en ligne, de même qu’une plateforme ouverte et extensible (chacun peut proposer son extension) mais également un protocole (que vous pouvez utiliser librement dans vos services / applications) dont le code source est publié (afin de bénéficier de  l’apport de la communauté).

Voilà pour une première description. Au niveau de l’interface, ça ressemble à un produit Google avec 3 colonnes (la navigation et les contacts, la boîte de réception et la fenêtre de visualisation) :

L'interface de Google Wave
L'interface de Google Wave

D’un point de vue « technique », il s’agit d’une application en ligne puisque Wave est accessible au travers du navigateur mais qui nécessite tout de même le recours à l’extension Gears pour supporter la fonction de drag & drop (qui n’est pas encore standardisée dans les spécifications de HTML 5).

Google Wave = Email 2.0 ou Wiki 2.0 ?

La première chose qui vient à l’esprit lorsque l’on découvre l’interface est de se dire que Wave est un système de messagerie amélioré. Par messagerie, j’entends les systèmes modernes comme Gmail qui agrègent les emails en discussions et permettent d’encapsuler divers éléments (photos, vidéos, cartes…). Et effectivement, la boîte de réception présente de forte similitude :

La boîte de réception de Google Wave
La boîte de réception de Google Wave

Mais la comparaison s’arrête là car une Wave est une discussion active que l’on peut faire évoluer librement (il existe un historique avec la fonction Playback). Sur la capture d’écran suivante vous pouvez d’ailleurs voir les réponses qui sont directement insérées dans le texte ainsi que étiquettes de couleur pour indiquer l’auteur et la nature des modifications :

L'édition d'une wave
L'édition d'une wave

Mais Wave peut faire plus avec notamment la communication en temps réelle façon messagerie instantanée : vous voyez ainsi les contributions s’afficher au fur et à mesure, les fichiers joints apparaîtrent les uns après les autres… c’est très pratique pour accélérer les discussions et préparer les réponses lorsqu’une phrase est en cours de rédaction. Nous avons donc un bon candidat pour venir remplacer l’email (Google Wave: What Might Email Look Like If It Were Invented Today?).

Outre les discussions, Wave permet aussi de travailler sur des documents plus longs et structurés où chacun peut apporter ses corrections, compléments et commentaires. Ces derniers sont insérés au plein coeur du texte mais vous avez la possibilité de ne pas les afficher pour imprimer le document ou de n’afficher que les commentaires pour archiver une discussion. Là encore la communication en temps réel est très utile car elle autorise l’édition simultanée. De ce point de vue, Wave est donc à la fois plus simple et plus puissant qu’un wiki, une prouesse !

Et pour rajouter à la confusion, une Wave peut également être publiée dans un billet de blog (ou n’importe quelle page HTML) où les visiteurs pourront la consulter mais également la modifier. Ils poussent même le vice en intégrant Wave au réseau social « maison » : Orkut.

Gadgets et robots pour améliorer la flexibilité

Le coeur de Wave est donc ce système de communication. Mais pour assurer une capacité d’évolution maximale à ce produit, les équipes ont opté pour un système d’extensions qui repose sur les robots (pour automatiser des tâches comme la découverte automatique de liens ou pour synchroniser Wave et Twitter – ex. Twave) et sur les gadgets (pour encapsuler des éléments « riches » comme une carte ou un sondage) :

Les widgets dans Wave
Les widgets dans Wave

La communauté des développeurs va donc être au centre de ce projet car c’est sur elle que va reposer à la fois l’écosystème des extensions mais également des logiciels compatibles et des versions mobiles (il existe pour l’instant des prototypes de Wave sur Android et iPhone). Dans la ligne de mire de Google, le formidable écosystème développé autour de Twitter, le service de référence quand il est question de système ouvert.

Pour un aperçu complet des fonctionnalités, je vous recommande cette vidéo, un peu longue mais ça vaut le coup de regarder jusqu’au bout des 1 H 20 :

Google Wave = Lotus Notes 2.0 ?

Tout comme Lotus Notes avait révolutionné la collaboration en entreprise il y a 15 ans, l’ambition de Wave est énorme : faire évoluer durablement les habitudes de travail à l’aide d’un outil issu de la génération « social media« . Hé oui, car c’est bien de cela dont il est question : ne pas reproduire mais proposer un mode de collaboration en net rupture avec les outils traditionnels (Google Wave To Bring Web 2.0 Lifestyle to Work).

De ce point de vue là, Wave propose une alternative très puissante aux logiciels de messagerie qui n’en finissent pas de se ringardiser ou aux mastodontes comme Oracle ou SAP qui engendrent des coûts exorbitants d’intégration. C’est donc la grande souplesse d’utilisation et l’évolutivité de Wave qui peut faire peur, de même que son intégration à des suites applicatives à la sauce SaaS (The enterprise implications of Google Wave).

Les possibilités de Google Wave en entreprise
Les possibilités de Google Wave en entreprise

C’est à mon sens là toute la force de Google Wave : il ne remplace pas les systèmes de communication / collaboration existants, il les complète (dans un premier temps). La nature ouverte et extensible de Wave en fait donc un atout redoutable pour assurer une transition en douceur depuis les outils d’ancienne génération (email, bureautique…) vers les outils de l’entreprise 2.0.

Wave peut-il réussir là où bien d’autres ont échoué ? Peut-être car la vision de Google est bien plus novatrice que celle d’autres éditeurs et parce qu’ils comptent bien sur la communauté pour multiplier les domaines d’application possibles de Wave. Mais ceci ne se fera pas en quelques mois, attendez-vous à une longue phase de maturation pour ce produit qui vient à peine de naître.

Dans tous les cas de figure, la prochaine étape logique est l’intégration de Wave dans la suite Google Apps. La grande question est de savoir quelle sera l’étape suivante…