Peut-on envisager une entreprise sans email ?

Je termine ma réflexion entamer avec mes deux précédents billets sur les problèmes de productivité liés à l’email (La collaboration en temps-réel encore à la traine, la faute à l’email + Et si on ressucitait le no email friday ?). Je vous propose donc d’envisager l’étape ultime : l’abolition de l’email.

Bon OK, dit comme ça cela peut vous paraitre grotesque, mais plus j’y pense et plus ça me semble réaliste dans certains cas de figure. Prenons par exemple le cas très spécifique d’une petite société de consulting : Équipe réduite, très peu de personnel administratif (il serait possible de sous-traiter le secrétariat, la paye et la compta), des collaborateurs en constant déplacement (donc pourquoi pas en télé-travail).

De quoi ces collaborateurs ont-ils besoin ? Ou du moins, quelles alternatives à l’email peuvent être utilisées :

  • Échanger des documents et des réflexions autour de missions et de clients (sur des espaces collaboratifs ou solutions de collaboration en ligne) ;
  • Planifier et rendre compte de réunions et ateliers de travail (idem, sur des espaces collaboratifs ou sur les systèmes de calendriers partagés) ;
  • Remonter et consolider des données de production / facturation (sur l’interface web de l’ERP ou du progiciel de gestion) ;
  • Avoir des échanges rapides entre collègues (par messagerie instantanée, microblog ou VoIP) ;
  • Partager ses expériences (sur le blog interne) ;
  • Avoir des discussions informelles ou para-professionnelles (de vive voix ou par téléphone).

Reste tout ce qui relève des échanges avec les clients / fournisseurs / partenaires (gestion courante) qui peut difficilement être fait en dehors des systèmes de messagerie, mais ces échanges ont-ils une réelle valeur pour l’entreprise ? Comprenez par là : représentent-ils une valeur ajoutée suffisante pour être archivés ? L’important n’est pas les échanges mais le résultat : Les décisions, les accords ou l’état d’avancement d’un processus. Ces échanges se font avant tout d’humains à humains, donc si vous retirez l’humain de l’équation (un collaborateur absent ou démissionnaire), ces discussions ne correspondent plus à rien. Bref, tous ces échanges sont intimement liés à la personne. Pourquoi dans ce cas là ne pas utiliser les systèmes de messagerie des collaborateurs (tous les knowledge workers possèdent plusieurs comptes webmail qui feraient parfaitement l’affaire).

Oui je sais, utiliser une messagerie perso pour le boulot peut vous sembler aberrant, mais combien de vos collègues utilisent une messagerie pro pour des échanges perso ? Une grosse partie, et cela ne choque personne (pas même les responsable de la sécurité). Pire : un certain nombre d’échanges « pro » se font maintenant sur des plateformes sociales comme Twitter ou Facebook. Je reçois ainsi régulièrement des messages relatifs à des missions en cours sur Facebook, voir des notifications urgentes sur Twitter. Puisque de toute façon ces pratiques existent, autant les exploiter de façon officielle (dans un cadre bien défini et maitrisé).

Il manque à ce tableau un système de notification performant pour définitivement tuer l’email : widget, client microblog universel, système push sur smartphone… l’important est de ne pas perdre en réactivité.

Encore une fois cette configuration vous semble surréaliste, mais plus j’y pense et plus elle est viable. Aujourd’hui je travaille en indépendant, mais si je devais monter une structure et recruter des collaborateurs, je pense que les astreindre à cette discipline serait bénéfique à la productivité de la structure (plus d’emails = moins de données piégées = meilleure circulation de l’information et pérennisation des savoirs).

Dans un contexte d’extraprise cette configuration est tout à fait recommandable car elle limite la déperdition d’informations à valeur ajoutée (oubliées ou prisonnières de fichiers) ou l’éparpillement des savoirs (dans des comptes email).

Peut-être cette vision est utopique, mais cela ne vaut-il pas la peine d’y réfléchir sérieusement ? Aujourd’hui tout tourne autour de l’email (communication, authentification, inscription…) et il est grand temps que cela change.

L’avènement des jeux low-fi pour iPhone

C’est les (presque) vacances et en prime bientôt la fin de l’année donc je m’autorise un article plus « léger » que les autres avec ma petite sélection perso de jeux pour iPhone. Inutile de vous (re)faire l’article sur la façon dont l’iPhone a révolutionné l’industrie du jeux vidéo avec son modèle de distribution très compétitif (enfin surtout pour Apple : iPilule, chronique d’une application iPhone).

Je ne suis pas un expert en jeux vidéos (juste un amateur assidu) mais j’ai comme l’impression que les jeux low-fi sont les vedettes de l’année 2009. Aux côtés de super-productions comme Rolando 2, Super Monkey Ball 2, N.O.V.A.… on trouve ainsi des jeux d’éditeurs indépendants proposant des graphismes beaucoup plus pauvres mais avec un gameplay incomparable. Et les connaisseurs ne s’y trompent pas : IGN’s iPhone Game of the Year et Gamasutra’s Top 5 iPhone Games 2009.

La recette secrète de ces jeux est donc d’immerger le joueur dans une expérience unique à l’aide de graphisme rudimentaires façon Defender (au mieux) voir Pong (au pire). Je vous propose d’en découvrir les plus dignes représentants.

Il y a tout d’abord geoDefense, un jeu de tower defense avec des graphismes en fil de fer simplissimes mais de magnifiques effets visuels :

geoDefense sur iPhone
geoDefense sur iPhone

Nous avons ensuite Space Invaders Infinity Gene, à mi-chemin entre Space Invaders et Defender mais avec des musiques techno très stimulantes et un mécanisme de progression empirique :

Space Invaders Infinity Gene sur iPhone
Space Invaders Infinity Gene sur iPhone

Impossible de ne pas citer Eliss, une production française (cocorico) de toute beauté avec une bande son remarquable :

Eliss sur iPhone
Eliss sur iPhone

Le plus pauvre graphiquement mais aussi le plus speed, SquareBall :

SquareBall sur iPhone
SquareBall sur iPhone

Terminons enfin avec Unify, un mélange improbable de Pong et de Tetris :

Unify sur iPhone
Unify sur iPhone

Encore une fois ne vous laissez pas rebuter par la (relative) pauvreté du graphisme de ces jeux, ils proposent tous un gameplay remarquable et surtout une expérience vidéo-ludique incroyablement riche (mention spéciale à Space Invaders Infinity Gene).

Sur ce, je vous souhaite de bonnes fêtes et RDV l’année prochaine.

Twinity, le monde miroir à l’assaut des grandes capitales

Voilà un petit bout de temps que je veux rédiger un article sur Twinity, au vue de l’actualité récente il est temps de passer à l’action. Twinity est donc un univers virtuel lancé en septembre 2008 par la société allemande Metaversum. Il se positionne dans la catégorie des mondes miroirs, ceux qui cherchent à reproduire fidèlement la réalité tout en y intégrant de petites touches de virtualité pour rajouter du piquant (sinon ça s’appelle Google Earth).

twinity-logo

L’univers est accessible à l’aide d’un viewer disponible en beta pour PC (pas de version Mac pour le moment). Graphiquement ça ressemble à Second Life (la comparaison est inévitable mais nous y reviendront plus tard), la prise en main est plutôt simple mais l’univers souffre d’un relative pauvreté : Twinity : le monde virtuel allemand s’ouvre au monde.

L'univers graphique de Twinity
L'univers graphique de Twinity

La principale particularité de Twinity est de proposer une approche communautaire localisée : Vous devez donc choisir une capitale lors de la création de votre compte (pour le moment Berlin, Londres ou Singapour).

Voyage virtuel à Londres avec Twinity
Voyage virtuel à Londres avec Twinity

Ce choix va donc conditionner votre expérience en fonction des lieux que vous visitez et des personnes (les avatars) que vous croisez.

Balade virtuelle à Trafalgar Square dans Twinity
Balade virtuelle à Trafalgar Square dans Twinity

Plus intéressant, cette dichotomie géographique peut vous permettre de rassembler des communautés éparpillées dans le monde mais également potentiellement dans le temps (en vous donnant accès à des périodes particulières de l’histoire) ou dans les centres d’intérêt (en recréant des univers axés sur une activité en particulier).

Berlin d'ajoud'hui (et d'hier ?) dans Twinity
Berlin d'aujourd'hui (et d'hier ?) dans Twinity

Du point de vue des annonceurs cette répartition est également très intéressante car elle permet d’expérimenter des magasins virtuels dans un environnement réaliste pour tester l’appétence des résidents : Twinity’s virtual London opens for business.

Mais ce qui fait la force de Twinity fait aussi sa faiblesse : Le recrutement de nouveaux résidents est fortement conditionné par la capacité de l’éditeur à « ouvrir » de nouvelles capitales. Même si l’éditeur a reçu du financement (Twinity scoops a further €4.5m to develop 3D cities) sa croissance risque d’être plus longue que celle d’univers plus génériques.

Concernant la concurrence avec Second Life, d’après ce que j’ai pu lire à droite à gauche, Twinity est plus simple que SL, donc plus limité (cf. Twinity Beta versus Second Life). Cet univers est donc beaucoup plus orienté vers la sociabilisation que vers la créativité pure (en témoignent les applications disponibles pour Facebook).

Au final Twinity est donc un acteur majeur dans la catégorie Mondes miroirs, il va devoir y faire sa place aux côtés d’autres univers comme Cities XL (cf. Cities XL Review) et essayer de ne pas se faire balayer par les mastodontes qui gravitent en périphérie (Google avec Earth, Microsoft avec Bing Maps).

Optimisation du référencement pour les contenus Flash et Ajax, à quoi bon ?

Voilà un petit moment que traine dans mon calepin un projet d’article parlant de l’optimisation du référencement de contenus Flash et Ajax. Il faut dire que le sujet n’est pas tout neuf (on en parle depuis des années) et que les grands de ce monde s’en sont déjà préoccupés (Adobe collabore avec Google et Yahoo! pour améliorer l’indexation de Flash).

Dernièrement il y a eu des propositions et des améliorations techniques pour mieux indexer ces fameux contenus RIA : A proposal for making AJAX crawlable (traduction et interprétation en français : Google propose une méthode pour le référencement des sites AJAX) et Adobe Flash vs. Search Engine Optimization. En synthèse : Google est capable de référencer une partie des contenus textuels en Flash ou Ajax.

OK, on est content pour eux.

Pourquoi s’en soucier ? Après tout on ne fait pas un site en Flash ou en Ajax. Ce débat est à mon sens complètement superflu dans la mesure où la seule technologie viable pour faire un site est le HTML, l’astuce est de l’enrichir avec des contenus Flash / Ajax / Silverlight / 3D…

Dans un contexte de commerce en ligne, le référencement (naturel, optimisé ou payant) est un impératif. Améliorer la mise en scène des produits, fluidifier le parcours-client et favoriser l’immersion des internautes dans l’univers de marque sont aussi des objectifs primordiaux. Et ils ne devraient pas rentrer en conflit. Voilà pourquoi la seule technologie à envisager pour créer votre boutique en ligne est et restera le HTML. Ou du moins, c’est la technologie à adopter pour les pages que vous souhaitez réellement référencer : pages produit et pages de catégorie. Le reste des pages de votre site (accueil, recherche…) ne sont pas réellement intéressantes, c’est à dire critique pour votre activité.

Bien évidement rien ne vous empêche de créer des bannières ou des mini-sites évènementiels tout en Flash, mais l’effort de référencement ne doit pas être porté sur ces contenus périphériques.

La bonne pratique consiste donc à insérer des modules riches dans des pages HTML :

  • Carrousel, sélecteur, cinématique… pour la page d’accueil ;
  • Assistant, comparateur… pour les pages de catégorie ;
  • Filtres et tris dynamiques avec rafraichissements silencieux pour les pages de recherche ;
  • Démonstrateur, émulateur, configurateur, zoom et vues 360° / 3D pour les fiches produit.

Tous ces modules sont des blocs opaques aux « yeux » des robots chargés de parcourir les pages, mais le contenu est lui parfaitement visible et accessible selon un parcours client « pauvre » (sans avoir recours à ces modules).

Donc en résumer : À quoi bon référencer un configurateur ? (d’où le titre du billet)

Gravity = Forum 2.0 ?

Voilà plus de 10 ans que les forums existent et concentrent une bonne part des conversations du web. Vous pourriez me dire que les forums sont has been et que nous sommes à l’heure du web en temps réel, mais ça serait gravement surestimé les usages réels de Twitter en France. Il y a également Facebook, mais c’est un site à accès restreint, et le contenu des échanges ressemble plus à du bavardage qu’à de la conversation. Et il y a également les blogs, mais dans ce cas précis les conversations sont complètement déséquilibrées par le poids de l’auteur.

Bref, et jusqu’à preuve du contraire, le support de référence pour les conversations reste le forum (aussi bien en termes d’usage que de volume). Et c’est bien là le problème ! Car les forums ne sont pas sans défauts, dans un précédent billet je compare ainsi les forums à des trous noirs (cf. Les FAQ collaboratives comme alternatives aux forums ?).

Dans cette recherche à une alternative aux forums, une start-up s’affiche en candidat très crédible : Gravity. Pour le moment ce service est encore en beta privée mais une longue description est disponible ici : Ex-MySpace Execs Launch Gravity Into Private Beta. L’idée est de proposer non pas un logiciel à installer mais plutôt un service à exploiter. Concrètement vous pouvez lancer une conversation sur le site de Gravity (aucun intérêt) ou intégrer une conversations Gravity sur votre page / billet / profile. Au niveau de la mise en page, une conversation dans Gravity ressemble à celle d’un forum (il y a un sujet et des réponses) mais ce sont les possibilités de publication déportée et de syndication qui sont intéressantes.

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Tout comme il est ainsi possible de syndiquer les commentaires d’un blog avec des services comme CoComment ou Disqus (cf. Vers des commentaires distribués pour les blogs ?), il serait là possible de déporter une conversation sur différents supports et de regrouper les réponses. Une proposition de valeur intéressante, surtout au regard de la fragmentation des supports au sein des médias sociaux.

Mais là où le service fait la différence, c’est dans les possibilités de monitoring et d’analyse des conversations. Ce système centralisé permet ainsi d’éditer un tableau de bord synthétisant l’activité générale :

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Il est également possible de faire du ciblage très précis avec un système de cartographie affinitaire entre les membres (« interest graph« ) :

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Ces intérêts étant de plus fluctuant dans le temps en fonction de l’actualité ou d’autres facteurs externes :

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Voici donc une plateforme tout à fait optimisée pour le monitoring et l’analyse des discussions, le paradis des annonceurs ! Mais la grande question est : cette plateforme sera-t-elle convaincre les éditeurs et les utilisateurs ? Les forums sont ainsi très durablement ancrés dans les habitudes des internautes… et des webmasters, il sera ainsi très dur de faire évoluer ces habitudes.

De plus, si les conversations en anglais sont assez simples à analyser (du fait de la simplicité de la syntaxe anglaise en monde conversation), qu’en est-il des autres langues ? À cette question viennent s’ajouter toutes les interrogations relatives à la pertinence de l’algorithme d’analyse des graphs (souvenez-vous que Facebook est censé être le lieux ultime de centralisation des discussions et des graph sociaux). Il y a donc beaucoup d’attente et de scepticisme vis à vis de cette solution : Why Gravity, a New Startup, Can’t Defy Gravity.

Attendons donc de voir s’ils vont réussir à transformer leurs promesses avant de juger, car il va bien falloir faire évoluer les forums un jour…