Du contenu roi aux données reines

Souvenez-vous… il y a quelques années, le contenu était considéré comme la matière première du web : Celui qui maîtrisait le contenu maitrisait le web (les portails qui agrégeaient de très nombreuses sources de contenu concentraient également l’audience). Puis il y a eu MySpace, les Skyblogs, Facebook, Twitter, FourSquare… et maintenant il parait que c’est la communauté qui est reine. Certes, les plateformes sociales sont indéniablement en haut des tableaux d’audience, mais je reste convaincu que sans contenus une communauté n’est pas viable. Comprenez par là que ce sont les contenus qui alimentent les conversations et font tourner les communautés. De ce point de vue là, les plateformes sociales ne sont qu’un intermédiaire entre le contenu et les internautes. Un intermédiaire à valeur ajoutée, mais qui présente tout de même une certaine fragilité dans sa pérennisation (cf. De la qualité des contenus sur Facebook).

Sans rentrer dans la polémique, je pense ne pas me tromper en disant que le contenu reste roi, la communauté se nourrit de ce contenu pour générer des interactions sociales (mais là encore il y a des subtilités : Ne confondez plus communautaire et social). La grande question que je me pose est la suivante : Qu’est-ce qui alimente les rédacteurs de ce contenu ? C’est là où les données entrent en scène, non pas les données que les rédacteurs possèdent déjà, mais plutôt les données disponibles publiquement que les internautes peuvent  interroger et manipuler à loisir.

Les données à la base du… journalisme de données

Nous parlons bien ici de données brutes en très grande quantité (des chiffres) qu’il serait trop coûteux de traiter. En les exposant publiquement, ce travail de compilation / trituration / interprétation est déléguée à la communauté qui va ainsi pouvoir nourrir une réflexion ou appuyer des prises de position. Et à ce petit jeu, certains journalistes en ont fait leur spécialité, cela s’appelle du journalisme de données (datajournalism en anglais). L’idée est d’extraire des informations pertinentes de quantités importantes de données.

Pour vous aider à comprendre l’intérêt de cette pratique, amusez-vous à compter le nombre d’articles qui font référence à Google Trends, les statistiques de recherche sont les données sur lesquelles repose toute l’argumentation de ces articles. Autre illustration avec ce graphique très intéressant qui met en évidence les performances extraordinaires (=suspectes) des coureurs du tour de France :

Anayse des performances extraordinaires des coureurs du tour de France

Analyse des performances extraordinaires des coureurs du tour de France

Ces données sont extraites du portail ActuVisu qui permet justement de manipuler des bases de données (cf. Datajournalisme : du nouveau en France avec ActuVisu). Les données sont dans ce cas de figure la matière première d’une réflexion, ou plutôt d’une investigation. Les possibilités sont nombreuses et la profession se met en marche pour développer de nouvelles compétences dans ce domaine. Pour mieux comprendre ce phénomène, je vous recommande les trois articles suivants : Pourquoi le data-journalisme, c’est l’avenir en marcheQuatre voies du datajournalism et Illusions et malentendus sur le journalisme de données.

Après les portails de contenus, les portails de données

L’exemple français d’ActuVisu illustre une tendance de fond initiée il y a 5 ans avec la fondation GapMinder qui fournit justement un accès à de très nombreuses données et statistiques (leur crédo : “Unveiling the beauty of statistics for a fact based world view“).

Mieux comprendre le monde avec GapMinder

Mieux comprendre le monde avec GapMinder

Tout l’intérêt de ce portail est d’une part d’agréger le plus grand nombre de données possible (de préférence en les rendant exploitables et compatibles) ainsi que de fournir un outil simple pour manipuler et visualiser ces données. Il existe d’autres initiatives comme ManyEyes d’IBM, Socrata ou plus modestement Worldmapper. Notez que ces interfaces pour données sont une notion chère à Tim Bernes-Lee (cf. ReadWriteWeb Interview With Tim Berners-Lee, Part 2: Search Engines, User Interfaces for Data, Wolfram Alpha, And More…), preuve que ce sujet est important.

Un créneau très porteur qui intéresse les moteurs de recherche de Google, qui a racheté en 2007 l’outil de visualisation qui propulse GapMinder et qui propose également Google Public Data Explorer dans son labo. Ce rachat fait sens dans la mesure où Google est très certainement un des mieux placé pour collecter les données éparpillées aux 4 coins du web. Reste encore le problème des données non-publiques.

Libération des données publiques avec Open Data

Les initiatives d’Open Data consiste à libéraliser les données publiques pour apporter plus de transparence (à l’image du portail anglais WhereDoesMyMoneyGo?) et pour nourrir des réflexions et projets sociétaux (lire à ce sujet Open Data : des licences libres pour concilier innovation sociale et économique). L’administration américaine a été la première à se lancer en ouvrant le portail Data.gov, suivie par d’autres pays comme l’Angleterre, l’Australie et la Nouvelle-Zélande (cf. Quel modèle pour le data.gov Français ?).

Le portail des données publiques anglaises Data.gov.uk

Le portail des données publiques anglaises Data.gov.uk

Il est important de comprendre que ces initiatives ne sont pas tant une manoeuvre politique ou un outil de surveillance qu’un levier d’innovation pour accélérer l’émergence de nouveaux modèles sociétaux ou de nouveaux projets relatifs à l’environnement, l’éducation, la santé…

Pour le moment le chantier est toujours en cours en France mais des initiatives locales permettent déjà d’accéder à des poches de données : État des lieux de l’OpenData en France.

Les données comme trésor de guerre des moteurs

Comme nous venons de le voir, les données sont donc une matière première particulièrement convoitée. À partir de ce constat, il n’est pas surprenant de voir que les grands moteurs de recherche s’intéressent de près à ces données et cherchent à les exploiter pour apporter une couche d’intelligence aux résultats de recherche. Illustration avec le tout nouveau Bing Shopping qui propose des pages de résultats structurées :

Les résultats de recherche structurés de Bing Shopping

Les résultats de recherche structurés de Bing Shopping

L’idée derrière tout ça est de proposer non pas un moteur de recherche mais un outil d’aide à la décision (cf. New version of Bing Shopping). Et pour structurer des résultats, que faut-il ? Des données ! Autant Microsoft a opté pour des partenariats, autant Google est passé à la vitesse supérieure avec notamment l’acquisition d’ITA, un fournisseur de données touristiques spécialisé sur l’aérien qui va permettre à Google de faire de l’intégration verticale sur ce créneau : With ITA Purchase, Google Now Owns the Skies.

La vente de billets d’avion en ligne est un business très juteux, il est donc normal que Google casse sa tirelire pour blinder sa position. Il y a par contre des secteurs à priori moins rémunérateurs mais pour lesquels un outil de consolidation / manipulation / visualisation des données offrirait une position dominante à son éditeur : L’immobilier, l’emploi, les loisirs (IMDB est un bon exemple de données structurées à valeur ajoutée) ou encore le sport (citons l’exemple de Footbalistic). Je vous recommande à ce sujet l’article de GigaOm qui détaille ces exemples : Who Will Google Buy Next for Structured Data?.

L’idée ici est d’investir dans une base de donnée verticale et de monétiser son exploitation. Constituer une base de données de référence est un chantier titanesque, et seuls les acteurs avec les plus gros moyens peuvent y parvenir. Mais une fois le monopole établi, les possibilités sont nombreuses pour rentabiliser cet investissement. Google Maps est un autre exemple intéressant d’une gigantesque base de données (géographiques) dont nous avons maintenant beaucoup de mal à nous passer et dont le propriétaire a tout le temps pour trouver des solutions de monétisation viables.

Plus intéressant, un article de GigaOm nous révèle que ITA ne se restreint pas au secteur du tourisme aérien mais édite également une solution de manipulation de données accessible sur NeedleBase.comMeet the Web Database Company Google Just Bought. Cette solution ne permet pas de manipuler des données publiques mais de groupes de données dont l’utilisateur a les droits. Toujours est-il que cette solution est à la fois puissante et intuitive, tout ce dont nous avons besoin pour faire du journalisme de données :

Manipulation de données avec NeedleBase
Manipulation de données avec NeedleBase

Tout récemment Google a fait une acquisition qui va dans ce sens en mettant la main sur Metaweb, une gigantesque base de donnée “ouverte” où sont répertoriés 12 million d’entités sémantiques (visibles sur Freebase.com) : Google Acquires ‘Open Database’ Company Metaweb To Enrich Search Results.

Vers des systèmes auto-alimentants

Voici donc la stratégie de Google : Acheter des données avec l’idée de la monétiser une fois que le marché sera devenu dépendant de leur exploitation. Mais sommes-nous réellement dépendant des données ? Vous particulièrement, probablement pas, mais de nombreux aspects de votre quotidien repose sur une exploitation fine de données. Nous pourrions même aller plus loin en disant que l’exploitation des bonnes données pourrait améliorer votre quotidien (cf. Nos vies gérées par les données) ou la productivité d’une entreprise.

Les objets de notre quotidien pourraient ainsi capter un grand nombre de données vous concernant et fournir ainsi des statistiques très précieuses sur votre mode de vie et la façon d’optimiser votre alimentation, vos trajets, votre budget, votre suivi médical… Imaginez alors l’intérêt d’un coach qui serait à même d’interpréter ces données et de vous offrir de précieux conseils pour améliorer votre quotidien. Ces conseils et les données qui en sont à l’origine deviendraient rapidement une drogue pour des hommes et des femmes soucieux de leur bien-être : The upcoming Internet pandemic: data addiction.

Reste encore à régler le problème de la collecte : Seule une minuscule minorité des habitants de cette planète serait d’accord pour s’équiper des outils de mesure de votre quotidien (sommeil, alimentation, exercices physiques, trajets, dépenses…). Une minorité de geeks, sauf si un acteur industriel avec de gros moyens décide de fournir gratuitement les outils de mesure et de collecte en faisant un pari sur l’avenir (et sur la monétisation de ces données). Et cet industriel avide de données, encore une fois c’est Google avec son projet de compteur intelligent PowerMeter.

Suivie de votre consommation quotidienne avec Google PowerMeter

Suivie de votre consommation quotidienne avec Google PowerMeter

Et même si Google ne peut pas remplacer tous les compteurs électriques des pays occidentaux, il peut fournir la plateforme pour consolider les données et les re-publier : Google Releases API for Energy Tool PowerMeter. La promesse de Google est simple : Vous aider à mieux comprendre vos habitudes de consommation pour optimiser vos dépenses… tout en revendant les statistiques aux industriels pour qu’ils puissent développer des appareils ménagers plus en phase avec le mode de vie de ces clients.

Loin de moi l’idée de jouer les paranoïaques et de dénoncer ces pratiques, car si tout le monde y trouve son intérêt il n’y a pas de raison de s’en priver. Il n’empêche que si je fais la somme de tout ce que Google peut potentiellement savoir sur moi, ça commence à faire beaucoup :

  • Mes contacts avec Gmail ou Android (carnet d’adresse + historique des appels) ;
  • Mon profil (âge, parcours…) avec Google Me ;
  • Mes achats avec Checkout ;
  • Mes centres d’intérêt avec l’historique de mes recherches ;
  • Mes déplacements avec Latitude ;
  • Mes loisirs (les programmes TV que je regarde) avec Google TV ;
  • Mes lieux de vacances avec Picasa…

Et ce n’est qu’un début car avec la sémantisation progressive du web, le moteur d’indexation pourra consolider toujours plus de données sur les internautes, mobinautes et même tvnautes. Les données seront donc la matière première à une nouvelle génération d’outils, services et prestations en rapport avec l’amélioration du quotidien de chacun. Des données qui seront l’objet d’une bataille acharnée pour en contrôler la possession, la collecte ou l’exploitation.

J’anticipe donc un web dominé par les contenus et données où Google jouera un rôle prépondérant. Facebook ou Twitter peuvent-ils prétendre à un rôle important dans ce tableau ? J’en doute car il faut des moyens considérables et surtout des appuies industriels et politiques, tout ce qui leur fait défaut actuellement. Longue vie au couple royal !

Mes trois sites coup de coeur (juillet 2010)

Et c’est reparti pour une série de trois sites haut en couleur (presque) à l’approche des grandes vacances.

Commençons par Groupon, le célébrissime site de coupons de réduction locaux :

La page d'accueil de Groupon.com

La page d'accueil de Groupon.com

J’imagine que vous avez tout lu en ce qui concerne la croissance et la modèle économique de Groupon, par contre je m’étonne du peu de commentaires sur ses qualités esthétiques : Belle harmonie et couleurs, des effets graphiques efficaces (dégradés, coins semi-arrondis) tout en restant très sobres, une très bonne lisibilité et une excellente hiérarchisation de l’information. Non seulement ce site est une réussite, mais il tire le secteur vers le haut dans la mesure où ses concurrents doivent s’aligner sur le même niveau. Assurément une référence !

Continuons avec Made, une boutique en ligne anglaise :

La page d'accueil de Made

La page d'accueil de Made

Bon OK, pour les couleurs il va falloir repasser, mais j’apprécie grandement l’ambiance minimaliste des formes et couleurs agrémenté d’effets typographiques sophistiqués. De belles proportions, beaucoup d’espaces blancs et une lisibilité parfaite pour cette boutique très réussie. J’adore !

Terminons avec le très classique AciontEnvelope :

La page d'accueil d'ActionEnvelope.com

La page d'accueil d'ActionEnvelope.com

Nous avons ici une superbe illustration du savoir-faire US en matière d’efficacité marchande : Simple, sobre et efficace. Oui c’est carré, très carré même, mais j’apprécie beaucoup cette mise en page om rien ne dépasse et où il n’y a pas divergence dans les traitements graphiques (tous les liens, titres, boutons sont les mêmes). Vous noterez au passage le très beau travail de merchandising réalisé sur les menus (au survol de la souris) ainsi que le bandeau de défilement horizontal du bloc “Shop by Color“. Un site parfaitement propre qui renvoie une image rigoureuse en accord avec les produits vendus (pas de chichis). Bien évidement ça ne fonctionnerait pas pour d’autres produits mais ce site reste un grand classique (j’en avait déjà parlé il y a quelques années et il avait déjà cette tête là).

La suite le mois prochain…

L’actualité des mes autres blogs (juin 2010)

Récapitulatif des articles publiés sur mes autres blogs.

L’actualité des interfaces riches appliquées au e-commerce sur RichCommerce.fr :

L’actualité des plateformes sociales sur MediasSociaux.com :

L’actualité des univers virtuels et du v-business sur VirtualWorldsNews.fr :

L’actualité des interfaces riches sur InterfacesRiches.fr :

L’actualité de l’entreprise 2.0 sur Entreprise20.fr :

L’actualité de l’utilisabilité sur SimpleWeb.fr :

La suite le mois prochain.

Pourquoi Google a quasiment déjà gagné la bataille du salon avec Google TV

Après un départ plutôt timide, le mariage entre web et TV semble enfin se concrétiser avec l’annonce de Google TV, programmé pour début 2011. Il faut dire que la TV est un très gros marché : C’est le média le plus puissant, celui où les investissements publicitaires sont les plus élevés. Google avait déjà un pied dans la télévision avec les TV Ads (Place ads on television with Google TV Ads), maintenant il ambitionne d’y mettre son deuxième pied et de ne laisser aucune place aux autres avec une offre très complète : Google TV Is Ready to Change the Game.

Google TV = Android + Chrome + Search + Marketplace

Pour vous donner un apperçu rapide de ce que sera l’offre Google TV, rien de tel qu’une petite vidéo :

En résumé, voici les principales caractéristiques de Google TV :

  • Repose sur le système d’exploitation Android (déjà utilisé par de très nombreux smartphones) qui permet de faire tourner le navigateur Chrome ainsi que de nombreux widgets disponibles sur l’Android Market ;
  • Propose un système de recherche qui mélange à la fois les programmes TV, l’offre de VoD, les contenus YouTube ainsi que ce qui est indexé sur votre media center (si vous en avez un) ;
  • Sera directement intégré dans une gamme de smart TV de chez Sony ou grâce à la Revue Box de chez Logitech (aux alentours de 500 $).
La Google TV Box de chez Logitech

La Google TV Box de chez Logitech

Vous pourriez me dire que des gros acteurs ont déjà tenté de marier web et TV sans succès (Microsoft avec MediaRoom, Yahoo! avec Connected TV, Apple avec Apple TV…), mais l’offre de Google est plus ambitieuse et bénéficie de plusieurs leviers de différentiation :

  • L’offre sera disponible pour tous les constructeurs qui souhaiteront équiper leurs produits de l’offre Google TV (grâce à une puce tout-en-un produite par Intel) ;
  • De nombreuses synergies sont à prévoir avec les smartphones (utilisées comme télécommande intelligente ou comme terminal de paiement) ;
  • Un partenariat avec des fournisseurs de grilles universelles de programmes (comme Dish Network) donnera du sens au flux vidéo et permettra de proposer des contenus et services additionnels (des fiches IMDB sur le film en cours de visionnage…) ;
  • Google se lance dans l’aventure avec deux gros partenaires industriels que sont Logitech et Sony (qui fabrique des TV mais possèdent aussi des contenus à forte valeur ajoutée avec les catalogues de film de MGM, Columbia et Tri-Star) ;
  • Google peut compter sur son large écosystème de développeurs Android pour étoffer rapidement l’offre.

Les ambitions de Google pour cette offre sont donc placées très haut. En fait il semblerait que Google tente une manoeuvre de décapitation préliminaire, bien connue des militaires, pour écraser les concurrents directs de petite taille (Roku, Vizio, Vudu…) et augmenter de façon drastique la pression concurrentiel face au duo Apple / Microsoft. Pour en savoir plus, je vous recommande le très complet rapport de Forrester : Google TV Is A Bigger Deal Than You Think.

Google TV pourrait révolutionner le marché (tout comme l’iPhone à son époque)

La télévision est un média de masse parfaitement mûre avec une chaîne de valeur parfaitement rodée, tout comme l’industrie des télécoms l’était avant le débarquement de l’iPhone ! Avec Google TV, le géant de la Silicon Valley ambitionne de métamorphoser le secteur en appliquant sa recette (avec le modèle plus que gratuit) et en y injectant les leçons retenues avec l’iPhone. Les objectifs de Google sont donc les suivants :

  • Désintermédier les câblo-opérateur et autres bouquets satellite en proposant une interface de recherche universelle qui permettrait aux téléspectateurs de manger à la carte plutôt qu’au menu ;
  • Amasser de grandes quantités de données sur les usages et les grilles de programme (tout comme il le fait avec Google Analytics et Google Maps) ;
  • Générer des revenus avec du placement publicitaire dans son interface de recherche.
L'interface de recherche de Google TV

L'interface de recherche de Google TV

Le coeur de Google TV est donc cette interface de recherche, ça tombe bien car c’est la spécialité de Google !

Un second souffle pour les TV connectés

Relier votre TV à l’internet n’est pas une nouveauté, et j’ai déjà eu l’occasion de m’exprimer à ce sujet : La télévision est-elle l’avenir de l’internet ? En partie. Mais quand c’est Google qui s’y colle, forcément on se dit qu’ils peuvent bouleverser en profondeur nos habitudes et définitivement modifier notre façon de consommer des contenus via le petit écran (en fait plutôt grand chez certains).

Il y a d’une part un très bon timing car Google se lance en plein dans une phase de renouvellement où la TV est en train de se réinventer (HD, 3D, TNT…) et où les consommateurs sont en demande de plus de flexibilité et de potentialité pour un équipement qui coûte la peau des… genoux (The Future Of TV Is… TV). Nous sommes également dans une période où les pratiques de piratage de contenus se banalisent et où les pouvoirs publics ne savent plus trop comment s’y prendre (cf. la navrante campagne de sensibilisation sur HADOPI). Loin de moi l’idée de relancer le débat sur ce sujet, mais il y a bien une chose que je sais : On ne peut pas lutter contre le marché et en l’absence d’une offre viable, les téléspectateurs vont compenser la faiblesse de ce qu’ils trouvent sur leur TV (Google TV – If The Vikings Don’t Deliver, The Pirates Will).

Bref, Google TV arrivera à point nommé pour débloquer la situation et simplifier / généraliser les pratiques de VoD qui génèrent beaucoup d’attentes :

La VoD est une des grosses attentes de la TV2.0

La VoD est une des grosses attentes de la TV2.0

Google TV serait également l’occasion pour vulgariser les usages de magnétoscope numérique (nous n’avons pas l’équivalent de TiVo en France) et des media centers où sont stockés les photos, vidéos et films de la famille.

Les défis qui attendent Google

Maintenant qu’ils ont des partenaires industriels pour la partie technique, reste à Google la lourde tâche de blinder la partie “contenus”. Ceci implique notamment de signer des partenariats avec les éditeurs de contenus qui sont aussi distributeurs pour la plupart (soit avec leurs chaînes de TV ou leur offre de catch-up TV). Il existe bien des acteurs comme TV Replay ou MySkreen en France, mais ce qu’il faudrait ce sont des initiatives plus ambitieuses comme Hulu ou EpicHD pour proposer une offre complète sur les films et séries TV (le gros du marché). Sur ce point là, la partie est loin d’être gagnée, mais je pense que la force de frappe de Google va faire avancée les choses.

À moins que… à moins que les exemples des industries musicales (verrouillée par Apple et son iTunes) et de la presse (déstabilisée par Google News) ne fassent peur aux géants de la TV qui pourraient se replier sur eux-même et nous faire le coup d’Asterix…

Dernier défi à relever par Google : L’utilisabilité. Car il faut bien comprendre que Google TV n’est ni plus ni moins qu’un ordinateur sur lequel il est possible de surfer sur internet, rechercher des contenus, installer des applications… Mais comment faire avec une simple télécommande : En proposant une interface simplifiée ? En commercialisant une télécommande améliorée (à l’image de la Litl TV) ?

Votre future télécommande ?

Télécommande 2.0 pour TV 2.0

Tout comme il a fallu repenser les interfaces pour les smartphones (et maintenant les touchbooks), il va falloir fournir de gros efforts pour faire en sorte de ne pas perdre les téléspectateurs en route (cf. Google publie des recommandations pour la conception d’interfaces TV).

Pour en savoir plus sur les enjeux de la TV 2.0, je vous recommande le rapport de Giga OM : Google TV, Overview and Strategic Analysis.

L’utopie de la TV personnalisée

Les premiers observateurs de l’offre Google TV commencent déjà à fantasmer sur un principe de chaîne entièrement personnalisée aux goûts du téléspectateurs qui sera tellement ébloui par la finesse du ciblage comportemental qu’il préfèrera regarder les pubs qui lui correspondent parfaitement plutôt que les programmes. Hum hum… je ne m’attarderais pas sur ces prévisions loufoques.

Nous savons maintenant que la personnalisation 1to1 est une utopie qui a fait perdre beaucoup d’argent et de temps aux industriels du web. La tendance serait plutôt de s’intéresser à des systèmes de recommendations ou de suggestions (les américains appellent ça des curated lists). Ces recommandations pourraient être faites par un portail (donc Google TV), par un média (la liste des programmes recommandé par le chroniqueur de Télé 7 jours) ou par la communauté (avec des services comme TOITI ou Joost).

Qui pourrait concurrencer Google ?

Maintenant que le loup a pointé le bout de son nez dans la bergerie, reste à savoir qui pourrait potentiellement concurrencer Google :

  • Sony, car ils possèdent une grande maitrise de l’électronique grand public (c’est une marque forte), car ils disposent d’une bonne base avec la PS3 (qui fonctionne aussi comme un media center et un canal de distribution), car ils possèdent de nombreux contenus (films et musiques). Sony pourrait très largement concurrencer les plans de Google, mais il ne se passera rien vu qu’ils viennent de signer un partenariat très fort (ils préfèrent se marier et partager les bénéfices plutôt que de s’affronter).
  • Microsoft, car ils maitrisent la partie software, car ils sont déjà présents dans de nombreux foyers avec la Xbox, car ils ont des moyens et de l’ambition. Oui mais Microsoft est en ce moment engagé sur de nombreux fronts (cloud computing, search, mobile…) qui mobilisent une grosse partie de ses ressources.
  • Apple, qui bénéficient d’une formidable image auprès du grand public (et des faveurs des marchés financiers), de l’écosystème terriblement efficace d’iTunes, d’une offre qui ne demande qu’à être dépoussiérée. Rajouter à celà de grosses ambitions sur le cloud entertainement (avec notamment le rachat de Lala).

Bref, vous pouvez fantasmer sur une hypothétique TV de chez Apple qui embellirait votre salon (et viderait définitivement votre compte en banque) mais ça n’arrivera pas car cela impliquerait une plus forte diversification dans les activités d’Apple qui pourrait inquiéter les marchés financiers (Steve Jobs vient à peine de leur expliquer qu’Apple est une “mobile-device company“).

Tout ceci m’amène donc à la conclusion que Google vient quasiment de remporter la bataille du salon. Cette pièce emblématique où les membres du foyer se regroupent, où l’on se détend / divertie, où il y a tant d’argent en jeu. Et Google compte bien en capter une bonne partie de façon indirecte, tout comme il le fait avec le web. Google a récemment déclaré qu’ils générait près de 54 milliards de $ d’activités économiques rien qu’aux US, imaginez ce que cela pourrait donné avec un média de masse comme la TV dont les revenus publicitaires s’élèvent à 70 milliards de $ rien qu’aux USA… Largement assez pour remplir encore plus les caisses de Google et lui permettre d’accroître encore plus sa présence dans notre quotidien. J’attends avec impatience la Google Car !

7 ans de blog et bientôt une dixième version

Déjà 7 ans de blog… c’est fou comme le temps passe vite, et surtout comme l’écriture peut rapidement s’installer dans un quotidien professionnel. En 7 ans j’aurais publié près de 3.000 billets sur mes 7 blogs. Même si la cadence n’est plus la même qu’à la “grande époque”, j’ai toujours une motivation intacte. En fait le ralentissement dans ma production s’explique par le fait que je n’ai plus envie d’écrire de la même façon.

Voilà bien longtemps que j’ai abandonné la chasse au scoop et la course au référencement, mon rythme de production s’est ainsi stabilisé à 1 analyse par semaine sur ce blog et 2 ou 3 billets par mois sur les autres blogs. C’est peu, mais c’est aussi largement suffisant pour le temps que je peux y consacrer (car j’ai aussi une famille et un travail) et surtout pour ce que j’ai à dire.

De toute façon il n’en faut pas plus pour fidéliser un lectorat. Autant sur les  cinq premières années j’étais en phase de conquête, autant depuis ces deux dernières années j’en suis plus à de la fidélisation. Mais “fidéliser” ne veut pas forcément dire “stabiliser”, ça veut surtout dire se concentrer sur le coeur de son audience, quitte à perdre quelques lecteurs “périphériques”. En 2 ans 1/2 j’ai ainsi perdu près de la moitié de mon audience (visiteurs sur le site et abonnés au flux RSS) :

Statistiques de fréquentation de FredCavazza.net

Statistiques de fréquentation de FredCavazza.net

Perdre la moitié de mon audience était le prix à payer pour avoir des conversations de qualité. J’ai ainsi constaté une très nette amélioration dans les commentaires : Non seulement il n’y a plus de trolls et autres déchets, mais en plus il y a une véritable intelligence dans les échanges que je peux avoir avec mes commentateurs (et aussi entre eux). Bref, je ne regrette en rien les changements effectués dans ma ligne éditoriale et mon rythme de publication. Je pense appliquer la même méthode avec mes 6 autres blogs dont la croissance est soutenue et dont certains vont bientôt rivaliser avec le blog principal.

Côté exposition médiatique, on me fiche également la paix : Je continue à être sollicité par des agences mais la tendance est la baisse (ça ne m’empêche pas de toujours avoir un petit frisson quand je reçois un colis de chez Buzzman, surtout depuis cette histoire de pied de porc). Par contre je continue à être inondé de demandes d’interviews de la part d’étudiants et c’est pire chaque année !

Donc je suis bien parti pour continuer ainsi jusqu’à mon dixième anniversaire (et même plus). La prochaine étape pour moi sera une remise à niveau technique (passage à Wordpress 3) et une refonte graphique pour l’ensemble des blogs. Tout ceci devrait normalement arriver dans le courant du mois de juillet.

Investir sur les médias sociaux en 6 étapes

Voilà maintenant près de 3 ans que je parle des médias sociaux sur ce blog (j’ai même ouvert un blog dédié à ce sujet : MediasSociaux.com). J’ai déjà eu l’occasion de donner de nombreuses conférences à ce sujet, d’en dresser un panorama, de les définir, de vous parler des métiers et des outils liés aux médias sociaux, de vous donner mon point de vue sur Facebook… Bref, beaucoup d’articles où je n’ai jamais trop pris le temps d’aborder les choses d’un point de vue stratégique. Straté-quoi ? Stratégique, ça veut dire réfléchir et planifier sur 2 ou 3 ans. Et ça tombe bien car c’est à peu près la période nécessaire pour qu’une présence sur les médias sociaux commence à dégager des bénéfices concrets. Mais commençons par le commencement…

Pourquoi investir sur les médias sociaux ?

J’imagine que vous avez déjà eu l’occasion de lire telle ou telle statistique sur la révolution des médias sociaux (”Facebook serait le 3ème pays du monde“, “100 millions de vidéos visionnées chaque jour sur YouTube“, “50 millions de tweets par jour“…) donc je ne vais pas vous faire l’article sur ce phénomène, en tout cas pas avec des données chiffrées.

Par contre il y a une donnée qui me semble plus intéressante que les autres : En 2010 les usages des médias sociaux ont dépassé ceux des contenus pornographiques (cf. Social Media Has Overtaken Porn as #1 Activity on the Web). Entendons-nous bien : S’il y a bien une industrie qui ne rigole pas avec le web, c’est bien celle du porno car les enjeux et les sommes d’argent sont considérables. Si les médias sociaux dépassent maintenant les contenus porno, c’est qu’il est réellement en train de se passer quelque chose.

Autre considération importante à prendre en compte : Il n’y aura pas de retour en arrière. Même si nous constatons un tassement dans les usages des blogs ou de MySpace, les usages sociaux sont durablement ancrés dans le quotidien des internautes et il n’y aura pas un phénomène d’abandon de ces plateformes pour revenir à ce que nous avons connu avant (domination des portails). Au pire les usages vont se tasser, se diluer, mais maintenant que les internautes ont gouté à la possibilité de s’exprimer (publication / contribution / réaction / notation…), ils ne vont pas s’arrêter là.

Troisième argument : Même si elles ne le sont pas aujourd’hui, toute marque ou organisation est potentiellement exposée de fait sur les médias sociaux. Cela veut dire qu’il n’y a pas d’interrogation à avoir sur le fait d’être présent sur les médias sociaux, mais plutôt sur le rôle qu’un annonceur veut jouer (en bénéficier ou les subir).

Voilà pourquoi il me semble impératif de porter la réflexion sur les médias sociaux à un niveau stratégique et définir un plan d’action qui arrivera à maturation dans les 2 ou 3 ans.

Quand ne pas exploiter les médias sociaux ?

Comme expliquer plus haut, les médias sociaux ne doivent s’envisager que sur le moyen / long terme. Si votre motivation est de faire aussi bien que vos concurrents directs alors il est préférable de vous abstenir, mais il faudra en accepter les conséquences (exposition encore plus forte).

De même, si votre objectif est de booster l’audience sur votre site web, je vous conseillerais plutôt d’acheter des mots-clés car ça fonctionne mieux à court terme. Outre les 2 ou 3 exemples de buzz fulgurant que nous connaissons tous, très rares sont les campagnes qui ont permis de décupler l’audience d’un site en quelques semaines et de façon durable.

En fait les médias sociaux servent à tout autre chose que les dispositif d’acquisition de trafic traditionnels (bannières, mots-clés…) : Ils servent à améliorer l’image de marque, à instaurer une relation de proximité avec les clients, à mieux comprendre les besoins / contraintes / motivations / freins des consommateurs, à mieux appréhender l’image perçue d’un produit ou d’une marque… mais pas à doper les ventes du mois.

Vous pourriez me rétorquer que Dell parvient à générer des millions de $ de C.A. sur Twitter avec son @DellOutlet et je vous répondrais : “Je suis très content pour eux, mais vous n’êtes pas Dell“. En fait il existe un certain nombre d’exemples (Nike, Starbucks…) qui m’empoisonnent le quotidien professionnel car ils donnent de mauvaises idées à mes clients / prospects et véhiculent surtout un mythe autour des médias sociaux et de ce à quoi ils peuvent être utiles dans un contexte de marque. Donc une fois pour toute : Vous n’êtes ni Apple, ni Nike, ni Starbucks, ni Harley-Davidson, et pour vous ça sera forcément plus compliqué car votre marque est moins connue et surtout moins puissante que les mastodontes US. Mais ça ne veut pas dire que vous ne pouvez bénéficier du levier offert par les médias sociaux, tout est une question d’organisation et de planification.

Une approche en 6 étapes

Ne voyez pas dans ce que je vais décrire une méthode ultime de réussite, il s’agit plus d’une approche progressive pour investir sur les médias sociaux. “Investir” est à mon sens le bon terme pour décrire l’état d’esprit dans lequel vous devrez vous trouver : Il y est question d’investir du temps et de l’énergie pour poser les bases d’une relation enrichie avec les clients et prospects qui ne repose pas que sur le stimuli du prix (”Je n’achète que si j’ai une réduction“).

Bref, voici donc les 6 étapes que je préconise :

  1. Ecouter les discussions. Monter une cellule de veille qui soit à l’écoute de ce qui est publié / discuter sur les blogs, forums, réseaux sociaux, plateforme de partage… est la première étape indispensable. C’est en auditant la présence d’une marque et son évolution que vous aurez une visibilité sur les actions à mener. Cette surveillance devra être synthétisée dans un tableau de bord afin d’en faciliter la diffusion auprès de l’ensemble des services de l’organisation. Cette étape d’écoute sera également l’occasion d’identifier les plateformes de référence (celles où votre marque est la plus citée, où les discussions sont les plus intéressantes) et les leaders d’opinion (ceux dont l’avis compte).
  2. Définir une stratégie en fonction de l’état des lieux et des écarts constatés avec la stratégie globale. L’idée ici est de poser les bases du dispositif qui va permettre d’aligner la posture de la marque et ses ambitions / aspirations avec la réalité du terrain (ce que les clients disent et pensent réellement, et pas ce qu’il y a d’écrit dans le diaporama du directeur marketing). Cette stratégie s’exprimera en objectifs réalistes (pas de sur-promesses) et priorisés (pour concentrer les efforts). En face de chacun des objectifs, seront définies des responsabilités et donc des personnes en charge.
  3. Etre présent. La première chose à faire est de réserver des noms d’utilisateur sur les différentes plateformes en utilisant l’orthographe exacte de la marque ainsi que ses variantes (ex : FuckRATP). C’est au cours de cette étape que les pages et profils officiels seront crées ou récupérés (s’ils ont déjà été créés par des employés ou des fans zélés). Ces profils seront exploités dans un premier temps comme relais pour l’information officielle (communiqués de presse…) afin d’amorcer la pompe et récupérer des premiers avis.
  4. Se tenir prêt. Tout va plus vite sur les médias sociaux (surtout avec Twitter), il est donc essentiel de se préparer à affronter une crise. Toute marque qui se respecte possède un dispositif de crise, il suffit donc de partir de cette base et de l’adapter aux spécificités des médias sociaux pour être en mesure de gérer un “départ de feu” en un minimum de temps et avec des ressources limitées (car une crise se déclenche toujours au mauvais moment). Il serait intéressant par exemple de prévoir un blog de crise (cf. le cas Lesieur) qui pourrait être déployé en quelques heures pour neutraliser les rumeurs et apporter des éléments de réponse concrets aux “victimes” ou proches des “victimes”.
  5. Répondre. Après avoir verrouillé les 4 étapes précédentes, il sera temps de choisir un porte parole (une ou plusieurs personnes, avatar ou employé réel…) et de rédiger une charte de présence afin de poser les règles d’engagement avec la communauté (cf. Quelle charte pour les médias sociaux ?). N’oubliez pas de fournir aux populations internes un guide de réponse pour celles et ceux qui souhaiteraient s’exprimer au nom de la marque et répondre aux critiques le WE. C’est également au cours de cette étape que seront définis et mis en place les indicateurs de suivi qui seront en rapport avec les objectifs choisis (cf. 3 approches différentes des social media analytics).
  6. Initier le dialogue. Après vous être “invité” chez les autres (forums, blogs…), l’ultime étape consiste à motiver / stimuler la communauté pour qu’elle s’exprime sur des plateformes dont vous aurez la responsabilité. La première chose à faire sera donc de publier des contributions ouvertes (”Que pensez-vous de…“) afin de stimuler les réactions, puis de systématiser la voie retour dans vos campagnes et actions de communication afin de canaliser les feed-backs. Le plus efficace reste de monter une opération de suggestions collaboratives comme peut le proposer Feedback 2.0 dont je suis le plus ardent supporter. La dernière chose à faire sera ensuite de sensibiliser la population interne et surtout de les impliquer dans cette dynamique pour enrichir les échanges.

Toutes les situations sont différentes (ou pas)

Bien évidemment vous pourriez me dire que pour votre marque la situation est différente pour telle ou telle raison historique / politique / commerciale… mais dans les grandes lignes, l’approche que je préconise correspond à un très grand nombre de marque et offre surtout une grande liberté dans l’appropriation des médias sociaux et des outils qui vont avec.

Rien de très révolutionnaire mais un minimum d’organisation et de planification pour défricher et conquérir un territoire encore vierge. Non pas que les marques ne se l’ont pas déjà appropriées, mais plutôt que rien n’est figé et que vous n’aurez d’autres choix que d’apprendre en cours de route car les médias sociaux sont loin d’avoir le niveau de maturité des médias traditionnels, aussi bien dans les canaux (qui avait vu venir Chatroulette ?) que dans les outils et méthodes. Bref, tout reste à faire.

Encore une fois il n’y a rien de très compliqué dans cette démarche, par contre il faut impérativement vous assurez que vous faites les choses dans le bon ordre et que vous n’oubliez personne en cours de route. Comprenez par là qu’il est essentiel d’impliquer l’ensemble des acteurs d’une société / organisation pour que cette présence dans les médias sociaux soit une réussite.

Vous avez le droit d’échouer

Pour conclure, j’insisterais sur le fait que l’important n’est pas de récupérer le plus de fans sur Facbeook ou le plus de followers sur Twitter, mais plutôt de récolter le plus d’expérience possible sur un (des ?) média encore très instable. Il se peut que votre première campagne soit un échec (ignorance ou tôlé), et alors ? Vous ferez mieux la prochaine fois, car on apprend plus de la défaite que de la victoire et parce que de toute façon une présence sur les médias sociaux ne s’envisage que dans la durée.

Dans un prochain billet je m’intéresserais aux mythes des médias sociaux.

Mes trois sites coup de coeur (juin 2010)

Pour mes coups de coeur du mois de juin, je vous propose un mélange de boutiques en ligne et d’un portfolio.

Commençons avec Petit Zèbre, une boutique de déco-fringues pour les petits et grands :

La boutique Petit Zèbre

La boutique Petit Zèbre

Il y a manifestement un effort de réalisé sur cette boutique pour lui donner un zeste d’originalité : Couleurs, typographies et décorations sont là pour vous faire passer un agréable moment. On a vraiment l’impression que tous les produits ont été choisis avec soin, les photos sont de qualité et j’adore les intitulés (”Adorables sandales vertes“, “Ravissant gobelet de princesse“, “Superbe boîte“…). Vous noterez au passage le panier horizontal en haut de page.

Autre style pour la boutique Collégien de chausson-chaussettes (à moins que ça ne soit des chaussette-chaussons) :

La page d'accueil de la boutique Collégien

La page d'accueil de la boutique Collégien

Beaucoup de blanc pour une mise en page très aérée dans cette boutique à l’ambiance minimaliste. Pas beaucoup de contenu mais des photos de qualité et des produits hauts en couleur.

Terminons avec le site de Jeroen Homan, un web-designeur de Hollande :

Le site de Jeroen Homan

Le site de Jeroen Homan

Oui je sais, vous avez l’impression d’avoir vu cette page des dizaines de fois. Qu’à cela ne tienne, j’aime toujours autant cette construction de page tout en sobriété (choix des couleurs) et en sophistication (choix des typographies). Il va falloir vous y habituer car je vous prépare une nouvelle version pour mon site qui sera au moins aussi minimaliste que celle-ci…

La suite le mois prochain.

Missing, un moteur de recherche pour les disparus de catastrophes naturelles

Il existe de nombreuses initiatives d’exploitation des médias sociaux dans une optique humanitaire (il y a même un terme pour ça : “social charity“), mais ce dont je voudrais vous parler aujourd’hui est un projet plus ambitieux : Missing, un moteur de recherche pour les disparus des catastrophes naturelles. C’est la Fondation Casques Rouges qui est à l’origine de ce projet (avec le soutien financier du Secrétariat d’État à l’Économie Numérique). Cette fondation a déjà travaillé sur d’autres projets, comme l’Alerte Enlèvement sur Internet ou les téléphones mobiles, et souhaitait exploiter la puissance des réseaux sociaux pour aider à la recherche des disparus de catastrophes naturelles (ex : Le tsunami de 2004 ou le tremblement de terre en Haïti).

La fondation a donc développée en partenariat avec European Consulting Services, Bearstech et Google une plateforme de centralisation des informations disponibles sur les victimes ou disparus des catastrophes naturelles. Cette plateforme se veut mondiale et est donc proposée en plusieurs langues. L’objectif est de fournir une destination unique pour les familles des victimes qui ne savent pas à qui s’adresser et pour les équipes sur place qui pourraient fournir de précieuses informations : Lancement de la version alpha de MISSING, Le moteur de recherche mondial des disparus de catastrophes naturelles. L’idée est de fournir un dispositif de gestion de crise juste après une catastrophe naturelle (pour les premiers jours) et non de mettre en ligne un annuaire permanent des disparus (afin ne pas rentrer en “concurrence” avec le site Family Links de la Croix Rouge – à ne pas confondre avec FamilyLink.com, un réseau social privé).

L’équipe du projet (l’équivalent de 6 personnes à plein temps) a dans un premier temps concentré ses efforts sur une analyse précise des usages, qui se limitent généralement à des sites web amateurs ou des blogs, pour mettre en place une première version de la plateforme avec les fonctionnalités suivantes :

  • Une base de données des disparus (déclarés par les familles) ;
  • Un trombinoscope des victimes (renseigné par les ONG et équipes de secours) ;
  • Un moteur de recherche ;
  • Des mécanismes de publication pour pouvoir déposer des témoignages, poster des photos / vidéos, placer sur une carte les derniers endroits fréquentés par un disparu… ;
  • Un agent intelligent qui parcours le web et les réseaux sociaux pour agréger les données échangées et faire des recoupements.

Pour le moment nous en sommes à une version alpha qui me semble déjà très prometteuse dont voici la page d’accueil :

La page d'accueil de Missing

La page d'accueil de Missing

Dès la page d’accueil, les visiteurs sont orientés vers les fonctions essentielles (liste des disparus, recherche, témoignage…). Vous noterez dans la liste des disparus des pictos pour pouvoir facilement relayer les disparitions en 1 clic sur les grosses plateformes sociales (Facebook, Twitter…).

La fiche des disparus synthétise toutes les informations utiles le concernant (photographie, état civil, dernière adresse connue, description physique, signes particuliers…) ainsi que les données collectées sur d’autres sites :

La fiche d'un disparu sur Missing

La fiche d'un disparu sur Missing

Une version beta de la plateforme devrait sortir en septembre pour une finalisation en fin d’année. Néanmoins si une catastrophe survenait demain, la version alpha permettrait de tester le dispositif et d’apporter un premier niveau de soutien. Dans un second temps, il est également prévu d’équiper les ONG de touchbooks spécifiquement conçus pour le travail de terrain (autonomie, robustesse…) afin de faciliter l’alimentation et la mise à jour de la base.

Je ne peux que saluer le travail de cette fondation et vous inciter à prendre des nouvelles du projet sur le blog : Missing-Project.org. Bravo !

(merci à Pierre-Antoine pour les infos)

La schizophrénie des membres va-t-elle tuer Facebook ?

J’ai déjà eu de nombreuses occasions de vous sensibiliser aux problèmes (chroniques) de gestion de la confidentialité par Facebook. Il semblerait que, depuis quelques semaines, le débat soit monté d’un cran avec de nombreuses voix s’élevant dans la blogosphère pour dénoncer l’amateurisme avec lequel les équipes de Facebook traitent cet aspect :

Notez qu’il n’y a pas que sur la blogosphère que ça grogne puisque ce débat déborde également sur les médias traditionnels (radio, TV, presse : Facebook, MySpace Confront Privacy Loophole) ainsi que dans la sphère politique (cf. Senators Call Out Facebook On ‘Instant Personalization’, Other Privacy Issues).

Le danger est bien réel mais je ne m’attarderai pas là-dessus. Je m’interroge par contre sur l’étrange schizophrénie des membres de la plateforme qui veulent dans un même temps bénéficier d’une forte exposition médiatique et s’assurer qu’il y aura respect de la vie privée. Heu… laquelle ? À partir du moment où vous publiez des choses (updates, photos…), elles sont visibles, donc elles ne relèvent plus de la sphère privée. Oui mais non car la réalité est plus subtile.

Parce qu’il faut bien rembourser la dette et payer les factures…

Je mets volontairement de côté le cas de figure où un blogueur ou une personnalité publique se sert de Facebook comme d’une plateforme de visibilité. Par contre je vous propose de réfléchir aux deux situations suivantes :

  • Vous partagez des données privées (photos, vidéos…) avec votre entourage proche et le service modifie les règles de visibilité sans vous prévenir de façon explicite (c’est ce qui s’est passé récemment)
  • D’autres personnes publient des contenus (articles, photos, vidéos…) où vous êtes mentionné mais vous n’en avez pas forcément conscience (une situation plus que probable dans la mesure où il y a plus de 15 millions de français sur la plateforme, donc de nombreuses personnes dans votre entourage proche ou éloigné).

Dans ces deux situations, des données privées se retrouvent exposées et il faut faire un effort pour comprendre et régler en conséquence vos paramètres de confidentialité. Certes, c’est ennuyeux, mais dans la mesure où Facebook est gratuit, peut-on vraiment s’en plaindre ? Lorsque vous souscrivez à une offre premium de FlickR, vous bénéficiez d’un contrat qui définit le cadre de la relation client / fournisseur. Mais quand vous exploitez un service gratuit, c’est un peu différent car vous n’êtes pas client, juste utilisateur.

A partir de là, quels sont les recours des utilisateurs ? D’une part exprimer leur mécontentement, c’est ce que la communauté des utilisateurs a déjà fait, mais Facebook a toujours su faire rapidement marche arrière sur des décisions impopulaires mais s’est toujours arrangé pour réintroduire ces changements plus tard (cf. Fun With Facebook and Privacy Game Theory).

Outils d'aide à la décision pour la confidentialité des médias sociaux

Outils d'aide à la décision pour la confidentialité des médias sociaux

Le deuxième recours des membres va être de nettoyer leur profil des données jugées trop privées (ou confidentielles). C’est de loin la mesure qui me semble la plus pertinente : Ne mettez pas en ligne les contenus et données que vous ne pouvez pas vous permettre de rendre publiques. Nous en revenons à un phénomène que j’avais déjà décrit l’année dernière : Comment les nouvelles règles de Facebok vont modifier le comportement des utilisateurs. J’ai toutes les raisons de penser que ce phénomène va s’accentuer et que les profils “réels” vont céder la place à des avatars de membres.

Suivant ce schéma, Facebook se retrouve donc pris dans un engrenage très néfaste : Plus ils exploitent les données pour faire du ciblage précis (afin de rentabiliser les frais colossaux de la plateforme), plus les utilisateurs appauvrissent leur profil, moins le ciblage est précis et plus le CPM baisse. Traduction : Ce qui a fait le succès de Facebook (la gratuité), va aussi causer sa perte car ils n’ont d’autres moyens que d’exploiter les données des membres pour proposer un mécanisme de ciblage plus précis que les autres, donc impérativement besoin de profils de qualité. Hors cette qualité des profils va de pair avec la confiance. Jusqu’à présent la stratégie de Facebook a été de proposer toujours plus de services gratuits pour attirer toujours plus de monde (des services rentabilisés en exploitant les données confidentielles des membres générées par ces services). Sauf que : Plus d’utilisateurs = Plus de frais = Un plus grand besoin d’exploitation des données = Plus de polémiques autour de la confidentialité et du respect de la vie privée. Ils ont donc troqué de la confiance contre de l’audience, c’est ce que j’ai décrit précédemment comme une stratégie de fuite en avant.

Facebook peut-il parvenir à regagner la confiance des membres ? J’en doute fortement car le mal est fait (ils ont fait la preuve de leur amateurisme dans ce domaine). Cette polémique autour des données confidentielles peut-elle empirer ? Oui sans problème, d’autant plus avec les futures fonctions de check-in qui vont prochainement être implémentées (pour contrer la montée en puissance de Foursquare) et avec la généralisation des Facebook Credits (et donc le traçage de l’ensemble des dépenses réalisées sur la plateforme).

Fin de la lune de miel entre Facebook et la blogosphère

Aujourd’hui le plus gros problème de Facebook n’est pas un ralentissement de la croissance mais plutôt une perte de la confiance accordée par les utilisateurs. Cette confiance est conditionnée à la fois par la façon dont le service explique et gère la confidentialité à ses membres (sur ce point là, ils ont bien merdé) et sur le nombre de citations dans la blogosphère (là encore le vent est en train de tourner et Facebook tout comme son patron sont critiqués de toutes parts).

Est-ce bien grave de se préoccuper des débats d’experts dans la blogosphère (dont le grand public se moque complètement) ? Oui dans la mesure où ces débats vont également impacter les recommandations des agences et surtout les investissements des annonceurs. Traduction : Mauvaise presse = moins de revenus publicitaires.

Ceci étant dit, ne vous attendez pas à une migration massive des membres vers des plateformes comme Diaspora (un réseau social décentralisé et open source). Même si l’initiative est louable (plus de détails ici : Le projet Diaspora, un anti-Facebook), je doute qu’elle mobilise les foules (à l’image d’identi.ca, le clone open source de Twitter).

Je pense que l’évolution la plus probable va être une prise de conscience par le grand public des dangers de l’exposition de son profil (et de ses données personnelles) sur une plateforme comme Facebook. Ce matin j’étais dans le métro à côté de deux personnes qui discutaient des problèmes liés à Facebook et au fait que sur un ordinateur familial, les enfants ou le conjoint pouvait avoir accès au profil des autres (soit sur le site ou soit au travers de la fonction d’instant personalization sur un site tiers). Bref, nous n’en sommes qu’au début d’un mouvement de fond : L’anonymisation des profils.

À qui la faute : Facebook et sa vision trop utopique d’un modèle économique viable ? Les membres et leur naïveté manifeste vis-à-vis d’une plateforme entièrement gratuite qui ne veut (soit-disant) que le bien dans le monde ? Les investisseurs qui ont rendu cette situation possible ? Je ne saurais le dire car les torts sont à mon sens partagés.

Comment tout ceci va-t-il évoluer ? Là encore c’est une question bien complexe à laquelle je ne saurais trop répondre. Mais encore une fois je penche pour la théorie d’anonymisation / d’avatarisation des profils qui est déjà bien visible dans les friend requests (de plus en plus de pseudos et comptes semi-pro). Vous ne trouvez pas ?

L’actualité de mes autres blogs (mai 2010)

Récapitulatif des articles publiés sur mes autres blogs.

L’actualité des interfaces riches appliquées au e-commerce sur RichCommerce.fr :

L’actualité des plateformes sociales sur MediasSociaux.com :

L’actualité des univers virtuels et du v-business sur VirtualWorldsNews.fr :

    L’actualité des interfaces riches sur InterfacesRiches.fr :

    L’actualité de l’entreprise 2.0 sur Entreprise20.fr :

    L’actualité de l’utilisabilité sur SimpleWeb.fr :

    La suite le mois prochain.

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